VI. LES MERVEILLES DE ROME
aujourd'hui dans les salles en ruines de ces thermes, en sont la preuve. Le caldtinnm (fig. 39", D), le tepidarUim (B), le frigidarimn (C), sont comme les bassins d'un lac. Il y avait en outre les bains privés et les Jeux d'eau. Selon Olympiodore, les thermes de Caracalla ne comprenaient pas moins de seize cents sièges de baigneurs en marbre. Ce nombre, en harmonie avec la richesse de l'établissement, fut surpassé plus tard par les thermes de Dîoclétien, dans la 6» région {Alta Semila), qui en possédaient presque le double".
Mais où les thermes de Caracalla ne furent jamais surpassés, c'est pour le nombre et le pri.t des objets d'art. Nous avons déjà eu occasion de citer les découvertes classiques qu'on y a faites. Il suffira ici de remarquer que c'est de là que proviennent les deux grands bassins de granit égyptien, d'une seule pièce, de 5 m. ^ de long qui se trouvent devant le palais Farnèse. A eux seuls
ils donnent une
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l'ig' ^^ PlAo dea tliennes de Cwxulla.
idée du luxe artistique répandu à profusion dans ces thermes, A côté des productions du goût classique le plus pur qui y avaient été rassemblées de divers points, on voyait aussi dans lesfialêsirae (A A) un grand nombre d 'œuvres d'art de l'époque de Caracalla ; époque de décadence pour l'art, où l'on demandait des effets à la masse, à la rareté des matériaux, à la diffipureté et à la beauté
culte de l'exécution artistique, beaucoup plus qu'à idéale des formes.
C'est parmi ces œuvres de l'époque de Caracalla qu'il convient de ranger le grand pavement en mosaïque, représentant 28 pugiles nus, qui se trouve à présent au musée de Latran. Cette mosaïque reporte le speflateur à l'une des scènes préférées de la vie et de l'aflivité des thermes païens au milieu du Ilh siècle. Les thermes, on le sait, n'étaient pas un simple établissement de bains, on y trouvait toute sorte de jouissances et toutes les distra£lîons que recherchait le goût de l'époque; les brutalités du pugilat formaient l'un des plaisirs les plus goûtés; et notre mosaïque réfléchît d'une manière saisissante la
' Les salles AA. soDt les palestres; B. la salle du milieu; C. le frigidarium à ciel ouvert avec bassin naiatoire; D. le caldarium
ou étuve.
" Olympiodore, dans la Bibliothèque de Photius, col. 80, ià. Bekker, p. 63.
décadence du goût et des mœurs qui s'exprimait particulièrement dans ces jeux. Les types représenttJs et qui ont eu l'honneur de voir leur nom immortalisé devant le peuple romain sont des figures d'une grossièreté bestiale.
Combien ces thermes devaient encore renfermer de salles pour les luttes de gladiateurs et autres, pour les jeux et plaisirs de tout genre, la seule grandeur du bâtiment peut en donner une idée : c'est un carré dont les côtés n'ont pas moins de 330 m. de long.
129. Le catalogue de Constantin nomme encore dix autres thermes. Outre ceux dont nous avons parlé à propos de chaque région, on y trouve notamment ceux de Trajan dans la troisième région près du Titiilus Equitii (église des SS. Silvestre et Martin aux monls), ceux de Sura et de Dèce dans la 13* région sur l'Aventin, ceux de Commode dans la première région.
L'extraordinaire abondance d'eau qui arrivait de loin à ces thermes forme un incroyable contraste avec la disette d'eau de la Rome médiévale. Qu'on se rappelle que dans l'antiquité, d'après le catalc^e de Constantin, les aqueducs avaient à pourvoir d'eau, outre les thermes et les maisons des particuliers, 856 bains publics (balinea\ 1352 fontaines {Jacus), 15 nymphées ou jeux d'eau et s naumachies. Au moyen âge les aqueducs étaient rompus, leur richesse épuisée. On dut se contenter de l'eau du Tibre et de celle que fournissaient les fontaines et les puits de la ville. C'est le besoin d'eau qui fut au moyen âge la raison fondamentale de l'abandon progressif des habitations sises sur les hauteurs et de ta condensation de la population romaine dans les rues étroites de la plaine le long du Tibre. Il fallut la restauration par les papes de quelques aqueducs antiques pour mettre un terme à cette disette et au commerce des marchands d'eau qui parcouraient au moyen Âge les rues de la cité en criant leur marchandise.
13a Au moyen âge Rome s'est installée dans une notable portion des m^nifïques monuments du Champ de Mars et des nombreux et vastes portiques de la plaine. Ces portiques antiques transformés en habitations établissent un contraste profond et tranchant entre l'éclat de l'antiquité et la misère des siècles suivants. Les vastes portiques de l'antiquité avec leurs allées ombreuses, avec leurs chefs-d'œuvre artistiques, avec leurs temples, étaient quelque chose de splendide. L'un des plus remarquables, celui d'Oftavie (fig. 40)', renfermait deux temples. Polemius Silvîus aurait pu compter les portiques au nombre des merveilles de Rome : partout dans la cité on retrouvait leurs grâces accueillantes; nulle part ils n'étaient plus nombreux que dans la plaine, dans la région du Champ de Mars, où l'on en comptait quatorze. Il y avait aussi pour les promeneurs des portiques à fenêtres closes {speculnria), qui bravaient tous les temps'.
Sous les empereurs Valentinien, Gratien et Théodose, on réunît plusieurs des portiques du quartier que baignait le Tibre et l'ensemble prit le nom de
■ Canina, Edijici di Roma antica, t. 1 [, pi. 39. Cf. Arthur Schneider, Dus aile Rom.
(1896), pi. 9, n. 15. \js. p.irtic du milieu est en partie conservée ainsi que nombre de colonnes des deux ailes. A l'arrière plan de
notre figure apparaissent les temples de Jupiter et de Junon, jadis entourés par les colonnades.
' Millheilungen dis rômiichen InsliluH 1896, p. 314.