I. LES PEUPLES NOUVEAUX
polythéisme, pour passer sous silence les superstitions qu'ils mêlaient à leur culte envers ces êtres suprêmes. Enfin il manquait à l'arianisme l'unité intérieure et extérieure comme aussi la force de résistance et l'indépendance vis-à-vis de tout pouvoir arbitraire. Propre à faire une vague et élastique religion d'Etat, il était incapable de pousser aucune racine dans les cceurs et plus encore de communiquer à la vie nationale cette vigueur qu'enfantent l'exaltation religieuse, la vertu et l'esprit de sacrifice.
L'arianisme creusait un abîme très profond entre les Latins devenus catholiques et les conquérants qui jadis k leur berceau avaient reçu l'hérésîe sur le chemin de Byzance, alors arienne. iPartout l'ancienne population catholique se tenait éloignée non seulement des croyances des nouveaux peuples, mais naturellement aussi de leurs mœurs et de tout commerce avec eux. De leur côté, les vainqueurs se méfiaient des vaincus, ce qui mettait un obstacle considérable à la fusion des nationalités. Et cependant c'était une condition indispensable au progrès des peuples que les vainqueurs dépourvus de civili- .sation acceptassent celle des vaincus et qu'il s'établît entre eux un échange intelleftuel. Mais il y avait à cela, partout où l'arianisme dominait, sinon une impossibilité, du moins une grosse difficulté. On en vint même souvent à l'aftion brutale et sanglante contre les catholiques. La persécution s'alluma furieusement chez les Vandales, surtout sous Hunneric ; de même aussi les Wisigoths, avant leur conversion à l'Eglise romaine, firent couler à fîots le sang de leurs sujets catholiques.
Les persécuteurs germaniques furent dirigés par l'idée d'établir une église nationale entièrement au service des conquérants. Et comme l'arianisme s'y prêtait à merveille, tandis que le catholicisme, par son essence même et son union avec Rome, y était tout à fait hostile, il fallait obliger, au besoin par la force, les catholiques à devenir ariens. On sait l'héroïque courage avec lequel des milliers de martyrs dans l'Afrique du Nord résistèrent aux prétentions des Vandales '.
80. Dans l'empire franc, îl en alla tout autrement. Rattaché à la grande et vivante unité de la famille catholique sans avoir traversé une période d'erreur et de barbarie ariennes, ce peuple puissant et intelligent reçut une substantielle
' Viflor de Vile a consacré à la persécution des Vandales son important ouvrage historique : Historia persecutioniz africanae provinciae su6 Geisericho et Hunirico regibus, éd. Halm, Berolini, iij<j{MûH. Gcrm. hist., Auil. aniiq., L III, pars !); éd. Pelschenig, Viennae, [38i {Corpus script, eccl. iai.,u\U). CommcDt l'arianisme servait de sceau à la fidélité envers le monarque, c'est ce que nous montre, par exemple, l'injonflion du roi Genséric à un certain cornes Bonifalius : Etus ifficiaris cultu (Pelschenig, p. q : culior) rtligioms, quant et nos et noster populus ■ventramur (Lib, i, c. 6, éd. Halm, p. 4). Dahn, dans son Urgeschickte der germanischen unti ramanischen FtiVi^r, 1. 1 (Berlin, 1881), p. 193, dit avec justesse que la chute de la domination vandale fut précipitée à la fois par la persécution contre les catholiques, par l'ini-
mitié avec les Ostrogoths et par l'amollissement du peuple dans la corruption africaine.
Sans doute l'éloge que fait Salvien des mœurs des Vandales (voyei ci-dessus p. 58) ne fut pas longtemps mérité; ils se laissèrent gâter par l'immoralité régnant dans le nord de l'Afrique romaine, et la surpassèrent. Sur le motif qui les poussa à persécuter l'Eglise, voir les textes cités par Papencordl, CescAichie lier vandaiischen Herrschaft iu Afrika (Berlin, 1837), p. 2S0-81. Cf. Ludwig Schmidt, Geschichte der Vandalin (Leipzig, igo3) et dom H. Leclercq, l'Afrique chrétienne (Paris, 1904), Yvei- montre bien {Euric,roi des Visîgoths, dans les Études d'histoire du moyen âgediiiiéesà G. Aforiod, P^iis, 1896, p. 11-46) que la cause fondamentale de la chute de l'empire d'Euric fut le contraste entre les vainqueurs ariens et les catholiques.