VI. LES MERVEILLES DE ROME
Mais au temps de Constance rien n'avait endommagé sa magnificence qui devait opérer sur le speéiateur un tout autre effet. Le souverain promena ses regards sur la basilique Ulpienne qui se dressait toute étincelante d'or et de marbre, au milieu du Forum, dans une forêt de colonnes en granit; son œil suivait, sans pouvoir s'en détacher, les spirales de la colonne de marbre dont le sommet portait, à une hauteur vertigineuse, la statue en pied de Trajan : il voyait toutes les magnificences qui Jui faisaient escorte et déclarait que c'était une merveille unique au monde et qui méritait l'admiration des cieux même; qu'il renonçait à tout espoir d'imiter pareille œuvre; que la renommée qui a coutume de tout grossir au loin, demeurait impuissante devant les bâtiments de Rome. La seule chose qui pût lui déplaire à Rome, ajoutait-il, c'est que les hommes fussent sujets à la mort en un tel lieu ', On ne saurait oublier d'ailleurs que le luxe et la richesse consistaient surtout dans les monuments publics. En général les conditions de vie des particuliers ne répondaient pas à la magnificence extérieure de la cité; elles étaient plus malheureuses qu'on ne le suppose habituellement; les rues étaient souvent trop étroites et parfois malpropres, les s de louage trop hautes et trop peuplées ",
1 33. La vue de toutes ces magnificences de la Rome païenne devait éveiller chez le chrétien penseur, en même temps que l'admiration, un certain sentiment de tristesse. I! ne pouvait songer sans une amère compassion à l'effroyable vide moral de la brillante cité; il savait combien les habitants de ces palais se sentaient assiégés et opprimés par la misère morale et par la pensée de la mort : "Si nous revivons par la pensée cette époque, dit un grand connaisseur de la Rome antique, Barthold Georg Niebuhr, un sentiment pénible viendra se mêler à notre admiration. Dès les temps les plus anciens les vertus faisaient bon ménage avec les vices les plus redoutables : ambition insatiable, mépris absolu et inconscient du droit d'autrui, insensibilité parfaite aux souffrances du prochain, avarice et parfois rapacité, séparation tranchée des classes qui donnait naissance à une cruauté inhumaine non seulement envers les esclaves et les étrangers, mais envers les citoyens même." Rome à l'époque impériale était remplie d'une société dont Theodor Mommsen a dft écrire que pour elle " la pauvreté n'était pas seulement la pire des hontes ou le dernier des crimes, mais le seul ". " Pour de l'argent, poursuit-il, l'homme politique vendait l'Etat, le citoyen la liberté; pour de l'argent on pouvait acheter la place d'officier et le vote des jurés; pour de l'argent la noble dame se livrait comme la simple fille "3.
La religion chrétienne était descendue du ciel pour inculquer à l'humanité une nouvelle morale. Par un travail .séculaire elle s'était fortement installée à
liuilate videre tnimculiim ett. L'auteur anonyme (du X" siècle sans doute) des miracles ajoutés à ta Vila S. Gregorii de Paul Diacre dit de ce forum (c 27) : Forum, quod opère tnirifico consiai esse coHStruâîuvi.
' Dans l'édition de Gardihausen, la phrase est : /d ianium a'éi placvisse aiebaî quod dididsset, ibi guoçue komines mort. Ne faut-il pas lire : ditplicuissef A moins nue l'empereur ait voulu dire qu'il était heureux que les autres
villes ne dussent point envier Rome, puisque lli aussi la mon éiendait son domaine? Mais cette pensée est faible et peu en harmonie avec le reste du discours.
' C'est un contraste que mettent bien en lumière Friedlànder, Siltengeschickte, et Grupp, Kulturgesckichte der rom. Kauerseit.
3 Cf. les passa;;es de Niebuhr et de Momuisen, Hisfortseh-politiscke BlàHer, t. I (1877), p. 750 et suiv.
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Rome. Une foule d'églises, qui s'élevaient de tous côtés, donnaient un autre aspefl à la cité païenne et annonçaient un nouvel avenir.
Il est nécessaire qu'un coup d'œil nous instruise du nombre et de l'ordre des sanftuaires principaux du culte chrétien k Rome au V* et au VI* siècle.