‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 72 sur 165 · Pierre et S. C&me. Mosaïque · texte numérisé non relu

Pierre et S. C&me. Mosaïque

c de l'époque golliique.

splendidement de l'éclat des métaux, mais la lumière de la foi y brille d'une clarté plus précieuse; le lieu a été consacré à honorer les médecins martyrs qui ont apporté au peuple l'espoir certain du salut"'.

son geste oratoire, apparaîi h Rome pour la !"■ fois, voir A, Bauinstark dans i'Orreirs chrisUanus,\..\\\ (igojj.p. 198. II est plus difficile d'apprécier le mérite de la mosaïque aujouid'hui que le visiteur, giAceau pavement établi par Urbain Vlll, s'en trouve trop rapproché et ne peut abstraire son regard de l'autel mo-

derne et de sa décoration tliéâtrale. Voir tij.51 sur notre coupe l'abside et l'autel d'auirefoii. ' Voir l'inscription dans mes Anaieâa rcmniia, 1. 1, p. 81; dans de Rossi, Iitscr. {hrisit. II, parc, t, p. 71, 134, iji; dans UuchtsM. Liber Ponli/.,l. l,p. 280: Martyribns nudiâi populo spcs cerla salulis \ Venit, etc.

Depuis fort longtemps l'Orient vénérait les deux saints martyrs Côme et Damien comme de puissants intercesseurs auprès de Dieu dans les nécessités terrestres et particulièrement en cas de maladie. On racontait que dans le temps même de leur vie, en qualité de médecins, ils s'étaient montrés secourables aux malades, les guérissant par les vertus surnaturelles de la prière; et de tous les points de l'Orient on venait se presser autour du tombeau de ces anargyri, de ces médecins qui ne faisaient pas payer leur concours (c'était leur titre grec). On se redisait les miracles surprenants qu'ils ne cessaient d'opérer sur leur tombeau à l'appel de la pieté'.

Dans tous les temps l'Église a enseigné que le Seigneur, qui, de sa propre bouche, nous a appris à demander le pain quotidien, est toujours prêt à exaucer les requêtes que lui font les fidèles dans leurs maladies, par l'entremise des saints qu'ils invoquent. Elle répondait à un véritable besoin du cceur en fournissant, par la doctrine de l'invocation des saints, une expression si intime à la communion de la société des fidèles ici-bas avec les bienheureux parvenus dans la céleste patrie.

Les relations étroites que Rome entretenait avec l'Orient y introduisirent le culte des deux saints et sans doute une partie de leurs reliques. Déjà Symmaque leur consacra un oratoire sur l'EsquiJin près de la basilique de Sainte-Marie*.

Leurs noms furent introduits dans le canon de la messe et ce sont les derniers saints qui aient reçu cet honneur. L'Africain S. Cyprien est avec ces Orientaux le seul personnage qui y soit nommé, en dehors des apôtres et des martyrs de l'église romaine. Et c'est là comme un témoignage de l'universalité de cette église que viennent rendre l'Afrique et l'Orient.

L'antique messe des SS. Côme et Damien contient à l'introït ces paroles de la Bible : " Que les peuples racontent la sagesse des saints ", Le texte Sapieittiam saniîontm pourrait bien avoir été choisi pour célébrer les louanges des deux sages et saints médecins. Dans l'évangile que lisait ensuite le diacre l'on ne peut méconnaître le rapport des paroles suivantes de saint Luc aux miracles opérés par S. Côme et S. Damien : " Il sortait de lui une vertu dont tous étaient guéris". Dans le texte sacré, ces paroles s'appliquent au Christ auprès duquel se pressait, dit l'Évangile, de toutes les villes de Judée et jusque de Tyr et de Sidon, une foule nombreuse, avide de guérison. C'était alors une habitude populaire de la liturgie d'appliquer aux objets les plus divers les textes sacrés. Dans notre cas on voulait indiquer qu'il sortait en quelque façon des deux saints la vertu guérissante du Christ dont lui-même, le Sauveur, est le véritable dispensateur. C'est à lui aussi que reviennent, dans le graduel, les louanges pour le secours qu'il a donné, exprimées en termes bibliques : " Il tes a délivrés de toutes leurs tribulations.... Il sauvera les humbles d'esprit". Les formules liturgiques de ces siècles anciens contiennent souvent de ces allusions surprenantes rendues par des paroles de l'Ecriture Sainte. A une époque où la liturgie parlait encore une langue généralement intelligible à la foule, ces textes avec leurs applications faciles étaient offerts en pâture à la méditation et à la confiance des plus humbles fidèles comme à la foi éclairée des hommes cultivés3.

■ Aila M. Bolianti., t. VII de septembre, j ' SapUntiam isteiuin {saititoriim) narrent

37 sept, p. 428. I populi et laudem (/auties) eorum Huntiel

' Liàtrpi>nt.,t.l^^2(>3,Symtnatkus,%9o. I eccUsia (E.cc\., c. XUV.v. i%)i yirius de i/Ja

Les formulaires primitirs se maintinrent avec une merveilleuse fermeté dans le sacramentaire et plus tard dans le missel de l'Église romaine. Aujourd'hui encore, le 27 septembre, à la fête des deux saints, on lit le formulaire avec les passages bibliques cités ci-dessus, qui n'avait ^té fait que pour l'église du Forum. Et même cette messe qui commence par le Sapieniiam sanêîorum est devenue de bonne heure la formule liturgique commune pour les messes de plusieurs martyrs {Commune plurimorinn martyrum). C'est ainsi que s'explique cette circonstance à première vue étrange que l'introït célèbre chez tous les martyrs la " sagesse" qui n'était louée d'abord que chez les deux médecins. C'est ainsi seulement aussi que s'explique le texte de l'Evangile qui traite surtout des guérîsons opérées par le Christ.

On peut ajouter, pour l'intelligence de l'ancienne langue liturgique, que si la messe de station introduite par Grégoire II (715-731) pour le jeudi après le troisième dimanche de Carême' nomme expressément nos deux saints à la colle£le= et proclame le " secours ineffable" qu'ils apportent au peuple chrétien, c'est que ce jour là la station se faisait précisément à Rome dans cette église des Saints-Côme et Damien ; le formulaire de la messe est celui de la consécration de leur église au Forum, comme le montre l'épîtrea. C'est aussi la raison qui a fait prendre pour l'évangile de la messe de station celui de la guérison miraculeuse de la belle-mère de S. Pierre. Enfin quand dans la postcommunion le prêtre demande par les mérites de ces saints " l'assurance du salut " 4, cette expression sonne comme un écho littéral de l'inscription de Félix IV sous la mosaïque de l'église où l'on célèbre " l'espérance assurée de salut ", que ces saints ont apportée au peuple. La prière, élévation du cœur à Dieu, affeflait à cette époque le langage de la simplicité, précisément parce qu'elle est l'élévation du cœur et non de l'intelligence^!

165. Des deux bâtiments antiques auxquels ta religion nouvelle a donné un nouvel avenir, nous arrivons, en poursuivant notre chemin par la voie sacrée, à un groupe de monuments splendides du paganisme, dès lors clos et abandonnés. Us doivent être une lourde charge pour le fisc et gardent le souvenir tenace de grandeurs et de dieux, pour lesquels les temps ne sont plus.

Le premier temple est celui de Faustine divinisée et d'Antonin le Pieux, qui touche au plus ancien cimetière de la Rome païenne, mis au jour en 1902, et fait vis-à-vis à l'antique Regia. Il deviendra plus tard l'église de S. Laurent in Miranda. Il fait encore aujourd'hui un grand effet par les dix colonnes de sa façade en marbre cipoUin et par les sculptures des frises aux murs latéraux, qui représentent des griffons et des candélabres (fig. 50).

Quand les fouilles de 1876 eurent dégagé le bas des colonnes qui était enseveli, on y découvrit gravées près du socle des représentations païennes et aussi des signes chrétiens, notamment deux monogrammes constantîniens du

exibat et sattoèa/ otnna (Luc, c. VI, v. 19); et Hlis gloriam stmpUemam et ûpem nebis

Ex omnibus tribulationibus eonim Hberavit ineffabiii provideniia contuHsti.

eos, etc. (Ps. XXXdl, v. 18). > Habilaèo vobiscum in loco islo ... Ttm-

' Liber pontif., t. I, p. 402, Gregorius II, pluin Domini est, etc. Qétém., c 7).

9 182. *Sit nobis. Domine, sacramenti tui certa

'Magnifictt te. Domine, sanéloruni tuorum salvulio, quae cuiit betttorum marlyrum luo-

Costnae ei Damiatii bcaSa saleiiinilas, çiia fum Cosmae et Damiaiti mentit implorât)^.

N° 166.] X. DU IjVTRAN au VATICAN. I97

Sauveur accompagnés de l'A et de l'û (fig. 54) et une croix à branches égales. Pour grossière qu'en soit l'exécution (ils n'ont pas été gravés au ciseau, mais tracés dans la pierre tendre à l'aide d'une pointe de fer quelconque), les symboles du Christ n'en sont pas moins éloquents en cet endroit. A en juger par la forme, ils doivent être de la fin du IV< ou du début du V" siècle, de l'époque où le verdifl public avait déjà condamné le tempîe. Un chrétien zélé semble avoir eu la pensée de san£lifier ainsi la demeure des démons'.

De fait il était assez naturel que l'exaltation des fidèles marquât les temples païens, dont la présence lui était si pénible, du signe triomphal de la religion chrétienne. Il se peut aussi que leur main ait été guidée par je ne sais quelle joie maligne que leur causait le destin de ces temples. Celui qui écrit ces lignes a eu le bonheur de retrouver sur la partie postérieure du temple rond de Mater tnatuta que le peuple appelle temple de Vesta, un graffite chrétien à peu près de cette époque (fig. 55)». Sur la muraille de marbre, récemment débarrassée de la couche de chaux qui la recouvrait, on voit un calice surmonté de la croix et une coupe, l'un et l'autre ayant la forme antique, que l'on ne rencontre plus au moyen âge, du calix et du poculum. La croix qui surmonte le calice garantit le caraélère chrétien de cette représentation. A côté, des cercles avec des entailles désignent des pains, suivant un usage antique.

L'opinion que l'on a là une représentation de l'Eucharistie a rencontré à Rome l'approbation des meilleurs archéolt^ues. Un chrétien inconnu, du VI* siècle environ, a voulu imprimer ainsi à ces murailles profanes un certain carafïère religieux. Et c'est aussi apparemment dans ce dessein qu'on a tracé sur les mêmes murailles du temple d'autres croix de différentes formess. Les croix à formes primitives que l'on trouve sur des colonnes de basiliques romaines ont la même origine et appartiennent à des époques où les colonnes faisaient encore partie de monuments païens ou bien elles ne sont qu'un témoignage de la piété chrétienne dans des monuments déjà chrétiens. Dans l'atrium de la basilique de S. Clément l'une des colonnes antiques, la première à droite, porte aussi une croix monogrammatique; et dans l'atrium de Saint-Pierre la dernière colonne à droite de la rangée antérieure porte un monogramme entre l'A. et l'û.

166, En poursuivant son chemin, on trouvait après le temple de Faustine celui de César, aedes divi lulii, avec sa tribune, autour de laquelle se pressait jadis

Fig. 54. Honogpummes chréttens dn temple de Paustiae.

' Lacour-Gayet, au 1. 1 (1881) des Mélanges ^archéologie et d'histoire, p, 226 et suiv., et Hùlsen, Dos romiiche Forum, ti, xxxiv, l'un et l'autre sans fig.; Broderick, Nuovo Bullelt. di arck. crist., 1898, p. 50 donne la fig., mais il en trouve trop sur les colonnes. — La figure reproduite ici est un dessin original donné dans mon mémoire de la Civiltà cattolica, 1897, t. 1 {Archeelagia), p. 721,

' Dessin emprunté à mon mémoire de la Civiltà cattolica. Sur le marbre la coupe est plus haut à gauche, ce que nous avons marqué sur notre dessin par un cartouche,

' Sur ma dtîcouvcrte au temple de Mater Matuta, voir ma première communication dans le Bullelt. arck. crist. de de Rossi, 1S94, p. 133, et mon mémoire de la Civiltà cattolica.

débouchait (Y argiletum), la place des Comic

la foule des auditeurs, mais qui, au V^ siècle, n'y voyait plus briller aucun talent oratoire. On rencontrait ensuite à l'ouest la vaste basilique émiliennc, ornée par Auguste de colonnes de marbre phrygien et que l'on a récemment exhumée malheureusement dans un état presque complet de destruction; puis le temple de Janus avec la statue de la divinité, qu'une main criminelle, audire de l'rocopc, brisa dans le VI« siècle; ce beau bâtiment s'est conservé assez longtemps parmi les mines pour nous être connu par les dessins des artistes de la Renaissance'. Toujours du même côté du Forum, on apercevait ensuite, au delà d'une rue qui

le légendaire tombeau de Romulus, le lapis niger.

récemment découvert" et par derrière, la ciiria senatris, reconstruite par Dioclétien (fig. 23). Les jours de ce bâtimentsont comptés en tant que curie d'un corps en train de disparaître de la scène historique; il en est de même du secreiarium senalus qui lui est contigu. L'un et l'autre vont être bientôt transformés en églises par le pape Honorius, pour subsister jusqu'à nos jours sous les noms de Saint- Adrien et de Sainte-Martine.

L'arc de triomphe de Septime Sévère, bien conservé, vient interrompre majestueusement la série des édifices (fig. 56), Bien que ce monument massif, jeté ainsi en travers de la route, détruise l'harmonie de l'ensemble qui l'entoure, il plaît cependant à l'œil par un dessin qui a su donner de la vie et quelque agrément à cette lourde construftion, par ta proportion de ses trois portes, des colonnes et des frises, par la richesse d'une ornementation dont les bas-relief' représentent les vifloîrcs de l'empereur sur les l'arthcs et les Arabes.

Frès de l'arc se trouve la fameuse tribune oratoire, les Rosira magna, centre jadis de l'aftivité politique et de l'agitation du Forums.

' Lanciani, Sloria degii scavi di Roma, t. I (190:), p. 93, donne l'ancienne relation de la découverte et de la destruflion en 1496-

' On trouva en dessous ta plus vieille inscription latine sur pierre, fragment vraisemblablement relatif à une loi religieuse, et que

HiiUen croit antérieur au V siècle. Hùlscn,

Dm romische Forum, n. xvii. Cf. Peiersen.

Comitium, Rosira, Grab des Romul«s(^om.

cité plus haut du catalogue de attribue à la huitième r^on

La transformation de Rome au moyen âge sera nettement caraflérisée si l'on réfléchît que dans peu d'années, à la place même des rostres, l'arc de Septimc verra s'établir près de lui la diaconic des saints grecs Serge et Bacchus, pour distribuer le pain à la plèbe affamée de Rome en décadence.

Dans cette ruine générale, qu'est devenu X'Umbilicus Roiiiae, qu'est devenu

Arc de Septimc Sértre sur le Forum.

d'après llaumeisier, iil. 85.

Rcconslllulion parlielle,

le Miliarium aureiim ? qui pourrait le dire? On voit sur l'emplacement qu'ont occupé ces monuments célèbres, près du chemin des rostres, d'informes débris

Rosira tria. Pour la reconstitution des Rosira magna,voa le grand plan du Forum de Htilsen {Rom, Spithôver, 1893 ; et en grand format dans Launiiz, Wandlafeln, XXIX, 1894); et Hiilsen, Dos romiscki Forum, n. v. Les reconstru^ions du Forum el d'autres groupes

de O. L. Spadoni (en photographies, chei Spithôver, îi Rome, 1893 etss.) sont fort discutables. Celle, également en photographies, que G. Galleschi a données delà partie occidentale du Forum et du Capitule sont bien préférables.

de murailles. L'itinéraire d'EinsiedeIn nomme encore X'Umbilicus au point même où il parle de la diaconie des saints Serge et Bacchus '.

167. En nous tournant à l'Est vers la haute muraille du Capitole, qui domine sur ce point le Forum, nous verrons pour ainsi dire sur chaque pouce de terrain comme un concours d'édifices classiques. L'ambition des empereurs, soucieux d'y laisser quelque monument éblouissant, se 'disputait ce terrain étroit. Ce ne fut pas à l'avantage des bâtiments qui s'écrasent les uns les autres, se pavanent au détriment les uns des autres. Les toits et les faîtes chargés de statues dressent jusqu'aux galeries ouvertes du tabularium capitolin leurs forêts de métal doré et de pierre richement travaillée; ils sont sous la proteftion de Jupiter souverain dont le sanctuaire, abandonné en proie aux éléments, trône sur là cîme méridionale du Capitole".

Le premier de ces bâtiments est le temple de la Concorde presque couvert par l'arc de Sévère. Vient ensuite Vaedes divi Vespasiani dont il subsiste trois puissantes colonnes d'angle; puis sous la montée du Clivus Capitolinus le portique des douze Dieux {dit consentes] a trouvé une place. Nous savons déjà qu'il porte un nom peu sympathique aux chrétiens, celui de son restaurateur, Vettîus Agorius Praetextatus, ami de Julien l'Apostat, protefleur des Vestales, préfet de la ville en 367. Devant ce portique était située \aedes Saturni, le grandiose bâtiment du Trésor; c'est à un des premiers empereurs chrétiens, son restaurateur, que l'on doit la conservation des huit pittoresques colonnes de l'atrium. Vis-à-vis du temple de Saturne se dresse l'arc de Tibère que l'on n'a retrouvé que récemment. A sa droite est la ichola Xnnthn, destinée aux scribes et hérauts officiels. Au sud s'étend ensuite la vaste basilique Julienne avec ses cinq nefs. Il suffit d'avoir visité les fouilles du Forum pour conserver la mémoire des mélancoliques bases de ses colonnes, aujourd'hui restaurées. Elles s'étendent jusqu'à la ligne de traversée du Forum par la Cloaca maxima. Au delà du débouché de l'antique rue nommée Vicus tuscus se trouve la grande aedis Castoris ou temple des Dioscures Castor et Pollux, d'une artistique élégance ; c'est sur ce point qu'ils se sont rendus visibles après la viéioire du lac Régîlle, ils ont abreuvé leurs chevaux à la fontaine Juturna et annoncé aux Romains la nouvelle de ce brillant succès. Derrière, à l'angle nord du Palatin, se dresse un bâtiment carré, construit en belles briques; longtemps on ne put l'identifier; Lanciani y a reconnu récemment X'aedes divi Augusti, temple du premier empereur qui ait été divinisé. Devant son front occidental, à proximité de l'église S. Maria antiqua, récemment retrouvée, était le bassin, retrouvé aussi récemment, de Juturna (lacus Iuturnae)X

A côté du temple des Dioscures, mais plus bas, se voyait la petite et svelte rotonde de Vesta. Au temps dont nous parlons, au moment de la chute de l'Em-

• SaaOi Sergii. lèi umèiliaim RonuK (l^aa.- 1 dessin de Pirro Ligorio (1549) emprunté à

ciani, L'ilinerario, p. 494). Mitidleton, Remaim ofRomt, a« éd., i, p. ^^%,

' Tout près de ces magnilîques monuments, fig. 35. Le pont souvent cité que, d'après

se trouvait au moyen âge, contre Saint-Adrien, | Suétone, Caligula aurait fait jeter du Palatin

un four à chaux que les Romains alimentaient j au Capitole par dessus le temple d'Auguste

avec le marbre des quatre Forums. Lanciani, ' et la basilique Julienne, ne peut avoir été un

Storia degli scavt, I. I (1902), p. ag. pont monumental, mais un simple pont de

'La.ncia.m, Notisie tifgli s^avi, 1883, p). 12; 1 bois (Lanciani, ibid.). Sur le lacus lutumae,

Pagan and christ. Rome, p. 101, 103 avec le I cf. Hùlsen, Dos r'àmisthé Fervm, n. XXVll.

nnoiidr j j^ ■* »'&.

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pire romain, les visiteurs du Forum ne voient plus comme jadis s'échapper du toit doré du temple la fumée du feu perpétuel. Dans l'atrium voi.sin de Vesta, demeure des prêtresses, n'habitent plus les vierges chargées de ta garde du sanctuaire national; les employés de ces Germains qui trônent sur le Palatin ou les représentants de l'empire byzantin, y ont vraisemblablement installé leur demeure et il a dû en être de même pour la Reg'ta, habitation du Pontifex maximus, située tout près en plein centre de la plaine du Forum ', bien que ce monument consacré par les plus anciennes traditions des Romains, s'enorgueillit dans des inscriptions d'être la respeftable demeure des rois dont le premier, Romulus, descendait de Mars et de Rhea. On conserve au Capitole, gravé sur marbre, l'original, récemment retrouvé, de ce certificat solennel d'origine délivré à Romulus. C'est sur les murs extérieurs de la Regia que les fastes consulaires redisaient jadis au peuple toute l'histoire de son glorieux passé, dans un récit oCi la fable se mêlait à la réalité.

i68. Tout près de là, dans les premières années du moyen âge, un violent attrait de piété poussait le peuple chrétien vers un modeste oratoire chrétien caché au pied du Palatin, sur ta Nova Via, immédiatement derrière le temple de Vesta ; S. Maria antiqua^ l'antique église à laquelle a succédé l'église de Sain te- Marie Libératrice.

C'est une remarquable histoire que celle de ce sanctuaire; elle n*a été éclaircie que de nos jours et l'on peut espérer des fouilles postérieures des résultats nouveaux. Dans le catalogue d'églises du commencement du VII* siècle, publié par de Rossî, les premières églises de la Vierge à Rome sont désignées dans cet ordre : sanêîa Maria maior, sanéla Maria antiqua, sanSia Maria rotitnda, satUlà Maria transtiberis. C'est de la seconde qu'il s'agit ici ; jusqu'à ces derniers temps on croyait la retrouver dans l'église aiSuelle de Sainte- Françoise Romaine, qui s'est appelée autrefois Jiin£5rtjl/«rï'(i«i77'(i; on a, disait-on, changé le nom d'ci«//;«i en nova à la suite de travaux de restauration, Cependant, nous l'avons vu, sanSîa Maria nova est bien plutôt la continuation de l'oratoire de S. Pierre sur la voie sacrée. En outre et c'est une remarque décisive, l'itinéraire d'EinsiedeIn en nommant S. Maria antiqua avec ce nom cara£léristique, ne la place pas au point de la voie sacrée, où se trouve 5. Maria nova, mais au lieu où nous nous trouvions à l'instant, au versant Nord du Palatin, et expressément à droite de la me qui va de l'arc de Sévère à celui de Titus. Or Sainte-Marie nouvelle ou Sainte-Françoise Romaine est précisément à gauche. L'église de la Mère de Dieu dont parle l'itinéraire ne pouvait donc être que l'église aftuelle de Sainte-Marie Libératrice'.

' Notre plan du Forum est tiré de Lanciani Forma urbii Roiaae, avec quelques changements, tels que l'indication des escaliers du temple de Castor, récemment découverts. Les restes de la basilique émîlienne et quelques autres particularités topographiques qui d'ailleurs n'exigent aucune modification essentielle de la figure, n'ont été connus qu'après l'exécution de ce plan à la suite des dernières fouilles. Ces derniers travaux ont fait disparaître S. Maria Libératrice. Je parlerai ailleurs des résultats favorables à l'hypothèse concernant S. Maria antiqua. Pour

le temple de Vénus et de Rome, voir fig. 49.

> De Rossi a publié le catalogue en question au t. I, p. 143, de la Roina sollerranea. L'itinéraire d'EinsiedeIn {Lanciani, I^itimrario, p. 492) donne pour la route les indications

I ta rf(E]»M

Parmi les partisans de l'ancienne opini<Hi,qui ne donnent pas de preuves, se trouvent entre

Les traditions du moyen âge racontaient que le pape Silvestre aurait élevé là une petite église en l'honneur de la Vîei^c, et qu'il s'y trouvait une dépression^ une sorte d'abîme. Dans le voisinage en effet se trouvait le ba<;sin de la fontaine Juturna illustrée par les Dioscures; à côté aussi l'on voyait la place où la légende romaine localisait l'aélion de Curtius qui aurait sauvé Rome en se jetant volontairement dans le gouffre'.

En embellissant à l'ordinaire l'histoire de S. Silvestre, la légende chrétienne racontait dès le VI* siècle qu'il y avait en ce lieu à 365 degrés sous terre un dragon, auquel des jeunes filles apportaient sa nourriture; Silvestre vint y célébrer la lituigie, chassa par ses prières le draj^on et l'enferma derrière une porte d'airain. Telle était la légende qui courait dès le VI« siècle, et l'on peut penser combien les simples chrétiens qui en entendaient le récit devaient frissonner en contemplant ce lieu. C'est un fait que dans la suite du moyen âge on donna le nom de de inferno ou de heu à un oratoire construit dans cette dépression. Le peuple rattacha cet infemum, au sens d'enfer, à l'histoire du dragon. C'est le même sens qui se retrouve dans le nom postérieur de l'église : Sancta Maria^ libéra ncî de poenis infenti, dont le nom actuel de Sainte Marie Libératrice n'est qu'un abrégé =.

antres Jordan, Topographie, t II, p. 333 et 374, et de Rossi, Nolisie degli scavi, 1882, p. 494, et BulUil. arck. criii., 1867, p. 70; cf. Armellini, Chiese di Roina, 1° ëd., p. 150. Duchesne {Mélanges tfarch. et d'hisl., 1897, p, 13 et suiv.; Forum chrélien^ 1899, p. 47 et suiv.) a essayé de lui donner des fondements plus solides: mais la double circonstance qu'il en est réduit à accuser d'erreur l'Itinéraire d'Einsiedeln et de corruption le passage y relatif du Liber pùnlijkalit (t. Il, p. 145, Bened. III, g 569) n'était pas en faveur de son opinion. L'expression la plus tranchante de cette thèse se trouve dans l'ouvrage du F. Lugano, olivétain, qui a cru devoir rompre une lance en faveur de Sainte-Françoise Romaine (S. Maria Nova), qui appartient à son ordre : S. Maria aniiqua e le origini di S. Maria Nojiarivendicate. (Roma, 1900). Gregorovius (4* éd., t. III, p. 104) pour qui la simple transformation de Maria aniiqua en nova est indubitable, s'élève sans raison contre Platner qui était sur la bonne voie {Besckrtibung Roms, t. III, part, i, p. 368), comme Nibbv (Roma modema, t. I, p. 764). Lanciani {L'i/intrario, p. agr) adopte la solution juste, îi la suite de mes communications. Dans son mémoire des Notifie dfgii scavi, 18E2, p. 236 et pi. 16, d'après les esquisses de Sallustio Peruzii, dans le plan qu'il a donné dans les mêmes Notizie {■!?&% pi. ta) et dans sa Forma uràis, Lancl.ini a dëierminé l'ancienne situation de S. Maria antiqua et son rapport aux bâtiments anciens qui l'environnent, autant que la chose est possible sans exécuter de

nouvelles fouilles. Cf. Lanciani, L'iiinerario, p. 49S. Sur les construif^ions de Jean VII \^o$-■!a^),\o\r Liber poiUi/.,t. I, p. 385,8 167, et Lanciani, LHlinerario, p. 499.

' Le souvenir du gouffre et de l'aflion de Curtius s'est conservé dans les Mirabilia (éd. Parthey, p. 21 ; éd. Jordan, Topographie, 1. 1 1, p. 636). Sur la situation et la découverte du laeus Curlius,v(nt Hiilsen, ^<t.;/^iir»m,n.Xxtii.

' Viia S. Silvesiri, dans sa forme primitive latine, dont dérivent les textes grecs et orientaux, dans Mombritius, Sanctuarium sive Vitae sanctorum (s. d., vers 1475), '■ H. foL 279. Cf. Duchesne, Liber pontificalis, l. I, p. ex. Cf aussi ta vie de S. Silvestre par le Métaphraste dans Surius, au 31 déc. C'est à tort que Jordan (Topographie, \. II, p. 496) A prétendu reconnaître la grotte, habitation du dragon, près du Capitole et de la Roche tarpéienne, dans la caverne de Mithra au Capitole. Cf. l'addition aux Mirabilia (Parthey, p. 58; Jordan, t. II, p. 494). Sur la légende, voir Baronius à l'année 324, % 97 et suiv. (il déclare l'histoire du dragon superapposiia et conficlà),v.K Panciroli,7VjoW nascosti di Roma, p. 703. Le nom de S. Maria de inferno se trouve entre autres dans le catalogue de Turin des églises de Rome (1375} (Urlichs, Codex topogr., p. 173, Armellini, Chiese di Roma, 2° éd., p. 53). D'après Jordan, t. II, p. 500, c'est dans Fulviiis {Anliguilaiesuibis, 1527) que l'on rencontre pour la première fois S. Silvester in lacu. Sur les anciens et les nouveaux noms, cf. le catalogue de Zacc^ni, au t. iX du Spicilegium

204 LIVRE I. CH. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N" l68.

II n'est pas besoin d'une grande audace critique pour dégager ce que contient de véritable ce récit fabuleux de la défaite du dragon par Silvcstre; c'est le dragon du pagaiiisme que le pape, dans la croyance antique, a enchaîné dans ce lieu en mettant fin à son culte dans un temple pafen; dans le voisinage immédiat de l'endroit dont nous parlons se trouvait le temple de Vesta. La petite église ou oratoire de la Mère de Dieu, que nous y trouvons plus tard et dont le surnom Anliqtia est suffisamment caraftéristique, fut rapportée au au pape Silvestre, qui l'aurait construite en opposition au culte de Vesta".

Un culte superstitieux était rendu à Vesta mère de l'Empire et proteflrice de la cité. Opposer à ce culte celui de la sainte Mère du Christ, patronne des fidèles, n'aurait rien eu que de conforme à une pratique constante de l'église romaine. Volontiers ses chefs remplaçaient la folie des cérémonies païennes par des exercices pieux qui offraient quelque analc^ie avec elles, tout en étant salutaires et justifiés d'après les principes chrétiens. Si notre hypothèse est vraie, quelle pensée édifiante pour le cœur des Romains convertis d'honorer sur ce point du Forum, en face du temple de Vesta, Marie, la plus digne et la plus sainte des femmes, appelée à l'honneur de donner au monde le Sauveur; là était le siège des plus vieilles traditions de Rome, des gages païens du bonheur de la ville, là devait être frappé au cceur le dragon du paganisme. Et le culte de Vesta se manifestait précisément le plus difficile à déraciner des restes du paganisme. II s'était tellement identifié dans sa croissance, même officiellement, avec l'idée de la subsistance de l'État que jadis quand, au début de l'Empire, le siège du gouvernement fut transporté dans le palais d'Auguste sur le Palatin, on se crut obligé d'y établir un san6luaire privé de Vesta pour que la déesse pût protéger de près le sceptre impérial '.

Cela donne à S. Maria atttiqua une importance, qui devrait, semble-t-il, lui attirer un respeil particulier. Elle est à un point remarquable de Rome, sinon au point le plus considérable de l'Empire; elle est la plus ancienne église connue de Rome et même du monde qui soit dédiée à la Vierge. La brillante basilique de S. Marie sur l'Esquilin est d'une date postérieure. Quand sa grandeur ou son importance lui eut fait donner le titre de « majeure », l'église du Forum aura reçu le titre d'antigua pour revendiquer sa propre dignité dans une lutte légitime. Et si S. Maria anfiçua est plus ancienne que Sainte-Marie Majeure,

remanum, de Mai, p. 434 et 458 et suiv.; et dans Annellini, C/tiese, p. 527 et suiv.

■ Cf. de Rossi, BulUie. arch. crisL, 1884- 188$, p. 143; L.a.aàaRi, L'ilineraria, p. 498. Silvestre fournit plus tard l'occasion de parler d'une église bâtie par lui. Sur le culte de la déesse, à laquelle on sacrifiait les quinquenitts epiilae préparées par les Vestales, cf. S. Paulini ûpcra, ëdit. Muratori (\'eronae, 1736), p. 7o8;Migne, /'. Z., t. LXI,col. 70}; Bursian, SilzungsberichU de l'Académie de Bavière, seiflion d'hist. et de philol., 1880, p. 19. On a souvent représenté Vesta avec le serpent. La reprodu^ion de sa statue dans R. Fabretti [,De Columna Traiaiia syii/ugina, Rotnae, 1690, p, 339) la montre assise sur un trône, la tÉte couronnée du diadème et voilée à la

façon des matrones, un sceptre dans la main gauche et dans ta droite une patèrequ'elle tend à un serpent, visible en partie sous le trône. ' Une monnaie de Julia Domna représente le sacrifice des six Vestales devant leur temple, avec la légende vesta mater (Cohen, Description lies médailles impériales, 2' M., \. IV, p, 125, n. Ï39, cf. n. 237,238; Lancianî, Notisie degli scavi, [883, p. 477 et pL 19 d. Dans l'inscription, citée ci-dessus p. j, de la Vestalis Maxima Flavia Publicia, U déesse est aussi qualifiée vesta mater. Le feu de son temple était le plus sûr gage de la domination romaine et son foyer était une garantie des serments, des contrats et de tous cetix qui cherchaient aide et secours. Sur son temple prèi de la domus auguslaaa du l'alatin

l'origine en est à tout le moins assez proche de Silvestre, puisque dix-sept années seulement séparent la mort de ce pape du début du pontificat de Libère, auteur de Sainte-Marie Majeure.

Cette église devint par la suite une diaconie; on y établit une aumônerie. C'est un point important pour son histoire que la plus ancienne liste des diaconies, rédigée sous Léon IH, la mette au premier rang'. Elle semble s'être développée de bonne heure, puisqu'elle s'annexa comme alria quelques parties extérieures de Yaedes divi Augusti qui lui était contïguë. En 1702 une première fois et de nouveau en 1885 on y découvrit des locaux ecclésiastiques ornés de fresques du VII I« siècle, redevenus malheureusement inaccessibles".

Sous Léon IV (847-855) on transféra la diaconie, avec d'autres privilèges, à l'église de la Vierge que ce pape érigea sur la Sacra Via près de l'oratoire de S. Pierre. II semble d'après le Liber pontificalis que l'on ait voulu en même temps transférer à la nouvelle diaconie le titre de antiqua. On ne tarda guère cependant à lui appliquer le nom fort Justifié de S. Maria tiavaX

Le sanftuaire de Silvestre, qui perdît chaque jour de son importance, prit dans la suite des temps, à cause des légendes de YInfemum, le nom de ^V, Maria de inftrno, au lieu de celui ^antiqua. En souvenir de son histoire on peut cependant souhaiter qu'on complète désormais par l'addition â'antiqua son nom moderne de Sainte-Marie Libératrice; ce titre rappellerait qu'elle est l'ancienne et première libératrice qui a débarrassé le Forum de Vestà et du paganisme.

On est allé fort au delà de ce vœu. Ce qui précède était écrit et la première édition, tant italienne qu'allemande, de cet ouvrage était imprimée, quand dans les années 1902 et suivantes, des fouilles considérables ont mis au jour les restes magnifiques de S. Maria antiqûa. Jusqu'à la dernière heure, l'opinion de l'auteur de ce livre sur l'emplacement de l'église a été vivement discutée. Les fouilles au Forum de l'ingénieur Boni, en dégageant l'église quî a précédé Sainte-Marie Libératrice, ont apporté trop de preuves de son identité avec S, Maria antiqua pour laisser place au moindre doute. Il n'y a rien à modifier à l'exposé ci-dessus, ni dans les faits, ni dans les induftions. Ce n'est que dans le prochain volume, à l'article de Jean VH, à qui surtout l'église est redevable de sa décoration, que nous parlerons de ces fouilles surprenantes. Il suffira de remarquer que l'élise

cf. Lanciani, L' ittnerario, p. 498 et Notisiit, qm supra, p. 445.

' Voir la liste dans Duchesne, lÂberpontif., Léo III, t. Il, p. 42, S 74.

' La découverte de 1702 est décrite par Francesco ^'alesio (Cancellieri, Storia dei fiossesii lUi Somini Pontefici, 1802, p. 370). Cf, Leone Nardoni dans le BulUtt. arek. crist. de de Rossi, 1S68, p. 16, et dans les Sludi e documenti, 1881, p. 17a Sur les fresques le pape Pau! I" (757-767) était représenté avec un nimbe quadrangulaire, preuve qu'il était encore vivant. Sur les fouilles de iSSj, cf.

Lanciani, L'itinerario, p. 49E.

3 Le transfert du nom et de la diaconie est clairement indiqué dans le Liàer pontificalis, t II, p. I4S, Benedia. III (855- 858), § 568 : (hic) fecit in basilica bealae

Diigtiùiricis^ qui vocatiir anfiçua, quant a fundamenlis Léo papa (IV) viam iuxia sacrant (donc à l'emplacement de sanlJa Maria nova) consiruxerai, -vêla, etc.; § 569 : in basilica beatae Deigeniiricis, guae oliiit 'iqua vocabatur, nunc au/cm (depuis la

translation) j

cra, fecit.

. Ibid. t. II, p. 158, Nicol. t (858-867), § 592 r ecclesiam Deigenitricis semperque virgixis Mariât, qiiae primitus antiqua (au moment de la translation) nunc autem nova voeaiur (parce que le premier nom ne pouvait s'acclimater), quam domnus Léo IV Papa a fimdamentis construxerat... fecit, etc. Cf. mes explications de 1895 dans les Dissertazioni dell' Accad. poittif. di archcol.

série If, t. VI, p. 362; et de 1896 dans la Civiltà caltolica, 1896, t. II, p. 458 et suiv.

a été établie dans la bibliothèque du temple d'Auguste, située, comme on l'a récemment prouvé, en ce même lieu, derrière le temple de Vesta '.

169. Il règne aussi quelque obscurité sur les commencements d'une autre église, dédiée de très bonne heure à la Sainte Viei^e sur le Capitole : celle que le haut moyen-âge appelait S. Maria in Capitolio. Depuis le XII^ siècle environ, elle a été remplacée par S. Maria in ara coeli qui domine de haut le Forum.

Ce nom d!ara coeli conserve aujourd'hui encore, dans un des autels, le souvenir de la légende profonde et gracieuse de la prédiflion faite à Auguste en ce lieu d'un enfant né d'une vierge, destiné à gouverner le monde'.

Ce que l'on connaît moins peut-être que le fond de la légende, c'est qu'elle apparaît dès le VI= siècle, et que dès le VIII^ on constate en ce lieu remarquable l'existence d'une église de Marie. Le texte de la plus ancienne chronique qui contienne le récit et sur laquelle l'attention n'a été attirée que tout récemment, dit : « César Auguste, dans la 56^ année de son gouvernement, au mois d'octobre que les Athéniens (ou plutôt les Macédoniens) appellent Hyperberetaeus, se rendît au Capitole, qui est au milieu de la ville. Il voulait consulter les augures pour savoir qui après sa mort porterait le sceptre impérial. La pythonisse lui répondit : « Par le commandement de Dieu un enfant juif des- € cendra du ciel des bienheureux et prendra sa demeure dans ce bâtiment. Il est « né sans tâche et est l'ennemi de nos autels. » Alors César Auguste quitta le lieu de l'oracle et établit sur le Capitole en un point élevé un grand autel et il y mit en langue latine cette inscription : Haec ara filii Dti esi. Et aujourd'hui encore après tant d'années subsiste le bâtiment et la basilique de Sainte Marie toujours Vierge, comme nous l'apprend le chronographe Timothée. » Cette chronique anonyme emprunte son récit à celle de Malalas, terminée vers l'année $74, la neuvième de l'empereur d'Orient Justin. La source qu'elle cite, l'historien byzantin Timothée, écrivait un peu auparavant, à une époque qui n'est pas connue avec précision; mais le passage que nous avons cité, relatif à l'église, est une addition du VIII* siècles.

Les commencements de l'église de la Vierge au Capitole devront donc être reportés à une date assez peu éloignée de celle de la fondation de S. Maria antiqua. Sur le promontoire qu'occupa l'église, s'élevait aux temps païens près de X'arx capitolina un temple de Junon. Et l'on est fondé à penser que là aussi le sanfluaire chrétien vint faire face à un sanfluaire païen, et que la Vierge

■ Cf. Hiilsen, Das rom. Forum, n. XXIX, avec plan. La situation et la décoration de l'église en font remonter le premier établissement au IV siècle ou tout au plus au V, à une époque où le lieu ne servant plus de bibliothèque pouvait être donné à l'Eglise par l'État chrétien. La légende voile encore de ses ombres les commencements propres du sanctuaire. L'édifice à trois nefs possède wtitscholn can/orum, deux salles annexes et une atœide postérieure, enfin un vaste portique. D'antiques peintures ornent le temple ; quelquesunes sont pnrmi les plus anciennes et les plus s dans les

églises de Rome et même du monde chrétien* ' La légende est racontée par les Afiratilia (éd. Parthey, p. 33; éd. Jordan, p. 6oy) ; De visione Oclaviani imperatoris et rtspotmoHt SibiUe.

^ Mon. Ceriii. hisl., Chronica minora, éA.

Momm9en,t. III, p. 42S, Le rédafleur latin n'a pas écrit l'addition avant 740. Sur ce texte, cf. de Rossi : Le origini délia ckieia delP Aratoeli (Bullett. arch. crisi. 1894, p. 85 et sv.), qui se trompeenplaçant l'addition également au VI° siècle. Sut le chronographe Timothée, source de Malalas, cf. Krumbacher, GesckichU dtr byzantiniuhen Litteratur, ;° éd., p, 321, 327.

vint combattre Junon, 1^ légende de l'érection par Auguste d'une ara coeli chrétienne semble se rattacher à une inscription antique mal interprêtée. En 11196 on a trouvé l 'épi taphe d'une prêtresse de Junon qualifiée dea virgo coelestis, dont X'ara coeli est peut-être un écho. L'existence sur ce point d'un établissement de moines grecs au VIII^ siècle pourrait se déduire d'un fragment d'inscription récemment retrouvé au Capitolc avec le mot hegumenos. Il s'y trouva plus tard, dans le haut moyen âge, un couvent de bénédiftins dont l'église s'appela d'abord Sancta Maria in Capitolio puis iit ara coeli^.

\^o. Avant de quitter les environs du Forum, il nous faut jeter un coup d'ceil sur la prison Mamertîne, non loin de \'ara coeli et tout près de l'arc de Sévère. Quelles données sûres nous peut fournir l'histoire sur cet oratoire, aujourd'hui si célèbre, de S. l'îcrre?

I-a prison même est un des monuments qui remontent à la plus haute antiquité de la ville. Ce n'était pas primitivement une prison, mais une fontaine, appelée Tullianum. Tous les archéologues sont d'accord sur ce point. Au pied du Capitule coulait dans ta plus haute antiquité la source aujourd'hui encore conservée dans le monument. Des canaux encore visibles la mirent dès une époque ancienne en relation avec la Cloeua maxima. Tandis que dans la Rome antique le temple de Vesta rappelait la conservation publique du feu à l'usage des premiers habitants de la cité, le Tullianum était un souvenir de l'époque primitive pendant laquelle il servait à les pourvoir de l'eau nécessaire. Le feu et l'eau, les deux éléments indispensables, étaient honorés par des monuments sur le Forum.

Le réservoir du Tullianum est en partie creusé dans le tuf et il était d'abord recouvert d'une voûte en pierres colossales. La forme et la disposition répondent tout à fait à la source antique des ruines de Tusculum (fig. 58)=.

Coupe de la prison Mamertine.

' De Rossi, ibid.; Casimiro, Memorie tforiche délia chiesa S. Maria in Araceli (Roma, i736)> P- I et suiv. Sur l'inscription et la légende, cf. Gatli, Disstrl. dtlla pontij. accad. i-oin. di arckeologia, série II, t. VI {Roma, 1896), p. 331, 340 qui rapproche déjà le coelestis du nom postérieur de l'église. Mais le texte ci-dessus : Hatc ara filii dti es! ic rapporte encore à une autre inscription. J'ai cru pouvoir expliquer le filii dei par une fausse

interprétation de deus fidius (stuto saticus). Même recueil, ih'd. p. 362. Hiilsen de son côté suppiose une inscription du temple voisin de la Foi -.fiiUi Aug. sacr. qui aurait été interprétée /'/«> da Augvs/us sacra-vit. (Jiilder aus dtr Gesckickle des KapUoh, Rom, 1S99, p. 30).

' La fig. est empruntée ii Canina, Edifici di Roma antica, t. Il, pi. 133. Cf. Reber, dit Ruitten Roms, p. 109. Le re^angle du haut

208 LIVRE I. en. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N" 17O.

Assez longtemps avant la période impénale des construftîons annexes transformèrent le lieu en une très forte prison d'État; c'est alors que la chambre où est la source reçut sa couverture voûtée afluelle, percée d'une unique ouverture dans le milieu. Cette ouverture servait à descendre les prisonniers destinés à mourir de faim. C'est là par exemple que périrent Jugurtha et les complices de Catilina. A l'extérieur de la prison on peut encore lire l'inscription en capitales antiques au nom des consuls Vibius Rufinus et Cocceius Nerva, qui se rapporte à une restauration du bâtiment (fig. 59). On pouvait autrefois la voir de la rue, comme toute la façade, tandis qu'aujourd'hui elle est cachée '.

C'est dans l'obscur caveau voûté du fond que l'on veut que les apôtres Pierre et Paul aient langui des mois avant leur martyre; ils y auraient converti deux geôliers, Processus et Martinîanus, et quarante-sept compagnons de détention.

VIBIVS-CFRVFINVSV-COCCEIVS-NERVA-COSEX-SC

;. 59. L« prison Mamertîne, face antrefois visible.

La source qui nous garde le récit n'est que trop suspefle. 11 se trouve d'abord dans la Passtû sancti Pétri, apocryphe qui se donne pour auteur le pape Lin; puis dans les a£les des martyrs Processus, Martinianus et leurs compagnons.

Atoire du Ctu>:ifix, sur lequel se

trouve la chapelle de S. Ciuseppe dei Falegnami. ^ Sur le TuUiaiium, cf. Lanciani, Aci/iie e acquedotli, p. 33 ei suiv.; Ancient Remt(\a<i), p. 75; Jordan, Topographie, 1. 1, p. 453 et s.; t. II, p. 480; Richler, Topographie, z' éd. , p. 80 et s. ; Bulletlino delT Institulo^ i^JÇ. p- 30. Dans le latin primitif on appelait Tutti ou iuttii les sources jaillissantes {tulliaquariim proieHus, Suétone, Fragni-^ n. 157, éd. KeitTerscheid, p. 244); ei c'est de lu qu'on dériva le nom de tullianum. \'oir les études de reprodudlion et de reconstitution de l'antique bâtiment dans Parker et Gorî, Ilcarcere mamerlino e il raboie iulliaiw, disseriaxiont lelta netla pontificia accad. délia Concezione, /j luglio iS6S(lliionirroti. 1868, p. 153 et suiv.); Parker, Archa-ology af Rouie,

Obelisks. sup. to vol. I, su p. plate XVI II, X I X. Cf. les photographies 721, 1790 et 1152 de Parker, celle-ci avec l'ancien système de canaux; Middieton, Remains, t. 1 (189»), p. 153; le même au t. X de VEncyclopadia brilannica (18H6), p. 814, à l'article Rome, Topography; Petersen, Vom atten Rom (1898], P- 13.

' Nibby, Roma a/t/lca, 1. 1, p. 515 et suiv.; Plalner, Beschreibung Roms, t. NI, pari, i, p. 259 et suiv.; Cancellierî, Noiiziedtl carcere tiilliaiw (Romn, 17S8; ou Roma, 1855, réédition dont Je me suis servi). Ces trots auteurs, comme Fea, Adami, Brocchi, que l'on cite habituellement, sont naturellement dépassés par les recherches alléguées dans la note pré' cédenie. Voir l'inscription au Corpus, t. VI, n. 1539,

No 17a]

Encore, dans le pseudo-Lînus, le passage en question est une interpolation postérieure, et la critique est unanime à déclarer que les actes des martyrs susnommés, où le récit se présente avec les plus grands détails, sont déformés par des additions inexactes ou peu dignes de foi. Dans ces ailes comme dans tant d'autres, la légende comme une liane grimpante a étendu l'épaisseur de ses ramifications sur le tronc peu connu de la réalité historique. Les a£les ne se donnent par malheur aucune peine pour nous expliquer comment une pièce qui a moins de trois mètres sur six a pu donner place aux deux apôtres et aux quarante-neuf convertis. Ce sont ces légendes qui attribuent à Pierre le miracle d'avoir fait jaillir du rocher l'antique source pour baptiser les convertis! De tels détails ne permettent pas de faire remonter la composition de la légende au delà du VI^ siècle, et ce n'est guère à Rome qu'elle a pu prendre naissance.

Quelque incontestable que soient l'existence des martyrs Processus et Martinianus et l'ancienneté 'de leur culte, l'historien doit laisser de côté les prétendus rapports de S. Pierre avec eux et avec cette prison '.

En 368 le lieu devait encore servir de prison publique, puisqu'Ammien raconte que Doryphorianus y fut condamné et il est remarquable qu'il se serve encore du terme classique de carcer tullianus. Si c'eût été la prison de S, Pierre, les empereurs chrétiens n'eussent pas manqué d'en faire un oratoire. II y a mieux : au V^ siècle la prison est encore désignée avec l'ancien nom de custodia tulliana et comme continuant de servir à cet usage profane; ce renseignement se trouve dans des afles de cette époque, ceux des saints Chrysanthe et Darie, qui font aussi allusion aux antiques canaux qui communiquaient avec la prison. Mais plus tard les aftcs de S. Calepodius, ceux de S. Sixte et de S. Etienne emploient comme le pseudo-Linus le nom de custodia Mamertini ou privata Mamertini. On ignore l'origine de ce nom ",

' Marlyrium beati Pétri apostoli a Idno episcopo conscriptum, c. 5, éd. Lîpsius (Acta Peiri, 1891), p. 6 : in kac vieina Mamertini eustodia, etc. Cf. sur l'interpolation de ce ch. s,Lipsius,fc4/rf., p.XVl kI Die i^hyphett Apostelgtschiehlen, t. II,paft.i (1887), p.iio- — Ad\es des ss. Processus, tic., Aeta sanct.

Mland., t. I de juillet, 3 juillet, p. 300; sur leur âge, cf. Cancellieri, p. 69 et suiv. La congrégation établie par Benoît XIV pour la réforme du bréviaire, dit : Acta non esse aitlheniica probat Tillemaitiiui (Batitfol, ffist. du bréviaire romain, 2' éd., p. 309).

Cf. Marocchi, Le tnetHorie dà santi apostoli Pieiro e Paolo a Roma, p. 113! Armellini, Chiese ai Roma, ï" éd., p. 539. ^ Sur le culte des martyrs Processus et Martinianus, cf. Liber Praedtstinatus, c. 86 (MiRne, P. L., t. LUI, col. 616). Les tombeaux des martyrs, lieu de fréquents pèlerinages, se trouvaient sur la voie aurélienne à un demi mille de Rome, et étaient signalés par une basilique.

Cf. de Rossi, SuUe/t. arch. crist, i88t, p. 104; Liber pont., t. I, p. 419, Gregor. III, g 199; Ammien Marcellin, I. XXVUI, c. 1 : Vorypherianum pronuntiatum capitis reum tru-

j sumque carcere lutliaiw; Afles des saints I Chrysanthe et Darie, Acta sanct. èoll., t XI I d'octob., 25 o£\ob., p. 482 : iv t^ -coC TouXiavoû I ^uXxx^ ... Ta xavJXia cxëXâEv Si^p^i^avro. Sur I ces aftes, cf. Allard, Persécutions, t. III, I p. 46 et suiv, Duchesne, Le Forum chrétien, \ p. 35 et suiv., incline à croire que des mar- I tyrs ont pu y subir la prison. A la suite des I dits actes, les Mirabilia urbis (éd. Jordan, ! p. 480) citent les privata Mamertini sub Ca- I pitolio parmi les loca guae inveniuntur in

passionibus sanflorutn.

' C'est une question de savoir si la Via . Mamurtini (alias Mamertini, Mamurtina, I Mamertina) du Liber pontificalis (t. I, p, 2i8, j Anastasius, % s6), se rapporte ici et doive

être identifiée avec le Ciivus argentarius ou

s'il faut la chercher dans un autre quartier de I la ville. S. Calepodius, au t. II de mai des I Acta saiictorum, 10 mai, p. 500; S. Sixte, { au t. II d'août, 6 août, p. 140; S. Etienne,

au t. I d'août, z août, p. 141. Les a^es de I S. Etienne (ibid., p. 140) disent simplement I privata custodia; privata pour une prison est ' du latin du haut moyen âge. Les Mirabilia I appellent deux fois la prison mamertine /n-

Hist. de Rome. -

Mais tous ces aftes ne contiennent pas la moindre allusion à la tradition concernant S. Pierre; elle est propre au pseudo-Linus et aux aftes des saints Processus et Martinianus.

Cependant dans un passage assez tardif du Liber pmtificalis relatif à Grégoire III (731-741)', où il est question d'une église des Saints-Seiçe et Bacchus ad àeatum Pelntm, on a voulu voir une mention de l'oratoire de S. Pierre à la prison mamertinc. Mais il s'agit ici non pas de l'église des deux martyrs prés de la prison, mais bien plutôt de la région du Vatican où ils avaient près de l'église de Saint-Pierre un sanftuaire qu'Alfarano marque sur son plan de cette basilique». Un passage de l'itinéraire d'Einsiedeln que l'on a allégué, n'est pas plus probant, bien que les termes en prêtent à la confusion. Il nomme au VIII^ siècle une « source de S, Pierre, où est sa prison ». Mais comme l'ont fort bien vu Bianchïni et Cancellieri, cette donnée ne se rapporte pas à notre région du Forum, mais à un autre quartier de Rome au delà du Tibre et à une antique opinion dont 11 ne reste pas mémoire! Bref, même après l'apparition des a6les des saints Processus et Martinianus, un silence absolu se poursuit pendant tout le moyen âge sur ce lieu célèbre que le souvenir de saint Pierre aurait dû cependant rendre sî cher aux Romains et sî fréquenté par les pèlerins. Ce n'est que dans Maffeo Vegio (1406-1457) que le savant Cancellieri a trouvé la plus ancienne mention d'un oratoire de Saint-Pierre et d'un culte dans cette prison. On peut ajouter qu'au XIV« siècle déjà le Statut de Rome signale en cet endroit carcer sanctorum Pelri et Paulin

On se demande si ce long silence n'est que l'effet du hasard et l'on désire plus de lumière sur l'histoire de ce lieu mémorable. Le visiteur contemplera toujours avec un saisissement involontaire les sombres murailles de cette étroite chambre de torture et chez l'homme sans préventions l'obscurité ne détruit pas les grandes impressions.

Quatre foyers des souvenirs chrétiens au Forum se dissimulent à peu près de la même façon dans le crépuscule de la l^ende : le petit sanfïuaire de

vata MamtrUni (p. 13 et p. 30), sans parler d'un oratoire <ie S. Pierre en cet endroit.

' Gregor III, % 201 (t. 1, p. 420); cf. la note de Duchesne, p. 434.

' lôiti., p. 192, lettre i du plan, désignation approximative.

' Lanciani,Z'i/tn^/-itri0, p. 441,480. L'itinéraire place ce fons tanût Pétri ubi ett carcer eius à droite du commencement de la route qui va de la Porte aurélienne au pont Émitien. Cancellieri, p. 80, 134; avec Franc. Biancbini, Anatasii biblioth. De vitis pontif. Uuchesne, Z^ Forum chrétien, p. 25 et 5uiv., et Dufourcq, p. 425 et s., supposent une erreur dans l'itinéraire d'Einsiedeln, qui n'aurait pas transcrit à leur place les passages cités. Comme erreurs du même genre, ils allèguent entre autres ce qu'il dit de S. Maria antiqua. Mais les fouilles ont au contraire fait éclater son exa^itude sur ce point.

•Maphaeus Vegius,Z'«iiMi7«i;a Vaticaita,3.a i.VI;part.,i,dejmn des Acta SanUorum, p. 62

(1. 1, c. 6, g 44) : e regionâ aediculae bcali Pelri in carceriùus, sut arce Capitolii; Cancellieri, p. 135; Statuto di Roma dtl sec. XIV, 1. II, c. 86, S 3, éd. Camillo Rc (Bibliot. delt'Acead,storico-giuridica,-v(A. I, i88o), p. 120. Marrucchi, fU(iAu/fti,et Armellinii^mijH^ri', ne parlent naturellement pas du miracle de la source, sur lequel Cancellieri insiste, et encore moins de la tradition relativement moderne, reprise par Cancellieri, sur l'impression du visage de S. Pierre dans la pièce qui est au dessus de la prison. Lipsius {ApokryPhi Apostelgeschickten, t. II, part. 1, p. 416) dit avec raison que si l'eau ne coule plus sur terre, cela s'explique simplement parce qu'elle a un écoulement souterrain. Mais il a tort d'ajouter malignement que les fidèles regardent encore le fait comme un miracle. Je me suis déjà exprimé sur les traditions relatives à S. Pierre, dans la Zeitschr. fur tatkolisckt rA«/o^« d'innsbruck, t. XX (1896), p. 102

S. Pierre devant le temple.de Rome, les deux ^lises de l'Ara Coeli et de S. Maria antiqua, enfin la prison mamertine. La légende, qui recouvre partout la vérité de ses v^étations, est la poésie des ruines ; dans les ruines du Forum elle a poussé plus vivace et plus abondante que dans d'autres parties de la cité.

171. Avant de quitter le Forum si nous nous retournons pour jeter un coup d'œil sur le chemin parcouru, notre œil s'arrêtera avec complaisance sur la statue équestre de Constantin le Grand. Ce monument du premier empereur chrétien, dont nous n'avons pas encore parlé, et qu'ont négligé les écrivains, se trouvait sur un haut piédestal presque au milieu du reftangle du Forum proprement dit, près du lacus Curtius et de la base d'une ancienne statue équestre de Domitien. L'itinéraire d'EinsiedeIn le nomme en termes exprès et l'appelle : Cavallus Constantini ; il nous en a aussi conservé l'inscription dédîcatoire à Constantin le Grand '.

Le prince tenait sans doute en main le labarum chrétien, cette enseigne avec laquelle, après la défaite de Maxence, ses troupes étaient entrées à Rome pour proclamer le nouvel ordre de choses, l'avènement de la liberté de l'Église. Comme cet insigne viftorieux, c'est le nom que lui donne Constantin, était bien à sa place au milieu de ces temples et de ces palais magnîBques, déjà condamnés à l'abandon, déjà frappés des premières atteintes de la ruine, et au milieu aussi du culte chrétien en train de prendre son essor! Le labarum que l'empereur tient ici dans sa main, nous le retrouvons sur maint autre monument : sur la hampe munie d'un court étendard transversal brille le monogramme du Christ entouré de la couronne symbolique. La couronne proclame le triomphe sur les ennemis de Dieu et de l'Église. Et le Forum environnant répond par la déchéance de sa magnificence païenne, toute pénétrée du culte idolâtre : " Dans ce signe tu vaincras"".

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