N° 3.] L LA LUTTE DÉCISIVE EN 394. S
en vue et haut placés de la religion chrétienne. Le document récemment trouvé nous apprend que du nombre de ceux qui se laissèrent entraîner par Flavien se trouvait un certain Hierius qui se fit initier aux mystères de Mithra. C'était sans doute le fameux rhéteur et philosophe, auquel S. Augustin avait dédié l'un de ses ouvrages de jeunesse De pulckro et apto. Parmi les apostats figuraient aussi Leucadiiis et Marcien, que Flavien récompensa de leur chute par les plus hautes dignités.
Bien des Romains de condition, qui appartenaient encore au paganisme, furent saisis pour lui d'un nouveau zèle et se distinguèrent par leurs dépenses pour les frais du culte. Tel Symmaque le jeune, fils du célèbre Quintus Aurelius Symmaque, qui fit réédifier à ses propres frais dans Rome le temple de Flore'. Le choix était peu honorable pour le paganisme : peu de cultes de l'ancienne Rome s'étaient, autant que celui de cette vieille déesse sabine, distingués par l'immoralité de leurs usages.
Sur l'arc de Constantin, le premier empereur chrétien est décapité. L'on est porté à croire que c'est à cette époque de surexcitation qu'il faut attribuer cette mutilation, que l'on ne peut guère attribuer aux chrétiens d'un âge postérieur; la situation de la statue d'ailleurs en aurait rendu l'exécution bien difficile".
Cette révolution inattendue devait faire craindre aux chrétiens des persécutions violentes et l'on se racontait avec inquiétude les menaces proférées à Milan contre S. Ambroise par Arbogast et l'anticésar Eugène. Ils avaient annoncé qu'à leur retour, après l'écrasement des armées de Théodose, ils transformeraient en étables les basiliques chrétiennes de Milan et enrôleraient sans délai le clei^é dans les troupes.
3. L'empereur Théodose prit la route des Alpes avec les troupes de l'Empire et des mercenaires goths, à la fin du printemps de 394.
Ce prince chrétien avait la ferme confiance que le secours du vrai Dieu lui assurerait la victoire sur son adversaire. Le Labarum de Constantin avec le monogramme du Christ était porté devant ses légions. L'expédition prenait aux yeux de Théodose le double caractère d'une entreprise militaire et religieuse. S'il s'hissait d'affermir sa couronne, il ne s'agissait pas moins de défendre la religion chrétienne.
C'est la pensée que le pieux souverain exprima dans une allocution à ses généraux, dont Théodore! nous a conservé le texte. Les voyant effrayés par la supériorité de l'ennemi, il leur dit : " Nous ne pouvons faire l'injure à la croix de Dieu de la considérer comme impuissante. C'est à l'image d'Hercule que nous ne saurions accorder une force qui soit à craindre. Eh bien ! notre armée marche sous la protection de la croix ; que l'ennemi mette sa garantie dans l'image d'Hercule "3,
Eugène avait en effet fait peindre sur ses étendards l'Hercule invincible.
Flavien quitta Rome pour se rendre dans le camp de l'anticésar, afin de diriger personnellement, avec sa compétence particulière, les opérations du culte. Sur les passages menacés des Alpes, il fit placer des statues de Jupiter
' Hiitsen place le temple dans le voisinage j Ruinz and exctwalions (London, 1897), du palais Barberini. p. 359.
= Cf. notre figure 34 et celle de Lanciani, | ' /fisL eccl., V, c. 24,
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brandissant contre l'ennemi sa dextre chargée de foudres dorées. Il choisit à cet effet \^ Jupiter latialis, à qui était dédié sur le mont Albaîn le sanctuaire de la confédération latine, jadis si vénéré et aujourd'hui délaissé, et que l'on prétendait avoir voulu se venger de cet abandon par la ruine de l'État.
Par sa science militaire et la rapidité de sa marche, Théodose eut vite fait de s'emparer des passes des Alpes Juliennes, Flavîen, qui se trouvait aux premières batailles, apprit par sa propre mort qu'il avait eu trop de confiance. Il aurait pu se sauver; mais soit que dans cette extrémité il se soit donné le coup de mort, soit qu'au lieu de fuir il se soit livré aux fureurs de la soldatesque, il expia son fanatisme quand on croyait le plus en avoir besoin. Les précieux Jupiter tombèrent en bloc ou isolément aux mains d'un ennemi railleur. Leurs foudres au lieu de nuire furent un riche butin pour les messagers de victoire qui, en les apportant à Théodose, demandèrent par manière de plaisanterie au monarque d'en lancer sur eux les traits qu'ils étaient prêts à recevoir et à garder.
A peine l'armée de Théodose futelie descendue dans la plaine que s'engagea le combat décisif, tout près d'Aquilée (5 septembre 394). Du côté d'Eugène, le prélude de l'action fut marqué par les cérémonies païennes; de celui de Théodose, par des prières au Dieu de l'Empire chrétien. Les augures continuaient à prédire à Eugène la victoire avec une telle assurance que jusqu'au dernier moment il ne fut préoc- cupé, nous disent les anciens témoins,
~- — ^ ,,^' '" que de la pensée de savoir ce qu'il
p. , ferait de Théodose prisonnier. Maïs la
L'Empereur Théodose le Gr«nil. partie tourna contre lui. Les troupes de
Théodose, d'abord repoussées, remportèrent ensuite une brillante victoire, favorisées par le temps et les éléments : l'écrivain païen Zosime et les sources chrétiennes s'accordent à parler de phénomènes naturels qui auraient visiblement contribué au succès de l'Empereur. Dans la bataille Eugène fut fait prisonnier et périt '.
' Pour les relations de la bataille; et les 1 Histoire i/es Empereurs, t. V, page 766. Le et les événements à Rome, voir Tillemont, | Père de l'Église saint Augustin raconte le
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