II. — Destinée des cultes païens à Rome
8. Avant d'examiner plus en détail l'évolution interne de l'Empire d'Occident et de sa capitale, il est nécessaire de nous arrêter sur quelques-uns des plus célèbres lieux et monuments du culte, qui sont aussi des monuments du paganisme à l'agonie. Les inscriptions des monuments qui aujourd'hui encore se dressent en partie sur le théâtre de l'histoire, nous parlent en termes éloquents et saisissants de ces jours de lutte. Les fonftions du culte païen avaient, nous le savons, plusieurs centres dans la cité du Tibre. Il y avait au IV« siècle un véritable engouement pour le culte de Mithra. Ses seftateurs se réunissaient ordinairement dans le mithraeum de la T^ région urbaine, non loin de l'église a6:uelle de S. Sîlvestre m capite, et dans le temple de Cybèle, qui s'élevait à gauche de l'entrée de Saint-Pierre près du cirque de Néron.
On connaît plusieurs inscriptions de ce mithraeum. La plus importante, découverte en 1867, à peu près sur l'emplacement qu'il occupait, sous le palais Marignoli, a permis d'établir que ce sanéluaire de Mithra fut restauré entre 382 et 391 aux propres frais d'un sénateur, Tamesius Augentius Olympius. Le donateur appuie avec emphase sur ce fait que les bâtiments du culte n'avaient pas eu besoin du concours pécuniaire de l'État [sumptns tuas nec,Roma,requirit!). On y voit aussi que beaucoup de membres des premières familles se laissaient enrôler au service de la divinité persane. Mithra était opposé au Rédempteur chrétien, comme le roi des vivants, le dispensateur de la lumière, le médiateur entre le souverain dieu et le monde. Far bien des détails le culte de Mithra n'était qu'une caricature et une singerie du christianisme, ce qui permettait à saint Augustin de mettre sur les livres d'un prêtre de ce dieu ces paroles : " Mithra aussi est un chrétien " (Ipse christianus est) ".
L'initiation aux mystères comprenait six degrés, sous les noms étranges de corax, cryphius, miles, perses, keliodromos Etpa/er,que diverses inscriptions nous font connaître. Saint Jérôme nomme un autre degré : Uo.
Il ne manquait pas à Rome de sanfluaires secondaires du culte de Mithra; on peut en signaler au Capitole, i S. Martin aux Monts, au palais des Nummi
■ Mommsen, RomhcAes Staatsrecht, 3° éd., t. II, p. 1 108, n. 5. ' In Johanmm, VU, 6.
(rue Firensi), à S. Vital, au Palatin au dessus de Saint-Théodore, sous Saint- Clément, près de Sainte-Agathe dans la Suburra et sur la place du Latran; il y en avait encore aux environs de Rome, à Ostie dans le palais de Lucilius Gamala, à Porto, à Anzio, à Colonna, à Quadraro, à Capena (Turrîta), à Bolsena, à Palestrina, à Civîta Lavinia, à Vetralla, à Velletri et à Terni ^
Saint Jérôme rapporte que le préfet de la ville Gracchus {jtyy"), indigné des afles de superstition et d'immoralité qui déshonoraient le culte de Mithra {deus sol inviéîus Mithras), força la porte d'une des grottes qui lui servaient de sanctuaire (vraisemblablement celle de la 7^ région) et brisa les statues qui s'y trouvaient Aéle de violence isolé par lequel Gracchus, encore païen, pensait se rendre plus digne de recevoir le baptême chrétien ^ Les seftateurs de Mithra, mettant laidement à profit la liberté qui leur était laissée, ne tardèrent guère à reprendre et à poursuivre l'accomplissement de leurs rites insensés!
L'autre centre des cérémonies cultuelles du paganisme, celui qui était consacré à Cybèle, magna mater deum, était situé tout près de l'élise fort fréquentée de Saint-Pierre. Les fouilles des années 1608 et i6og ont mis au jour nombre d'inscriptions sur les criobolies et tauroboHes qui s'y célébraient, inscriptions qui s'étendent de 301 à 390. Ainsi à la fin même du IV* siècle les sacrifices sanglants subsistaient encore. Le nom de Frigianum que les descriptions de cette région donnent au IV= siècle au temple ou aux grottes témoigne de l'origine phrygienne du culte qui s'y célébrait 3.
Ces inscriptions jettent un jour singulier sur les contrastes que pr^entait Rome à l'époque. Ainsi dans le temps même où toutes les classes sociales se portaient en foule aux baptistères chrétiens, à Saint-Pierre, au Latran, etc., où la capitale du monde venait de s'enfanter à la nouvelle foi, ces textes nous parlent avec une pompe classique et avec vénération des superstitions qui attiraient encore les hommes les plus distingués dans ces sanfluaires à moitié cachés; ils célèbrent le sang du taureau, cause d' " éternelle régénération, " et la " purification par les mystères sacrés"; ils glorifient les divinités devenues par ces rites " les gardiens de l'âme et de l'esprit " du bienheureux; ils exaltent le grand prêtre " père des pères ". Le tombeau voisin de St-Pierre conservera ce dernier titre à d'autres porteurs 4.
Les grands du paganisme à cette époque font étalage de titres religieux. Même après 383 on trouve encore accolé au nom de nobles Romains
■ Voir la liste de tous les monuments jusqu'ici connus du culte deMithradansCumont, Textes et monuments figurés relatifs aux mystères de Mithra (1896-1899, 2 vol.). Pour Rome seulement, il énumëre 8; monuments qui se rapportent à ce culte. Parmi les travaux antérieurs, il convient de citer de Rassi, Bulletl. di arck. erist., 1870, p. 167; Marucchi, // culto milrinca in Roma a proposito di una récente scoperla, dans la A'uofa Antalogia, t. LUI, iSSj, p. 480 et ss.; Lovatelli, Bulleltino délia commiss. archeol. C0tnu~ nale di Roma, 1892, p. 226 et ss. (sur Kome); Eroli, Akune prose, t. i (1885), p. S23clss. : Il dio Mitra a Terni, a^■ec fig.
' Sur Gracchus, voir S. Jérôme, Ep. 107 ad Laelam n. 2 : portentosasimulacra... suèver-
tit, etc. Cfr. Prudence, Contra Symmackum, I, V. 561 et ss. ; (Gracchos') jure potestatis fultos... Simulacra deum jnssisse revelli.
^ Les inscriptions se trouvent au Corpus inscript, lat., VI, n. 497-504, Cfr, Duchesne, Liber pont., 1, p, 120, 193 note 65; II, p. 563.
' Lanciani.dans les Notiziedegliscavi, 1883, p, 4S1, d'après les inscriptions postérieures à 350 imprimées dans le Corpus inscr. /at., t. VI, sous le titre : Inscriptiones magistratuuin post Diocletianum. Le titre in aetemum renalus fait pendant au baptême; dtlibutus sacriitissimis mysteriis aux mystères de l'initiation chrétienne; on peut rapprocher des anges gardiens les animae suae mentisquecustodes, de l'évÉque et du pape le pater saerorum et \e. pater patrum.
celui de prêtre de Vesta. Ces prêtres de Vesta doivent avoir été les principaux soutiens du paganisme dans l'antique sanfluaire du feu étemel sur le Forum romain.
9. L'atrium de Vesta, exhumé seulement par les fouilles de 18S3-1884 et 1901, donne au spectateur de ses ruines l'impression de la vie païenne aux derniers temps du paganisme. La découverte de la célèbre demeure des Vestales, ces vierges vouées au service de la déesse mère et proteélrice de l'Empire, constitue un des résultats les plus importants sinon le plus important des fouilles récentes à Rome.
L'atrium de Vesta gît au pied du Palatin, immédiatement au dessous du palais majestueux des Césars (fig. 2)'. Sur notre figure on voit à l'arrière plan le Cotisée et l'arc de Titus. A gauche sur la via sacra se dressent encore aujourd'hui le temple d'Antonin et de Faustina et celui de Romulus, à forme ronde, devenus depuis le haut moyen âge les églises de S. Laurent in Miranda et des Sts Côme et Damien. L'atrium de Vesta, relié au temple dont les substruflions rondes sont encore reconnaissables jusqu'à une certaine hauteur, forme un re6langle allongé. La cour ou péristyle est entourée des appartements des Vestales, conservés jusqu'au second étage; à l'est de la cour (vers le milieu de notre figure) s'ouvre le lablinum, également entouré de pièces. Deux colonnades en marbre précieux traversent la cour dans le sens de la longueur; elles la partageaient en une sorte de nef centrale et deux corridors latéraux : au centre était un bassin, entouré d'une muraille oflogonale encore visible; d'autres supposent qu'ii y avait là non un bassin, mais le bâtiment destiné à conserver le palladium et les autres garants de la sécurité de l'Empire gardés avec un soin supestitieux 3 ; mais ce sanctuaire, que l'on appelait penus Vestae, était dans le temple même de la déesse. La cour, jadis abondamment pourvue d'eau et ornée de plantes, était peut-être une réminiscence du bois sacré qui autrefois se trouvait dans les environs. Le quadrilatère à ciel ouvert était encadré de constructions élevées. Dans les pièces basses on a retrouvé de riches pavements de marbre et de mosaïque (opus sectile), des bains et une cuisine avec son fourneau et son réservoir de plomb. Les Vestales ou ceux qui, après elles, ont
' Notre gravure reproduit un ctichif photographique pris pour cet ouvrage par le Commandeur Carlo Tenerani. C'est Ji la collaboration artistique et libérale de cet excellent connaisseur des monuments de Rome et à ses appareils d'une rare perfection que notre ouvrage tant pour ce volume que pour les suivants doii ses meilleures et ses plus neuves teproduflions. La photographie de l'alrium montre à droite du spectateur, à l'arrière plan les s ubstru fiions des palais du Palatin, Jt gauche l'église Sa in te- Françoise- Romaine (S. Maria nova) sur l'emplacement du portique du Temple de Vénus et de Rome.
' Voir dans les Notisie dtgli scavi, 18S3, p. 434 et ss., le rapport détaillé de Lanciani, qui décrit tout ce qui se rapporte aux Vestales. Voir aussi du même Lanciani, Ancient Jfû»u {iSHS), p. 1J4 et ss.; C. Hulsen, Afil-
ikeilungtn des arehaoiogischen Instituts, 1 889, p. 232 et suiv., et la description qu'il donne dans son livre, Dos Forum roinanum, seine Geschichie und seine Denkmà!er{Komz, 1904) n. XXXin;trad. \la\. Il fora romano {Rama, 1905); Marucchi, Nuova descriiione delta casa de/le vestitli seconda il rtsultato deipih recenti scavi (Roma; 1887); Jordan, Der Tempel der Vesta (lierlin, 1Ë86); Auer, Der Tempelder Vtsia (Wien, 1888; paru dans les Denkschriftitt de l'Acadi^mie des sciences de WfatsK, philol.-hist. Klasse,t. XXXVI, 1888.) Parmi les nombreux travaux auxquels a donné lieu la découverte, on peut citer encore comme les plus intéressants ceux de Nichols, de Middleton, de Uehia et de Thédenat, Le Forum romain cl les Forums imfilriaux, 3« éd. (Paris, 1904). Voir notre plan H- 57-
N'oQ.] lï- DESTINÉE DES CULTES PAÏENS A ROME. 15
habité ces lieux, nous ont laissé maints vases de terre cuite ou de métal et un moulin à bras en pierre lavique.
Des statues, avec ou sans incription, qu'on y a mises à jour et dont plusieurs sont dans un bon état de conservation, nous rappellent les magnifiques séries de portraits des Vestales tnaximae qui animaient le péristyle à une époque oit nul profane n'en avait encore foulé le seuil. L'on connaît jusqu'à présent 35 inscriptions portant les noms des présidentes de ce collège de prêtresses; 27 ont été retrouvées dans l'atrium même de Vesta. La langue officielle décerne aux Vestales honorées par ces statues les titres de sanSîissimae et piissimae; on célèbre leur chasteté et leur dévouement intelligent dans l'exercice du culte compliqué et minutieux de la déesse.
Le prestige des Vestales qui avait eu à souffrir de la décadence du paganisme, prit un nouvel éclat sous le règne de Julien l'Apostat, L'Atrium en deuil s'épanouit de nouveau à l'espérance quand le préfet de la ville, le païen Vettîus Agorius Praetextatus, mit au service des Vestales l'ardeur de son zèle.
Deux inscriptions lui donnent le titre de /c«/yfer Vestae. Son nom inscrit en grandes capitales sur le portique des 12 dieux, au dessous du Capitule, sur le Forum romain, nous rappelle aujourd'hui encore le règne tragique de Julien l'Apostat; c'est la dédicace du portique des 12 dit consentes restauré par lui '.
Les Vestales reconnaissantes dressèrent une statue à leur protecteur dans leur maison; on l'a retrouvée avec son inscription en 1883 lors des fouilles de l'Atrium. La tête, d'une individualité saisissante, gisait à côté. Déjà en 1591 l'exploration des ruines de la demeure de Prétextât, sur TEsquilin, dans la Via Merulana actuelle, avait fait retrouver la statue d'une Vestale, Coelîa Concordia; et ces deux découvertes ont un lien étroit : l'inscription de la statue de Coelia disait que Prétextât l'avait élevée en reconnaissance de l'amitié que lui avaient faite les Vestales de donner place à sa propre statue dans leur atrium, en même temps que pour perpétuer le souvenir de Concordia, de son " éminente chasteté ", et de sa " sainteté au service divin " '. De cet éloge exalté des Vestales, il faut rapprocher les paroles de saint Ambroise. Cet ancien courtisan, ce fin connaisseur des affaires romaines, dans une lettre à Valentinien, établit entre les Vestales et les vierges chrétiennes un contraste profond, que ne devaient pas manquer de faire intérieurement, avec une certaine fierté, bien des chrétiens lorsqu'ils passaient devant cette habitation. " Les \'ierges de Vesta doivent jouir de leurs privilèges, dit-on. C'est bon à dire par ceux qui ne croient pas que l'on puisse conserver la chasteté sans être payé pour cela; il faut bien faire appel au goût du lucre quand on n'a pas confiance dans les vertus. £t cependant combien de vierges a pu créer l'appât de toutes ces promesses? C'est à grand peine que le paganisme peut réunir sept Vestales. C'est à cela que se réduit toute l'armée de celles qui aspirent à se ceindre la tête de riches infulae, au bonheur de s'envelopper dans des vêtements de pourpre et d'être portées dans des litières au milieu d'une troupe de serviteurs. Encore, malgré toutes ces richesses et toute cette pompe, ce petit nombre ne se laisse-t-il imposer la continence que pour un temps et non à perpétuité. Qu'on ouvre les yeux de l'esprit et du corps et qu'on voie chez les chrétiens ces milliers d'êtres, ce peuple qui vit dans la
■ Corpus inscript, lai,, t. VI, n. 102. | ejus pudidtiam insij;iiemque circa culluin
' Notixieiùgiiscavi,l.e.,p.^^l,^(>2;Corp. tiivinum smiûi/ariri/i. CcUe Coelia Concor-
'/iscr. lot., t. VI, n. 1145 : Propter egregiam \ dia fut la dernière des Vislalcs
l6 LIVRE I. CHAP. I. LES DERNIERS FKUX DU PAGANISME A ROME. [N" 10.
virginité et que la seule puissance de la vertu attire à cette sublimité du renoncement. Si nous réclamions, nous autres chrétiens, pour ces milliers de vierges les privilèges et les richesses de l'Empire, le trésor public courrait grand risque de s'appauvrir " '.
Ces paroles sont de l'année 384, de l'époque de la grande controverse entre S. Ambroise et Symmaque sur le retrait au culte païen des secours jadis fournis par l'État
10. La communauté des Vestales ne put survivre longtemps à cette suppression de secours et à ses conséquences.
Elles se soutinrent cependant par les libéralités et grâce à l'obstination de la noblesse païenne, selon toute apparence, jusqu'à l'année décisive 394, et elles retrouvèrent un instant leur prestige sous l'anticésar Eugène et le préfet Flavien.
Mais ce furent là les jours suprêmes pendant lesquels le feu sacré du temple de Vesta continua de brûler avec honneur et fut entouré de respect par les autorités comme !e signe du pouvoir de la déesse protectrice sur la cité.
Avec quels sentiments d'angoisse les dernières vierges sacrées ont dû suivre, dans ces murailles aujourd'hui disloquées, les péripéties de la lutte entre Théodose et son adversaire païen ! Quand arrivèrent à Rome les premiers messagers de la victoire remportée près d'Aquilée par les armes chrétiennes, les Vestales trouvèrent sans doute encore le temps d'enfouir le palladium et les objets sacrés. Les restes de leur demeure mis au jour dans les dernières fouilles ne portent aucune trace qui laisse soupçonner qu'elle ait été l'objet d'une destruftion brutale ou d'une violation par l'envahissement de la foule. Tous les monuments retrouvés étaient encore à ieu'' ancienne place. Et c'est la main du moyen âge seul que l'on reconnfJt dans les changements et les dégradations qu'ils ont subis.
Mais après la fuite des Vestales il ne dut pas être possible d'empêcher la curiosité du peuple chrétien de pénétrer dans ce sanctuaire jusqu'alors ferme;
Fig. 3. SUtne de U Vestale
Flavia Pabtitio,
d'après Lancinni, Aneient Rami, p. 141.
' Ep. I, 18 ad Valenti
u. (Migne, Pair. l<it.,\. XVI, col. 975.)
No 10.]
n. DESTINÉE DES CULTES PAÏENS A ROME.
et ce put être une joie aux visiteurs de constater la disparition de l'antique erreur au lieu même que l'antiquité avait vénéré comme le centre et le foyer sacré de l'empire païen. Que de sourires en voyant et lisant sur les socles des statues qui décoraient les parois de marbre les louanges par lesquelles étaient exaltées les Vestales maximae! Dans cette série de vierges si hautement célébrées, une dut surtout attirer leur attention, Flavîa Publicia, qui vivait au milieu du IIP siècle (fîg. 3). A elle seule elle possédait sept statues, dont cinq ont été retrouvées à leur place dans les fouilles de 1883. Elles avaient été élevées à la riche et puissante prêtresse par la reconnaissance de ses clients, qui s'exhale en phrases pompeuses. A en croire ces inscriptions M. la divinité de la très sainte mère Vesta avait reconnu l'éminence de ses services » et l'État « avait senti sans cesse les bienfaits de son zèle dans le culte de la déesse '. >
On pouvait encore remarquer, dans la maison des Vestales, le monument d'une Vestalis maxima, qui s'était déshonorée par une défaillance; aussi avait-on gratté son nom sur l'inscription dédicatoire du socle de la statue (fig. 4)*; lorsqu'elle fut mise au jour en 1883, on put déterminer que la statue avait été érigée en 364; l'on ne put retrouver le nom de la prêtresse ni la faute qu'elle avait commise. Maïs tout portait à croire que la Vestale s'était convertie au christianisme et que c'est là le motif de la damiiatio memoriae à laquelle la condamna le collège 3.
A ce châtiment il ne put y avoir que deux causes : la conversion au christianisme ou la violation de ses vœux. Or l'on ne nous a point conservé mémoire que dans les derniers temps Fie 4 Bue de U statue d'une ^^ culte de Vesta aucune Vestale, encore moins Vestale (convertie ?) dans l'atrium une grande prêtresse, se soit rendue coupable de Vest», dont le nom est eSicf. d'une faute contre les mœurs ; une telle défaillance n'aurait pas manqué d'être exploitée par les chrétiens ennemis du paganisme; au lieu que les sources mentionnent effectivement le passage d'une vestale à la foi chrétienne. Prudence met en scène cette Vestale, nommée Claudia, qui fut l'orgueil de la Rome chrétienne ; il nous la montre entrant dans la basilique de Saint-Laurent. Peut-être Claudia se retira-t-elle dans le monastère de vierges chrétiennes qui dès cette époque existait près de la basilique4.
Quel triste contraste avec cette convertie forme cette Vestale vieillie et
OBMERITVMCAÎIÏÏATIS PVPiriïlAEADQWSACRlS
REUGIONIBVSQVE DOCTRINAEMTRABllII
FONTIFICESVVCG PROMAGMACRINIO»
SOSSIANO VC'PÂ*'
' Notifie dtgli scavi, (883, p. 451, n. 5; <cuius sanctissimam et retigiosam curant sacrorum, quant fier oinnes gradus saeerdotii iaudabilt adimniitratione ofieratur, numen saiUlisiùnae Veitae inalris comprebavit, etc.>; ibid,, p. 452, n. 6. f cuius in satris ficrilissimam oper^ionem mérita respubUca in dies féliciter sentit. >
Mist. de Rome. — 3
' Dessin pris s latérale de dédie date.
3 L'inscription se trouvi degli scavi, 1883, p. 454. n. 13.
< Maruechi, Casa délie Veslali, p. 80, et Nuovo BulUlt. di archeol. crist., 1899, p. Jgg p. io'^, 211, n. I; Lan-
' l'originaJ. L'inscriptio :e permet de préciser 1
E dans les Notisie
l8 LIVRE I. CHAP. 1. LES DERNIERS FEUX DU PAGANISME A ROME. [N" M.
aveuglée dont le païen Zostme nous a gardé le souvenir! Elle erre en soupirant dans le désert silencieux qui s'étend au pied du Palatin ; elle aperçoit tout à coup Séréna, femme de Stilicon, dépouillant une statue de Rhea de sa parure d'or; elle vomit d'une voix perçante des imprécations contre la spoliatrice; elle appelle la colère des dieux sur cette époque qui déshonore leurs temples et leurs statues'.