‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 41 sur 165 · II. — Rome et les Barbares · texte numérisé non relu

II. — Rome et les Barbares

8i. Ainsi que nous l'avons vu ci-dessus, Rome et l'Italie devenues la proie des troupes ariennes et païennes d'Odoacre, se courbèrent après la chute de l'empire sous la domination des Barbares. C'était pour l'antique capitale du monde une situation humiliante et d'autant plus étrange que Rome devait subir un vainqueur d'une confession étrangère. Ces barbares étaient ariens et une partie de leurs mercenaires étaient encore retenus dans les liens du paganisme.

C'est avec une véritable tristesse que le Romain, plein de dévouement à son Église, dut voir les compatriotes de l'hérétique Odoacre établir l'exercice public du culte arien dans la sainte cité des apôtres et des martyrs.

Une antique église, témoin de la domination arienne, subsiste encore aujourd'hui à Rome. C'est Sainte- Agathe in Suburra ou l'église gothique. Elle était déjà sous Ricimer construite et décorée. Son plan (fig. ig)' nous offre un excellent modèle d'une petite basilique de cette époque de Rome. Ricimer y fit placer une grande mosaïque (fig. 20)" qui décorait l'abside et représentait le Christ assis sur le globe terrestre et entouré des douze apôtres. Cette mosaïque se conserva, avec l'inscription de Ricimer, jusqu'en l'année 1589 où elle fut détruite. Grégoire le Grand consacra cette église au culte catholique au commencement de son pontiBcat (590-604). Par son récit de la consécration, on comprend la vive antipathie et l'horreur que durent éprouver les Romains catholiques pour les lieux de culte de l'étranger hérétiques.

Le Romain patriote et civilisé de cette époque ne pouvait donc que se laisser envahir par l'angoisse et le souci du sombre avenir quand il laissait errer ses regards sur les États des nouveaux peuples et les ruines de l'antique empire d'Occident. Plus d'un proclamait hautement que le monde romain tout entier touchait à sa fin. Beaucoup durent attacher une importance spéciale au refus d'Honorius de faire une place, parmi les fêtes célébrées à Rome en 404, à la principale solennité commémorative de l'ancienne Rome, à ces ludi saeculares qui

' Rohault de Fieury, Lês Saints de la Messe, t. II, pi. 119. L'atrium a été transformé en salle à l'époque moderne. Toute l'église d'ailleurs a été fort modernisée.

- GarruGci, Artc cristiana, pi. 240, fig;. z. Ciampini, à qui l'on doit celte représentation, a malheureusement modernisé le caraflère des ligures encore plus que n'avait (ait le dessin de la Vaticane signalé dans la noie

3 L'inscription portait : fl- kicimer- v- i-

MAGISTER VTRIVSQVE MILITIAE PATRICIVS KT EX CONS- ORD. PRO VOTO SVO ADOR- NAViT. Elle se trouve avec le dessin de la mosaïque dans le Cod. vat. 5407 d'où Ciampini {Vel. monimenta, t. I, c. 28, pi. 77) a pris le tout, sans que l'ordre des apôtres soit sûr.

Cf. aussi le dessin de Garrucci, Storia dtl-

r arle L IV, p. 49-50 et pi. 2^0; et Miintz, The lost Mosaics 0/ Rome, part. 1, n. 3, dans The American Journal 0/ Archaology,]n\y- Sept. liiSe, p. 308-312. Cf. du même : Études iconogr. et arthéologigues sur le moyen âge, I" série (Paris, 1887), p. 65-74 : Décoration d'une basilique arienne au V' sUcle. Sur la mosaïque, on voyait S. Pierre portant les cleis dans les plis de son pailium. Pour l'église de Sainte-Agathe in Suburra, cf. Laurenti, Storia délia diaconia di S. Agala, Roma, 1797 (p. 7, sur la mosaïque); Ciampini, loc. cit., et Oscar Mothes, Die Baukutut des MittelalUrs in Italien, t. I (jena, 1884), p. 84. Pour Grégoire le Grand, cf. Greg. Dial. 3, c. 30; et Greg.

Registrum ^a. 19.

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