‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 28 sur 165 · N°* 58. 59.] II. ALARIC A ROME. 4IO · texte numérisé non relu

N°* 58. 59.] II. ALARIC A ROME. 4IO

ensevelis étaient l'objet d'un culte fervent des Romains et des pèlerins venus de fort loin. C'est ainsi qu'à côté des basiliques dont le nombre et la magnificence va sans cesse en grandissant, à côté des tombeaux des princes des apôtres, les cryptes des martyrs dans les catacombes ont une large part dans la formation du caraftère religieux de la capitale du monde.

Le sort des tombeaux est un signe extérieur de la transformation qui s'opère.

58. Le coup terrible qu'elle a reçu a pour ainsi dire détruit à Rome toute vie politique. La ville entre dans une longue période d'înfélicité, et son histoire n'est qu'un récit de sièges, de destruftîons, de décadence politique graduelle.

Au milieu des ruines au contraire la Rome ecclésiastique croît chaque jour en puissance. Partout où le nom de chrétien est connu l'Église fait regagner de la considération à la ville au temps même où elle paraît sombrer. Pour tes nou* veaux peuples notamment qui se convertissent à la foi, Rome, siège du premier pasteur, séjour sacré des apôtres, gardienne des tombeaux vénérés des martyrs, devient le centre de la vie religieuse et en partie même de la vie nationale. C'est un aimant dont la force mystérieuse attire à soi le monde médiéval à sa naissance, et Rome continue ainsi, avec une souveraineté non moins universelle que jadis, son rôle de guide et de condui^ïrice des peuples.

" Les puissants de la terre, dit S- Augustin à ses contemporains païens d'Afrique, sont vaincus par le martyre des chrétiens et non par leur résistance. Les princes font maintenant des lois contre ce culte païen qu'ils défendaient naguère en tuant nos confesseurs. Nous voyons le magistrat suprême de l'empire déposer son diadème devant le tombeau du pêcheur Pierre pour lui adresser ses humbles prières " '.

" Rome, siège de Pierre, dit un disciple de S. Augustin, le chroniqueur Prosper, devenue par la dignité pastorale la capitale du monde, possède par la force de la religion ce qu'elle n'a pas par la force des armes " ".

59, C'est la même pensée que développe Léon le Grand, contemporain de Prosper. Dans la bouche de cet homme, qui partagea les angoisses de la Ville éternelle sous Attila et Genséric, les paroles doublent de poids. Il dit à ses Romains, le 29 juin, fête des apôtres Pierre et Paul : " O Rome, qui étais une maîtresse d'erreur, c'est par ces deux saints que tu as reçu l'Évangile. Ce sont tes pères, tes vrais pasteurs, qui t'ont fondé de nouveau; en te fondant pour le ciel, ils ont fait une création bien supérieure à celle des deux frères qui t'ont donné tes premiers murs, tes murs terrestres. Par eux tu es devenue une ville élue, sacerdotale et royale; siège de saint Pierre et par là vraie capitale du monde, la religion divine pourrait te soumettre un empire bien plus vaste que n'a fait jadis la force des armes. Embellie par tes nombreuses vîétoires, tu as jadis étendu ton sceptre sur les terres et sur les mers; et cependant tes conquêtes guerrières n'<^alent pas les conquêtes pacifiques du christianisme.

' Ep. 232 ad Madourenses idololairtis, g 3 1 " Sedes Roma Pétri, quae pastoralis kotio-

(Migne, P. L., XXXIII, col. 1028) ; Iinpe- \ ris \ Falîa caput muiido, quidquid non pos-

rii nobilisiimi emineniissimum culmen ad j sidet armis \ Relligione tenet. (Carmen de

sepulchrum piscatoris Pétri tubmisso diode- ingraiis, 1. 40 et suiv. Migne, P. L., LI,

maie supplicare. \ col. 97).

74 LIVRE I. CH. ni. HUMILIATION DE ROME ET CHUTE DE L'EMPIRE. [N" 6o.

" L'empire romain, poursuit l'orateur, était prédestiné par Dieu à rapprocher les peuples, à les unir pour faciliter la prédication de l'Evangile. Soumis à la domination d'une seule cité, les pays n'en devaient que plus promptement entrer en possession d'un enseignement porté à cette ville; à quelle nation pouvait demeurer étrangère une doftrine confessée par Rome; comment une rénovation partie de la tête ne se serait-elle pas étendue plus efficacement à tout le corps?

" Les deux apôtres tombèrent viftimes de la persécution de Néron; mais les persécutions, au lieu d'amoindrir l'Église, la grandissent; plus la persécution moissonne de vîftimes, plus elle sème de graines fécondes sur le champ de l'Église. Quels fruits a portés pour notre ville la mort des deux apôtres, c'est ce que montrent les milliers de martyrs qui les entourent dans leurs tombeaux, tout ce peuple de confesseurs de la foi, qui attire tout par son éclat et forme à Rome un vrai diadème de pierres précieuses " '.

m. — Fin d'Honorius. Valentinien III et Plaeidie à Rome.

60. La mort prématurée, qui surprit Alaric dans la basse-Italie où il se trouvait encore (410), délivra les Romains de la terreur de son nom.

Son successeur Ataulf s'entendit avec Honorius. Il conduisit les troupes wisigothiques en Gaule, emmenant à sa suite la princesse Galla Placidia, sœur d'Honorius qui fut obligé de la lui donner comme épouse.

Il renonçait au plan auquel, ainsi qu'il le reconnut, s'était longtemps arrêté son esprit : il avait eu la pensée, qu' Alaric n'avait pas conçue, de fonder en Italie sur les ruines de l'empire romain, un empire gothique durable. Il abandonna la poursuite de cette chimère, pour prêter son épée à l'empire romain dans les combats que celui-ci avait à soutenir sur ses frontières occidentales".

Ses Wisigoths unis aux légions romaines auront la gloire de briser en Gaule l'élan d'Attila.

La ville de Rome se repeupla peu à peu. Les fugitifs dispersés au loin revinrent en grande partie. Au milieu des ruines laissées par Alaric, leurs foyers se rallumèrent La faveur et la protection de l'empereur Honorius permirent à la ville de se relever pour un temps fort court; mais si bien, que la voix des contemporains, par flatterie pour le souverain, la proclama plus brillante qu'autrefois.

Honorius fit restaurer, entre autres constniftions, le théâtre de Pompée 3,

' Sermo St in naiali apostolorum Pétri et Pauli, % I et suiv. : ui (/{orna) per sacram beati Pétri sedem capul orbis effelîa, latius praevideres religione divina quant dominatiene terrena. L'auteur anonyme et à peu près contemporain du De vocatione gentium exprime aussi la pensée d'une prëde providentielle de l'Empire rom des peuples qu'il a réalisée et d de l'Église ; Quamvii gratta christiana non contenta sit eoidem limites haberc quos Renia, muUosque iam populos sccptro crucis Christi iilu subdiderit, quos armis suis ista non lio-

muil (Liv. 1 1, c. 16. Migne, P. L., LI, col. 704). "Orose, Hist. adversus paganos, I. VII, c. 43 (Migne, P. /,., XXXI, col. 1171; ^d- Zangemeister, Corpus scriptor. ecdesiast., '■ V| P- S^) ■ Ataulf avouait se in primis ardenter inkiasse ...ut esset Gothia guod fiomania Juisset... Eligisse saltim, ut gloriam sibi de restituendo in integrum augendoqui romano itomine Gotkorum viribus quaerertl.

Cf. Wieiersheim-Dahn, GeseMchte dtr l'i'l-

i Cr. l'inscription, Corp. inseript. lai., t Vi, n. iigi.

Nos 61.62.] riL FIN D'HONORIua VALENTINIEN III ET PLACIDIE A ROME. 75

l'un des monuments les plus considérables du Champ-de-Mars. Le besoin de jeux publics fut ainsi satisfait. 11 n'est pas certain qu'il en ait été de même de l'autre besoin du peuple, celui d'avoir du pain. 11 reste en tout cas une lettre de l'an 414 environ, du préfet Albinus à l'empereur, dans laquelle il lui fait part que la mesure habituelle de blé concédée au peuple devient insuffisante par suite de l'accroissement de la population, et propose en conséquence une augmentation de l'annona '.

En l'année 417, Honorius vînt en personne à Rome et y fut reçu avec enthousiasme. Peut-être fût-ce alors que, pressentant une mort prématurée, îl fit construire le mausolée impérial dans le voisinage immédiat de la basilique de Saint- Pierre. Lui et sa famille devaient reposer à cette place consacrée par le tombeau du prince des apôtres. Le mausolée, chapelle funéraire, s'élevait en forme de rotonde à coupole, d'un aspefl un peu lourd, à gauche de la basilique, vraisemblablement derrière la place occupée autrefois par l'obélisque. C'est ce monument qui fut plus tard consacré à sainte Pétronille par les papes Etienne II et Paul I'^'' et qui subsista jusqu'à l'élévation de la nouvelle basilique de Saint-Pierre '.

De retour à Ravenne, Honorius fut arrache à la vie dans la Heur de ses années. Il mourut en août 423, et fut enseveli à Rome, comme il l'avait ordonné. Le règne de ce prince, sous le rapport politique, avait été un malheur pour l'empire.

61. L'arrivée au trône d'un enfant à peine âgé de cinq ans, fut encore d'un mauvais présage pour l'Italie. Valentinîen III, fils de Constance, second époux de Placidie, se montra, même lorsqu'il fut devenu plus ftgé, d'un caraftère hésitant et faible; dans la conception comme dans l'exécution, il était au-dessous des charges du gouvernement, surtout à pareille époque.

Placidie qui, à titre d'Augusta, prit la tutelle en mains, conduisit son fils à Rome pour lui faire prendre la pourpre sur le brillant trône des Césars; Rome conservait toujours le privilège de donner la consécration à l'empire. Mais ce fut un byzantin, Hélion, plénipotentiaire de l'empereur d'Orient Théodose IV, qui célébra la cérémonie. Théodose voulut s'en tenir au partage de l'empire et se contenta du trône byzantin. L'accomplissement à Rome de la cérémonie n'eut pas l'effet désiré par les Romains de rendre à leur cité le titre de siège de l'empereur. Au lieu de rester à Rome, Placidie établit, avec Valentinîen, sa résidence dans la ville de Ravenne qu'elle avait habitée auparavant et qui était beaucoup mieux protégée.

62. Quelques années plus tard, il s'éleva au midi une puissance destinée à faire fondre sur Rome un désastre plus affreux et un pillée plus horrible que ceux dont Alaric l'avait rendue viftime.

En 429 les Vandales conduits par Genséric passèrent d'Espagne en Afrique, arrachant à l'empire les provinces qu'il y possédait; les armées romaines demeurèrent impuissantes à arrêter leur sauvage' violence. Les vainqueurs assiégèrent, en 430, Hippone dont saint Augustin au soir de sa vie anima et

' Cf. Olympiodore, cité par Photius, ffi- j {Corpus scripi. hist. bysaiit), p. 458. bliolheca, cod. 80 (Migne, P. Gr., CIH, | ' Duchesne, IJàey pon/ific.y t. I, p. 354, col. 265 et suiv. ; éd. Bekker et Niebuhr | n. 16; p. 365, n. 16; t. II, p. 461, n. 62.

■^t LIVRE I. CH. III. HUMILIATION DE ROME ET CHUTE DE L'EMPIRE. [N" 63. 64.

consola les citoyens^ et neuf ans plus tard, ils s'établirent dans la capitale, à Carthage. Fier de la supériorité de sa flotte, Genséric se nommait : " roi des terres et des mers ",

Tout d'abord il n'entreprit rien contre Rome. Il abandonna à un autre, au terrible Hun Attila, l'attaque de l'Italie. Ce malheureux pays était réduit à devenir la proie du premier venu parmi les princes barbares auquel il plairait d'y entrer. Et il ne manquait pas d'attraits pour ces derniers : les trésors réels, encore grossis par la renommée, que possédait Rome, exerçaient une fascination incroyable sur ces peuples migrateurs et avides de butin.

Page 1