CHAPITRE V
Transformation extérieure de Rome. Coup d'œil sur la ville au temps des empereurs. Le tombeau de saint Pierre.
99- L'histoire de Rome au moyen âge comprend d'un côté Rome comme ville, et doit, sous ce rapport, considérer avant toutes choses son développement extérieur, sa manière d'être, ses destinées locales, aux difi'érentes époques; d'un autre côté, elle comprend aussi le rôle de Rome dans son influence civilisatrice qui s'étend bien au delà de ses murailles, rôle qui tient surtout à sa dignité comme siège de la hiérarchie.
Les deux éléments sont presque aussi unis l'un à l'autre que l'âme et le corps.
■ Claudii Kutilii Namatiani Ue reditu sue, ! t. LXV, col. 131) : Quant speciosa potest fsse I. 1, V. 47 et S9., éd. Luc. Millier (1870), p. 2, Hierusalem coelestis, si sic fulgel Roma ter-
' Vila Fuigtniii, c. 13, S 27 (Migne, P. /,., | restris! HUt. de Rome. — 8
114 LIVRE r. CH. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N° iCC
L'élément universel prête à l'élément local une vîe morale ec lui donne r. véritable intérêt historique. Dans Rome où tous les événements du monde. . l'époque antique comme à l'époque chrétienne, se touchent et laissent leurtraces, la topographie a par là même un puissant intérêt historique. Elle m3::i. le terrain de l'aflivité intellectuelle et ecclésiastique de Rome.
Avant donc de nous occuper de l'histoire ancienne de la hiérarchie dari' Rome, nous devons présenter au lefteur une image exafte de la ville, aussi br de la ville antique et classique que de la ville chrétienne; et de l'aspefl qte'r présentait à la fin de l'empire d'Occident La Rome du moyen âge ne peutt" ni comprise ni estimée sans la Rome antique d'où elle est sortie. C'est pouqu il est nécessaire de s'arrêter un certain temps sur l'état de la ville avant J7 Mais comme les monuments primitifs de la religion chrétienne vicnnci!". ■ placer comme d'eux-mêmes dans le cadre de l'antiquité, l'avenir et le pa» ■■ fondent dans une seule image. C'est le passage de la Rome païenne et iir.; riale à la Rome chrétienne et plus tard pontificale. Le présent chapitre io:i. une partie essentielle de l'esquisse de cette grande transformation du mer. païen en monde chrétien, du monde classique en monde médiéval, tran>" mation que nous devons considérer dans Rome et dans la papauté,
La première question est de savoir par quels moyens et dans quelleme-nous pouvons connaître les rapports topographiques de l'antique Rome avcc nouvelle. En d'autres termes : quelles sont les sources de la topographie ei : peuvent-elles nous conduire aujourd'hui? Maint lefteur étranger à ces di pourra être surpris de voir par les détails où nous descendrons sans nous anèit des considérations générales, combien les sources que l'on possède, malgré loties pertes, sont précises et instruflives et avec quel bonheur elles ont été exp' tées par la science des dernières années.
I. — Traces de la transformation de Rome dans les plus anciens pin'et les plus anciennes descriptions.
lOo. La plus importante parmi les sources anciennes de la topographie- Rome est malheureusement à enregistrer, pour la plus grande partie, dan^ catalogue de ce qui est perdu. C'est le plan en marbre de la ville, du temp; Sévère. Nous aurions sous les yeux comme un miroir de Rome, si la cék^ Forma urlii's des deuxième et troisième siècles après J,-C. était parvenue ; entier jusqu'à nous.
Le plan couvrait jadis sur une immense étendue le mur nordHauf^: - " temple de la ville sainte " (église des Saints C6me et Damien). Du parvîj •■ temple de Vespasien consacré à la Paix, on pouvait, en regardant ce oconsidérer le réseau des rues de Rome, apprendre à connaître les plans i' monuments et lire les noms des plus importants bâtiments et palais. Le temp de la sacm iirbs avait été choisi pour cet usage parce qu'il servait de dépôt i'archives censoriennes et aux plans cadastraux. Le mur et le plan embraîs.iiL'"vingt mètres de large sur presque dix-huit de hauteur. L'échelle adoptée"semble-t-il, du 250*; le plan eut pour base le nouvel arpentage de la m ■ordonné par Septime-Sévère '.
' Hiilsen, Buileti. archeol. comm., 1S93, ■ Rom, 2" éd. (1901), p, 3 et suiv. Canii» ' d, ijo; O. Rkhter, Topographie lier Sliuii j déjà le même seDliment sur la propoiOD"
N'o lOO.] ANCIENS PLANS ET DESCRIPTIONS. IIS
I^ ligne d'orientation se dirigeait du nord-ouest au sud-est de la ville, non comme sur les plans d'aujourd'hui du sud au nord, ni du nord au sud comme ce fut l'habitude depuis Auguste, habitude constamment imitée au moyen âge. On choisit vraisemblablement cette orientation anormale parce que les monuments les plus importants et nommément les nouvelles construftions de Sévère au Palatin, se déroulaient mieuk ainsi devant les yeux du speftateur'.
Cet imposant plan en marbre de Rome a survécu à l'antiquité; mais à une époque inconnue du moyen âge, il fut détruit. Peut-être fut-il arraché dans un tremblement de terre ou se détacha-t-il peu à peu pour se briser ensuite sur les dalles du Forum de la Paix. I! aurait été alors recouvert par d'autres décombres ou enlevé avec eux.
Plus tard on prit soin d'en rassembler les différents morceaux. Les plus anciens fragments ainsi recueillis que l'on connaîs.se (ils sont au nombre de 92) furent, sous le pape Pie IV (1559-1565), trouvés dans une fouille au pied du mur. Ils furent dessinés et formèrent aussitôt un objet d'étude. En l'année 1742 tout ce qu'on en conservait fut fixé aux murs de l'escalier du musée capitolin; les morceaux manquants furent restitués, d'après les anciennes copies. Là sur les degrés, ils captivent encore aujourd'hui l'attention des visiteurs du musée. A notre époque on trouva de nouveaux fragments, mais moins importants, dans les années 1867, 1882, 1884 et 1S88. Ils furent trouvés non seulement dans le voisinage du lieu consacré autrefois au plan, mais aussi sur d'autres points de la ville où ils avaient été transportés. C'est ainsi que les fragments découverts en 1888, au nombre d'environ 200, le furent derrière le palais Famèse dans un antique mur adossé au Tibre pour lequel ils avaient servi de matériaux ^
Enfin en 1890, dans l'espérance de retrouver de nouveaux fragments de cette inestimable source topographique, on fit de nouvelles recherches à la place qu'il occupait, sous l'antique mur du temple. On fouilla jusque sous le pavement de l'ancienne place enfouie à sept mètres au moins de profondeur au-dessous du jardin du cloître aéïuel des Saints Côme et Damien; maïs, en dépit des recherches, on ne trouva que quelques fragments sans importance du trésor désirés. De nouvelles trouvailles ont été faites en 1899 sous ie palais Farnèse; une des plus remarquables est un fragment avec l'inscription LVDVS MAGNVS. Actuellement on a réuni dans !a cour du musée du Capitole, sur une seule muraille, les différents fragments, autant que possible, dans leur ordre primitif.
Peut-être, dans l'avenir, le hasard fera-t-il découvrir de plus grandes richesses dans d'autres monuments plus ou moins éloignés. Aujourd'hui encore on voit au mur les traces du plan de marbre qui y était jadis et des boulons de fer à l'aide desquels il y était fixé 4.
■ Anton Elcer, De forma urtris Romat dtque Capitolin on a marque d'une astérisque les orbis afUiqui faeie. Diss. 1, z{Bonnae, 1891); O- Richter, dans un art des Gëltinger gelihrten Anzeigen^ 189a, p. 153, et dans sa Topographie, quo supra. Hiilscn avait déjà établi l'orientation du plan de Septimc Sévère, dans les Millheil. des arckàolog. Instituts, Rom, Abth.,\. IV {1889), p. 79.
' Le Cod. Vat. 3439 contient la copie des morceaux recueillis sous Pie IV. Au Musée
dessins. Sur les fouilles de 1888, cf. NoHgie degliscavi, 1888, p. 391, 437 « 569.
^ Notizie degli icavi, 1S91, p. 134.
'On trouvera dans ] or Aaxi, Forma urbis Roinae regionum XIV [ViczoX., 1874), pi. 35, une intéressante reprodurtion du mur, avec les dimensions des anciennes plaques de marbre, encore reconnaissables.
Il6 LIVRE 1. CH. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N" 101.
L'étude scientifique des fragments de la Forma urbis a considérablement profité à la topographie de Rome surtout depuis la publication de l'ouvrage de Henri Jordan, qui s'imposa la tâche d'en remettre en ordre les énigmatiques fragments et de retrouver leur place primitive (fig. 27)', problème à la solution duquel travailleront longtemps encore le génie et le hasard.
101. Il existe cependant des sources écrites qui, sous plus d'un rapport, nous donnent de meilleurs résultats pour la connaissance de la ville antique. Nombreux sont les passées des auteurs classiques où il est question de la topographie de la ville. A la vérité, ce sont habituellement des expressions fugitives et occasionnelles. Dans ces derniers temps ces textes ont été de nouveau examinés en grande partie à l'occasion des fouilles; et, à la lumière des décou-
Fig. 37. Fnigmenta du pUn de Sévère : le Fomm, la basilique Julia, la Grecostassi, le temple de Citsioc.
vertes modernes, on peut en tirer maintes explications qui jusqu'alors étaient restées cachées derrière l'obscurité des expressions, aux regards scrutateurs des philologues et des archéologues. Les services rendus en ce sens par Giovanni Battista de Rossi, Christian Hulsen, Rodolfo Lanciani, et d'autres encore, mériteront toujours la reconnaissance.
Au nombre des sources écrites nous ne comptons naturellement ni Publius Viflor autrefois tant estimé, ni Sextus Kufus. Ces écrivains soi-disant anciens ont été depuis longtemps déjà reconnus comme l'œuvre de faussaires. Les HvR-â sur Rome que l'on a sous ces noms ne sont autre chose que d'arbitraires amplifications d'une des plus importantes sources antiques que nous possédions concernant la topographie de la ville '.
La source en question est le catalogue des régions de Constantin, habitudlement nommé description des régions au quatrième siècle.
'^^umti&et, UeaktnaUr, t. 111, p. 1461.
L'orientation est inverse de celle qui esi aujourd'hui en usage; et c'est pourquoi le temple de Castor est à droite. La position des deux autres fragments est problématique.
' De Rossi, NoU di topografia romatta, dans
les Siudi e documtntî, 1882, p. 49. C'esii Emiliano Sarti que revient le mérite d'avoir découvert le faux. Bunsen parle d'une publication sur ce sujet que projetait ce savant distingué {Beschreibung lier Stadl Rom, \,\,^ l'J et3utv.).Cf.Richter,r()^,fm//*w',a"éd.,p.8,9.
No lOI.] 1. ANCIENS PLANS ET DESCRIPTIONS. 11/
Ce catalogue, qui se rattache au nom du premier empereur chrétien, donne la liste des quatorze régions municipales établies par Auguste, et signale sommairement pour chacune d'elles un grand nombre de monuments et de rues. Le document indique donc d'une manière générale le contenu et les limites de chaque région. On a pu prouver qu'il a eu pour base un plan de la ville du temps de Constantin et qu'autrefois il en était accompagné dans les manuscrits. La carte est hélas! perdue. Les manuscrits parvenus jusqu'à nous ne contiennent pas non plus le catalogue dans sa rédaction primitive, mais dans deux remaniements peu postérieurs à Constantin. Le plus ancien est connu sous le nom de Notitia. II date de 334 et forme une partie de la chronique de la ville et de l'Etat rédigée dans cette même année et connue sous le nom de Fhilocaius. La seconde rédaftion s'intitule " Curiosités des quatorze régions de Rome ". Elle fut écrite en l'année 357 ou peu après. Dans le Curiosum le catalogue de Constantin est reproduit plus fidèlement que dans la Notitia. Mais les deux rédactions laissent entrevoir que, pour établir le catalogue, on a utilisé des formulaires beaucoup plus anciens qui nous reportent Jusqu'au premier siècle'.
La " Notice " et les " Curiosités " sont accompagnées de deux appendices statistiques, dans lesquels les monuments sont classés suivant leurs genres. Le second et le plus sommaire de ces appendices est désigné sous le nom de Breviarimn. Les deux rédactions ont ce point de commun qu'elles ne mentionnent aucun édifice du culte chrétien, et ne se préoccupent que des construflions classiques. On peut en conclure que leur prototype, le catalogue Constantin ien, ne contenait pas davantage les églises de la ville. On prendra une idée de la fameuse " description par régions " dans le fragment que nous en donnons ci-dessous et qui concerne la huitième région urbaine, ta plus importante de toutes; les monuments en sont indiqués d'une manière assez complète; les deux rédaflions concordent presque exactement sur ce point : " La huitième région, y est-il dît, qui porte le nom de Forum romain ou grand Forum, contient les trois rostres, le génie du peuple Romain, le sénat (la salle de la curie), l'atrium de Minerve, le forum de César, celui d'Auguste, celui de Nerva, celui de Trajan, le temple de Trajan, sa colonne creuse avec escalier à vis, haute de 127 pieds, avec 180 degrés et 45 fenêtres; elle contient aussi la 6^ cohorte des vigiles (c'est-à-dire leur caserne), la basilica argentaria, le temple de la Concorde, le temple de Saturne, celui de Vespasien et Titus, le Capitole, le milliaire d'or, le vicus iugariuSf le graecostadium, la basilica Inlia, le temple des Castors, Vesta, les Horrea agrippiana, l'eau avec les quatre poissons, l'antre de Cacus, te Portiats Margaritaria, VElephas kerbarius. La région a 34 vicî (ou quartiers), autant à'aediculae (temples des Lares compitales, égaux en nombre à ceux des quartiers), 48 vicomagistri, 2 curatores, 3480 insulae (ou maisons en location pour les gens de petite condition) 130 domus (ou palais), 18 korrea, 85 balinea (pour balned), 120 lacus (fontaines avec bassin), 20 pistrina (boulangeries publiques pour l'annonc. La superficie de la région est de 13067 pieds>. "
' Jordan, TopograpMe dtr Stadt Rom
Regionm dtr Stadt Rom { 1 8
du catalogue).
' Richter, p^. 373, met entre ses les additions faites p3.r la '
'. ; Preller, Die S); Richter, p. 6 î bonne édition
au texte : Gem'um popuii romani (aureum et equiim Constantini) ... Tempium Ccncordiae (umbilicum Romae) ... Vicum iugarium (el unguentarium) ... Horrea (germattieiana et) agrippiana. La coiumna cochlii de Trajan avait d'après la Notitia iS;
1 18 LIVRE 1. CH. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N"^ I02. lOJ.
Telle est la manière succin£le dont le catalogue constantinien donne les renseignements authentiques, que l'on doit toujours utiliser en première lipe quand on s'occupe de la topt^raphie de Rome.
102. Nous avons un recueil analc^ue du V* siècle, mais il est beaucoup plus maigre et dépend étroitement du précédent. Il fait partie du Latercu/ui ou Calendrier de Polemîus Silvius (449) oij il forme le chapitre intitulé : Quae sinl Romae. L'auteur, vraisemblablement un ecclésiastique, passe absolument sous silence les noms des temples païens. Quant aux lieux du culte chrétien i Rome, sans nommer les églises, il donne du moins cette indication générale : on y trouve " des bâtiments religieux avec d'innombrables cryptes des martyrs. " On voit que le " Laterculus " prend la peine de s'écarter un peu de l'antique forme de ces catalogues officiels ',
Un recueil du VI^ siècle, celui de Zacharie de Mitylène, n'est que la reproduftion des breviaria susnommés, avec des additions insignifiantes. Évêque de Mitylène en Lesbos, Zacharie traduisit les breviaria dans son Histoire de l'Eglise en grec, dont nous avons conservé une traduction syriaque; les quelques additions qu'il fait à ses sources sont de caraftère purement légendaire. Et leur importance consiste justement en ce qu'elles forment le point de départ de cette littérature légendaire sur Rome, que nous rencontrons notamment dans les Mirabilia urbis Romae du moyen âge. Pour la topographie des anciennes églises, il n'y a malheureusement rien à prendre dans l'œuvre de Zacharie II est remarquable que l'auteur, dans ses descriptions toutes mécaniques, n'ait pu réprimer un cri douloureux sur le destin de la ville pillée par les Barbares. Il exprime en même temps l'espérance que Rome retrouvera une gloire nouvelle et plus belle encore, parce qu'elle est l'honneur de l'empire romain".
Sur l'origine et le nombre des églises chrétiennes, il faut s'en rapporter tant au fameux Liber pontificalis, qui mentionne les constructions d'églises, d'une façon d'ailleurs fort incomplète, qu'aux listes que fournissent les souscriptions de certains conciles de Rome, et aux renseignements que l'on peut puiser deci de là, notamment dans les itinéraires particulièrement instructifs et intéressants des pèlerins romains.
103. Ces itinéraires forment toute une littérature spéciale. De bonne heure on rédigea, pour l'usage des nombreux pèlerins de Rome, des listes des curiosités et sanctuaires, avec indications topographiques et historiques. Les itinéraires parvenus jusqu'à nous s'occupent particulièrement des catacombes et des inscriptions. De Rossi en a donné un recueil au t. 1 de sa Ronia sotterranea et au t. II de ses Inscriptiones. Le plus important, en ce qui concerne les églises
' Laterculus Polemii SilvU, éé. Mommsen J.-B. Chabot a publié, en même temps que le
(Afon, Gerrn. hisl., Auéî. antiç., Chron. mi- texte, une traduction française de la double rtnora,\.. I), p. 545. ' cension syriaque dans la CAromyH^iifcil/irAt/
' Ign. Guidi, // testa siriiuo délia descri- le Syrien, t. I, fasc. 1 {Paris, 1899), p. 81-82
tioHe di Roma nellic storia atlribuila a Zac- et t. II, fasc. 2(1902), p. 241-343. Les ancien-
cariii, à3\M\c BulUtl, arch.com., 1884, p. 218 nés éditions, par le cardinal Vi^\{S(ript. -•■et.,
d'aprËs le Cad. vat. syr. 14J. Guidi a indiqué t. X, préface, p. XUl) et autres jusqu'à Jordan
{iliid., 1891, p. 5i) un nouveau manuscrit du {Topographie, t. II, p. 575), sont entiiiremeni
texte syriaque dans un exemplaire de l'His- h. négliger. Zacharie compteen tOul24"éBli-
toireecclésiasiiquede Michel I (mort en [199), ses catholiques " à Rome, défalcation faite de^
qui se trouve en possession de l'evéque syria- "basiliques des saints apôtres''. Mais ses chif-
que de Bajfdad, Mgr Rahmani. M. l'abbé fces ont été souvent corrompus par le copiste.
N" 103.] I. ANCIENS PLANS ET DESCRIPTIONS. Iig
de la ville, est l'itinéraire intitulé : " sur les sanctuaires des martyrs, " publié dès 1729 par Eckart et dont de Rossi a donné une nouvelle édition basée sur deux manuscrits de Salzbourg, conservés aftuellement à Vienne. 11 fournit notamment dans un chapitre final la liste des " basiliques des stations " de Rome, c'est-à-dire des églises où avaient coutume de se tenir les assemblées litui^iques des stations. Ce petit écrit, œuvre d'un pèlerin allemand, date du pontificat d'Honorius I (625-638); mais il semble avoir pour base une compilation plus ancienne, qui remontait au moins à Pelage II (579-590) '.
L'itinéraire d'EinsiedeIn est encore plus précieux parce qu'on y saisit aussi le côté profane. Il est de la seconde moitié du VIII= siècle. Sous la simple forme d'un guide, qui donne l'un après l'autre les noms des lieux et des monuments, l'auteur inconnu nous offre un tableau de Rome, telle qu'elle était longtemps avant lui, i l'époque de transition de l'antiquité au moyen âge, et ses renseignements topc^raphiques sont relativement fort précis. Il parcourt la ville éternelle en différents sens, notamment d'une porte à l'autre, et nomme sur le parcours une .série de bâtiments tant antiques qu'ecclésiastiques, tant dans le voisinage immédiat qu'à une certaine distance du chemin, en ayant bien soin de distinguer leur emplacement à droite ou à gauche de la route. Quant aux temples païens d'autrefois, il ne s'en soucie presque pas. Le livre ou rouleau (car il devait avoir la forme d'un rouleau que l'on développait en suivant son chemin) devait être accompagné d'un plan de la ville; en tout cas les noms qu'il cite semblent empruntés à un plan ou disposés par rapport à lui".
Les nouvelles fouilles ont rendu de plus en plus sensibles les services qu'on peut demander à cet itinéraire pour retrouver, au moyen des grands chemins suivis par les pèlerins qui venaient à Rome, les traces des routes de l'ancienne Rome impériale. On remarqua qu'elles concordaient ensemble, que les anciens grands chemins de Rome sont demeurés les mêmes jusqu'aux temps de l'Itinéraire d'EinsiedeIn, c'est-à-dire jusqu'à l'époque de Charlemagne. Pour les grands monuments aussi la physionomie de Rome ne s'était pas essentiellement altérée au VIII« siècle. Le plan de la ville qui servit à l'établissement du guide des pèlerins doit avoir correspondu à peu près à celui du catalogue constan-
' De Rossi publie les itinéraires aux pages 138 et ss., 176 et ss. du t. I de la Roma soit. Le De locis sattHis martyrum guae sunt foris crvitatis Romat se trouve dans Eckart au t. I, p. 831, des Comment.
de rébus Francor. oriental.; dans de Rossi, loc. cit., p. 138, d'après les mss. 1008 et 793 de la bibliothèque de la cour à Vienne.
Le chapitre final, sous le titre Istae vera eeelesiat intus Romae kabentur mentionne 21 basiliques et laisse en blanc la place de S autres basiliques. Il fournit des remarques historiques importantes pour quelques-unes de ces z[ basiliques.
- Lanciani, L'itirterario di Einsiedeln e l'ordine di Benedetlo canonico, au t. I, fasc. 3 (1891), des Monumenti attticki pubblicati per cura délia r. accadetiiia dei Lincei, p. 438 et suiv. Cette publication fort méritoire, accom-
pagne le texte d'explications topographiques. Pour les impressions anciennes et la littérature de l'Itinéraire d'EinsiedeIn, je renvoie à Lanciani, ibid., p. 438; Richter, 3' éd., p. 13 et ss.; Corpus Inscript, lai., t. VI, p.lXelss. La première édition en a été donnée par Mabillon en 168; au (. IV de ses Analefla. Le manuscrit du IX' ou X. siècle {Cod. Einsicid. 326) appartenait autrefois au monastère suisse de Pfâfers ou PfefTers, mais il semble provenir de l'abbaye de Keichenau. Sur l'important recueil d'inscriptions romaines qui y est joint, cf. de Rossi, Inscr. christ., l. II, p. i,p, 9 et ss. (avec une nouvelle éd. de cette Sylloge EinsiedUnsis) et Grisar, Anale6la roinana, t. I, p. 133, mémoire 3 : Iscrizioni di Roma, z. 7, § $. On trouvera ci-dessous, à propos du Forum et de S. Maria antiqua un spécimen de l'Itinéraire d'EinsiedeIn.
tinien; cette carte, aujourd'hui perdue, n'était, si l'on peut dire, qu'une nouvelle édition, mise à jour, du plan de Constantin'.
Les siècles suivants, du IX* au XII*, ne nous livrent presque rien qui vaille la peine d'être relevé pour la topographie de Rome. Après ce long silence nous trouvons une nouvelle espèce de guide des rues de Rome dans VOrdo romanus de Benoît le chanoine (XII* siècle). C'est une sorte de programme des processions. Il s'était alors produit un changement considérable dans la topographie romaine : la ruine de la ville antique était si avancée que beaucoup d'anciennes rues étaient impraticables; beaucoup avaient complètement disparu et devaient être remplacées par des voies neuves et orientées différemment. On a récemment attribué aussi au chanoine Benoît la rédaction des Mirabilia Urbis Romae, guide de l'étranger tout bourré de légendes et d'erreurs, mais qui contient plus d'un renseignement utilisable ^
104. A la même époque à peu près que Benoît le chanoine, remonte le premier plan de Rome qui nous ait été conservé, si l'on peut donner le nom de plan à ce dessin qui est plutôt une vue. Le document se trouve à la Vaticane dans un manuscrit du XIII* siècle. On en a récemment retrouvé une copie du XlVesiècle dans la bibliothèque de S. Marc à Venises.
Le XV^ et le XVI« siècle, avec leur passion pour les études classiques, nous ont laissé une vraie mine de travaux précieux pour la connaissance de l'ancienne Rome : nous voulons parier de ces copies d'inscriptions et de ces descriptions des monuments encore conservés de l'époque romaine, et surtout de ce trésor d'esquisses architefturales et artistiques que dessinateurs, peintres et architeftes rassemblaient à l'envi pour leurs études. De nos jours on a préparé un nouvel avenir à la topographie, en ordonnant et rendant accessibles ces nombreux albums d'esquisses. Sous ce rapport on a fait une riche moisson dans les bibliothèques de Florence, de Sienne, de Venise, de Rome et hors d'Italie dans celles de Paris, Berlin, Stuttgart, Oxford, Windsor, enfin dans celle de l'Escurial à Madrid.
D'ailleurs toutes ces sources manuscrites ne sont que comme les notes marginales du livre qu'est la Rome a£luelle avec ses restes de l'antiquité. C'est dans ses pierres que la cité elle-même a écrit son histoire de la manière la plus immédiate et la plus riche.
' Lancianl, loc. cit., p. 445 ; // doeuntento 4es Mirabilia, dans Af/ianges ^arehéolegii
ensiedltnu giova mirabihnettte per risaltre et d'histoire, XXIV (1904), p. 479. Le lexle
dalsecolo VIII ai buoni tempi deW impero e de \Ordo se trouve dans Migne, P. t.,
per riconoseere nelie vie battutt dai pdUgrini t. LXXVIII, col. 1025 el ss. Urlichs a re-
d" oîtremonte quelle stesse con le quali le me- cueilli toutes ces sources topographiques, y
morte dei classici ci hcmno reso famigliari. In compris Publius Viflor, dans son Codex ur-
altri termini, il documento è la planta dl bis Romae topagrapAieus (y/ircch\iTgi, 1871),
Roma piii antica, dopo çuella che ha servitc ouvrage qu'il serait urgent de refaire, puis-
allaeompilaxioHedeicataloghi[costantiniani]; que la plupart des textes qu'il contient onl
ansi io la credo un' edltione riveduta e aggior- été réédités sous une meilleure forme, ks
nata di quella stessa. Mirabilia, par exemple, par Parthey et mieux
' Sur Benoit le chanoine, cf. Lanciani, liiii, encore par Jordan, au t. Il de sa Topo-
p. 519; Jordan, t. II, p. 473 et 664. Voir aussi graphie.
Paul Fabre, Le Polyptyque du (haiwim 1 ' De Rossi, Plante icitograficke t prospei-
Benoit, dans Travaux et Mém. des Fac. de 1 //V^<rf/^c»(rt(i879),pl. I, d'après le ô»^ Kci/.
LilU, I, fasc. 3 (1889), qui fixe à 1142 la ré- I i960. L'autre ex em pi. est dans le Cod. Mort.
dactioD de cette œuvre; Duchesne, L'auteur , lai y^g.Jol.
Nos 105. 106.] II. LES FOUILLES.