‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 40 sur 165 · LIVRE L CH. rv. ROME ET LES DÉBUTS DU MOYEN AGE. [N" 8o · texte numérisé non relu

LIVRE L CH. rv. ROME ET LES DÉBUTS DU MOYEN AGE. [N" 8o

nourriture spirituelle qui le rendit capable de grandes choses. Sans doute, il faudra encore un long travail moral avant que les Francs soient mûrs pour leur destinée et aient opéré la fusion du génie germanique avec la civilisation latino-chrétienne. Jusque-là il s'écoulera encore des siècles. Souvent, sur cette route parcourue à travers les âges, le peuple prédestiné sera sur le point de succomber sous l'aflicMi funeste de l'indomptable esprit de liberté de la nation, d'une part; de l'autre, sous l'ambition démesurée et l'humeur belliqueuse de ses princes.

En fait, deux ennemis retardèrent surtout le moment où les Francs purent prendre leur future place vis-à-vis de Rome et de l'Église d'Occident : le sentiment outré de la liberté personnelle dans les différentes classes du peuple; et, chez les princes mérovingiens, l'extrême dissolution et l'égoïsme promoteur des luttes intestines. Pour modérer, pour purifier ces deux tendances, i] fallut la lente et patiente aétion de l'Église. Mais la conscience de la liberté et l'autorité des princes maintenues dans de justes bornes, devinrent deux éléments de salut dans le vieux monde épuisé. Il était tout à fait dans la nature de l'Église (comme on a pu le remarquer dans maintes occasions) de favoriser l'autorité et la liberté considérées toutes les deux dans un sens juste. Les nouveaux peuples, et plus tard les Francs, en firent la bienheureuse expérience. I^es deux principes personnifiés par eux firent circuler un sang nouveau dans les veines de l'humanité.

Tout d'abord le noble amour des Germains pour la liberté : le système législatif et administratif des Romains ne permettait guère à la liberté personnelle d'arriver à un parfait développement; et ta bureaucratie servile des derniers temps de l'Empire la réduisit presque à n'Être qu'un mot vide de sens ; la politique du haut moyen âge fit une bien plus large place à la liberté et à l'aftion personnelle. Secondement l'autorité des princes : l'empereur de Rome était en principe l'unique maître; le moyen âge reconnut dès son origine une foule de princes indépendants et rivaux subsistant côte a côte; leur souveraineté était fortifiée par la croix qu'ils portaient sur leurs insignes. Sous les différents sceptres dont les peuples réunis ensemble formaient une grande famille chrétienne, s'opéra le développement du génie national des différents pays, d'une façon que l'État romain avec sa législation uniforme pour tous n'avait jamais connue.

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