‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 45 sur 165 · I06 LIVRE I. CH. IV. ROME ET LES DÉBUTS DU MOYEN AGE. [N · texte numérisé non relu

I06 LIVRE I. CH. IV. ROME ET LES DÉBUTS DU MOYEN AGE. [N

reste les mœurs antiques se maintenaient; et, soit dans la vie publique, soit dans la vie privée, la ville portait profondément empreints en elle les traits de l'époque classique.

" Cette ville ", s'écrie un contemporain, et ses paroles, en dépit de la décadence, conserveront longtemps encore une certaine vérité, "est le domicile des lois, le champ des arts libéraux, le palais des honneurs; elle est la cime du monde et la patrie de la liberté (la liberté au sens antique romain); il n'y a d'étranger, dans cette ville unique, que celui qui veut rester Barbare ou que l'esclavage retient loin de ses biens " '.

Ces paroles sont adressées à un seigneur gaulois d'une ancienne famille et sont destinées à l'inviter à venir troquer à Rome sa villa natale, où il est entouré de Barbares, contre un service à la cour. Figurons-nous qu'accompagné de sa suite gauloise ou germanique, il soit en effet venu et que les nouveaux hôtes se soient rencontrés pour la première fois avec la vie romaine; quel contraste avec les usages de leur patrie ne durent pas leur offrir la ville el ses habitants! Nous ferons passer sous les yeux dans le tableau suivant quelques traits que l'on rencontre chez les écrivains d'alors. Que le lefteur les considcre en se mettant à la place des voyageurs ci-dessus mentionnés, pour lesquels la vie classique est quelque chose de nouveau. Il peut paraître singulier à maints de nos contemporains que Rome eût gardé intafts et immuables certains usages du monde antique, alors qu'alentour la face de la terre avait changé.

93. Pour commencer par l'un des centres de la vie antique à Rome, on voit encore les anciens thermes de la ville constamment en usage. Leur visite continue toujours à être l'une des formes de la vie sociale. Mais les chrétiens civilisés font une distinflion dans le choix des thermes. Nous savons que Consentius,un des amis de Sidoine, ne veut faire usage que de ceux où l'on donne satisfaction à la pudeur chrétienne, les bains étant privés. Il les préfère aux thermes, que, comme il dit " Néron et Agrippa ont donné à la ville et que l'empereur dont le buste orne Salone (Dioclétien), a légué aux citoyens"". Ainsi donc ces gigantesques thermes impériaux continuaient à offrir aux Romains la fraîcheur et des lieux de réunion.

Quant aux jeux du cirque, nous apprenons que le peuple se passionne toujours pour les quatre couleurs des coureurs : le blanc, le bleu, le vert, le rouge, dont les querelles l'avaient jadis tenu en haleine. Les milliers de partisans des jeux se distinguent en camps séparés d'après le parti auquel ils appartiennent^.

Mais les joyeuses fêtes du cirque continuent d'être interrompues par le cri du peuple qui demande du pain. Déjà dans l'antiquité, l'intérieur de l'amphithéâtre et du cirque était le champ cla.ssique de ce cri; à présent encore, il )' retentit d'autant plus fort, que la misère est devenue plus grande dans Rome si souvent assaillie et assiégée 4.

A présent comme auparavant, il incombe au préfet de l'annona et au préfet de la ville de prendre soin de la frumentaiio. Théodoric accepte cette

■ Sidoine, 1. I, ép. 6 ad Eutropium (Mipne, 1 venetus, virens rubensque.

l. LVIII, col. 45S; Lueijohann, p. 9). [ 'Sidoine, I. I, ép. 10 ad Campamamt"

'Carmen 23 ad Consetttium,\. 495 el s. 1 {Mifine, col. 465; Lueijohann, p. 16) dil

(Migiie, col. 744; Luctjohann, p. 261). encore de son leraps ; Vereor ne famem

il/iid., V. 325 et s. {M igné, col. 739; Luet- populi romani theatralis caveae fragor ii-

Johann, p. 257) : Mkanl i:olores \ Aldus vil , sonet.

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