N° 126.] VI. LES MERVEILLES DE ROME. 14S
cette montagne, se racontaient que, au temps de la persécution, elle avait caché le saint évêque de Rome Silvestre, qui plus tard, comblé d'honneurs, avait baptisé à Rome l'empereur Constantin. La pieuse légende faisait déjà une auréole à la célèbre montagne >,
En reportant son regard vers la droite, le speftateur de ces magnificences l'arrêtera volontiers sur le groupe riant des collines albaînes, sorte de joyau enchâssé dans la ceinture de montagnes que nous avons considérée. Elles sont dominées par le Mont Cavo, la vénérable hauteur qu'habitaient l'antique population des Cabenses ou Cavetises. De là plonge sur Rome et le Latium le sanctuaire élevé à Juppiter latialis par la fédération des villes latines ".
126. Sur la couronne des monts albaîns les villas impériales tranchent sur la verdure par leurs blanches murailles, somptueux précurseurs des villas afluclles. Il y a encore trace de ces résidences à Albano, à Castel Gandoifo, à Frascati. Frascati est sorti tout entier de la villa de Domitien que dominait jadis sur la hauteurTuscu lu m, célèbre dans l'antiquité; la villa de Cicéron décorait le penchant de la colline, un peu au dessous, à Grottaferrata. Sans doute aux V'^ et VI' siècles le luxe brillant des villas impériales et privées était devenu en grande partie la proie des envahisseurs barbares : leurs bandes qui sillonnaient la campagne romaine ne purent manquer de faire sentir à ces riches villas leseRets d'une rapacité et d'un amour de destruction auxquels rien ne mettait un frein.
Les villas ne couvraient pas seulement les hauteurs que nous venons de décrire, mais toute ta plaine jusqu'aux portes de la capitale. Elles étaient semées dans toute la campagne aujourd'hui déserte qui sépare Rome des montagnes. Les champs et les jardins en étaient abondamment pourvus d'eau tant par les sources qui tombaient des hauteurs que par les déviations des aqueducs. Des siècles d'efforts et le travail de milliers et de milliers d'esclaves avaient fait de cette campagne inféconde un pays habitable et fertile, aux temps brillants de l'Empire. Plus tard les dévastations sans fin des invasions et l'impossibilité de continuer au sol ces soins extraordinaires firent retomber cette vaste plaine à l'état que lui avait réservé la nature. Mais presque sur tous les points de ce désert où l'on tente des fouilles de quelque importance, elles ont été jusqu'ici d'accord pour constater que partout reviennent à la lumière les traces de l'aftivité humaine et d'une culture jadis féconde : murs, canaux, chemins pavés, fragments de marbre ou de sculptures.
Vues du haut du Janicule, les voies militaires romaines qui, sortant de la ville, sillonnaient la plaine en tous sens, offraient un étrange aspefl avec leur bordure de monuments funéraires. L'imagination se laissait entraîner à les suivre jusqu'aux pays lointains et à se faire une image de la puissance dominatrice de cette Rome unique à laquelle les nations étaient soumises.
'Zj'*fr/ofl/i/ (éd. Duchesne), t. I, p. 170, ; AtuiUda juris pontificii, t. XXIV [1885),
Silvister, c. 34 : Hic exilio fuit in monte \ p. 644 et suîv., 892 et suiv., «l les a£les de
Seraden, etc. Cf. îbid., p. cixcxx. La con- ! la congrégation à la Bibliothèque Corsini,
gr%allon établie en 1741 par Benoît XIV , Cod. 361-363.)
pour corriger le bréviaire avait déjà proposé ' Inscription des Cavetises dans le cor-
d'expurger les leçons de la fête de S. Silvestre | pus inscr. latin., i. XIV, n. 2228; Momni-
et de la Dédicace du Latran (Batiffol. Hist. sen, Sulletl. dcll' Instituto archeol.-, 1861,
du bréviaire, %" éd., p. 310-311, d'après les i p. 206. Hî»t. de Konae. — lo
Tout ce réseau de routes était coupé par les nombreux aqueducs qui te dominaient souvent à de grandes hauteurs (fig. 36)'. Leurs lignes majestueuse^, dont on peut se faire encore une idée en contemplant leurs ruines solilaiie, couraient vers les murailles de la capitale du monde. C'est surtout dans la région du sud-est qu'ils étaient nombreux, tant parce que c'était la partie la plus ikm de Rome, que parce qu'ils descendaient en général des montagnes qui se trouvent de ce côté.
127. Ces aqueducs, autre merveille de Rome, étaient construits en peperin ou en briques et formaient des séries d'arcades sur lesquelles l'eau coulait danî des canaux lisses et fermés. Il y avait parfois deux et jusqu'à trois canaus
Kig. j6. Aqueduc ï double canal dans U campapie romaine, pour l'Aqua Claudii et l'Anio dotus.
superposés pour des eaux de sources différentes et de qualité inégale (voir la coupe fig. 3;).
Frontiii, dans son traité De aquaedu^ibus, énumère les sept aqueducs que Rome possédait sous Auguste : l'Aqua Marcia, l'Aqua Tepula, l'Aqua Juiia qui entraient ensemble à Rome par-dessus la porte tiburtine (fig. 38)*, l'-Aqui Appia, l'Aqua Alsietina, l'Aqua Virgo et l'Anio Vêtus.
Les deux derniers étaient sous beaucoup de rapports les plus importants. U Vierge {l'irgo) devait son nom à la pureté et à la supériorité de son eau. Sw antique aqueduc s'est conservé presque ininterrompu hors de Rome, parce qu'il
'Lanciani, /Iw;ir«/ Â'<w/«, 1888. p. 58. Ce j d'hui muré, de VAgua Marcia. Aude:-
site pittoresque se trouve au sud-est de Rome, I sus encore les conduits de YAqua Tif^--
prils de la \'ia Lalinn. 1 et de VAqua Julia sont restes ouvtls-
= Photographie nouvelle du comman<leiir | Le tout est dominé par des créneau» du
Tenerani. Au-dessus du cintre de la porte 1 moyen Sge, A droite sur l'arc de b -Uaifi'
d'Auguste se trouve la tête de taureau, j une des tours de tlanc d'Honorius, exhau^-
et au-dessus le sfecus ou conduit, aujour- see plus tard.
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