VII. — Les plus anciennes églises de la ville. Les Tituli
134. Les plus anciennes églises de Rome, dont on ait connaissance, sont désignées sous le nom de Tilielt. C'étaient des églises gouvernées pardes prêtres à chacun desquels était attribué comme paroisse un distrift de la ville; le clergé de ce distrifl dépendait de l'église. Nous trouvons ces " titres " ou églises presbytérales au nombre de 25 des le cinquième siècle; c'est le nombre régulier, consacré, semble-t-îl, par l'usage et la législation. Sauf des modifications insignifiantes, il est demeuré le même jusqu'en l'an mt!. Calixte II (1I19-1124) a été le premier à fixer d'une manière durable à 28 le nombre des titres '.
Nous ne dirons pas avec l'auteur sans critique du Liber ponHficalis quetous ces titres avaient été institués dès le commencement du second siècle par l'évêque de Rome Évariste; l'Église ne faisait pas alors à Rome de sî rapides prt^rès; mais leur existence est garantie au V^ siècle par les signatures du conseil romain du i" mars 499; on y voit apparaître les noms des églises et ceux des prêtres qui les gouvernaient présents au concile. Près de cent ans plus tard, le 5 juillet 595, sous Grégoire le Grand, un autre concile fut célébré à Rome, et parmi les souscriptions on relève encore les " titres " de la ville'. Cette liste confirme pleinement le catalogue antérieur; les noms de vingt-un titres sont absolument identiques, et pour les quatre autres il y a au moins des présomptions qui permettent de les mettre d'accord 3.
' Duchesne, Nelis sur la topographie de \ Rome au moyen âge. II. Les litres presbyte- 1 rauxelles diaionies, au t. VU des Mélanges d'archMo^ie (1887), p. 17 et suiv. Dans les , explications qui suivent nous nous sommes servis avec profit de ce consciencieux travail , dont nous nous écartons pourtant sur certains points. Nos citations du Liber pontifica- I lis sont aussi empruntées à l'édition définilive i de Duchesne. Celle que Mommsen a donnée d.nns les Mon. Germ. kist. est trop dépour\'ue de notes historiques pour répondre à noire
' IJèer pOMlifiaiiis, t. J, p. I16, Evarislus % 6 ; Hic liluios in urbe Roma di-vidit presHteris. Déjh, dans la notice de Clet, le nifme auteur affirme que ce pontife aurait lîtabli à Rome 25 prcires. Il nous apprend qu'au Vl° siècle, ce chifTre était consacré par 1 l'autorité de la tradition : Urbain fait faire ' 25 patènes d'argent pour les messes des sta- ; tions {S iS); Marcel (308-309) rétablit les 1 25 titres (§ 31 : XX\' titillas in urOe Roma ronsiitriit, quasi dii<ecesis,propler bapiismum et paeniten/iam); Ilîlaire (461-468) fait faire, aussi pour le service des stations, 25 vases
sacrés (% 71). — Pour le concile de 499, voir .Mansi, Colleff. comil. t. VI 11, p. 23s; Thiel, Epislolae romanoiitin ponUfiiitm, p. 651. La dernière édition du concile a été donnée par Mommsen au t. XII (Cassiodore), p. 399 et s.
des Auîl. aniiguistimi dans la collégien des Mon. Germ. hist. — La meilleure édition du concile de 595 a été donnée par Ewald et Hartmann (Registrum S. Gregorii magni.
Mon. Germ. hist., Epislolae, t. I, p. 366). Cf. Migne, P. L.. t. LXXVIl, col. 1338.
' Le concile de 595 ne nomme que 24 églises; mais il n'est pas douteuK qu'il faille y ajouter la tiasilique de Sie Anastasie qui paraît avant et après le pontifical de Grégoire 1" comme un titre. A ce concile souscrit pour chaque église-titre un seul prôtre, tandis qu'au concile de 499 il y en a régulièrement plusieurs et comme les titres portaient des noms différents, il en résulte quelque incertitude pour l'établissement de la liste. Il y a en 499 cinq titres qui ne paraissent pas dans celui de 59s («"t de S, Matiliieu, de S. Niconif^de, de Ste Crescentienne, de .S. Tigridas et de S. Romain (?). Par contre il lui manque trois litres qui existent sous Grégoire, ceux
N" 135.] vu. LES PLUS ANCIENNES ÉGLISES DE LA VILLE. LES TITULI. IgJ
Sans entrer dans le détail de ces questions particulières et sans remonter aux débuts de ces églises, que la légende a ornés, nous en donnons la liste, avec les dates, précisées par la critique, de leur première apparition dans l'histoire. L'ordre le plus naturel est celui des 14 régions décrites ci-dessus. Les églisestitres sont indiquées sur notre plan de Rome,
135. Dans la première région, de la Porte Capène, se trouvait le tituliis S. Xysli, dédié au célèbre pape martyr de la catacombe voisine de S. Calixte- C'est au concile de 595 que nous trouvons Saint-Sixte mentionné sous ce nom et comme titre; peut-être est-il le même que le titulus Cresceniiauae de 499 que l'on n'a pu déterminer'.
La 2^ région, de Cœlimontium, possédait deux titres. Celui de Byzantus ou de Fammachius, dit aussi des Saints-Jean-et-I'aui, du nom des deux saints martyrs qu'on y honorait, est désigné sous le premier de ces noms dans une inscription du temps d'Innocent I"" C401-417), sous celui de Pammachius au concile de 49g, sous celui des saints Jean et Paul pour la première foi.s dans le Liber ponlijUalis (vers 530)'. Le second titre de la 2" région était celui que l'on appelle encore aujourd'hui des Quatre couronnés. Il existait dès le IV"' siècle d'après une notice du martyrologe hicronymien, et a dû porter d'abord le nom de Titubts Aemilianae qui parait au concile de 4993; à celui de 595 il était appelé Titulus SS. Quatuor Coronatorum.
Dans ta 3^ région, Isis et Sérapis, s'élevaient quatre titres. L'existence du Titulus démentis dès le temps de S. Clément (366-384) est garantie par une inscription damasiennel Le titulus SS. Marcellini et Pétri, qui porte encore le nom de S. Pietro e Marcellino, n'apparaît qu'en 595 et a été transporté à cette église de l'église voisine de S. Matthieu in Merulanas. Le 3^ titre, dît Titulus apostolorum ou ad vincula S. Pétri ou encore titulus Eudoxiae, paraît pour la première fois au concile d'Éphèse, où le représentant de l'évêque de Rome et l'un des présidents de l'assemblée, Philippe, souscrit "prêtre de l'église des Apôtres ". Sous Sixte III (432-440) cette église fut reconstruite aux frais de la famille impériale d'Orient, et particulièrement de la princesse Eudoxie. C'est le Liber pontificalis (vers 530) qui la nomme pour la première fois a vinculis 5. /'e/ri; elle en a gardé le nom de Saint-Pierre ès-liens s. Enfin la 3<^ région com-
de S. Sixte, des saints Marcellin et Pierre et de Sie Balbine. Les conjeflures fort plausibles de MgrDuchesne {Notessurla topogr., p. 27 et 5uîv.)pour mettre d'accord les listes sont exposées dans le texte au nom de chaque église. Ce que dit Gregorovius (4° éd. , 1. 1, p. 258) des titres a besoin d'être corrigé, comme toutes ses assertions sur les antiquités chrétiennes.
■ Duchesne, ibid., p. 20, iS.
'Épitaphe des prêtres Proclinus et Ursus tUuli Bysantt (De Rossi, BuUeti. arck.
crist.y 1877, pi. 3-j; Duchesne, Uber pontif., t. I, p. 236). — Titulus Pammachii, cf. De Rossi, Inscrift. christ., t. Il, part. 1, p. 150, et ce que nous avons dit plus haut des construflions de Pammachius. — Le Liber pontif.
nomme sous Symmaque {% 7S) un prêtre Gordien, du titre des SS. Jean et Paul.
^Martyrol. Hteronym. 8 nov. (^(7u 5.?.
boUand. t. H de novembre) p. [141] '.AdCelio monte; Duchesne, Notes, pp. 21, 28.
'De Rossi, BuUcIt. arclieol. crist., 1870, p. 148. Sur ce litre voir plus bas % '52.
> Duchesne, Notes, p. ï8. Le tilulus Nicotnedis de 499 pourrait d'après cet auteur (p. 29) être identique h S. Mathieu in Merulana.
' Mansi, Coll. Concil., t. IV, p. 1303 : Philippus ecclcsiae apostolorumprvsbyter(yi/t%sion du concile d'Kphcse). Inscript, de Sixte III (De Rossi, Inscript, christ., t. II, part. 1, p. 112, 134); cf. mes Analefln ramima,X. l,p. 77. L'inscription nomme (vers 7) le susdit Philippe comme ayant dirigé la construction. Cf. Martytol, Hteronym., \" avril Alla SanH. boit., quo supra p. (98]) : Romae
prenait le Titulus Eqintii ou Silvestri construit sous le pape Silvestre I" par le prêtre Aequitius sur sa propriété. Il reste quelques parties de l'ancien bfttiment près de l'église aftuclle des SS. Silvestre et Martin ai Monti^.
Il n'y a d'autre titre à signaler dans la 4^ région, Templmn pacis, que celui de Sainte-Praxède, loin du Forum. La première mention tout à fait certaine qui en soit faîte se trouve dans une épitaphe de 491 =*.
136. La cinquième région {Esquiliae) ne possède aussi qu'un titre, celui de S. Eusèbe, qui, nommé dans le martyrologe hiéronymien, existait par suite au V=, voir au IV* siècles.
La 6* région {^AHa Seinita) comporte quatre titres : le titulus Vestinae, appelé plus tard S. yitalis, fondé sous Innocent l" (401-417) par la noble matrone Vestina4; le titulus Gai ou Susannae, dont le martyrologe hiéronymien précise l'emplacement "près des deux palais qui avoisinent les thermes de Diociétien "5; le titulus Cyriaci, aujourd'hui disparu, dont la première mention sûre se trouve dans le concile de 499*; enfin le titulus Pudentis ou Pudentianae (Sainte-Pudentienne), qui apparaît dès 384 sur l'épitaphe d'un lefteur sous la forme : de Pudentiana.
Dans la y^ région ( Via latcî), il n'y a qu'un titre, le titulus MarcelU, dît aujourd'hui S. Marcel in Corso. Le Liber pontificalis en fait remonter l'établissement à l'évéque de Rome Marcel {308-309)7. Le préfet de Rome Symmaque mentionne cette église dans une lettre de 418^.
La 8« région {Fonnn romanutn) ne contient pas de titre.
137. Il y en a trois dans la neuvième région {Cirais Flaminius). Le titulus Ludnae ou S. Laurentii in Lucina se rencontre d'abord dans l'histoire du pape Damase, qui y fut élevé sur le siège de S. Pierres. Un second titre porte le nom de ce pape, titulus Damasi ou S. Laurentii in Damaso, parce qu'il reconstruisit
dtdicatio iccUsie a beato Petio eottstrufl4 et edificatt; cf. mon mémoire dans la Civiltà cattoHca, 1898, t m, p. 306.
' Sur la fondation du titre, cf. Liber ponlif., Sil-uester % 34, où l'on trouve la liste des do-
' De RossI, BulleU. arckeol. crisl., 1882, p. 65.
s Martyrol. hieronym. 14 août (A^a Sanil.
boll. , guo supra).
* Liber ponli/., tnnocenliin % 57. L'auteur emprunte sans doute à un très ancien inventaire de l'église tous les détails qu'il donne sur la fondation et la dotation.
^Martyrol. hieronym., 11 aoftt ; ad tiuas liomus juxia Diocletianas.
" L'église a disparu dès le XV' siècle. Pour son emplacement, voir Lanciani, Forma urbis Romof, pi. 10, et notre plan de Rome.
'De Rossi, Inscripl. christ., t. I, p. 153, n. 347. Sur les traditions qui rattachent il ce titre la mémoire de S. Pierre, cf. De Rossi, ftulUtl.archeol. criit., 1867, p. 43,49etsuiv. ;
Armellinî, Le chùse di Roma, a' éd., p. 191.
Les afles de Stc Pudentienne comme ceux deStePraxède sont apocryphes dans ta forme où nous les possédons. La congrégation établie en 1741 par Benoît XIV pour la correction du bréviaire, disait des premiers cerrupta... fabuloia et de* seconds parum sincera... Hullafide digna. Le texte s'en trouve dans les Analeûa juris ponlificii, t, ,XX1V (1885), p. Sçzetsuiv., d'après le Codex Corsin. 361-363.
* Uber ponlif. 3 31 : Lucina uidua... iomum suain noniitâ biati Marcelli tiiulam dedicavit; cf. Baroniu3,.f4Hn(i/», année 4iS,S79> pour la lettre de Symmaque. On peut avec Mgr Duchesne (Noies, p. 17) rechercher ce titre dans le Titulus Romani, ainsi nommé évidemment par suite d'une erreur, dans le concile de 499; il faudrait lire dans la souscription Roinanus tituli Marcelli au lieu de Marcellus tituli Romani.
' LibcUusprecum, tXc.Prae/atio S 3. (Migne, P.L.,i. Xin.col. 8:).
N" !37]. vil. LES PLUS ANCIENNES ÉGLISKS DE LA VILLE. LES TITULI.