‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 62 sur 165 · VI. LES MERVEILLES DE ROME · texte numérisé non relu

VI. LES MERVEILLES DE ROME

Porticiis maximae. On pouvait sans quitter leurs galeries aller du théâtre de Marcellus au pont Ae/ius, c'e.st-à-dire de la Via?.7.3. Montanara au pont Saint- Ange. C'était la moitié du diamètre central de la ville que parcourait ainsi une seule allée sous le toit ombragé de portiques richement décorés. Un arc triomphal construit par les trois empereurs terminait dignement cette gigantesque colonnade. Il se trouvait dans le voisinage du pont près de l'église afluelle de Saint-Celse et l'auteur de l'itinéraire d'Eînsîedeln nous en a conservé l'inscription '.

131. Pour finir par quelques chitTres dans lesquels se reflète la masse des magnificences archite£lurales de Rome, disons que les quatorze régions, d'après le catalogue officiel du IV" siècle souvent cité, possédaient 1 1 forums, 10 basiliques profanes, 28 bibliothèques publiques (dont on ne connaît nommément que 7), 390 (Polemius Silvius dit 300) magasins publics. A côté des 46602 maisons de louage {insulae), on relève 1790 palais {dotnus).

Le chiffre de la population n'est donné nulle part et comme tous points d'appuis manquent pour la calculer, on s'explique qu'il se soit produit là-dessus

Fig. 40. Reconstitution du portique d'Octavie.

des divergences d'opinion assez considérables. Juste Lipse estimait la population de la ville sous l'Empire à quatre millions d'âme.s, Isaac Vossius à quatorze millions. De telles évaluations sont à reléguer dans le domaine de l'imagination. Mais il semble bien que l'on soit allé trop bas en proposant comme l'ont fait des érudits postérieurs te chiffre d'un demi-million, ou, en précisant davantage, comme on l'a fait récemment en basant ce calcul sur l'annona et sur d'autres points d'appui prétendus, le chiffre de 800000 âmes. On peut accepter comme vraisemblable que dans les trois premiers siècles au moins de l'Empire, le chiffre des habitants a dépassé le million. Qu'on songe seulement à la grandeur des édifices faits pour les speftacles publics, au nombre presque incroyable de places qu'ils contenaient, aux masses qui de tous les points de l'Empire affluaient à ce cœur du monde romain, pour prendre part à sa civilisation, à son commerce, à son ivresse, enfin à la foule des esclaves dont les grands avaient accoutumé de peupler leurs palais =! Après le IV'' siècle la dépopulation fit des pas de géants par suite des tristes destinées de Rome et de l'Italie.

' De Rossi, Inscript, christ., t. II, part. I, p. 22, n. 16; cf. p. 38, n. 1; Corpus inscript, lai., l. VI, n. 1184. L'inscription se trouvait, d'après l'itinéraire, in arcu proximo poule Pétri (sic) et donnait comme objet à l'arc ad

concluHendum opus oiime porticuum m riim. Sur les porticus maximae, cf. Stevenson, Rom. Qiiarlalschrift, 1892, p. 23 et ss.

' Iteloch, Vie BiviHk^rtmg lier jp-iecAisrAtômischeii IFcZ/f Leipzig, 1886), p. 391 et suiv.

IS2 LIVRE I. CH. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N° Ijî.

La population était assez différemment répartie dans les régions. L'aristocratie ne fréquentait pas les mêmes quartiers que le peuple. A cet égard le rapport du nombre des palais {domus") k celui des autres maisons privées (Jiisalae) dans les diffërents quartiers est fort instruftif. Le catalogue de Constantin, qui nous fournit sur la matière des indications sfires, nous apprend que les palais se trouvaient en plus grand nombre dans les parties excentriques de la ville. L'aristocratie était .surtout retirée sur l'Aventin; elle jetait encore son éclat en seconde ligne dans la région du cirque Maxime, en troisième et en quatrième sur l'Esquilin et le Quirinal. C'est ce qui découle de ce fait que dans la 13" région on comptait un palais pour à\x. neui insulae, dans la neuvième un pour vingt, dans la cinquième un pour vingt-une, dans la sixième un pour vingt-deux et que la proportion était moindre encore dans les autres r^ons'.

Olympiodore parlant au V« siècle des plus remarquables parmi ces palais, écrit : " Tout grand palais contient tout ce qu'on peut trouver dans une ville de moyenne grandeur : un "hypodrome" (vaste Jardin de forme particulière), des forums, des temples, des fontaines et des bains ". On pourrait appliquer, pense-t-il, à ces palais le mot de l'écrivain : " Une seule maison est une ville et la cité contient des milliers de villes "'.

On comprend dès lors les paroles du rhéteur Thémistius à l'empereur Gratien : "La brillante et célèbre cité de Rome est quelque chose d'infini; c'est une mer de beauté qui échappe à toute description "3.

132. "Quand Constance vint i Rome en compagnie du prince perse Hormisdas et lui en fit voir tous les monuments — 54 ans avant l'invasion d'Alaric — Ammien Marcellin rapporte que le prince fut saisi d'admiration et demeura un moment immobilei.

Plus que tout le reste ce fut le Forum de Trajan qui l'étonna. Et de fait, à en croire les descriptions antiques, ce Forum a dû être le comble de la splendeur de Rome, le dernier effort de l'architefture. Cassiodore en dit encore au IV= siècle : " Quelque rassasié qu'en soit votre r^ard, il ne cesse de vous paraître une merveille". Et cependant après tous les orages que Rome avait subis, Cassiodore le voyait naturellement dépouillé de quelques-uns de ses ornements; comme tant de monuments publics à cette époque le Forum de Trajan, en dépit de restaurations successives, était en lutte avec la ruines.

tient pour le chiflre approximatif de 800000 Smes. Lanciani, Roma anlica e tondra vioikrna, dans la Nuova antologia, 1883, t. II, p. 263 et suiv., donnait pour des raisons topographiques un chiffre d'environ 2 millions. Lanciani, Jtui'ns aritl excavations (1897),

sum et la Notitia pour le nombre des insuliu et des dotnus, sans qu'on puisse distinguer où est le vrai, cet auteur prend la moyenne. Cf. idt'd., p. 118.

' Dans Photius,i>^. cit. p. 63; Urlichs,p.49 (ÙTid8poij.ov, çdptivç ». T. X.) Le vers cité est : p. 9Ï-91, cite les chiffres de Wietersheim I Est ttrôs una doiims, mille oppida tontinet

(1500000 âmes), de Marquardt (1600000}, de Friedlnnder (1000000 au 1" siède, 2. au second). Secck, Geschickie des Uitierganges der anliken Well, tient aussi pour deux millions pour l'ère impériale écoulée.

' Lanciani, Ricerch^ stille XIV regioni urhinf(Bullett. arck.com., 1890, p. 125). Quand il y a divergence de chiffres entre le Curio-

uràs, et dans le texte primitif : Et; ii-i'y aoiu T.6\ti . noXi; âvrca )iup('z xeù3(i.

J Oral. J3.

•L. XVr, c. 10, éd. Cardthausen (i874).

iCassiod., rariarum \. VII, n. 6, cd.

Mommsen (Mon. Germ. hist., Au/l. aiilif..

t. .XII), p. 205 : Trajani forum vel sut assi-

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