‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 32 sur 165 · V. — Les fantômes d'empereurs · texte numérisé non relu

V. — Les fantômes d'empereurs

70. 11 y eut ensuite pour la ville une période de vingt années sans repos et sans gloire, durant laquelle huit empereurs se succédèrent rapidement Ce fut la fin de l'empire d'Occident, dès lors entraîné à sa perte par un destin irrésistible. La Germanie, sans former encore un État bien ordonné et cohérent, triompha sur les ruines de la puissance romaine et s'attribua peu à peu l'héritage de sa civilisation.

Le premier empereur qui, après Pétrone Maxime, revêtit la pourpre, fut un Gaulois d'origine latine : Flavius Maccilius Avitus d'Arvernàe (Clermont) homme de sentiments distingués et de culture classique. Maïs il dut bientôt s'estimer heureux d'échanger la dignité impériale de Rome contre celle d'évêque de Plaisance.

En 457, le Sénat éleva au trône Julius Valerius Majorianus, de concert avec un général devenu célèbre : Ricimer, Suève d'Espagne et apparenté à la famille royale. Si plein de promesses que fût le gouvernement sage et puissant de Majorien (longtemps après, Procope le loue comme ayant été le meilleur des empereurs romains de cette époque), il n'en fut pas moins bien vite renversé, par l'inconstance et l'ambition du puissant Suève".

Ricimer, capitaine de mercenaires, élevé à la dignité de patrice de Rome,

■ Serirto 84 in 03avis Pétri et Pnuli. Tout s'accorde pour placer ce discours quelques jours après le diu casfi^ationis et liberaiionis nostrae, et pour reporter, avec Ballerini et Quesnel, l'institution de cette fête au départ des Vandales et non à celui d'Attila.

Le contexte n'exige pas que les jeux du cirque dont il est parlé aient coïncidé avec le jour de cette solennité. Pendant l'ofUve de saint

Pierre commençaient jadis les ludi apAlinares qui duraient du 6 au 13 juillet; ils étaient remplis par les ludi scenici; mais le dernier jour on donnait pour la clôture une venatio dans le cirque. Si donc ils subsistaient encore sous Léon, ils peuvent bien avoir été la cause de la dissipation du peuple dont il parie.

'Procope, De bello vandalico, 1. I, c. 7.

84 LIVRE I.CIÏ. m. HUMILIATION DE ROME ET CHUTE DE L'EMPIRE. [N<*71.72.

prit en mains le droit d'éleftion et fit désormais l'empereur à lui tout seul. En 461, il gratifia du diadème le Lucanien Libius Severus, puis, au bout de quatre ans, le détrôna pour prendre iuî-même le gouvernement de l'Empire.

Alors, à l'instigation du Sénat romain, l'empereur byzantin Léon s'interposa. Il sentait et voulait faire reconnaître la dépendance I^ale du trône impérial d'Occident vis-à-vis de celui d'Orient ou de Constantinople. Il voulait manifester l'unité de l'empire dans ses deux parties concentrée en sa propre personne. Il envoya comme empereur aux Latins le Grec Anthémîus, gendre de son prédécesseur Marcien. Ricimer l'accueillit bien et il avait ses raisons pour cela : lui, le Barbare, fut comblé d'honneur par son mariage avec la fille d'Anthémius. Et Rome esclave célébra du même coup par de brillantes fêtes et son nouvel empereur grec et le.s noces du Germain; elle rîaît et était satisfaite.

71. Mais la joie ne tarda pas à faire place à l'efTroi. Anthémius perdît la confiance du peuple par une malheureuse et coûteuse entreprise contre les Vandales, et la faveur de Ricimer par sa conduite trop indépendante. Ricîmer appela de Byzance au trône impérial d'Occident le Romain Flavius Anîcius Olybrius (472). Appuyé par le Goth Bilimer, Anthémius voulut se maintenir à Rome, ce qui entraîna le blocus et le siège de la malheureuse cité par Ricimer; nouvelle époque de trîbulation pour les habitants, qui ne semblaient jamais assez éprouvés. La peste et la famine se firent, dans Rome assiégée, les alliés de Ricimer qui campait sous les murs de la ville. Enfin, par un brillant fait d'armes, le Germain s'empara de toute la partie de la ville qui s'étend au delà du Tibre. Le 11 juillet 472, ne respirant que la vengeance, il pénétra de là dans la ville proprement dite qu'il abandonna sans entraves au pillage de ses troupes.

C'était la troisième fois en 62 ans que la capitale du monde était ainsi livrée aux horreurs du pillage par les peuples germaniques!

Et ta cupidité sans frein de cette soldatesque dut encore cette fois ravier cruellement les trésors inépuisables de Rome, bien que les maigres relations de l'époque ne nous offrent aucun détail. L'histoire couvre déjà d'un sombre linceul les souffrances de Rome.

Olybrius, créature de Ricimer, fut installé comme empereur au milieu de ce bouleversement. Mais il mourut de la peste dans la même année La même maladie enleva le puissant Ricimer, qui précéda son empereur dans la tombe.

Ricimer laissait un triste souvenir en dépit de sa brillante réputation militaire, et la trahison dont il se rendit coupable envers Anthémius, son beau-père, retomba sur lui et sur l'État Son arianisme avait contribué à éloigner de lui les Romains de plus en plus.

72. C'est avec une tragique rapidité que se succédèrent ensuite les derniers empereurs éphémères de l'empire d'Occident qui se disloquait.

Glycérius doit son élévation au Burgonde Gondebald. Les Germains distribuent la pourpre comme autrefois les prétoriens. Cet empereur, qui n'était rien qu'un honncte soldat, a le même sort qu'Avitus : il quitte son trône temporel chancelant pour un siège d'évêque plus sûr. 11 prend la houlette et est sacré pontife de Salona en Datmatie. L'empereur Julius Népos lui succède. Mais il ne se soutient que par l'appui de Byzance d'abord et ensuite du roi

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