N" 47.] VI. OMBRES DE LA VIE CHRÉTIENNE
de l'Église de cette époque n'est exposé nulle part avec plus de netteté que dans les lettres et les conseils que S. Ambroîse adressait aux empereurs Gratien, Valentinien II et Théodose '.
Naturellement nous ne pouvons suivre cet écrivain ni d'autres dans les détails. Il suffit de rappeler que le concours particulier prêté par l'Église à l'Etat consista dans une lutte silencieuse et sans bruit mais incomparablement féconde contre le torrent de corruption morale déchaîné par le paganisme. Les fruits merveilleux, récoltés sur ce terrain par l'Église, aussi bien chez les Romains que che^ les Barbares, sont visibles. Salvien lui-même ne les passe point sous silence, bien qu'il n'ait guère d'autre préoccupation que de dépeindre la dépravation de son époque. Mais d'autres ont trouvé des paroles réconfortantes pour exprimer ces fruits de t'aflivité de l'Église; nous avons pu ci-dessus donner quelques exemples de cette puissance réformatrice interne de la religion chrétienne, empruntés à l'aristocratie romaine de l'époque.
Les contrastes moraux étaient alors grands et violents; il y avait, pour ainsi dire, deux Rome et deux empires romains.
L'excès même de la dépravation d'un côté excitait de l'autre les âmes généreuses à la pratique des vertus héroïques. La volupté de la vie publique éveillait l'esprit de renoncement; le speélacle effrayant du vice enfantait la plus rigoureuse chasteté; la licence des mondains poussait bien des esprits réfléchis à chercher dans l'obéissance monastique le plus efficace moyen de salut L'énorme développement que prit à cette époque en Occident la pratique des conseils évangéliques est un fait indéniable. Il est naturel, il était presque nécessaire que la vii^inîté, la retraite, la vie de prière et de renoncement dans une pauvreté volontaire aient trouvé à cette époque plus qu'à toute autre des panégyristes enthousiastes. S. Ambroise parmi la jeunesse de Milan, S. Jérôme, comme père des pèlerins de Bethléem dans le monde tant féminin que masculin de Rome, recueillirent ainsi des disciples enthousiastes de la virginité et de la pénitence; tandis que l'illustre S. Martin remplissait en Gaule ses austères monastères et que l'évêque d'Hippone voyait se multiplier autour de lui en Afrique les communautés religieuses.