Iscrisioni ili Roma, % 9, pi. I, n
* Cette inscription est sur l'antique peinture de la niche de l'autel. On peut déchiffrer ne prière qui y a été
griffonnée : Sanûa martyr miiltum praestas ob voti ... ftlidtaffs (jeu de mots sur le aom^i Iperare innocentes non desperare {reas). De Rossi, Bullttt. arckeol. cn'sl., 1885, p. 160
s Dessin de l'architecte F. Mazzanti exécuté d'après les restes subsistants et d'après de Rossi, Buli. archeol. crist., 1885, pi. ii, et Garrucci, Arte cristiana, pi. 154. On peut encore reconnaître sur les parois les imitations en couleur du marbre, qui d'ailleurs n'atteignent pas partout la hauteur de l'itbside
No IS3.J X. DU LATRAN AU VATICAN. 175
Elle représentait sainte Félicité en orante, ayant autour d'elle ses sept fils qui, d'après la légende de leur passion, précédèrent dans le martyre leur mère
héroïque. Afluellement la précieuse peinture est presque détruite par l'humi-
centrale. C'est uo genre de décoration analo- I réalise des Saints Jean et Paul sur le Cœlius gue à celui qui se trouve sur les murailles de ( (voir ci-dessus, p. 47.)
176 LIVRE I. Cil. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N° ISJ.
t'ig. 46. L'oratoire de Sainte- Félicita. I.'intéricui avec l'autel. Kccon&lituLion panielle.
dite; mais en 1812, quand les fouilles faites dans l'oratoire la rendirent à la lumière, on y distinguait d'autres détails fort caraiEléristiqucs, notamment une ligure qui semble refléter la tradition locale que l'on croyait avoir quand on érigea un sanctuaire en cet endroit : en bas, à droite, était un geôlier avec sa clef; l'on aura supposé que sainte Félicité a subi dans ce lieu la prison avant de souffrir le martyre hors de la ville '.
La scène qui entoure les saints, centre du tableau, était tout à fait dans le goût des mosaïques du temps qui ornent les grandes églises et mérite à cet égard une attention toute spéciale. Au-dessus du personnage principal, de sainte Félicité, le Christ dans les nuages, se préparant à lui mettre sur la tète la glorieuse couronne du martyre; au-dessus encore les douze agneaux, représentant les douze apôtres, venant de chaque côté des villes ou étables de Jérusalem et de Bethléem vers l'agneau divin, debout, au centre de la composition, sur la colline habituelle, d'où coulent les sources de l'eau vivante. Le sens symbolique, facilement reconnaissable, de cette scène est précisé par deux palmiers qui se dressent à droite et à gauche de la sainte; sur les branches de l'un d'eux se balançait le mythique phénix, signe de la résurreflion et de l'immortalité. Ce sont des traits que l'on retrouve soit isolés soit combinés sur les mosaïques de Rome du IV* au VII= siècle.
Mais cet oratoire aussi précieux qu'il est simple fait revivre à nos yeux bien d'autres usages artistiques et de pieuses coutumes de cette époque.
Ce ne sont pas seulement les banales imitations de marbre multicolore qui recouvraient les parois du quadrilatère intérieur, mais aussi des peintures chrétiennes par le sujet et par le style et pleines souvent de ce symbolisme si fort goûté à l'époque : nous en citerons comme exemples les trois jeunes hommes dans la fournaise et Daniel dans la fosse aux lions, saint Pierre et saint Paul aux côtés du Sauveur. L'on avait griffonné sur les murailles des noms de personnes ou des invocations dont beaucoup assurément sont chrétiennes, mais dont un plus grand nombre encore émanent de païens. On y voyait notamment un calendrier avec les divinités païennes des jours de la semaine, reste de l'époque classique.
Le tout doit avoir formé autrefois, à l'époque païenne môme, une habitation indépendante d'ailleurs des thermes de Trajan qui y sont contigus. On s'est demandé si ce ne serait pas la demeure même de sainte Félicité ; la disette de sources ne permet pas de trancher la question. L'affirmative n'expliquerait que mieux la vénération des dames romaines pour ce sanéluaire, vénération qui s'exprime dans mainte inscription griffonnée sur la muraille'.
On ne connaît à Rome que peu d'autres exemples de petits oratoires datant des premiers siècles du christianisme.
En 1876 on découvrit et malheureusement on détruisit un oratoire du IV*^ siècle, non loin de la gare, près des thermes de Dioclétien, sous le Monte di giiistisia. Il était orné à l'abside de peintures représentant le Christ et les
"De Rossi, quo supra, p. 157 : Pitlura ritraenU santa Félicita ed i sttte figliuoU in un aiili'.o oratorio pressa le terme di Tito (avec pi. II.) Sur la légende voir Dufourcq, p. 223 et suiv.
' C'est en fouillant une partie des thermes de Trajan (que le rapport appelle Hist- de Rome. — 12
ment thermes de Titus) qu'or l'oratoire de sainte Félicité. {Gatrucci, Arie crist. , t. 1 1 1, p. 85, pi, 1 54, n. 3)- Voir notamment p. 88 ce qui est dit du calendrier, d'après V\a\c,Memarie enciclopedicki di Guattant (Roma, iSiy), p. 153 et suiv., où le calendrier se trouve reproduit.
Apôtres ; tout autour de l'abside courait un fleuve dans les eaux duquel jouaient des poissons et des barques, scènes familières que l'on retrouve dans les mosaïques absidales du Latran et de Sainte- Marie Majeure. Un peu plus loin, on voyait encore au XVllI^ siècle les ruines d'un autre oratoire, Sainte-Prisque, qui possédait aussi des peintures du IV« siècle; une antique inscription, d'un certain Pudens Cornelianus, qu'on y retrouva, autorisait à le rattacher à la famille de Pudens, si célèbre dans la tradition. On signale encore dans le voisinage de Saint-Pierre ès-liens un troisième oratoire, peut-être du VI« siècle. Un quatrième oratoire assez vaste, recouvert de peintures du VI* ou VII* siècle, a été retrouvé tout récemment sous Saint-Sabas et peut être regardé comme l'oratoire de sainte Silvia, mère de Grégoire le Grand '.
1 54. Dans notre promenade archéologique, bien que les antiquités chrétiennes y tiennent la première place, nous ne saurions nous dispenser de prendre connaissance, au moins en passant, des thermes de Trajau qui s'étendent non loin de la route à droite. Dans la construction de Trajan, le bâtiment central était entouré d'une immense cour carrée, autour de laquelle couraient, à l'ordinaire, les portiques, les places, les salles de jeu et de distraction; un fragment du pian de marbre de Sévère représente une partie des bâtiments, qui suffit à donner une idée de la grandeur de l'ensemble. La plus grande partie de ces thermes n'a pas encore été explorée et longtemps on les a si mal connus qu'on les nommait thermes de Titus. Le lieu n'en est pas moins illustre dans l'histoire de l'art; c'est là qu'en 1506, près des Set/e sale, réservoirs en ruine de ces thermes, on a découvert l'inestimable groupe du Laocoon ■'.
Les salles souterraines des thermes du côté de Saint-Clément appartiennent à la maison dorée de Néron. C'e.st en partie sur ce palais d'une étendue folle que Trajan avait élevé ses bains. L'État avait condamné à l'exécration la mémoire de Néron et ses constructions à l'anéantissement. Dans ces grandes salles obscures du magnifique palais, enfoui sous terre, les fresques classiques des murs, le spécimen le plus complet que nous ait laissé le paganisme de la peinture décorative, n'ont cessé d'exciter l'admiration des connaisseurs depuis la Renaissance. Michel-Ange et nombre d'artistes après lui sont venus étudier dans ces chambres fameuses les formes de la beauté pour les imiter par le pinceau. Ah! que les peintures des oratoires et des basiliques des premiers temps du christianisme sont loin de cette splendeur et de ce goût raffiné! Les produits du christianisme ne visent qu'à l'édification par la simple reproduftion d'un sujet historique ou moral; l'art en est d'un style sans prétention; il a les défauts de l'époque et accuse déjà une certaine décadence. Là-bas, au contraire, sur les peintures du premier siècle, c'est la délicatesse classique, c'est cette beauté des formes de l'âge d'or qui suit Auguste et qu'aucune époque n'a plus atteinte; c'est la légèreté des figures, c'est la fantaisie des lignes, c'est tout un ensemble
' Sur l'oratoire des themies de Dioclétien, 1 notre ï' volume.
cf.dcRosBÎ, //a/W/.arf^. cr/j/., 1876, p.46et | 'Sur les ruines des thermes cf. Richter,
suiv., et pi, 6 et 71 sur celui de Sainte-Prisque, quo stipraj Niebulir, littckrtibung Roms,
ibid., 1867, p. 46 et 48; sur le Iroisième, I t. III, p. 11, p. 111 ei suiv.; Jordan, Form^
Millkeil. dts archàal. ImUlutes, 1893, p. 33. j urbis, pi. 16, n. 109; O. Richter, Topographie
11 sera question de l'oratoire de Silvia dans ' der Stadt Rom, 2' éd. p. 327.
No 154-] X. DO LATKAN AU VATICAN. I79
de grâce et d'harmonie. Ce sont des représentations de la joîe terrestre et de la volupté auxquelles un peintre chrétien n'aurait jamais songé, quand ce ne serait que pour épargner les regards de ses coreligionnaires '.
Les thermes de Trajan s'étendaient jusque sous la basilique de Saint- Pierre t:s-liens, le « titre & de i'Esquilin dont nous avons déjà parlé. Le pèlerin qui allait du Latran à Saint-Pierre du Vatican pouvait sur sa route saluer au moins de loin cette autre église de l'Apôtre qui le dominait de la hauteur. La basilique esquiline tirait son nom de « ès-licns » des chaînes de S, Pierre qu'on y vénérai* déjà comme souvenir de la prison de l'Apôtre.
L'objet de ce chapitre nous conduit à y arrêter le lecteur un moment. La conviction générale où, sous Sixte III déjà, dès la première moitié du V» siècle, l'on était à Rome de posséder « depuis de longues années » dans cette église les chaînes de S. Pierre, résulte de l'inscription par laquelle le pape célébrait comme un joyau de cette église restaurée par lui « les chaînes intactes, les liens sacrés de Pierre, ce fer plus précieux que l'or. ;& La conservation de la chaîne est donc un fait bien antérieur à la légendaire donation de l'impératrice Eudoxie. Dès le début du V^ siècle on constate l'habitude chez les évêques étrangers de solliciter des fragments de la chaîne, comme des reliques qu'ils vénèrent dans leurs églises. C'est ainsi que l'évêque de Spoiète, Achille (vers 419), fit placer sur l'escalier qui conduisait à la basilique de Saint-Pierre de cette ville une longue inscription en vers, dont ie texte est encore conservé, et où il signalait ce genre de reliques. Il y dît aux pèlerins passant à Spoiète par la voie Flaminienne pour se rendre à Rome ou pour en revenir, que le prince des apôtres n'est pas seulement à Rome, mais aussi chez lui, sur la colline où se trouve îa basilique de Saint- Pierre, grâce à cette relique de la chaîne, à ce souvenir sacré de son martyre, dont la basilique de Spoiète a reçu la participation '.
En poursuivant sa route vers le Coiisée, et avant de l'atteindre, on rencontrait à gauche sur le Cœlius, les bâtiments du quartier Caput Africae ; il tirait ce nom d'un patdagogiutn impérial qui y avait existé ; les pages qui y étaient élevés s'appelaient Caputafricenses. L'époque moderne a ressuscité ce nom pour le don-
' A. de Romanis, Le antiche camire esçui- \ d'auires églises, cf. de Rosst, BulUlt. areheol.
Une, dette comuHemente Terme 4i Tito {Koma, , rrwA, 1871, p. 118; 1874, p. 147; 1878, p. 19;
i822),avec reprodufliona des peintures; Rich- \ sur les chaînes de la basilique, cf. Monsa-
ter, çuo supra. '. crati, De catenisS. Pétri (Roma, 1750); trad,
' Cf. l'inscTiption de Sixte III (433-.|40), à ital. avec additions de L. Giampaoli : Meino-
l'abside de l'église, dans de Rossi, Inscript. rie délie calene di S. Pielro (Prato, 1884),
christ., t. II, part. 1, p. 134, n. i : Maesas p. 147 et saiv. On a eu ci-dessus § 135 un
olim servant kaec teéla catenas \ Vincla sa- exemple du Vl° siècle du nom a vinculis
crafa Pétri, ferrum pretiastus aura. Voir I -S". /V/n'. Pour l'époque antérieure au IV^siè-
aussi l'inscription de cette église, ibid., p. 1 10, 1 de, on ne peut faire que des conjectures. La
n.\fii,: His ioliiiatafides, his est iibi, Roma, 1 donation légendaire d'Eudoxie a été con-
catenis \ Perpeluata salus... Cf Grîsar, Ana- damnée dans les termes suivants par la con-
leûa Roinana, t. I, p. 77, Dissettaz. 3 : Iscri- \ grégatîon pour la réforme du bréviaire établie
sioni di Roma, \ 1. — Pour l'inscriptioa de ; par Benoît XIV ; Qnae in breviario exlant,
Spoiète, cf. de Rossi, çno supra, p. 113. Qui 1 hislûriatn exhibent, guae criticis pêne ornai-
RomainRornague venis,hunc aspice monlem... | bus non probalur; et la congrégation était
I In te (Peire) per cunilas coitsistit ecclesia résolue \ supprimer les leçons 4-6 de la fête
génies... I Arbiier in lerris,janilar insuperis. ' de S. Pierre ès-liens au 1" août {Analeila
Sur Saint-Pierre ès-liens de Rome, cf. Du- juris pontificii, t. XXIV, 1885, p. gtj). J'.ii
chesne. Noies sur la lopographie, p. 22; sur la | publié dans la Civiltà Catlolica, 1898, t. Il I,
de reliques de ia chaîne dans | p. 206-22 1, un mémoire sur toute la question.
l8o LIVRE ). CH. V. TRANSFORMATION EXTERIEURE DE ROME. [N" i;;.
ner à une rue. Il est vraisemblable que la première origine en est une statue ou une enseigne représentant une Africaine. Beaucoup de rues ou de places à Rome empruntaient leurs noms à des enseignes de ce genre '.
Plus loin, toujours sur le Cœlius, se dressent à pic les substructions du temple de Claude, dont la magnifique position occupait l'emplacement actuel des jardins des Passiontstes de S. Jean et S. Paul.
155. La vieille rue, arrivée enfin au CoHsée, contourne à gauche l'amphithtAtrc. Elle passe ensuite, comme le remarque expressément l'itinéraire d'Eîn-
Klg. 47. Arc de ConstantiD. Kecuiisiruciliun.
siedein, entre l'arc de triomphe de Constantin et la meta sudans. Puis laissant à droite le temple de Vénus et de Rome, à gauche l'angle du Palatin, elle monle sous le nom de voie sacrée sur la hauteur vers l'arc de Titus, situé, selon l'expression des anciens, in siimmu sacra via.
' G. Gatli, Caput Afrkae dans les Annali dtW Insiituto, 1882, p. 191 etsuiv.
N»is6.]
Quel grandiose ensemble de monuments, quel mélange des trophées de la religion chrétienne avec la pompe orgueilleuse de la Rome païenne!
On montrait sans doute alors comme l'un des plus glorieux trophées de la religion l'arc triomphal de l'empereur chrétien Constantin (fig, 47 '). L'inscription parle de la vifloire de l'Empereur sur le tyran et sa faélion : c'est la vifloirc du pont Milvius sur le païen Maxence, ce grand succès qui ouvrit Rome à l'empereur et fut décisif pour le triomphe définitif du christianisme à Rome. Dans l'inscription de consécration de l'arc au souverain, le sénat s'exprime sur la question reljgieuse en termes ré.servés et prudents, en disant que Constantin a délivré Rome du joug du tyran instinSlu divinitatis. C'étaient des termes que, en 315, les païens pouvaient employer; ils ne contenaient pas l'expression d'une conviflion chrétienne; et en s'en servant les auteurs de l'inscription ont visé sans doute à ne froisser ni l'empereur et ses amis chrétiens, ni le parti païen très puissant alors. Le sénat, en majorité païen, cherchait un biais pour s'accommoder à la nouvelle situation °.
La décoration de l'arc témoigne tout  la fois de la décadence de l'art sculptural et d'une hâte incompréhensible dans l'exécution. Les sculptures originales sont lourdes et sans expression ; on a emprunté nombre de bas-reliefs à des monuments plus anciens, notamment du temps de Trajan, comme les scènes du combat et du cortège, ou de l'époque antonine, comme la harangue, la pompe, le sacrifice. Ce sont des morceaux d'un tout autre style que ceux de l'époque constantînienne; ces pièces, de faflure classique, ne sont guère à leur place en cet endroit et jurent de se voir accouplées aux médiocres sculptures contemporaines de l'empereur chrétien^,
1 56. A cette époque lointaine, l'oeil émerveillé de nos pèlerins pouvait contempler le Cotisée bien mieux que de nos jours, oii il est resserré à l'étroit dans les construélions qui l'entourent Le regard mesurait cette hauteur de près de 50 m. du bâtiment construit sur plan elliptique ; il considérait avec étonnemcnt cette masse énorme qu'animaient de leurs quatre-vingts ouvertures chacune les trois séries d'arcades hardiment superposées, et dominées encore par un double étage de murailles. Les arcades du second et du troisième étages, vides aujourd'hui, étaient alors peuplées de statues de marbre et de bronze et entre les pilastres du quatrième étage étîncelait au dehors le bronze des écussons. L'édifice d'ailleurs n'avait guère besoin de ces ornements pour produire son effet; ta grandeur et la simplicité de la construflion agissaient d'elles-mêmes; l'harmonieuse di.stribution et la diversité des arcs et des colonnes aux différents étages tempéraient agréablement l'impression stupéfiante produite par la colossale grandeur de l'ensemble. Le poète romain Martial pouvait proclamer que « toute œuvre d'art doit le céder à l'amphithéâtre des Césars » ^\
' Batimeister, DenkmàUr des klaiiischen Allerthums, pi. Si. On y voit l'arc de front du côté du PalatiD. Le bas-relief de notre fig. 24 (distribution d'argent) subsiste encore sur le passage de droite, face au Colisée.
'L'Inscription, répétée sur les deux faces de l'arc, se trouve au t. VJ du Corpus,n. 1139. Dans k commentaire dont il a accompagné la reproduflion de cette inscription {Bull.
archeol. crist., 1863, p. 49 et s.), M. de Rossi montre i^ue rien ne justifie l'assertion que les mots instinClu divinitatis seraient venus remplacer postérieurement les mots nutu lovis 0. M. supprimés par grattage.
3 Cf. Petersen, Mittheilungtn des roiniscken Instituts, 1889, p. 314; cf. 1891, p. 93.
* Martial, De spectaculis, i. Combien ce vaste bâtiment défiait la destruflion, c'est ce
LIVKE I. CH. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N° i;6.
Il ne serait alors venu à l'esprit de personne d'attribuer ce monument à un artiste chrétien. Ce n'est qu'une inscription, fabriquée au X!V« siècle, qui en donne comme architefte le chrétien Gaudence; le faussaire ne se trahît pas moins par le texte de l'inscription que par la forme des lettres; l'inscription est conservée dans la crypte de Sainte-Martine au Forum romain '.
La Meta sudans près du Colisée (fig. 48), borne-fontaine dont l'eau retombait dans un bassin, semblait petite dans cet ensemble. On en voit encore le cône tronqué en briques et la bordure restaurée du bassin ".
Fig. 48. Le Coliaée Avec la M«ta audaju et iitw partie de l'arc de Constantin.
Tout piès de la Meta sudans, le colosse de Néron était mieux en rapport avec la grandeur de l'Amphithéâtre. C'était primitivement, comme on sait, une statue de l'empereur, haute de 31 m. et dressée sur un socle dont on discerne encore la base carrée. Ce chef d'œuvre de Zénodorc fut remplacé, sous Vespasien, par une statue du dieu Soleil ; Commode y fit mettre son portrait en dieu ; après lui on y rétablit la statue du Soleil; le catalogue de Constantin t'appelle simplement Colossus, mais en indiquant le signe du Soleil; il nous apprend que de la tête dardaient 7 rayons longs de vingt-deux pieds et demi.
La légende des saints martyrs Abdon et Sennen veut que leurs corps .soient restés exposés trois jours sur le socle de cette statue du Soleil, après qu'ils eurent été égorgés dans l'amphithéâtre par les gladiateurs. Les actes des martyrs nomment une foule d'autres chrétiens héroïques qui auraient souffert pour la foi dans le Colisée ou dans ses environs immédiats. 11 est indiscutable
I les indicaliçns de Lanciani, Stûria lieg/i scavi lit Roma (1902 et suïv.) sur l'emploi syslématique qui en fut fait cortine carrière. La première indication datée est de l'an 1439 ('■ I,P- 48).
' De Rossi, Musaici délie chiese di Roma, fasc. 23; Marangoni, Délie
profane detl' Anfileafro fiauio (Roma, 1746), p. .8,
° D'après la légende de S. Restttute, le corps du saint aurait étd caché non loin de la Meln sudans (Acta Sanct. boll., t. VII de mai, au 29 mai, p. 12; Jorc'an, Topographie,
t. II, p. 383)-
que le Colisée a été le théâtre de nombreux martyres. Les condamnés destinés aux bétes (et il y avait parmi eux bien des confesseurs de la foi) étaient livrés à l 'amphithéâtre où se donnaient les jeux d'animaux féroces, et qui n'était autre que l'amphithéâtre flavien. Des témoins sûrs attestent que ce lieu vit le martyre de 5. Ignace d'Antioche. Mais la liste des martyrs immolés en ce lieu que l'on peut dresser d'après l'histoire des persécutions, offre bien des prises à la critique historique. La principale difficulté est que les actes, où se fait le récit de ces martyres, ne sont pas des relations authentiques de l'âge des persécutions mais de pieuses légendes composées au V= et VI= siècles, sinon plus tard, oij les invraisemblances se heurtent aux anachronismes. L'habitude a fait accueillir à la légère dans ces actes l'indication de la mort du saint par la dent des bétes ou de toute autre manière dans l'amphithéâtre; il faudrait des garanties plus sérieuses. Parfois cependant le récit du supplice subi en cet endroit est accompagné de circonstances qui témoignent qu'il est emprunté à la tradition authentique. C'est le cas pour la mort des martyrs Abdon et Sennen et pour l'exposition de leurs cadavres au Colosse.
Il n'est guère moins difficile de porter un jugement, sur l'état d'esprit des chrétiens qui visitaient le Colisée 'au V« et au VI" siècle. Beaucoup pouvaient être touchés par le souvenir des martyrs dont leur parlaient les actes fort répandus à ce moment. Mais la continuation dans l'amphithéâtre, sinon des combats de gladiateurs, au moins des jeux publics, devait maintenir chez beaucoup l'habitude de ne voir dans ce lieu, comme par le passé, que le vaste théâtre digne de la Rome monumentale. Ce fut aussi la pensée du moyen âge qui longtemps d'ailleurs se servit du Cotisée comme d'une forteresse ; il n'est point fait mention qu'on y ait établi un culte en l'honneur des martyrs qui y étaient tombés. Ce n'est qu'au XVII^ siècle et au XVIII" que l'on commença de réveiller dans ces ruines solennelles le souvenir des martyrs du christianisme*.
157. Si l'amphithéâtre flavien était l'expression de la grandeur de Rome, mais en même temps de sa dégénérescence brutale et passionnée à l'époque impériale, le double temple voisin de Vénus et de Rome représentait au Romain son existence comme en un miroir enchanteur et flatteur. Vénus y était honorée comme l'ancêtre de la race romaine et comme la mère de la Gens Iulia; Rome, dominatrice du monde, y était mise au rang des dieux. Quel sentiment d'orgueil devait gonfler alors la poitrine d'un Romain, mais aussi que de vilenies se cachaient sous le nom d'une Vénus!
Ce temple érigé par l'empereur Hadrien, était le plus vaste de Rome, avec les terrasses carrées qui lui servaient de substruftions. La colonnade extérieure n'embrasse pas moins de 160 m. de long sur 100 de large. Jointe aux colonnades intérieures, elle forme un ensemble de 200 colonnes majestueuses. Les fûts et les tronçons de granit ou de marbre épars aujourd'hui sur l'emplacement qu'elle
' Pour les saints Abdon et Sennen, cf. Acta Matangoni '^Anfittafro fittvio, p. 20 et suiv.),
sancl. bail., au t. VII de juillet, 30 juillet, a soulevé les doutes de la ReaUncyklopàdie
P- I37-'3S. La légende parle de l'exécution, der ckrisUichen Allerlhiiintr, l. I, p. 312 et
près de la statua solis, iuxla ainphilheatrum, d'autres critiques. Un Bollandiste, le ?. Dele-
de S. Symphronius, de sa femme et de ses en- baye, a donné récemment un examen de la
fants {Ibid., t. VI de juillet, 26 juillet, p. 302}. question (Analecta boilandiana, 1897, (asc. 4)
Cf. Jordan, Topographie, t. II, p. 41g. La Ion- et ce sont ses conclusions qui ont été en pargue liste de martyrs du Colisée, donnée par i tie utilisées par nous.
l84 LIVRE I. CH. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N° 158.
occupait donnent une idée de sa grandeur. On peut voir encore comment se touchaient les niches terminales des deux temples, qui avaient une axe commune. Le temple qui faisait face au Colisée était celui de Vénus ; on avait accès du côté du Forum à celui de Rome. Il ne reste plus debout une seule de ces magnifiques colonnes, dont la disposition est indiquée sur le plan cî-joiiit (fig. 49)'.
Fig. 49. Pl*n du temple de Vénus et de Rome.
L'itinéraire d'Einsiedeln désigne ces deux temples sous le nom de palais de Trajan. C'est le commencement d'une habitude du moyen âge dont l'ignorance décorait tant de temples du nom de palais. A l'époque de la rédaction de l'itinéraire (VIII* siècle) les monuments classiques commençaient à tomber de plus en plus dans l'oublî.
Le double temple était muet et fermé dans la période de transformatiwi de Rome ; les pèlerins chrétiens ne passaient qu'avec horreur devant ce sanctuaire du culte des démons et de l'idolâtrie.
158. L'arc de Titus, construit sur la summa sacra via, est, nous le savons. l'arc triomphal érigé en mémoire de l'assujettissement de Jérusalem et du peuple juif. Nous avons déjà eu l'occasion de comparer ce trophée du triomphe des païens sur la capitale et la religion de la Palestine avec la vifloire du christianisme sur le temple du Capitole, principal sanctuaire de la ville de Rome, et sur la religion païenne. Le voisinage de l'arc de Constantin et les symboles juifs sur l'arc de Titus appellent une autre comparaison. Tandis que l'arc de Titus éternisait la mémoire de la chute du judaïsme amenée, selon la prophétie du Christ, par le paganisme romain, l'arc de Constantin représentait
' Baumeisier, pl.lV, 2. Sur quelques détails 1 Veniris tt Romae ^'appliquent à l'ensemble douteux de ce plan, voir ci-dessous fig. 57 le mot Veueris est ^ l'emplacement du (emplt un plan plus réduit mais meilleur. Les mois 1 de Rome et v'