‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 67 sur 165 · N"' 145. 146.] IX. ÉGLISES EXTRA-MUROS · texte numérisé non relu

N"' 145. 146.] IX. ÉGLISES EXTRA-MUROS

et allait au nord vers Prima Porta et le Soraéle ; elle suivait le cours du Tibre et formait le lien entre Rome et les provinces de la Haute Italie. Presque à mi-chemin entre la porte Flaminienne et le pont Milvius se trouvait le plus grand monument chrétien qui l'ornât dans les environs de Rome, la basilique de S. Valentin, fondée par Jules l"^, dans le voisinage immédiat du cimetière du saint, dans les rochers abrupts de Parioli. Ce n'est qu'en 18S8 qu'on a exhumé les fondations de cette basilique avec ce qui restait des colonnes et des tombeaux '. Les dimensions étonnamment vastes de cette ^Use à trois nefs sont une nouvelle preuve que les chrétiens du IV" siècle avaient hérité des traditions de rarchite<5lure romaine, qui aimait les vastes espaces et ne négligeait jamais d'imprimer à ses œuvres le caraétère de la magnificence.

On peut dire que la grandeur de la Rome antique se reflète dans les églises funéraires des routes qui sortent de Rome.

145. Il nous faut accorder un regard à la construflion de ces magniiîque.s voies antiques qui sillonnent en tous sens la campagne. Aujourd'hui encore, là cil elles se sont conservées, elles se présentent comme des chefs-d'œuvre du génie des Romains pour les grands travaux techniques. La hardiesse et l'étendue en rivalisent avec une solidité calculée pour des siècles. Les routes sont pourvues d'un pavé indestruflibleparde grands polygones de basalte. Elles sont bordées de chaque côté d'une ligne de pierres élevées (^r^/VZ/rw), que dominent de place en place d'autres pierres pour marquer les distances grandes ou petites. Tous les mille pas la borne mîlliaire de marbre {miliariits) marque l'éloignement de Rome (cf. fig. 42').

A côté des i^lises et oratoires chrétiens se trouvaient en bordure de ces routes un nombre incomparablement plus grand de monuments funéraires païens de toutes formes r qu'on s'en représente la décoration empruntée souvent au paganisme, les invocations païennes dont sont émaillées les inscriptions, les villas dont les statues et les œuvres d'art sont empruntées à une mythologie saturée de polythéisme et de sensualisme, et l'on sentira combien sur ce sol historique de la campagne romaine les calmes églises funéraires des chrétiens élevaient la voix pour témoigner de la révolution qui commençait à Rome.

146. Si nous rentrons dans la ville, notre regard cherchera naturellement le centre d'où dépendaient tous ces sanctuaires intra et exlra muras. Où était ce centre de l'organisation ecclésiastique avant la paix de Constantin .' La réponse à cette question offre encore bien des incertitudes.

Que le siège épiscopal fût lié d'une manière durable à un lieu de réunion des chrétiens, la chose est assez évidente, mais pour déterminer ce lieu nous n'avons que des points d'appui peu sûrs. Il y a d'abord les titres du titulus Pudentis, où S. Pierre doit avoir exercé son ministère. Mais outre que les traditions de cette église, pour vénérables qu'elles soient, s'appuient sur quelques documents dépourvus d'authenticité, elles ne s'appliquent qu'à l'époque de

' Marucchi, // cimitero e la batUica di San , cilia Metetla, au commencement de la

Vaîentino, Roma, 1890. ' série des tombeaux. Dans le lointain les

' Lanciani, Ancient Rome, page 261. Vue ! monts albaîns vers lesquels la route se

prise derrière la tombe ronde de Cae- 1 dirige.

l66 LIVRE I. CH. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME, [N" 146.

S. Pierre et de ses premiers successeurs et ne rattachent pas à cette église la résidence ultérieure des papes avant Constantin. En second lieu, les traditions et les monuments, dont on a fait grand bruit ces temps derniers, de la catacombe de S'* Priscille où S. Pierre aurait baptisé. Ces témoignages sont fort respeflables, mais ils ne peuvent fonder que de simples présomptions et encore ne parlent-ils que de S, Pierre', En troisième lieu on a cherché à établir que le cimetière de Calixte, qui contient la chambre funéraire des papes du in« siècle, a été dans ce même siècle le siège de l'administration ecclésiastique; c'est une opinion que n'appuie aucun témoignage particulier et qui a contre elle le grand éloignement ofi ie cimetière était de Rome. Une base plus solide nous est offerte par une inscription du pape Damase (366-384) qui ornait jadis un monument voisin de la basilique de Saint Laurent in Damaso : le pape y

Fig. 42. La voie Appieane «rec les tombeaux antiques. Étal afind.

déclare qu'il a voulu consacrer là un nouveau bâtiment flanqué de colonnes à la garde des archives et que c'est là que lui et son père ont été au service de l'Église. Son père, poursuit-îl, y a été élevé peu à peu de l'office de notaire {exceptor). puis de lecteur, à la dignité de lévite (c'est-à-dire du diaconat), puis à la prêtrise; et lui-même, Damase, y a été placé sur le siège apostolique. II semble bien qu'il faille entendre par ces « archives » les archives anciennes de l'église romaine ; si elles se trouvaient en ce lieu avant Constantin, on peut supposer qu'il formait aussi le siège de l'administration ecclésiastique. C'est là, sans plus, une hypothèse, mais elle est en quelque sorte confirmée par

' Cf. Ma crisl., 190T, Di un itnik fiel a'miUn

rucchi, Nuovo biillell. di arch.

. page 71 et sui*-., 377 et suiv. :

ballhtero recrnfemfnte scoper/o •y aposMico di PrisciUa, avec

une lettre ^ l'auteur de Mgr Duchesne (p. U3)i Marucchi, Zjr Catacombe roiiiant (Roma, 1903), chap. sur la catacombe de

Priscillc.

No 147.]

Page 1