N" 117]. IV. LES MURAILLES DAURKLIEN
prénestine, puis les portes tiburtina, clausa, nomentana; puis en tournant à l'orient, les portes salaria et pinciana.
1 17. D'après les derniers travaux de Lanciani, cette importante muraille s'étendait sur une largeur de plus de 18837 ""■ ^1 f*"* noter que l'on employa des matériaux déjà existants à la construftion d'une partie de l'enceinte. Aurélien agit ainsi, poussé par des raisons d'économie et de rapidité. On ne se contenta pas d'enclaver simplement dans la muraille des monuments qui se trouvaient sur son parcours, comme cela eut lieu pour la grandiose pyramide de Cestius près de la porte d'Ostie (fig. 31), mais on y incorpora des monuments entiers, sans presque les modifier : c'est ainsi qu'on utilisa sur une longueur de 550 m. les murs de soutènement des jardins du Pincio, et l'on peut encore reconnaître par endroits l'appareil réticulé, antérieur à Aurélien; et de même on emprunta sur une longueur de 1050 m. la belle muraille dont Tibère avait doté le camp prétorien. Les arches de l'aqueduc Marcien, entre les portes tiburtine et prénestine, furent fermées par des murs et enchâssées dans l'enceinte; on put économiser ainsi 800 mètres; de même l'aqueduc Claudien, au sud de la porte de Préncste, fournit 475 m. Uampkiieatrum castrense, près de Sainte- Croix, donna sa magnifique muraille de 100 m., et ainsi de suite. On a calculé qu'on économisa ainsi 2875 m., près d'un sixième de la longueur totale. Tels étaient les procédés de construilïon à la fin de l'époque impériale '.
Les travaux exécutés en 1882 et 1884 près de la porte Tiburtine nous ont fourni un exemple singulier de la précipitation que l'on mit à construire la muraille : on .retrouva dans la maçonnerie le mur d'un nymphée antique, long de 30 m., qui avait conservé ses conques, ses conduites d'eau, ses niches avec leurs statues non dépourvues de mérite artistique ".
Les parties de la muraille qui ont été construites exprès se distinguent avantageusement de ces morceaux rapportés, par leur harmonie et leur caractère pratique.
Tous les cent pas romains (2g m. yÇ) de puissantes tours se dressent au dessus des murailles et font à l'extérieur une forte saillie; elles sont généralement quadrangulaires, et exceptionnellement rondes (fig. 32)3. Il y en a en tout trois cent quatre-vingt-une. Les courtines qui les relient ont en moyenne une hauteur de 16 m. Murs et tours sont briquetés. Dans leur partie basse et massive, l'épaisseur est d'environ 4 m, A l'intérieur courait partout entre de puissants contre-
■ Lanciani, Le mura di Aureliano e Ht Pro- ! ' Le abbtamo riirovate {le statué), dît Lan- 60 (Bullelt. arch. com.^ 1891), p. 87 et ss., et ' ciani {loc. cit.), una ad una, nel liiogo loro e notamment p, 106, Les études de Lanciani I non si trotta dl opère divolgarc scalpello. Il
ont reflifié sur bien des points 1 enrichi nos connaissances sur les murs d'enceinte. Cf. Jordan, Topographie, t. I, p. 340 et ss.; Nibby, Le mura lii Rama (1820), avec dessins de W. Gell; le texte est repris ^ peu près dans la Roma antica du même auteur, t. I,p. ii4et ss.; Piale, Délie mura aureliaiie (1833); Bunsen, Beschreibiing der Stadt Rom, t. I (18:9), p. 644 et ss. Sur la muraille d'Au-
signale encore d'autres sculptures trouvées dans la muraille. Sur les statues, cf. Petersen, Bidlett. arch. corn., 1B89, p. 17 et ss. Il subsiste encore une partie de ce remarquable nymphée 2k gauche de la grande entaille faite dans le mur d'enceinte pour l'établissement de la nouvelle route de S. Laurent.
>\}g%tT\, /ournaux pittoresques, etc., t. II, pi. 27, n. 3. Ces tours rondes
ii Léon Homo, £j.riw'jKr/tfn^. I table rareté. M. L. Homo, op. cit., p. 289, f;ne de l'empereur Aurélien (l'aris 1904), 4' déclare que ces tours rondes sont " toutes tie part., ch. 11 ; L'enceinte de Rome {p. 214-306). I construftion postérieure".
134 LIVRE I. CH. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [No IlS.
forts une haute galerie ouverte, voûtée en arcades. Cette galerie subsiste en grande partie. Il s'y ouvrait des meurtrières qui allaient en se rétrécissant de l'intérieur à l'extérieur (Jenes/rae). Les arcades de la galerie soutenaient une autre galerie plus petite, le chemin de ronde, que les gardes parcouraient constamment de tour en tour {voir la reconstitution fig. 30)'. On y accédait par des escaliers dans les tours '.
1 1 8. Quand la restauration des murailles eut été achevée sous Honorius (403), le géomètre Ammon en publia une courte description officielle. Xous la possédons dans le fameux manuscrit d'EinsiedeIn, mais avec les remaniements apportés au texte dans le VIII'' siècle, vers l'époque d'Adrien 1=^, pour le mettre en rapport avec l'état aflucl. Ammon, qui entre jusque dans les détails, nous apprend que l'antique muraille possédait 7020 créneaux {^propugitacula), que, outre les meurtrières pour les archers, il s'y ouvrait 2066 embrasures {^feitcsfrat majores), qu'elle avait cinq poternes {posternae) en plus des portes sus-indiquécs et 126 necessariae ou latrines qui faisaient saillie en dehors 3.
Les poternes, pour quelques commodités qu'elles offraient, étaient une source de dangers pour la ville. Avant les travaux de restauration d'Honorius
elles étaient en bien plus grand nombre; elles avaient été percées primitivement par l'obligation de respefter des droits privés et pour laisser une issue à des chemins privés, protégés par les lois, qui traversaient la ligne des remparts. Honorius ne laissa subsister que les cinq signalées par Ammon, qui toutes se trouvaient sur le Tibre et offraient par là même une surveillance plus facile. II fit fermer les autres — on peut encore s'en rendre compte aujourd'hui — par de massives cloisons*.
Pour mieux garantir la muraille, on creusa le sol à l'extérieur et on le débarrassa des gravois qui s'y étaient accumulés. Les parties endommagées de
' Cf. Guhl-K'oner, Dits Uben der Griechen und Romerniuh antiken Hild'jverkeii {[882), p. 431; trad. fr. de F. Trawinski, revue et annolce par O. Riemann, t. II (1885), p. 58 ; Piranesi, Anlichiià di Roina, t. I, pi. 8, n. a.
'La Forma uibis de Lanciani donne ces tours, avec leurs escaliers, quand elles en possC'dent encore.
'Le texte d'Ammon se trouve dans Jordan, 1. Il, p. 578; cf. p. ISS- I) avait dé)\ été publié par Mabillon, AnaleHa, t. I\' (i6S5),par
H linel, Archivjur Philalûgie und Piidat^ik, t V (1837), par Urlichs, Cod£x mais Rom.it lopographicus {1871). Dans ces trois derniers auteurs, le texte d'Ammon suit celui de l'ilin^raire d'EinsiedeIn, qui nous l'a conservé.
Pour la date de l'ouvrage, cf. Lancinni, /iV. cif., p. lOi, n. 1; pour le nombre des tours, k même p. 8g; Jordan, t. Il, p. 157 et s.; Homo, p. 289.
' Linciani, ibid., p. loi. Le plan de Rome de Noili {1748) a l'avantage de marquer toutes \es pnsUrniie km posferulae.
\o nS.] rv. LES MURAILLES D'AURÉLIEN. 135
la muraille furent réparées, les tours remises en état; les portes furent l'objet de soins particuliers.
La plupart des portes, avec les tours semi-circulaires qui les flanquent, avec leur rangée régulière de fenêtres cintrées au-dessus du passage, montrent une unité de type qui permet de les faire remonter dans l'ensemble, en leur état afluel, à l'époque d'Honorius (cf. fîg. 14). C'est le cas de la porte appïenne, dont les tours cependant ont été remaniées plus tard. Cette porte et ses tours
^"'S 33- Côté intérieur du mur d'Aurélien. Une loui démolie, flitiKiuéi: de {galeries, pri-s de la /tirfa fiiiiiaHa.
ont encore dans leurs parties basses un magnifique revêtement de marbre. Il est vraisemblable que les architectes d'Honorius ont pris à cet usage les blocs de marbre du temple de Mars qui se trouvait hors de la porte, à gauche, sur le clivus Martis. Si le temple n'était pas déjà en ruines, il fut exceptionnellement sacrifié parce que sa position pouvait fournir un point d'appui aux a.ssai liants '.
■ Lanciani, ibid., p. 103.
136 LIVRE I. CH. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME, t^" "9-
Ï^A partie des murailles qui semble avoir subi le moins de modifications sous Honorius et dans les siècles postérieurs, est celle qui se trouve comprise entre les portes salarienne et pincienne (fig. 33'. Cf. fig. 15). C'est la partie de la muraille qui représente le plus fidèlement aux yeux du speflateur, avec celles qui avoisinent le Latran et le Mons lestaceus, le travail gigantesque d'Aurélien et de Probus".
Combien la mélancolie de ces ruines solennelles, leur grandeur que quinze siècles n'ont pu abattre, invitent le speflateur pensif à méditer sur les destins de Kome qui se sont joués sous ces murailles pendant le cours des âges! Cette enceinte parle d'une histoire agitée; elle est le muet témoin des plus grands événements qui de tous côtés, du nord gemianîque surtout, sont venus s'y répercuter. Pour l'époque qui nous occupe aflucllement, en particulier, elle nous rappelle vivement le passage douloureux de Rome de son caraftère antique à son caractère ecclésiastique et médiéval, qui se lie au nom d'Honorius et de ses successeurs.
V, — Les quatorze régions.
1 19. Au V^^ et au VI= siècle, l'on employait concurremment — et cela répondait bien au cara<5lère de transition de la Rome classique à la Rome ecclésiastique, — deux divisions régionales de la ville : la division en 14 régions introduite par Auguste, et la nouvelle répartition en sept régions ecclésiastiques.
La seconde remonte vraisemblablement à l'évéque de Rome Fabien, au milieu du III« siècle; elle se lie à l'établissement de sept diacres pour autant de paroisses. Nous ne nous occuperons que plus tard de cette répartition ecclésiastique, que le défaut de documents rend un peu obscure.
Nous jetterons d'abord un coup d'œi! sur le système d'Auguste, qui sert de base à la connaissance de la topt^raphie tant ecclésiastique que profane de Rome.
En adoptant cette répartition en 14 régions, Auguste s'en tint à certaines limites naturelles qui s'imposaient en quelque sorte d'elles-mêmes. L'enceinte de Servius en forma une partie sur tout son parcours; cette antique muraille de l'époque royale, de beaucoup débordée par l'enceinte postérieure de la ville, était tout entière comprise dans le territoire qu'enfermèrent plus tard les murs d'Aurélîen; les plus anciennes rues aboutissaient à ses portes; elle continua de séparer en quelque sorte les quartiers de la ville qu'elle enserrait et les parties considérablement agrandies qui se trouvaient en dehors, et elle servît sur quelques points à marquer les limites des régions. Les vallées jetées entre les collines offraient, dans le système d'Auguste, d'autres lignes encore mieux désignées pour la séparation des quartiers 3.
Tout en s'en tenant en général à ces lignes de démarcation, Auguste fit rentrer dans le système de la ville les quartiers qui depuis longtemps déjà s'étaient élevés hors de ses murailles. Toutes les régions se subdivisaient
' D'après une photographie nouvelle du > Pour les limites des régions, voir Lan-
comtn.andeur C. Tcnerani. A gauche la mu- ciani, fficer^Ae siiUe X/l^reçti>ftiurianf,àsms
raille du cûté de la por/a pinciami. Au-des- le BiiUelt.archeol. com., 1890, p. 115 et suiv,,
sous de cette partie du mur s'diend.iit la villa et Rîchter, Topographie, 2'éd.,p.5jet suiv.,
Liidovisi. où les résuliats de Lanciani sont améliorés
' llulM/. arckeol. coin., 1886, p. 3;. d'après Kiilsen.
No 119.] V. LES QUATORZE RÉGIONS. 137
en vici; chacun de ces vîci avait ses divinités proteflrices, ses Lares co?npi taies dont les atdkuîae se dressaient dans les rues; depuis Auguste, on y ajouta le Genius Augusti. Primitivement chaque vtcus était administré par 4 magistri; le catalogue constantinien nous donne pour chaque région un chiffre uniforme de 48 magistri et de 2 curatores. Au point de vue de la police, îl y avait par deux régions une cohorte de vigiles avec sa caserne, soit sept pour l'ensemble.
Les première, deuxième, troisième et cinquième régions occupaient le sud-est de Rome. La première était à cheval sur la muraille de Servius : à l'intérieur elle englobait la dépression entre le Palatin et le Cœlius, probablement depuis l'arc de Constantin; à l'extérieur, en avant de la Porta Capena, elle embrassait le territoire entre l'Aventin et le Cœlius et possédait à son côté occidental la Voie Appienne jusqu'à l'Almo.
La deuxième région, aussi à cheval sur l'enceinte de Servius, embrassait le Cœlius et s'étendait au sud-est entre les voies venant l'une de la porte Mctrovi, l'autre de la porte Asînaîre.
La troisième région, toute à l'intérieur de la muraille de Servius, occupait l'Oppîus et la vallée qui le sépare du Cœlius.
La quatrième région, également à l'intérieur, était formée par le territoire au nord et à l'ouest de la précédente et comprenait le Cispius, la Subura et la Sacra Via; les limites en étaient marquées par cette rue, le Forum de Nerva, l'Ai^letum, la Subura et le Clivus suburanus, le mur de Servius et la rue qui. partant de la porte Asinaire, contournait au sud le Colisée.
La cinquième région, toute extérieure au mur de Servius, était assise sur les hauteurs orientales de l'Esquilin et du Vimînal jusqu'à la rue qui, venant de la porte Close, entrait dans la ville en longeant le camp prétorien.
La sixième région, à la fois à l'intérieur et à l'extérieur de l'ancienne cité, comprenait le Viminal, le Quirinal, les jardins de Salluste, sis au nord entre le mur de Servius et les hauteurs du Pincio, le Pincîo lui-même dans sa partie orientale jusqu'à la porte Salarîenne ".
La septième région, au nord de la ville et hors de l'antique enceinte, possédait à l'est le Pincio, à l'ouest la Via lata (Corso) et tout le territoire qu'elle borde depuis le Forum de Trajan.
La huitième région nous ramène au cœur de la ville, à l'intérieur des murailles et embrasse le Capitole, le Forum romanum proprement dit et son entourage immédiat, enfin les Forums impériaux.
La neuvième région, toute extérieure, s'étend, à l'ouest de la Via lata, qui la sépare de la septième, sur la vaste plaine entre le Tibre et le Capitole,
La dixième région, au sud de la huitième et de la quatrième, dans la partie la plus antique de la ville, ne comprend que le quadrilatère du Palatin.
La onzième région, qui confine à l'ouest à la précédente, est aussi dans la vieille ville et a pour limites le Palatin, le Capitole, le fleuve et les hauteurs septentrionales de l'Aventin, au delà du Cirque Maxime.
Les douzième et treizième régions, au sud-est de Rome, sont à cheval sur l'enceinte de Servius; séparées l'une de l'autre par le Viais Pisduac piihUcae
, C'est Hiilsen qui, dans le RhHnisckts naîent à la 6" région et éiabli que, dans
.Ifusfum, t. XLIX (1894), pag. 422 (Zur 1 In division régionale d'Auguste, il n'est pas
Topographie des Qftirinati), a soutenu avec ] exceptionnel de ne tenir pas compte du nuir
raison que les jardins de Salluste apparte- i de Servius.
IjS LIVRE I. CEI. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [No*I20.12I.
qui vient de la porte d'Ostie, elles embrassent : la douzième, les hauteurs orientales de l'Aventîn jusqu'à la voie Appienne; la treizième, l'Aventin occidental, ou proprement dît.
La quatorzième région comprend toute la ville transtibérine.
L'on ne peut pas toujours préciser dans le détail les limites de chaque région, pas plus qu'on ne peut établir exaftement l'extension hors des murs dt Scrvius qu'elles prirent à l'époque d'Auguste ou plus tard.
Les régions étaient primitivement désignées par des chiffres, mais peu i peu s'introduisirent les noms désignés ci-dessous, dont l'origine est en partie populaire.
120. Esquissons rapidement la physionomie de chaque r^ion. La première empruntait son nom {Porta Capena) à une porte de l'enceinte de Scrvius qu'elle englobait et par où la voie Appienne sortait de la ville. Ce n'est qu'en 1867, après de longues et infructueuses recherches, que l'antique porte a fini par être retrouvée, grâce aux fouilles de l'anglais Parker, sur le penchant du Coelius.
La voie Appienne était la rue la plus importante de cette région. C'était Is route que suivaient les chrétiens pour aller aux Catacombes de S. Callistc, de Domitilla et de S. Sébastien; à partir de la porte Capène elle était bordi^' par de somptueux tombeaux païens; non loin de cette porte cependant la séri:? en était interrompue par l'aqueduc de Drusus et par la porte Appienne de l'enceinte d'Aurélien.
La deuxième région s'appelait Cœlimontium. Dans ce quartier du Cœlius se trouvaient entre autres, nous le savons, la maison des Anicii sur la partie de la colline qui domine la Via triumpkalis. A gauche, au delà du Ctivus Scauri, derrière la maison de Pammachius, se dresse sur d'importantes substru£lions le temple de Claude. Le Ciivus Scauri se continuait au delà de l'arc de Dolabclli pour rejoindre le palais des Valerii et le Macellum magnum, afluellcment l'église ronde de Saint-Etienne protomartyr. Enfin cette région possédait, à sa limit: orientale, le palais des Latcrani, qui depuis le 1V= siècle forma la résidence des évèqucs de Rome et dans le voisinage duquel s'élevait la basilique du Sauveur construite par Constantin.
La troisième région portait le nom d'Isîs et Sérapîs, qu'elle devait à un temple de ces divinités dont on n'a pu déterminer l'exaéle position, mais qui semble avoir été situé entre le Cœlius et l'Oppîus. A cette région appartenait entre autres l'amphithéâtre Flavien, cette colossale et célèbre construfiion, dont les ruines suffiraient à immortaliser la grandeur des monuments romains. Le* thermes de Trajan et tout près d'eux, au nord-est, le portique de Lîvie étaieiit d'autres chefs-d'œuvre de la 3* région.
La quatrième région était dite du temple de la Paix, parce qu'elle possédait un temple construit par Vespasïen et décoré de ce nom. Elle embrassait avec une partie du Vimînal la Subura, c'est-à dire la vallée qui sépare le Palatin et la Vetia, d'une part, du Cispius et du Fagutal, de l'autre. Cette r^ion tirait sa gloire de \z Sacra Via et des monuments magnifiques qui la décoraient. Cette rue, ta plus ancienne de Rome, conduisait du Colisée au Forum romanum en passant par l'arc de Titus.
121. La cinquième région était dite Esquiliae, parce qu'elle comprenait l'Esquilin, resté tout entier en dehors de l'enceinte de Servius. Parmi les monu-
No 122.] V. LES QUATORZE RÉGIONS. I39
ments de cette région nous nommerons le marché de Livie, le nymphée d'Alexandre {Trofei di Mario) et près de la muraille d'Aurélîen XAmphi- Iheatrmn castrense et le palais sessorien d'Hélène {aftuellement Sainte-Croix de Jérusalem).
Le nom de la sixième région, Alla Semiia, était le nom ancien du chemin qui allait en droite ligne sur les hauteurs du Quirinal. II est devenu aujourd'hui une large voie, qui a pris le nom de Vin del Qniriuale, et se continue sous le nom qui n'a rien de romain, qui est plutôt antiromain, de Via Venli Settembre. Les monuments les plus célèbres de cette région étaient les vastes thermes de Dioclétien et de Constantin, les jardins de Salluste, le temple de Quirinus, qui dressait dans le jardin du Quirinal ses hautes constructions disparues sans laisser de traces, le temple dit du Soleil, dont les ruines grandioses, situées près du palais des Colonna, ont survécu au moyen âge; enRn le casirum praetorium, le fameux camp des prétoriens, dont on reconnaît encore l'emplacement près de l'enceinte d'Aurélien, cette place forte si tragiquement célèbre dans l'histoire de l'empire.
La 7« région, Via Lata, devait aussi son nom à une rue ou à un quartier qui comprenait vraisemblablement, comme le laisse supposer le nom de l'antîque église de Sainte-Marie in Via Lata, le cours inférieur de la voie flaminiennc. Sur le Pincio ou collis hortulorum, qui faisait partie de cette région, se trouvait la domus pijiciana habitée par Bélisaire. Au centre de la région, dans la plaine, était le portique d'Agrîppa, qui entourait le campus Agrippae, puis le portique de Vipsanius et au sud le grand portique de Constantin. Un aqueduc, la forma Virginis, traversait ce quartier sur des piliers qui subsistent en partie; il allait alimenter dans la région du Panthéon les thermes, les piscines et les fontaines du Champ de Mars, au delà de la Via Flaminia.
122, La huitième région devait son nom de Forum romanum ou magnum à cet ensemble considérable d'édifices qui l'ornaient, avec les temples de Jupiter Capitolin et de Junon Moneta près de la forteresse du Capitole. Le catalc^ue de Constantin énumère d'une manière assez complète les monuments de cette région, et nous avons cité ce passage en parlant de ce catalogue.
La neuvième région devait son nom de cirque de Flaminius au vaste champ de course flaminien qu'elle possédait au sud. H ne reste que de rares débris de cette vaste constnifïion sous les palais Mattei et Gaetanî. La Via délie botteghe oscnre rappelle par son nom les boutiques qui se trouvaient au nord de ce cirque et que longeait autrefois cette rue; comme la Via dei funari éwo<\\ia le souvenir des corderies qui au moyen âge occupaient l'emplacement du cirque. Parmi les splendides monuments qui couvraient !e Champ de Mars, il faut surtout citer : le théâtre de Marcellus, que le moyen âge a conservé en grande partie en l'employant comme palais fortifié, le théâtre de Balbus, dont on voit également les restes, le théâtre de Pompée, le stade de Domitien {piassa Navond), le Panthéon, le plus grandiose et le mieux conservé des temples antiques, qui lorsqu'il était entouré encore de sa vaste place faisait un effet bien plus imposant qu'aujourd'hui (fig. 34)'; les
■ Dessiné par Tabatielli, peintre romain, '■ celle place couverte de larges paves: elle
avec le secours d'Isabelle, hdifices circulai- s'étend du frontispice du Panthéon jusqu'à
res, et de Lanciani, Forma iirhis Roinae. A , l'église afluelle de Sie- Madeleine. Le porti-
m.iintes reprises les fouilles ont fait retrouver 1 que fi droite est devant les Ihemics d'Alexan-
I40 LIVKE I. CH. V. TRANSFORMATION EXTÉKIEUKE DE ROME. [N" 122.
thermes d'Agrippa près du Panthéon, ceux de Néron et d'Alexandre Sévtre (dans la région de S. Sauveur in T/iermis), la saepta Julia, l'Odéon de Domiticn, le mausolée d'Auguste, assez bien conservé, au N., près de la porte
flaminienne; enAti I les vastes portiques
\ d'Oflavie, de Phi-
I lippe, de Pompée et
V d'autres. La superbe
colonne de Marc Aurèle (fig. 3S)'.encore debout, bien que ta base en soit malheureusement enterrée (jusqu'en A) do- J minait, avec la figure " en pied de l'empc- ■ reur et de sa femme I Faustine, un brillant a cercle d'autres porti- I S ques, parmi lesquels I S ceux de Vipsanîus I g et des Argonautes I ■" étaient les plus im- -I portants, .g La dixième ré-
I gion devait son nom J de Palatium au mont '' Palatin et aux palais
'^ impériaux. La colline qui formait cette région était entourée par le Vicus iuscus, la No%ia via, la Sacra via jusqu'au Colisée.
la Via triuviphalis et le Cirque Maxime.
T.£s magnifiques palais des Césars en faisaient le point le plus brillant de Rome.
. La résidence, habitée sans interruption jusquau troisième siècle par les empereurs, se compose d'une suite de palais particuliers qui se sont élevés les uns après les autres :
dre (voir noire plan de Rome antique), celui de gauche ei celui du fond reposent sur des conjeflurcs Cf. fig. 6c.
• Dessin de Tabanelli d'aprîs une plioiographie représeniant IV-tat adluel et d'aprts Eugen Petersen, Die Marcussautt (1896).
L'on a ajouté d'après Petersen les 2 statues, ikinsi que le bas-relief de la bnse et la colonnade du fond qui a dû exister. C'est dans In troisième spirale de la colonne, à partir du bas, que se trouve la scène du miracle de la pluie dont il sera question plus loin.
domus Aiigusti, domus Tiùerii, domns Cnlignlae, domus Flaviorum. Les ruines grandioses du palais des Flaviens et leurs vastes saîles forment aujourd'hui l'ornement le plus saisissant du Palatin. Un autre vaste palais, celui de Scptimc Sévère, s élevait sur la vallée du Cirque et la voie Appiennc. Ajoutez-y le stade, que l'on appellerait peut-(5tre plus justement jardins d'Auguste, et que l'on n'a complètement déblayé qu'à une t.'poque toute récente; les jardins d'Adonis; le Septizonium de Sévère, le Carcer appelé Paedagogium et toute une série de temples grands et petits. C'est sur cette colline princière qu'Odoacre et Théodoric firent leur demeure.
Le nom de Cirque Maxime venait à l'onzième région de la construction la plus considérable qu'elle englobât; en dehors du cirque elle n'avait guère qu'un petit quartier de la ville, au nord de sa limite occidentale. Sur le petit côté oriental du cirque se dressait jusqu'assez avant dans le moyen âge un arc triomphal, élevé, d'après une inscription conservée dans l'Itinéraire d'Einsiedeln, en commémoration de la soumission des Juifs et de la destruflion de Jérusalem par Titus et Vespasien, L'immense cirque, si important pour Rome par l'intensité de vie dont il était le théâtre, appartient aujourd'hui à la liste des monuments presque entièrement disparus et méconnaissables. Dans la vaste excavation que l'on contemple aujourd'hui, l'imagination peut se créer une image du passé. L'immensité de cette place abandonnée et comme déshonorée fait un contraste criant avec son antique éclat sur lequel nous sommes assez bien renseignés. Constantin restaura et décora le cirque, et au Vl= siècle Cassiodore nous apprend qu'on y donnait encore des speftacles. Au nord de l'onzième région se trouvait le Vetabrum, la vallée qui s'étend aux pieds du Palatin, et sur laquelle s'éleva de bonne heure l'église de Saint-Georges, appelée pour cette raison in Velabro; déjà auparavant Constantin l'avait décorée d'un vaste portique de marbre, dit lantts quadrifrons; le portique, l'église et la Cloaca maxima qui se déverse sur ce point dans le Tibre, donnent à ce lieu un caraflère saisissant d'antiquité que fait ressortir mieux encore le voisinage désolé du Cirque Maxime et que l'on ne retrouve guère ailleurs dans Rome.
123. Le nom de la 12'' région est Piscina publica. C'est aussi celui d'une piscine qui aux temps les plus anciens de Rome se trouvait dans la partie basse située entre le mur de Servius et les thermes de Caracalla. Le monument le plus important en étaient les thermes de Caracalla, dont les ruines sont les restes les plus considérables de thermes que Rome possède afluellement Le catalogue de Constantin y indique entre autres une domus Cillonis. On a retrouvé avec assez de certitude en 1884 sous Sainte-Baibine la demeure de ce favori de Septime Sévère, qui figure sur les fragments conservés du plan de Rome de cet empereur. Des inscriptions permettent de fixer près de Saint-Sabas, sur l'agréable colline qui fait face à Saînte-Prisque, l'emplacement de la 4^ cohorte des Vigiles dont parle aussi le catalogue.
La treizième région s'appelait l'Aventîn, du nom de la colline qui en était la partie principale. Sur la crête de l'Avcntin se trouvait le fameux temple de Diane et c'est la raison pour laquelle Martial désigne simplement la colline sous le nom de colline de Diane. Il .semble que ce soit dans cette région qu'il faille placer le temple d'un certain Itippiler dolichenus qui a donné matière à tant de discussions. La plaine qui longe le fleuve était le marché le plus important de la ville pour le commerce maritime. Kn 1883 et années suivantes on y a
No 124.] Vï. LES MERVEILLES DE ROME. I43
découvert dans sa presque totalité l'antique emporium dont l'emplacement était d'ailleurs connu. Près de la porte de l'enceinte de Servius étaient les anciens greniers à sel; dans le moyen âge et jusque dans les temps modernes la place continua de servir à cet usage, et aujourd'hui encore le nom de Salara vecchia conserve dans cette région le souvenir d'une des plus anciennes institutions de Rome. C'est aussi sur cette rive que se trouvait jadis une place réservée au commerce du marbre et qui en a pris le nom de viarmorata. On y retrouva dans le sable, en 1867, 493 blocs de marbre soit brut soit travaillé et dans l'ensemble quelques pièces de valeur. Le commerce du blé avait son siège au portique d'Emile. Les provisions de froment, de vin, d'huile et d'autres denrées étaient conservées dans de nombreux magasins ou korrea qui se trouvaient dans cette région. Les Horrea galbiana entre autres se maintinrent jusqu'assez tard dans le moyen âge. Nous connaissons les noms de seize autres horrm qui presque tous devraient être recherchés de ce côté. D'autres noms, Portiats fabaria. Viens frumentarius, Ansarium (bâtiment de la douane), qui appartiennent à cette région, montrent non moins clairement qu'elle était destinée à servir de marché et d'entrepôt.
La quatorzième région, dite Transtiberim, tirait son nom de sa situation. Elle s'étendait au nord jusqu'aux jardins de Domitia. Elle englobait le Janîcule et le Vatican. Le voisinage du fleuve donnait à cette région un caraflère analogue à celui de la plaine qui formait la précédente. Sur les rives s'élevaient de grandes maisons de commerce et les boutiques des hommes d'affaires. \a multiplicité des déchargements qui s'y opéraient est prouvée par la masse de fragments d'amphores qu'on y a recueillis. L'église de Saint-François in Ripa est construite entièrement sur des débris de ce genre. Le petit commerce animait les rues étroites et populeuses de ce quartier. Les Juifs s'y mêlaient en grand nombre aux bateleurs, corroyeurs, potiers et autres gens de métier; et ce coin demeura longtemps au moyen âge le quartier Juif proprement dit. Il est très vraisemblable qUe ce fut aussi l'un des centres principaux à Rome du christianisme naissant. La région était si peuplée que le catalogue de Constantin n'y compte pas moins de 78 vici, alors que le nombre le plus élevé de vici qu'il cite ensuite, celui de l'onzième région (35), n'atteint pas même la moitié de ce chiffre.
Une perle de la quatorzième région et en même temps de la ville entière étaient les hauteurs du Janicule avec leur magnifique coup d'œïl et leurs jardins luxuriants. "De là, s'écrie Martial, le regard plonge ravi sur les sept collines reines, et l'on peut apprécier Rome tout entière • ",