N» IS
dans une certaine mesure la chute du paganisme romain sous les coups de l'Empereur, ami des chrétiens. L'un et l'autre témoignent à titre égal de la puissance du Christ-Dieu qui préparait des destinées nouvelles à Rome dominatrice de l'univers.
L'attention est plus particulièrement attirée par les représentations des ustensiles sacrés des Juifs sur les bas-reliefs du cortège triomphal. Le chandelier à sept branches, que Titus fait porter avec lui, parait bien être l'image véritable, sous une forme réduite, du fameux lychmichus; il en est de même de la table des pains de proposition et des deux trompettes {tiibae) croisées devant elle. L'art de l'époque avait accoutumé de reproduire avec exactitude des objets aussi importants. Cette considération et le désir de faire mieux connaître une sculpture dont on a tant parlé nous ont fait penser qu'il valait la peine d'en donner une photographie à grande échelle (ci-dessus, fig. 16) ',
L'inscription de l'arc de Titus dit, avec le laconisme cla.ssique en ces matières : « Le sénat et le peuple romain, au divin Titus, fils du divin Vespasien, (et) à l'empereur Vespasfen. » Grande et lisible l'inscription fut recopiée de bonne heure et souvent. On a dû se plaire dans le haut moyen âge à la donner comme exercice d'écriture aux écoliers. On possède encore un morceau de marbre sur lequel un débutant du Vh ou V1I« siècle l'a écrite en y Joignant la série des lettres de l'alphabet ; il a mis en tête la croix suivant l'usage courant alors pour les textes épigraphiques. Et ce n'est pas le seul exemple d'inscription tombée aux mains des enfants; tant que brilla dans Rome une lueur de l'antique culture, les monuments de la cité servaient d'école à la jeune génération =.
La vue du Forum romain tout entier, qui s'ouvre au haut de la route, près de l'arc de Titus, nous appelle à de plus grands speftacles.
■ Le Forum Romain dans les premiers siècles chrétiens.
159. C'était un spectacle d'une incomparable majesté qui se développait sous le regard de l'arc de Titus au Capitole. C'était le théâtre du monde et comme une exposition de monuments, de témoins de la grande histoire qui
' Gregorovius (4* éd., t. I, p. 205) émet Fétrange opinion que les animaux,— monstres marins et aigles, — représentés surle pied du chandelier sont des images que < le judaïsme n'autorisait pas > et en conclut que la représentation du chandelier n'est pas exafle. Il se réfère à l'autorité vieillie de Relandus, Uespoliis tempU kuTOSol. in arcu titiano (Trajetl. ad Rhen., 1716). Voyei au conliaire sur les repré- :écutées dans ! e tem-
sentationseffefl
pie de Salonion, Penti
,1. II, t
1; Rois, 1. III, c. 6,v. 23- 28;c. 7,v. î3; c. 10, V. i9.etc.; Paralip.,1. H, c- 4, V. 2 et s. Dans les passages célèbres qui semblent y contredire, Flavius Josèphe parle d'exagérations postérieures du judaïsme dans l'interprétation de la défense portée dans le Pentateuque, L II, c. 30,v. aet suiv.j LV,c.4,
V. 15 et suiv. D'ailleurs d'après ses expressions {De bello iud., 1. VII, c. v, § 5.) le chandelier du temple d'Hérode doit avoir conservé la forme et la décoration de l'ancien, ce qui rend encore plus vraisemblable que l'arc de Titus ait reproduit la fiirme primitive du chandelier. Cf. Salomon Reinach,£'ari:rfï Ttlas tt les dépoiii'lles du temple de Jérusalem (Paris, 1890). ' Voir l'inscription Corpus inscript, lai., t. VI, n. 945. L'anonynie d'Einsiedeln nous en a laissé une copie (n.37). — De Rossi {Hutlett. archeol. crist., 1881, p. 137 et Inscript, christ., 1. II, part. I, p. 48)donne la ligure de l'inscription avec alphabet, qui a été trouvée en 1S77 au Cirque Flaminien. Cf. une pièce analogue Bulle//, archeol. corn., 18B7, p. 224. Sur les alphabets, cf. de Rossi, Bull. arch. crlsl., iSgi, p. 132 et suiv.
l86 LIVRE I. CHAP.V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N™ l60. lÔt.
avait son centre sur cet espace relativement restreint Une succession de temples, de basiliques profanes qui dressent en étages leur colonnes de marbres, d'arcs triomphaux, de monuments de gloire tout brillants de sculptures et d'inscriptions, font comme une ceinture à la voie sacrée.
La Sacra via descend d'abord à droite pour contourner le reélangle du Forum proprement dit et monte en décrivant une vaste courbe au Capitole qui termine au Nord-Ouest ce théâtre historique (cf. le plan fig, 57).
Nous pouvons déterminer assez exactement le chemin classique que l'on avait accoutumé, aux temps de la décadence de l'empire, de suivre en traversant le Forum. Il n'est pour ainsi dire pas un coin de terrain sur ce Heu mémorable qui n'ait été exploré et fouillé. En suivant la voie sacrée, on dirigeait ses pas devant la façade du temple de Rome pour passer sous l'arc triomphal des Fabius, encore existant au moyen âge, et arriver au pied du haut escalier de marbre du temple de Faustine. On contournait le « temple du divin Jules > (César) pour arriver par l'arc d'Auguste au Forum proprement dit, dont le rectangle commençait vis-à-vis du débouché du Vicus tuscus. Le chemin, bordé à droite par huit colonnes ou statues dont on voit encore les bases et à gauche par la longue basilica Iulia, conduisait à l'atrium du temple de Saturne, reconnaissable aujourd'hui à ses colonnes encore debout. La Sacra via le laisse à gauche pour rejoindre le Clivus capitolinus, raidillon qui grimpe au Capitole à travers la galerie ouverte du tabularium qui domine l'ensemble du Forum. De la place du Capitole la rue gagne à gauche le grand espace occupé par le temple de Jupiter. Mais pour se rendre dans la neuvième région et de là à Saint-Pierre, on laissait, d'après les itinéraires, le temple de Saturne à droite et l'on traversait la hauteur qui domine le Forum par le Clivus argentarius.
i6a Nous ne saurions quitter cependant les constnifïions monumentales du Forum, sans y jeter un coup d'œil à quelques petits sanctuaires chrétiens qui n'ont pas rang de titres. Ici même, dans la magnificence du paganisme, la Rome chrétienne du moyen âge commence à prendre sa place. Nous chercherons ces sanfluaires si intéressants et Jetterons par la même occasion un r^ard sur les monuments classiques qui les coudoient, en commençant par notre dernier point d'arrêt, l'arc de Titus.
L'itinéraire d'Einsiedeln désigne dans le voisinage un bâtiment sous le nom de Teslamentum, qui n'apparaît nulle part dans l'histoire antérieure et qui ne pourrait guère être un monument païen. On pourrait supposer que ce nom est emprunté aux représentations de l'Ancien Testament sur l'arc de Titus; mais aux termes de l'itinéraire le Teslamentum devait être distinft de l'arc, puîsqu'en venant du CoHsée on le voyait à main gauche, avant d'arriver à l'arc de Titus. Au moyen âge il y eut en cet endroit une tour dite turris mrtularia, parce qu'elle servait de dépôt d'archives; peut-être te TestamenUim en est-il le précurseur et était-il destiné à garder les actes publics, les testaments par exemple '.
161. Aussitôt après avoir traversé l'arc de Titus, l'itinéraire indique à droite une ecdisia S. Pétri. Ce fut longtemps une énigme de savoir à quelle église de l'apôtre il fallait penser. On songea, malgré l'éloignement, au titre de Saint-Pierre
' Cf. Lanciani, Litintrario, p. 499 et suiv.
l88 LIVRE I. CH. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N" l6l.
ès-Iiens; mais on peut avec certitude reconnaître dans cette ecclesia S. Pelri un oratoire du Forum connu par ailleurs. Nous voulons parler d'une chapelle qui se trouve devant le temple de Rome et dont la fondation se rattache à la légende de la défaite en ce lieu de Simon le Magicien par S. Pierre ',
D'assez bonne heure en effet et au moins depuis le cinquième siècle cet endroit de la Sacra via est lié aux récits remarquables du magicien Simon s'étevant en l'air avec le secours des forces infernales et retombant miraculeusement grâce aux prières de S. Pierre. On a de sérieux motifs de rejeter de l'histoire cette aventure; il n'y a pas de témoignages certains d'un séjour à Rome de Simon le Magicien. Mais pour s'en tenir aux opinions et aux traditions déjà anciennes, dès les environs de 303 Arnobe parledece vol", et avant lui il est fait des allusions au séjour de Simon à Rome, sans qu'il y soit question de prodige. Les plus anciennes se trouvent dans Justin le Philosophes, puis dans Irénéc4, dans Tertullien^ et dans les Philosophoumènes^.
La localisation de la lutte entre le magicien et l'apôtre sur ce point de la Sacra via apparaît pour la première fois, dans l'état actuel de nos sources, dans les Actes apocryphes de S. Pierre et S. Paul, qui sont tout au plus du V« siècle. Il y signalent les pierres qui sont « jusqu'aujourd'hui » un monument du triomphe des apôtres sur le magicien. Grégoire de Tours, vers la fin du VI* siècle, parle aussi de la présence à Rome de deux pierres conservées € jusqu'aujourd'hui >, qui portent les traces des genoux des apôtres priant contre Simon 7.
Des pierres semblables étaient conservées d'après la légende sur la Sacra via principalement et pendant tout le moyen âge elles jouirent de la créance populaire. Vers la fin du VIII' siècle, le Liber pontificalis, dans la vie de Paul I", sans parler du prodige du vol les mentionne en cet endroit où il dit que ce pontife aurait élevé une chapelle en l'honneur des apôtres Pierre et Paul ^ Le prodige au contraire est le sujet de mosaïques que Jean VII au commencement du VIII* siècle fit exécuter dans sa chapelle à la basilique de Saint-Pierre au Vatican; l'événement supposé y était représenté de façon à surexciter vivement l'imagination 9.
' Dans l'itinéraire d'Einsiedeln, les mots 1 ' IIpx;£ii: t(5v k^wn nxoiTTiiXuv ll^-tpou xat
ad viiicula forment un nouveau membre de | lliûXou, édit. Lipsius (Lipsiae, 1891), g 77,
phrase qui n'a rien à faire avec ecclesia sancii \ p. 2 1 1 ; f mi Tfwaps [itpii Yeydîiivot tÉamipa
Pétri, qu'ils suivent; ils indiquent l'autre sanc- <FiX<xac 9uviîvu>9tv, oV sln^ eU (isp'^fo^ "^^z
tuaire, celui de l'Esquilin qui n'était point fort ' tûv ànoor'iXtui vixi)< Ëuf -ci^v «ijgjipov ^ji^'pxv.
éloigné. Mon do^e ami Lanciani, à qui Je 1 Cf. La Passia Ss. aposlolorum Pétri et Pauli
1 1S90 ces observations sur l'oratoire ' du pseudo-Marcellus, g 56 {ibid., p. 167);
de Saint-Pierre au Forum,le5a pleinement cor- 1 Grégoire de Tours, In florin inartyrum, I. I,
roborées. J'en dirai autant de mes explications 1 c. 27, éd. Krusch, p. 503 '■ Exiant kodiegue
relatives à l'église du Forum que l'itinéraire apud urbem Romain duœ in lapide fosiulac.
appelle S. Maria antiqua et dont nous par- , etc. Grégoire avait entendu dire que les
lerons plus loin. I apôtres avaient attaché à l'eau de pluie tom-
' Advenus génies, \. II, c. 13. ! bée dans ces fossiilae le pouvoir de guérir
^ Ditthg. cuin Tryphont, c, lïO; Apol., < ceux qui les invoquaient pieusement. Jusqu'à L I, c. 36 (sur un autel élevé à Simon par | h lin du moyen â^'e le peuple de Rome recoules Romains avec l'inscription Simoni deo rut à celte eau. Sur la question de lieu, cf. sancta); ibiit, C. S*- ff"'- "<^i-< '■ •'> C 13 \ Duchesne, Lié. pont., t. I, p. 466, n. 9. et suiv. '' = T. 1, p. 465, S 261 : in via sacra iux/a
' Adversus haer., I. I, c, 23, S 1-4. 1 templum Romae.
^ De anima, c. 34. 1 'Garruccî, Arie cristiana, t. IV, pi, 28»,
* Philosophumena, 1. VI, e. 7 et suiv., 20. | fig. i.
No i6i.]
L'église de Saint Pierre au Forum signalée par l'Itinéraire d'Einsiedeln, ne saurait être autre chose que l'oratoire construit en souvenir de cet événement si populaire. Cet oratoire fut l'origine de l'église construite dans l'atrium du temple de Rome, que le moyen âge appelait S. Maria Nova et qui a pris le nom de Sa in te- Françoise Romaine; on y voit encore deux des pentagones de basalte employés au pavage des rues romaines; le peuple y reconnaît les anciennes pierres de S. Pierre et se plaît à se raconter devant elles la légende de Simon le Magicien '.
Peut-être, dirons-nous avec de Rossi, des découvertes postérieuses viendront-elles éclairer l'obscure question des origines et de la formation de la légende de Simon le Magicien. Jusqu'à présent, il semble que tous les récits sur le séjour à Rome de ce personnage, malgré leurs divergences quelquefois assez fortes, procèdent de l'autorité de S. Justin, le premier à l'y mettre. S. Justin parle d'une statue élevée à Simon par les païens de Rome dans l'île du Tibre avec l'inscription : Simoni deo sancto; mais on n'est que trop fondé à penser qu'il est dans l'erreur; l'île du Tibre possédait une statue avec dédicace à la divinité Sabine Semo Sancus, L'inscription Semoni Sanco, sancto deo, fut, semble-t-il, pour Justin et grâce à lui pour la postérité l'objet d'une confusion fatale, qui y fit trouver un « dieu saint Simon » ".
On verra plus loin que la tradition historique du séjour à Rome de S. Pierre est tout à fait indépendante des légendes qui concernent Simon le Magicien; nous n'avions à en parler ici que pour éclaircir la question de l'église de Saint-Pierre au Forum. Que le lieu se rattache effeflivement et historiquement à saint Pierre, c'est sur quoi, on l'a remarqué, toutes les sources se taisent 3.
Près de l'antique temple de Rome la basilique de Constantin, dite aussi Basilica nova, dresse ses ruines majestueuses et d'une merveilleuse grandeur. Les galeries ouvertes, qui montent vers le ciel et qui ne sont guère qu'un tiers du monument ancien, forment le plus grandiose groupe de ruines de l'ancienne Rome qui soit au Forum. Au fond de cette salle majestueuse, en avant de la niche terminale de la nef centrale, à l'ouest, se trouvait une statue en marbré de Constantin assis, d'une énorme hauteur, dont en 1490 on trouva les restes
' Paneirolî, Teiori nascaiti di Rama{RomA.
1625), p. 104; cfr. Corpus inscr. la!., t. VI, p. 1663 (Signorili, sur une base de marbre antique).
' De Rossi, Buileli. arch. crisl., 1867, p. 70 {Délia meinoria topogra/Ua del siio ave cadde Simone). Voir au Corpus inscr. l<il., t. VI, n- 567, l'insciiplion à Sema Sancus, trouvée en juillei 1574 dans l'ile du Tibre. Cette divinité avait sur le Quirinal à l'emplacement de Saint- Silvestre, un autre antique san^uaire, qui avait donné son nom à la Porta Sanqualis de l'enceinte de Servius, dans le voisinage. De là proviennent deux inscriptions : l'une trouvée aux temps de Baronius, commençant Sanco sancto Sema{n) deo {Corpus, t. VJ, n. 568), l'autre qui n'est connue que depuis le milieu de i83o, commençant Semoni Sanco sancto dto (Lanciani, Bull, archeoi. eom., i8Si,p. 4; Pagan and Christian Rome, p. 105,
avec dessin de la base où se trouve l'inscription et de [a statue;. Voir aussi M. Besnier, Vile TibMne {1^2], p. 274-279. Je n'ignore pas les raisons alléguées pour défendre Justin contre l'accusation d'erreur; elles ont été notamment développées par K. Kfunstmann), dans les Historisch-polU. Bldlttr, t. XLVH (1861), p. J30 et s., et par Ginzel, le cardinal Hergenrother et plus récemment entre autres par J. Schmid, Petrus in Rom (1892), p. 106; mais je crois que l'on doit accepter l'idée de la confusion qui a pour elle la vraisemblance et l'autorité des -4»a/fi:/n ^//(WuA'irna (t. XII, 1893, p. 452), de Lanciani et d'autres et, parmi les anciens, de Pagi, de Valois, etc.
3 Sur les relations entre les légendes concernant Simon et les données bistcriques sur S. Pierre, cf. Duchcsiie, Bulletin critique, J887, p. 161 (contre \Àç%\\i%,ApokrypheApostelgesckichten, t. II, i'" partie, 1887)-
dans le voisinage ; ils se trouvent aujourd'hui dans la cour du palais des Conservateurs au Capitule '. Au V< et au VI" siècles, quand tout le bâtiment encore debout continuait à remplir son rôle de basilique profane le toit scintillait sous sa précieuse couverture de tuiles en bronze doré. C'est le pape Honorius (675-638) qui le dépouilla de cette parure, avec la permission de l'empereur Héraclius, pour en décorer la toiture de l'église Saint-Pierre du Vatican. Dans le haut moyen âge on appelait erronément la basilique de Constantin tetnplum Romae, peut-être parce qu'une de ses parties avait reçu la destination qu'avait auparavant le véritable Temple de Rome. Il semble aussi que ce soit cette basilique que le manuscrit d'Einsiedeln désigne sous le nom de Palatius Neronis {sic) qu'il met en tout cas en cet endroit. I.e nom répond en fait à la place légendaire d'où Néron aurait assisté à l'envolement de Simon le Magicien. L'identification de cette basilique avec le temple delà paix de Vespasicn est une erreur qui n'a pris corps que dans notre siècle ^.
162. Après la basilique de Constantin, toujours à droite de la route, on trouve l'église des martyrs Côme et Damien. Nous savons déjà que cette église, dont il a été plusieurs fois question ci-dessus, se compose de deux bâtiments antiques. L'origine en est assez intéressante pour nous arrêter un moment (fig. 51)3.
Fig^. 51. Coupe de l'église des SS. Côme et Duniea sur le Forum.
Sous le gouvernement favorable aux catholiques d'Amalasonthe, reine des Goths, Félix IV (526-530) reçut en don les deux bâtiments, qu'il avait demandés pour en faire un sanfluaire en l'honneur des deux martyrs cîticîens.
' Cf. Petcrscn, Disstrlationi deW accad. fautif., t. I, p. Î79, n. 3; p. 315, n. 5; p. 466,
rom. pont, di aickeol. (i8t>9), p. 159 et suiv. ' n. 9. C'est Nibby qui a établi la fausseté de
et ses indications dans l'ouvrage Ans dcm l'appellation < Temple de la paix », Roma
alien Rom, où se trouvent des photographies anlica, t. II, p. 688. Pour la description, voir
des ruines. Hùlsen, Dtis Forttm romanum, n. XLI.
' Sur le palatins Ntronis, cf. Lanciani, ' Dessin de l'architefle Maizanti, d'après
L'ilinerario, p. 494 ; sur le templum Romae et Letarouilly, Édifices de Renie moderne, p. 273,
le templum RomuU, cf. Duchesne, Noies sur \ avec modifications de quelques pajties. De
la topographie, dans Mélanges <f archéologie l'ancien autel on n'a consente que la partie
eld'hist., t. \I (i8t6), p. 15 el suiv.; Liber \ inférieure, marquée en noir en F E.
No 162.] X. DU LATRAN AU VATICAN. 191
Le plus grand des deux bâtiments (B) était le Templitin sacras urbis, où se trouvaient, comme on sait, les registres du cadastre et le plan en marbre de la ville; l'autre (A) était le temple de Romulus, fils de Maxcnce, qui à peine achevé avait été dédié comme monument d'honneur, de caractère profane, naturellement, au vainqueur de Maxence, Constantin le Grand. Pour transformer en église le premier monument, vaste salle sur plan quadrangulaire, on se contenta d'y ajouter une abside ronde (DH) et d'y installer un autel (EF). L'abside prit sa place au milieu d'une antique muraille qui traversait la salle, et dans laquelle on perça des passages, de manière à établir par derrière et derrière le maître-autel, en communication avec la salle, un espace sans doute réservé aux dames, ou matroneum, autant qu'on en peut juger par analogie avec les autres églises de Rome.
Le temple de Romulus ou de Constantin, sis devant la maison cadastrale, et qui s'élève en forme de rotonde sur la voie sacrée, fut choisi par Félix IV pour servir de vestibuie à l'église proprement dite ; et comme il n'existait aucune communication entre ces deux bâtiments cependant contîgus on perça un passage (C) pour les réunir.
La salle reilangulaire avait primitivement son entrée sous un portique latéral à colonnes; il ne pouvait servir à la nouvelle église, et Félix IV établît l'entrée sur la voie sacrée (G) sous le portail bien décoré de la rotonde. Les entablements des huit colonnes avaient encore au XVI* siècle des restes d'inscription au nom de Constantin. On n'a pas conseiTé toutes les colonnes de cette entrée, mais la porte de bronze avec son architrave richement travaillée est encore l'oeuvre du commencement du IV* siècle'.
L'encombrement continu du Forum obligea plus tard, sous Urbain VIII, à exhausser l'entrée de l'église et la porte de bronze ; en même temps, pour mettre l'intérieur du sanftuaire au niveau du terrain extérieur, on coupa le vestibule et l'église par un nouveau pavement et on y établit une voûte. C'est ainsi qu'aujourd'hui nous voyons les deux monuments (fig. 51) presque partagés en deux dans le sens horizontal. La mesure violente d'Urbain Vlll troubla l'impression que produisent ces bâtiments vénérables, mais c'est une page caraiîléristique de l'histoire des transformations de cette ville qui s'ensevelit elle-même. Depuis le déblaiement de la partie avoisinante du Forum en 1879-iSSo, la porte de bronze a pu reprendre sa place primitive.
Après s'être instruit de la remarquable histoire archJteélurale de l'église des Saints-Côme et Daraîen, la première église qui ait été établie dans des monuments publics de Rome, le lefleur, en pénétrant à l'intérieur, peut s'en figurer l'état à l'époque de la transformation de Rome. Félix IV conserva aux murailles du templum sacrae urbis leur revêtement intérieur de marbre, à.\\n& facture excellente, d'une exécution classique, avec ses décorations. Il en alla de même dans d'autres monuments transformés en églises : dans le palais de Junius Bassus (Saint-André Catabarbara), dans la Ciiria senatus (Saint- Adrien),
Sur les deux anciens bitimenis et leur j {Bullett. archeol. corn., 1881, p. 29 et suiv.),
transformation en église par Fëlix IV (Liber poniif., 1. 1, p. ï79, Félix IV, g 90). nous avons deux excellents mémoires, un de de Rossi {BulUU. arek. eriit., 1867, p. 61 et suiv.); l'autre, avec de nouveaux résultats, de Lanciani
avec plans et vues anciennes.
Cf. Lanciani, L'ilineratio, pi. 3. On trouvera reproduit dans le mémoire de de Kossi et au t. VI du Corpus, n. 1147, ce qui reste de l'inscription de Constantin au portique d'entrée.
192 LIVRE I. en. V. TRANSFOUMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N° 163.
dans le Secretarium senatus (Sainte- Martine). Les lumières de t'autel, en se reflétant dans le poli des marbres ornés de figures gravées, devaient produire un merveilleux efTet
163. De l'abside des Saints-Côme et Damien les grandes figures de saints que Félix IV y avait fait reproduire en mosaïque regardaient, dans leur gravité
sublime, la foule chrétienne. Il est impossible de contempler cette œuvre inestimable, qui après quatorze siècles se conserve presque intégralement, sans être pénétré de l'impression qu'elle devait exercer sur le monde des pieux fidèles. Ces figures majestueuses possèdent comme un reflet de la grandeur de l'art antique, que traverse le souffle surnaturel de la religion. C'est un morceau infiniment supérieur aux mosaïques postérieures des églises chrétiennes de Rome,
Fig. 52. Mos^que de l'abside l. S. C&me et S. Dwaien de Rome.
exécutées dans la première époque du moyen âge, et qui d'ailleurs l'ont pris au moins en partie comme modèle.
La composition (fig. 52») en offre quelque analogie avec la peinture de l'abside dans l'oratoire de Sainte-Félicité (fig. 46). Au milieu de la scène, entre des nuages teintés de rose, le Christ avec une expression de majesté solennelle et presque terrible. Vers lui s'avancent, de droite et de gauche, tenant leurs couronnes en mains, les deux martyrs, dont la personne et le vêtement sont bien mouvementés. Les apôtres Pierre et Paul, de taille un peu plus élevée, et d'un aspeft majestueux, les présentent au divin rémunérateur. Aux deux extrémités de la scène S. Théodore et le pape Félix, celui-ci refait à une époque postérieure. Deux grands palmiers encadrent la scène ; sur une branche avancée de
' On ne peut bien juger ceue composition qu'en la comparant avec la fig. 53.
l'un d'entre eux est posé le phénix entouré d'un nimbe rayonnant, signe de la résurreftion. Au bas coule le Jourdain, fleuve du baptême et de la grâce, et dans la bordure les douze agneaux (apôtres ou fidèles) sortant des cités de Bethléem et de Jérusalem pour rejoindre au centre l'agneau divin, sur une colline plate, lîserée d'or, d'où jaillissent les quatre fleuves mystiques du paradis. Jadis, dans le haut de la scène, la main de Dieu sortant du ciel tenait sur le Christ la couronne du triomphe et de ta souveraineté. Au-dessus encore, hors de la conque de l'abside, la superficie de la muraille laisse voir l'antique représentation, qu'y fit exécuter Félix IV sous une forme apocalyptique, de la demeure céleste où sont entrés les deux martyrs : l'agneau divin trône sur un autel, entouré des sept candélabres mystiques ; quatre anges aux formes classiques et légères sont occupés à l'adorer et à le servir. Les quatre évangélistes représentés par leurs symboles (aujourd'hui partiellement disparus) nous rappellent que l'agneau a porté la vérité au monde. Plus bas, groupés à droite et à gauche, les vieillards de l'Apocalypse, couverts de vêtements blancs solennels et présentant leurs couronnes, s'unissaient aux anges et aux évangélistes dans la louange éternelle de l'agneau- Dieu.
Quel ensemble grandiose de figures pour exprimer une seule idée religieuse! Et pour un chrétien qui s'abtmait dans la contemplation de ce tableau, quel contraste entre la calme gravité de ces formes célestes et, hors du seuil de l'église, les magnificences profanes du forum, toutes pleines encore de paganisme! Toute l'époque, et les malheurs de Rome en particulier, provoquaient à la méditation. Dans ce bâtiment si voisin du théâtre de la plus grande pompe mondaine, devant la porte duquel s'était déroulé le triomphe des vainqueurs du monde soumis, la mosaïque a réservé une digne place au sévère et souverain Juge. C'est l'image de ce sérieux, de cet efiroî, pourrait-on dire, avec lequel le monde romain agonisant, tant qu'il garda conscience de sa destinée, se précipitait aux pieds du Rédempteur du monde, dispensateur des peines comme des récompenses.
A l'examiner dans le détail, cette mosaïque d'une valeur historique si considérable offre maintes traces de la décadence, chaque jour plus accentuée, de l'art. Mais en accusant si nettement encore la vigueur et le nerf des formes romaines elle montre combien excellemment l'élévation du sentiment chrétien s'alliait k cette puissance de l'expression traditionnelle chez les artistes locaux (cf. fig. 53"). On a prétendu attribuer un caraftère byzantin à cette grande mosaïque; mais ce n'est qu'à la fin du siècle que ce caraftère prend pied peu k peu k Rome. Notre peinture n'est pas byzantine mais purement romaine, et la faflure n'en montre ni la raideur et l'absence de vie propre à l'art byzantin de la période suivante ni la pompe vaine et le clinquant extérieur du byzantinisme de la décadence. Il n'est pourtant pas impossible que la figure du Christ notamment "ait pu subir l'influence d'un grand modèle de l'art oriental "".
' Photographie d'Alinari à Rome. Le type 1 en couleurs ; Garrucci, Ar/e crisUaita, t. 1 V, de S, Pierre a son importance pour résoudre i pi. 253. Dans la poétique description de Grêla question du mode de représentation le | gorovius (4° éd., t. I, p. 331), il y a plusieurs plus ancien de l'apôtre. On trouvera d'autres 1 erreurs matérielles. 9^o,de l Art ckTitiin,x. I, types de comparaison dans le cours de cet : 3*éd.(Paris,it<74),p. 48; " Undes plusbeaux ouvrage. types qui nous restent de l'école romano-chré-
= Sur la mosaïque, cf. de Rossi {Musaici di tienne ". Sur l'influence de l'art oriental sur
Homa, iazi:^. 5-6) avec une belle reproduélion I la figure du Christ qui, avec son rouleau et
Histoire de Rome — IJ
194 LIVRE I. Cil. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N" 164.
164. Le san^uaire des Saints-Côme et Damien sur la voie sacrée n'appelle pas seulement un regard sur l'art romano-chrétien de cette époque, mais aussi sur un côté caraélérîsttque du culte et de la liturgie. Il est juste que nous accordions quelque attention à ces traits de la vie chrétienne à son levant
L'inscription de Félix IV encore subsistante et qui de la mosaïque projette l'éclat de ses grandes lettres dorées nous dit que " la maison de Dieu rayonne