N° IS
du nom de Clément est conservée par l'église bâtie à Rome s. Au même siècle appartient l'inscription du collier de fer d'un esclave échappé et repris, qui mentionne un acolyte a dominicu démentis, qui ne peut guère être que l'égiise de Saint-Clément; (A);«i«iV«;« désignait l'église comme maison du Seigneur. Une inscription du pape Damase, une autre de Sirice et une lettre de Zosime confirment l'âge et la dignité de ce titre '.
L'église primitive (fig. 43A=), où pénétraient nos pèlerins du V"^ siècle, a été retrouvée en 1858. Le pape Pascal II construisit au-dessus la nouvelle église (B). Les Normands de Robert Guiscard avaient dévasté tout ce quartier; le pape, en même temps qu'il réédifia la basilique des Quatre Saints Couronnés, abattit en partie l'ancienne église de Saint-Clément, située au fond de la vallée du Cœlius, combla le reste et construisit à la place une nouvelle église de moindres dimensions; les nefs latérales de l'église primitive débordent de beaucoup celles du XH= siècle. Les fouilles modernes, dirigées avec un zèle intelligent par un Dominicain irlandais, le 1", Mulooly, nous ont restitué tout l'intérieur de l'ancienne construftion, et ont rendu accessibles à 5 mètres au-dessous de l'église actuelle des salles ornées de précieuses colonnes antiques et de peintures du haut moyen âge. Le bâtiment semble de peu postérieur à Constantin : il fut orné de peintures au XI^ siècle. Il communique avec une pièce située encore plus bas (G) et qu'on pourrait regarder comme un oratoire existant auparavant déjà sur ou près de l'habitation du saint titulaire. Plus bas encore on a retrouvé des restes de constructions des premiers temps de l'Empire, qui nous font croire qu'il y avait là, à cette époque, une habitation. Et ce qui est bien remarquable les fondations même (D) se rapportent à la période républicaine de Rome 3,
C'est ainsi que des siècles fort différents ont laissé leurs traces dans ce lieu remarquable; et l'intérêt qu'offre ce concours de tant de souvenirs qui se touchent est encore augmenté par la découverte, derrière l'oratoire chrétien, d'un mithraeum (E) bien conservé avec sa statue de Mithra et tout autour les banquettes de pierre pour les initiés. Quand la chute du paganisme fut irrémédiable, l'idolâtrie se choisit cette retraite secrète pour y planter son étendard contre la nouvelle religion au plus près du sanctuaire chrétien*.
' S. Jérôme, De vins illmtribus, c, is :
nomims -tius (Clententis) memoriam usçue hodie Romae extrucla «cchsia aistodii. Sur l'inscription dominicum Clemenlis, c(. lie Rossi, BulUit. arch. crisL, 1863, p, 25; 1874, page 159. Dominicum est la traduction du grec xupiax-n (sous-entendu oTxot).
Pour Damase et Sirice, cF, de Rossi, i6id., 1870, p. 148 et p. 147 ; pour Zosime, Jaffé, l'éà., p. 319 {Migne, P. L., t. XX, col. 649). Le Liber pont., t. I, p. 123, dit ; Clemens Romanus de rtgione Coeliomonie; sur les légendes de l'église, cf. Dufourcq,
' G. Dehio et G, von Bezold, Die kinhliche BaukuHst dis Abendlandes, p). ii, n. 3.
On entre actuellement par D dans l'église inférieure A; l'autel est restauré, mais les peintures du moyen âge sont conservées.
I Pour l'église supérieure B, et la schoia eantarum, cf. fig. 4S et ci-dessous.
3 J. Mulooly, O, P., Saint Cieme/it, pope and martyr, and his basilica in Rome, 2' éd., Kome, 1873, avec planches; De Rossi, Builett. arckeol. criil., 1863, p. 35 et suiv, (plan p. 30); 1870, p. 139 et suiv, : J monumenti scoperti sotto la basitica di S. Clémente studiati nella loro suceesiione sfratigrafica e cronologica; Kraus, Realencyklopàdie der ckristl. Aiterthiiiner, t. I, p. 132; et p. 297 un article de de Waal; Roller, Revtie archéol. ,
I t. Il (1872), p. 65-73, iî9-'4'. I90-Ï96; Armellini, Ckitie di Rama, 2* éd., p. 124; Kirsch, Cultusgeàaùde, p. 32 et suiv.; Marucchi. Basiliques, p, 2S7 et suiv.
' De Rossi, Bultett. arehiol. crht., 1870, p. 115, 1 53, vue et plan pi, 10 et 11 ; Koller, quo supra, p. 14, 16, 17.
Depuis les fouilles du XIX^ siècle le sanctuaire vénéré de Saint-Clément est devenu une sorte de musée artistique et archéologique chrétien. Mais dès avant les fouilles l'église supérieure de Pascal II offrait un spécimen excellent et impressionnant de la disposition intérieure des anciennes basiliques romaines. A cette époque en effet on suivait encore le caractère ancien dans la décoration des basiliques ; et ce pape en particulier semble avoir pris à tâche de reproduire dans son bâtiment les principaux traits de l'ancien. Sa basilique dont nous donnons le plan (fïg. 44) ' est la seule à Rome qui ait conservé jusqu'à nos jours d'une manière assez complète son ancien aspeft
Voici le vestibule (A) ceint de portiques à colonnes, avec sa fontaine {cantharus) au centre du quadrilatère. Il mène à l'atrium allongé (B) qui précède l'église. Ce sont les colonnes de l'ancien vestibule, que l'on a dressées sur un nouvel emplacement. Outre l'entrée principale (B) qui conduit à la nef centrale (C), il y avait autrefois pour les nefs latérales (D, E) deux entrées aujourd'hui murées; au fond la tribune, ou abside, arrondie, ouverte, est flanquée des deux absides plus petites (O, P) des nefs latérales. Devant l'autel que recouvre un tabernacle à colonnes (L), voîcî le chœur carré (G) avec sa clôture de marbre pour le bas clergé et les chantres [sclwla caniorum, fig. 45 '). Il a une porte (H) sur le sanfluaire (I, I) et possède encore ses ambons pour l'épître et l'évangile (F, F); la clôture, avec ses ornements en relief est bien plus ancienne que Pascal II ; c'est pour la majeure partie, celle qui ornait déjà l'église inférieure au Vie siècle et qui a été transportée dans la nouvelle constru6ïion ; les formes des ornements rappellent le VI* siècle ; un monogramme qui se déchiffre lOHANNES se rapporte au pontificat de Jean II (533-535). Le nom de ce pape, qui s'appelait d'abord Mercure, se retrouve sur d'autres monuments de l'église inférieures.
153. Près de l'antique sanctuaire de S. Clément, on voyait souvent des groupes de matrones romaines se presser au point où le chemin monte aux thermes de Trajan; c'était une route très fréquentée par les femmes pieuses de l'ancienne Rome chrétienne; il conduisait à l'oratoire voisin de la matrone et martyre Félicité. La sainte y était honorée, selon les termes d'une inscription, comme la proteflrice des dames romaines 1 cultrix Romanarum 4.
La chapelle encore existante, de dimensions fort modestes, a une niche d'autel ornée d'une peinture du V' ou du commencement du VI" siècle (fig. 465)-
Fie. 44- Saint' Clément
l'Ian (le l'église
' L est la place du célébrant à l'autel; M son siè^e de marbre dans la niche de l'atiside.
" Photographie nouvelle. On remarque sur le marbre de la clôture de la schola caniorum, h gauche, de celle du prisbyterium, à droite, les ornements en relief qui datent de Jean II.
^ Cf. La reproduction du monogramme dans mes AnaUûa romana, t. I, p. iji, Dissert.