IX. — Églises extra-muros
142. La loi romaine prescrivant d'enterrer les morts hors de la ville, c'est aussi hors des murailles qu'il est naturel de chercher les sépultures des martyrs au temps de l'ancienne église. Dès avant Constantin s'élevèrent sur les tombeaux des saints à la superficie des catacombes maints oratoires ou cellae. Constantin fit construire de splendides basiliques aux points les plus importants choisis par les fiddes pour offrir leur culte aux martyrs : et avant tout sur les deux tombeaux les plus vénérés, celui de S. Pierre et celui de S. Paul; puis sur ceux de S. Laurent, de sainte Agnès et des SS, Marcellin et Pierre. Les quatre premières basiliques durent leur origine au rang des saints auxquels elles furent dédiées et qui tenaient la première place dans le culte romain; la dernière dut sans doute sa construction à ce fait que la villa de l'empereur ad duos lauros était à proximité du cimetière des SS. Marcellin et Pierre'.
Ces églises hors des murs devaient à leur destination sépulcrale de présenter une certaine conformité dans le plan. Elles devaient se trouver immédiatement sur le tombeau du saint, dont on ne troublait pas la position, et il fallait que le maître autel fût en droite ligne au-dessus de la sépulture. Cette règle obligeait naturellement dans bien des cas à des nivellements du terrain et à des modifications dans les galeries des cimetières, conditions dont encore aujourd'hui nous pouvons constater l'exécution dans ces églises; elles présentent en effet des caraélères qui demeureraient inexplicables sans cette règle. Plusieurs basiliques funéraires, celles de sainte Agnès par exemple et de S. Laurent sont souterraines, 11 en résultait des inconvénients qui font comprendre la fréquence des restaurations signalées pour ces églises.
Pour jeter un coup d'œil sur ces églises extra-muros qui, à de rares exceptions près, sont de fait et de nom des églises cimiténales, nous ne saurions mieux faire que de suivre l'ordre des grands chemins qui sortent de Rome, en commençant par le nord et en faisant le tour de la cité vers l'Occident Cela nous permettra en même temps de présenter au lefteur la suite topographique des grandes voies de la campagne romaine.
Nous ne ferons place d'ailleurs dans notre liste qu'aux églises nommées par le Liber ponlificalis dans sa partie primitive, rédigée vers 530, ce quî est un indice de l'antiquité de ces églises. Nous remarquerons seulement que le Liber ponlificalis n'est pas complet et que les anciens itinéraires de pèlerins du VII'= siècle pourraient le compléter, même en ce qui concerne de très vieilles églises. Mais il n'est pas nécessaire d'épuiser ici le sujet".
143. Sur la Via Cornelia s'élève la basilique du prince des apôtres, S. Pierre, construite par Constantin sous le pape Silvestre, restaurée par Léon I"" et dont le baptistère est une œuvre du pape DamaseS.
Sur la Via Aurélia le pape Symmaque édifia l'église de S. Pancrace sur son tombeau et une autre église en l'honneur de la sainte martyre Agathe*.
' Liber pont., SilvNler. Les renseignements du Liber poiilif. sur les constru<5lions d'églises romaines dues à Constantin sont confirmées par ailleurs, et surlout par les monuments. Cf. Duchesne, Z/ïiff^o»/., t. I, p. CXL, CXLIII.
" Duchesne, Liber ponlif., t. I, p. CXLII.
^ Liber ponlif. , Sil-ves/er, g 38; Ltc, % 66. Voir sur Saint-Pieire la tin de ce chapitre.
' laid., Symmachui, % 79 et les notes d« Mgr Ducliesne, p. 267, n. 30 et 31.
No 143.] ÉGLISES EXTRA-MUROS. 163
Sur la yia Poriuensis qui conduisait à Portus romanus sur la mer était une èiisiUca Iulia, construite par Jules ler. C'était probablement l'église qui portait aussi le nom du martyr Félix et qui se trouvait au troisième mille, sur le Coemeterium ad Insalatos *■
Une autre voie de communication avec la mer sur la rive gauche du fleuve était la Via Ostiensis sur laquelle se dressait la fameuse basilique de S. Paul. L'œuvre de Constantin fut entièrement remaniée au IV siècle; le pape Sirîcc fit en 390 la consécration de la nouvelle basilique '. Près de la même route l'église des saints martyrs Félix et Adaucte, retrouvée en 1904, s'élevait sur le cimetière de Commodille et fut restaurée par Jean I*"" (523-526)3.
Sur la Via Ardeatina, il y a trois églises : la basilira Marci, due au pape de ce nom; la basiîica SS. Nerei et Achilki, récemment découverte, que l'on appelait aussi de Ste Pétronille et que restaura Jean I"; enfin la basilka Damasi, ainsi appelée du nom de ce pape*. La voie ardéatine conduisait également à la
mer, près de laquelle se dressent encore les ruines d'Ardea, avec de belles murailles romaines,
Sur la Via Appia qui, au pied des collines d'Albanie et à travers les marais pontins, se rendait à Terracine et à Naples, deux églises entre autres étaient particulièrement visitées : d'abord la vaste basiîica apostolonim, ai:
Fig. 41. L'Ancien oratoire de saint Sixte II, au milieu lieu dit ad catacumbas,
des tombeaux, sur le cimetière de Calixte. où pendant un temps
avaient été cachés les restes des saints apôtres Pierre et Paul, église construite ou restaurée par Oamase et qui est aujourd'hui S. SébasticnS; puis une basilique de S. Corneille près du cimetière de Calixte^. Le Liber pontificalis passe sous silence les deux oratoires qui se trouvaient en ce dernier endroit à ciel ouvert, dédiés l'un au pape martyr Sixte II (fig. 41)7, l'autre à la martyre Soteris et la grande crypte souterraine du cimetière, dans laquelle étaient déposés quinze papes et nombre de martyrs célèbres, et qui forme aftucllemcnt la principale attra^ion pour les
' Ibid,f Iulius,% 50; Duchesne, p. îo6, n. 8. | runt corpora sanûorum aposMorum Peiri et ' Ibid., Silvesler, % 40; Grisar, Analefla ro- Pauli, in quo loco platoinam ifiiam, ubi ia-
t. I, p. 265, Cf. ci-dessous le ch, VII. ' cutruiit corpora saiicta, verstbus e^
3 Liber ponli/., lohann. I, % 89; Duchesne, \ " Ibid.y Léo /, § 66.
p. 278, n. \i.\Nuovo Bullett.di areheoLcrist., , ' De Ross'i, Jfûitia soUerra/tea, t. III, pi. 3g.
1904, tasc. 1-4. 1 L'entrée fait vis-à-vis à l'abside centrale (voir
'Ibid., Marcus,% 49; lokannes /,§ 89; Du- \ dans Rossi ta tig. m c). Le cimetière est un
tnasut, 8 54. ' exemple des cimetières chrétiens de la pre-
>Lbid., l}ai/iasus,% 54 : ffic fecit basilicas 1 mière époque a-près qu'on eut cessé d'enterrer
liuas... Et \uttam\ in Catacumbas, ubi iaciic- ' sous terre. La tour est du moyen âge.
164 LIVRE I. CH. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [No 144,
visiteurs du cimetière de Calixte'. C'est surtout pour les églises de la voie Appienne et de la voie Ardéatine que le catalogue du Liber pontificalis que nous suivons ici est incomplet. Nous rencontrerons plus tard sur cet important théâtre des catacombes romaines d'autres sanftuaires fameux, antérieurs au VII* siècle.
Sur la Via Latina, le Liber pontificalis nomme la basilique de S Etienne, fondée sous Léon I«f et. que les fouilles récentes ont fait sortir de terre'. La voie latine, qui passait devant elle, coupait les monts albaîns pour suivre la vallée du Trero et gagner Capoue par Anagni et Frosïnone.
La voie suivante, la Via Labicana, ne traversait qu'une courte portion de la r^ion des collines et aboutissait à Labicum, dans le pays de Colonna et de Montecompatri, Notre source nomme sur cette voie la basilique des SS. Marcellin et Pierre, comme fondée par Constantin sur le cimetière ad duas lauros; il faut le chercher près du mausolée de sainte Hélène {Torre Pigaaltara)x
144. La Via Tiburlina, qui allait au lieu voisin de Tibur, possédait à proximité de Rome une église fameuse dans la basilique du martyr romain S. Laurent. Le petit monument de Constantin s'élevait sur le tombeau du martyr au cimetière de Cyriaca, dans VAger veranus^. Le pape Sixte III y rattacha une autre basilique plus vaste, qu'on appela basilica maior, tandis que la première, située plus bas, prenait le nom de basilica ad corpus. Aéluellement l'une et l'autre présentent encore aux regards leurs formes antiques et vénérables s. Dans le voisinage de ces deux églises de S. Laurent furent fondées plus tard sous Félix III une basilique de S. Agapit et sous Simplice une basilique de S. Etienne ^.
Nous avons déjà nommé la célèbre basilique de la martyre romaine Agnès, située non loin de Rome, sur la Via Nomentana qui aboutissait à Nomentum {Mentana). Elle date de Constantin; les papes Libère, Innocent et Symmaque durent restaurer cette église située dans un terrain bas et humide; Honorius I" la reconstruisit plus tard ?.
La Via Salaria conduisait dans la campagne de la Sabine. Elle possédait dans la banlieue de Rome, sur le cimetière de Maxime, un oratoire de sainte Félicité, construit sur son tombeau par Boniface l^^^et restauré par Symmaque^; et une basilique de S. Saturnin sur le cimetière de Thrason 9. La grande catacombe de Priscilie qui se trouvait près de cette route était désignée au passant par une basilique érigée par le pape Silvcstre et probablement remaniée par Jean I", dont les restes remarquables ne sont revenus que de nos jours à la lumière '°.
La Via Flaminia est ta dernière grande voie que nous rencontrions dans cette promenade autour de Rome. Elle passait te Tibre sur le pont Milvius
' Liber pon/if.,CitilisUit,% \-}\ Duchesne, domnv lavrentivm; domnus équivaut à p. 142, n. 7i Xystiii III, % 64. sanctus.
= Voirplus bas vers la tin du ch. VI. 1 ^ LiberponUf,,FelixilI,%Ti-^implmus,^i2.
^ Liber ponlif. , Silvester, § 44. '' Ibid., Silvester, g 42; Honorius, § 119.
*Ibid., g 43. \ " '*"'■' Bonifatitis 7, g 60.
^Ibid., Xj's/us I/I, % 64. La désignation de | ^ Ibid., Félix IV, % 90.
maior que les itinéraires du VU" siècle don- 1 '" De Rossi, BulleU. archtol. ciiit., iSqo, nent àcelte basilique apparaît déjk dans deux p. 97 et suiv., avec plan; Kirsch, Die christ'
ioscriptions du \'{Dc^oi^\,I!ulUtl.arch(ol. ' liclien Kultusgebàude iin Allertkuui, p, 33;
crist., C876, p. 22 et suiv,). L'une de ces ins- ' cf. p. 45 ce qu'il dit de ces ^iises funéraiics
cripiions porte : IN ha.silica maiork ad I du IV au VU" siècle.