‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 55 sur 165 · N" III.] III. LES PONTS ET LES COLLINES · texte numérisé non relu

N" III.] III. LES PONTS ET LES COLLINES

L'île était reliée à l'autre rive par le Pons Cestn, dit aujourd'hui Ponte Snti Barlolomeo (fig. 29"). La restauration que lui fit .subir Gratien en 370 lui fit donner le nom de Pons Gratiani; les travaux de cet empereur sont rappelés par la grande inscription qui se trouve à l'un des côtés du parapet. Avec Gratien on y nomme les co-césars Valens et Valentinien, et entre autres titres honorifiques ils y portent tous, bien que chrétiens, celui As ponîifex maximus qui en l'occurrence n'était qu'un nom vide rappelant simplement les droits purement extérieurs de l'antique pontificat suprême'. On voit encore dans le marbre les niches pour les statues de ces empereurs et "pontifes". Le pont de Gratien a survécu, à travers bien des difficultés, aux travaux modernes du Tibre. Démoli pendant les travaux, il a été reconstruit en 1892 avec les anciens matériaux, et prolongé. On put établir alors qu'une bonne partie des anciennes pierres avaient été prises sous Gratien aux murailles du théâtre voisin de Marcellus : l'on com-

Fig. 39. Le pont de Cestiiu avant la recODStniction moderne.

mença de bonne heure à Rome à restaurer les bâtiments municipaux aux frais des anciens monuments hors d'usages.

Ce pont possède une autre inscription en caractères de la décadence, qui nous apprend qu'au X« siècle, il était "presque détruit" quand il éprouva le bienfait d'une restauration de la part de Benoît, i//j«rt? urbis summus senatorA."

Le pont Emilien, dît aussi Palatin, le septième pont de Rome, était un peu au-dessus du pont palatin récemment établi, qui lui a emprunté son nom. On peut voir dans le lit du fleuve un reste pittoresque de l'ancien. Appelé au moyen âge pons major, fions senatorius, pcns sanSlae Marîiie, il subit maintes restaurations qui ne l'empêchèrent pas de tomber hors d'usage depuis 1598; il

' Empruntée à Lanciani, AneienI Rome, j le nom de Gratien ; ponUm felids n

p. 309. Sur le pont Cestius, voir M, Besnier, I Gratiani, etc.

l'/ic Tibérine, p. 106-119. I ^ Lancianî, NoHsit degli scavi, 1886, p. 159,

' Corpus inscripi. iat.,\. VI, n. 1175. Il est , et 5«//^«. arrfi'ij/. ftw»., 1893, p. 19, Hulsen,

vraisemblable que l'inscription se trouvait 1 Afi/lheil. dei archâol. Instituts, iS&ij, p. 3%2.

primitivement aussi surl'autre parapet. L'ins- • Corpus inscripl. lai., t.VI,n. 1175; Nibby,

cription spécifie que le pont ne portera que \ Roina antica, t. I, p. 173.

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demeura dans cet état de délabrement jusqu'en 1853 sous le nom àc ponte rotto, et depuis cette époque il commença de nouveau à rendre quelques services comme pont suspendu.

Le huitième pont, le respeélable pons Sulilicius, le plus ancien de Rome, était en bois, ce qui en rendait la démolition plus facile en cas de besoin. Les souvenirs religieux des premiers temps de la ville qui s'y rattachaient lui valurent d'être respefté par toute l'antiquité païenne. Il fut détruit à une date inconnue. La conjefture la plus vraisemblable sur son emplacement le met au commencement de la Ripa grande afluelle. Les travaux du Tibre ont fait retirer du fleuve en cet endroit des restes de piliers demeurés visibles. D'autres le placent au-dessus du pont Émilien'.

Il y avait aussi jusqu'à une époque récente, des débris du neuvième pont antique, le Pons Probi, qui conduisait de la Marmorata jusqu'à la région de l'hospice aftuel de S. Michel. L'empereur Théodose le rétablit et il paraît sous le nom de Pons in ripa roniaea.

Nous croyons avoir épuisé dans l'exposé qui précède, à l'aide des dernières découvertes et recherches, la question, jusque-là fort débattue, des ponts de l'ancienne Rome».

1 1 2. Parmi les sept collines de Rome, le Palatin, la première habitée, offre un centre naturel. La Velia lui forme au nord comme une sorte de pont, une avantcolline; au sud il fait vis-à-vis à t'Aventin, qui domine de sa hauteur le cours du Tibre, avec ses pentes verdoyantes et enchanteresses. Sa partie basse fort étendue, avec les églises de Saint-Sabas et de Sainte- Balbine, s'étend au sud-est dans la vallée jusqu'à la voie appienne. Au nord-ouest du Palatin se dresse une autre colline, le mont Capitolinus. Au nord-est le Quirinal se reliait au Capitule par une sorte de selle; elle fut détruite à l'époque impériale dans les travaux d'établissement du Forum de Trajan. Le Quirinal est assez étendu au nord et à l'est De ce côté il forme une espèce de plateau, duquel descendent vers le Palatin deux autres collines, le Viminal et l'Esquilin. L'Esquilin possède deux promontoires, auxquels on a donné des noms spéciaux : au nord le Cispius, au sud rOppius; le creux qui les sépare s'appelait dans l'antiquité Fagutal. La septième colline enfin, le Cœlius, se dresse au sud-est du Palatin, dont elle est séparée par une profonde vallée. Elle n'a aucun lien avec les autres collines qui entourent le Palatin; par les hauteurs qui se prolongent à l'est et où se trouve la basilique de Latran, elle va se perdre doucement dans le haut plateau qui forme la partie orientale de Rome. Ce haut plateau situé entre le palais sessorien (Sainte-Croix de Jérusalem) et la porte tiburtine, était le point où débouchaient

' Kichter, Topographie, 2' éd., p. 51. 1 le pont de Néron, on a un total de neuf

Sur le nombre des ponts, il y a une con- ponts. Cf. Richter, Topographie, p. 68 ei

fusion même dans le ratalogue de Constan- I suivante, ainsi que ta biUiographie de la

lin, qui n'a point conservé exaflement l'ordre page 51, n. I. — Sur les recherches de

lopographique dans lequel ils se suivaient. Mayerhofer sur les ponts et les portes de

Dans son nombre de huit ponts il fait ren- Home dans ses Geschiehilich lopographis-

trer le pons Motvius (pont Milvius de la cken Sludien iiber dot alte Rom (Mùncben,

voie Flaminienne), qui était hors de Rome, . 1887, Programm des Lud'wigs-GymnasiW"),

au lieu du pont d'Atjrippa que nous avons 1 cf. Hiilsen, Miftheil.des archaotog. Imtituti,

compris dans notre calcul. £n y ajoutant . 1889, p. 232.

N" 113]. m. SITUATION DE LA VILLE. LES PONTS ET LES COLLINES. 129

presque tous les anciens aqueducs. De la hauteur il était plus facile de répartir l'eau dans les divers quartiers.

Une autre colline, le Pincio, au Nord du Quînnal, et les deux hauteurs de la rive droite, le Janicule et le Vatican, ne sont point comprises dans les sept collines, quand on en parle au point de vue du développement historique de la citi!. Le Mons iestaceus, au sud-ouest de la ville, n'est pas une élévation naturelle, mais ne s'est formé que graduellement, comme en témoigne son nom antique, dans la période qui suit Auguste, par l'accumulation des débris du marché ou etnporium.

113. Les dépressions qui séparent les collines étaient jadis beaucoup plus importantes que de nos jours, surtout depuis que, pour faciliter les relations commerciales, on s'est efforcé de les égaliser de plus en plus.

A l'époque antique, par exemple, le voyageur qui, venu de la voie appîenne, entrait au sud dans la ville et s'approchait du Cirque Maxime par la Via nova {antoniniana) devait traverser ta profonde vallée connue sous le nom de Piscina piibUca. Le pont de Trajan, lancé hardiment du Cœlius à l'Aventîn pour la conduite des eaux Marcienne et Claudienne, dressait au-dessus de cette vallée, à une hauteur de 29 mètres, ses nombreuses arches; l'aqueduc est encore signalé dans l'itinéraire d'Einsiedeln au VIII« siècle'. En poursuivant sa route vers le Cotisée, il rencontrait entre le Cœlius et le Palatin, aux premiers temps de l'Empire, une vallée incomparablement plus profonde que celle par où passe la Via di San Gregorio. On y retrouva en 1S78, dans les grands travaux que l'on fit pour l'écoulement des eaux du Cotisée, les restes des construflions de Néron à 1 1 mètres sous le pavé aftuel, et la voie romaine, construite après l'incendie de Néron et qui continua d'être en usage, à trois mètres au-dessous du sol afluel : trois routes l'une sur l'autre. Un exhaussement considérable s'était produit dès le premier siècle de l'ère chrétienne, et c'est sur ce terrain exhaussé que fut construit devant le Cotisée l'arc de triomphe de Constantin, en relation avec le niveau de la rue romaine de l'époque. L'arc était alors pourvu d'escaliers qui {permettaient d'accéder à son passage principal, tandis qu'aujourd'hui il est à niveau de la via di san Gregorio. Au-dessus de cette route de vallée se dressait à une hauteur prodigieuse l'aqueduc de Septime Sévère qui conduisait les eaux sur une série d'arcades superposées dont on aperçoit encore les restes inférieurs. C'était l'aqueduc Claudien qui du Cœlius précipitait par là ses eaux mugissantes vers les palais impériaux du Palatin.

Poursuivons notre route pour observer les variétés de niveau du terrain; rien ne donne mieux l'idée des transformations de Rome que cette différence entre l'état ancien et l'état afluel.

A la place du Colisée se trouvait un profond bassin. Néron en fit un lac magnifique, qui faisait partie de sa " maison dorée ". La muraille septentrionale du Cœlius conserve encore les ouvertures par où se déversaient les eaux qui venaient alimenter le lac.

En retournant vers le Forum romain, le voyageur plongeait son regard dans l'enfoncement de la vallée derrière la Velia sur le toit élevé de l'atrium de Vesta. Des temps devaient venir, où la vallée disparaîtrait, où 72 pieds de débris et de terre s'élèveraient au-dessus de l'atrium. De fait quand on voulut déblayer la

' PerporticuiH tisgue iid formant fier septein vias. Lanciani, /'/A'wrar/u (ci-dessus p. 1 19, n. i). iltsX. de Rome. — 9

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maison des Vestales, on dut retirer une couche de 22 mètres qui en recouvrait la grande salie; c'est jusqu'ici la plus grande hauteur atteinte par les débris qui recouvrent les antiquités de Rome.

Les modernes travaux ont amené des constatations analogues pour les pentes du Quirinal. Il était entouré de profondeurs, dont ni l'état aÂuel des lieux ni même celui du moyen âge ne pourrait rendre raison. Lorsque l'on établit en 1877 la longue ligne de la Via Nashnnle entre le Quirinal et le Viminal.on se heurta derrière \a. Parla fontinalis de Servius {entre Magnanapoli et ta banque nationale), à une partie des thermes de Constantin couverts de décombres, plus bas aux ruines du palais d'Avidius Quintns, plus bas encore à la maison d'un certain Claudius Claudianus, enfin à des constru6ltons plus anciennes en appareil réticulé. Cela à l'angle sud du Quirinal. Au nord-est, au delà de la Porta coUina du rempart de Servius TuUius, la colline était si à pic que, pour établir les fondations du flanc nord-est du ministère des finances, il fallut déblayer douze mètres de terre amoncelée avant d'arriver au terrain ferme et primitif. Plus au nord, dans l'enfoncement des jardins de Salluste, entre le Quirinal et le l'incio, l'on a encore aujourd'hui te speflacle surprenant des antiques construftions qui se dressent du fond de la place près de la Via Flavia : salles d'un vaste nymphée, qui semble submergé comme par enchantement; le sol antique qui l'entoure est à 12 m. en dessous du sol aftuel.

114. Les églises nous fourniront encore quelques exemples de ce bouleversement du sol. La basilique de Saint-Vital, autrefois Titulus Ves/inae, fut bâtie au début du V^ siècle sur le penchant sud du Quirinal, un peu au-dessus de la route qui traversait la vallée. Aujourd'hui, il faut descendre 36 marches pour atteindre l'église.

La basilique de Sainte-Pudentienne était située sur le Ficus pairicius, ancienne rue entre le Viminal et l'Esquilin, et à niveau de cette rue; le sol s'est tellement exhaussé que l'on domine de la rue ce bâtiment, témoin parlant du passé de l'Eglise, et qu'on n'y accède que par un escalier de 22 marches. Le sol de l'ancienne rue est encore à 7 mètres au-dessous de l'église.

La basilique de Sainte-Marie Majeure sur l'Esquilin dominait la vallée sur une hauteur formée par l'Esquilin vis-à-vis du Viminal; la pente est encore sensible et cependant pour établir sur te sol primitif les fondements de la maison d'angle entre la Vin Cavour et la Piazaa deW Esquilino, il fallut déblayer plus de 16 mètres de décombres.

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