LIVRE I. CH. III. HUMILIATION DE ROME ET CHUTE DE L'EMPIRE. [N
absolument suivant les règles romaines, et toute l'administration civile resta la même que par le passé. Lui-même ne se nomma ni roi des Italiens ni roi des Romains, mais simplement " roi " sans déterminatif; sa royauté n'était pas une royauté germanique, séparée de l'empire. Malgré son titre de roi, Odoacre n'était qu'un simple administrateur. On peut dire, en toute vérité, qu'il fut seulement le plus haut fonéïionnaire impérial dans le ci-devant empire d'Occident; et sa fonflion répondait essentiellement à l'antique magisterium mililiae praestntale. C'est ainsi que la nouvelle dignité s'intercale dans l'antique hiérarchie politique et administrative; dans son évolution politique, l'empire mourant évite autant que possible les soubresauts. Presque partout les nouveaux établissements laissent apercevoir les anciennes et profondes assises '.
Odoacre savait que, sans une permission spéciale de l'empereur, il ne pouvait porter les regalia insignia, les insignes impériaux. Mais il ne les rechercha pas; au contraire, on rapporte qu'il envoya sans regrets à Byzance les ornamenta palatii qu'il trouva dans l'héritage de l'empereur d'Occident fet c'étaienl précisément ces insignes). Quant à sa situation vis-à-vis de l'empire, il faut encore remarquer que, sous son règne, on ne data pas d'après les années de son gouvernement, mais seulement d'après celles de l'empereur; tandis que, dans les autres Etats germaniques, la supputation d'après les années du roi était en usage. Ajoutez-y le maintien de l'antique coutume d'exposer publiquement dans Rome l'image de l'empereur. Nous savons notamment qu'on érigea dans la ville, au temps d'Odoacre, des statues de l'empereur Zenon =.
74. On a généralement l'habitude de considérer l'année 476 à laquelle se termine la série des empereurs d'Occident, comme le commencement du moyen âge occidental. Cette date peut se justifier dans une certaine mesure mais non certes d'une manière absolue. La suppression de la dignité impériale en Occident ne fît guère de bruit dans la marche de l'histoire; elle ne se lie à aucune révolution intime dans la situation, les mœurs ou les idées. L'année de l'invasion lombarde en Italie (;6S) est d'une tout autre importance. Les anciens chroniqueurs ne savent presque rien d'un changement fondamental dans les affaires publiques en 476 ; c'est à peine s'ils remarquent la suppression des empereurs. L'historien Marcellin est le seul qui ait trouvé nécessaire de noter que l'empire romain a fini d'exister en Occident 3. Et ce n'est plus qu'à la fin du huitième siècle que Paul Diacre revient expressément sur ce fait; il en est de même au neuvième siècle du Grec Théophane. En réalité l'empire d'Occident avait déjà disparu par degrés avant cette date, à mesure que les peuples nouveaux avaient pris possession de ses provinces. Déjà sous Honorius l'empire d'Occident n'était plus rien qu'une ombre. Mais l'idée de l'unité et de l'universalité de la dignité impériale qui avait établi son siège dans la nouvelle Rome continuait de se maintenir; elle subsista dans l'esprit des populations après
'Mommsen, Ostgoiische Sludien, dans le {Ibid., t. XI), p. gi ; Heiperittm romaniu
Nitus Archiv, XIV (1889), p, 223 et suiv,, genlis imperium, quod septingtnlesimo tiaao
453 et suiv. Cf. l'ùid. p. 536 ce qui concerne ur6û coniù'/ae anno primus auguslorum
la royauté et la situation d'Odoacre. Onavianus Augustus tenere cocpit. cum
' Anonymi Valesinni pars posterior, éd. hoc Augustulo periit, anno decessorum «■•
Mommsen {Mon. Germ. hist.., Aiul. ant., gni imperaforum guingenttsimo vigesimo t. IX), p. 314. I secundo, Gothoruin dehinc regibus Romain
' Ckromcon {ad a. 476), édît. Mommsen feneniiius.