‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 73 sur 165 · C. — Du FqRUM au MAUSOLÉE D'HaDRIEN (CHATEAU SAINT-AnGE · texte numérisé non relu

C. — Du FqRUM au MAUSOLÉE D'HaDRIEN (CHATEAU SAINT-AnGE

172. Le Clivus argentarius du Capitole était la principale voie de communication entre le Forum romanum et le Nord de la ville; c'est aujourd'hui la Saiita di Marforio; au moyen âge on donnait à ce chemin assez ratde le nom à'Asc£sa Protki. Sous le pavé a6luel, on voit à une faible profondeur le pavé antique de la rue qui jusqu'à l'établissement par Sixte V de la via Bonella fut la la seule issue à l'angle nord du Forum ; le nom de Clivus argentarius venait de la Basilica argentaria qui s'y trouvait jadis.

En montant on avait à gauche la hauteur du Capitole que l'on contournait sous le sani^uaire chrétien de \Ara coeli et sous l'antique forteresse {Arx capitolina) avec le temple de Junon Céleste; à droite la vue s'étendait sur les forums impériaux : le Forum Iulium ou Caesaris, qui entourait la curie du sénat, avec le temple de Vénus Genilrix, première mère de la gens Iulia;

' Lanciani, Vitinerario, p. 452. Le Corpus inscr. lot., t. VI, n. 1141, doDne d'après l'EinsiedL n. 33 l'inscription de 334; elle est reproduite et commentée dans de Rossi, Jnscript. christ, urbis Romae, t. II, part. 1,

p. I. On a retrouvé en 1873 les restes du piédestaL

' Sur le labarum, voir l'article de Stevenson dans U Reaiencyklopddie Her christl. Atlertkiimer de Kraus, t. I, p. 259.

212 LIVRE I. CH. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N» l?$.

le Forum d'Auguste fermé au fond par le temple de Mars u/tor (près de l'Arco dei Pantani); enfin le Forum de Trajan, le plus beau de tous les forums de la ville.

173. Au bout du Clivus argentaritis on atteignait la grande plaine qui s'étendait au nord du Capitole près de l'arc de Domitien, que l'on nommait au moyen âge Arcus maniis cameae : il se trouvait à peu près au début de la Vta Flaminia, cette longue voie en ligne droite {Corso), qui quitte la vîUe à la porta Flaminia {porta del Popolo). L'arc de Domitien était le premier de ceux qui ornaient cette longue rue dans son parcours urbain.

Au lieu de suivre au Nord la Via Flaminia, nous tournons à gauche, c'està-dire à l'ouest, pour nous rendre à Saint-Pierre. Le chemin nous conduit dans la neuvième région, au Cirque de Flaminius, puis au théâtre de Pompée, enBn, par derrière les construftions voisines du pape Damase, au chemin des portiques qui va au pont élien ou Saint-Ange.

Pour atteindre le cirque Flaminius, nous passons par le Vicus Pallacinae, où se trouvaient les Balnea Pallacinae, dont parle Cicéron, et qui furent le théâtre de l'assassinat de Sextus Roscius Amerinus; c'est aujourd'hui la Via di San Marco et sa continuation la Via délie Botteghe escure. C'est dans le Vicus Pallacinae que fut érigé le titre de Saint-Marc, dont l'existence auprès des susdits bains est constatée dès le temps de Constantin. On a cru reconnaître dans la crypte des restes de cette première construction, mais un examen plus attentif montre que cette opinion n'est pas soutenable. On ne possède des commencements de l'égiise que i'épîtaphe d'un lefteur qui appartenait sans doute à son clergé : leéîor de Pallacinis '.

C'est au Cirque de Flaminius qui s'étendait sur la gauche que remonte le nom de Via délie Botteghe oscure : la rue en traversait les galeries latérales que l'on nomma dans le moyen âge les boutiques obscures, à l'époque où le cirque était le quartier principal des possesseurs de fours à chaux qui préparaient la destruflion des œuvres de marbre =.

L'immense cirque Flaminius, jadis à l'usage exclusif des plébéiens, ne continua guère, après la chute de l'Empire, à offrir le plaisir de ses jeux bruyants et passionnants. Et quels hôtes, à l'époque de notre pèlerinage, en auraient pu remplir les innombrables places?

Il ne manquait pas à l'époque païenne de constructions magnifiques, civiles ou religieuses, dans cette plaine, au sud du champ de Mars, où le luxe des anciens aimait à s'étaler. Nous en avons pour premiers garants les noms que note l'itinéraire d'Eînsiedeln à droite du chemin. Ce sont tout d'abord trois monuments, sis à quelque distance, mais qui vraisemblablement, sur le plan qu'il transcrivait, se trouvaient marqués plus près du chemin : les Thertnne Commodianae, nom sous lequel il veut désigner les thermes d' Agrippa, qui ont dû être restaurés par Commode et en conserver le nom ; puis la Rolunda, ou Pan-

'C\céron,ProRoscio,'V\\,\i(balneaPallaci- I ranea confessione di San Marco {Disstrt. d.

nae)j- Liâer fionti/.,édMotBrosca{iSi^),p.yi; éd. Duchesne, t. I, p. 202, 507; t. II, p. 145, '53 {Pallacinae, per/icus Pallacinae). Benoît le chanoine connait encore ce nom; cf. Lanciani, Vitinerario di Eimiedeln, p. 1 17. Sur l'église de Saint- Marc, cf. Bartolini, La sotter-

pontif. aecad. rom. di archeologia, 1844), qui nomme à tort consianiinienne la confession afluelle, L'ëpitaphe du lefleur se trouve dans deKossi, au t. \,-ç&2,n.iyi A.e.% Inscripl. christ. ' Lanciani, Storia degli scavi di Roma, t. I (1902), p. 28.

théon (fig. 6o' ) qui touchait au Nord les thermes d'Agrîppa, et qui bientôt se réfugiera dans les bras de l'Église pour être conservé par elle avec soin comme temple chrétien, au milieu de la décadence incessante des autres monuments; enfin le stade de Domitien {piasza Navond), auquel le pèlerin d'Einsicdeln ou son copiste donne à tort le nom de Cirais Flaminius^.

On atteint cependant, mais à gauche, un point que l'itinéraire appelle Cypressus; c'est dans la topographie de la ville un terme nouveau et demeuré inexpliqué. Est-ce un bâtiment inconnu P une région .' un arbre remarquable

par son âge ou par sa grandeur, entre les portiques de rompéc* Nous voici maintenant à ces deux portiques fameux, qu'entouraient vraisemblablement des espaces embragés. Il devait s'y trouver de grands platanes auxquels a emprunté son nom un hôpital, Xencdûchium in Platana, construit au VIII* siècle par Etienne lia.

174. Aussitôt après le cyprès, l'itinéraire indique à gauche le Theatrum Pompei, dont faisaient partie les deux portiques susnommés, qui en formaient la continuation orientale. On reconnaît encore dans les ruines la rotonde du théâtre, et l'on peut aussi déterminer en Fig. 6a Le Panthéon. Plan. partie, par ce qui en

reste, les deux portiques. Les récents travaux de construction et de voirie exécutés en cet endroit ont fait retrouver à diverses reprises leurs rangées de colonnes granitiques et des bases renversées, ainsi que des escaliers qui conduisaient à ces magnifiques

' Lanciani, Forma uriis Romae, mon- I " Lanciani, ZV/jn^^ano, p. 451.

tre le lien entre le Panthéon et les bâti- ^/Wrf.,p. 450; Liber fontif.,\.. I, p. 440,

menls découverts pat derrière, ainsi que Stephanus II (752-757), § 228 ; a novo /un-

l'escalier du portique et le vestibule. Cf. dasse dinoscifur et xtnodochium in Plaiima.

fig. 34. ] Cf n. s de Duchesne.

portiques. Un fr^^ent du plan en marbre de Septîme Sévère nous montre

une partie du théâtre (fig, 61)'. On peut reconstituer avec sûreté le dessin du

bâtiment entier, tel qu'on l'admirait au V^ siècle*.

Le pèlerin d'EinsiedeIn nous a conservé dans sa coUeftion épigraphiquc

une intéressante inscription qu'il a dû copier sur le lieu même dans ce dessein. Elle nous apprend que les empereurs chrétiens Arcadius et Honorius ont restauré le théâtre et ses annexes fortement endommagés et travaillé ainsi à leur conservation 3.

A son tour le roi des Goths Théodoric s'efforça de protéger ce grand monument du théâtre de Pompée contre la dent du temps et contre la n^ligence des hommes. En son nom, son conseiller Cassiodore donna au patrice Symmaque les instructions nécessaires. La lettre exalte en termes extraordinaires la beauté du théâtre et l'écrivain pense que ce pourrait bien être à cette construflion que Pompée doit son nom de Grand. En bon chrétien qu'il est, il ne peut étouffer une plainte sur ce que, dans les derniers temps de l'Empire, les théâtres sont devenus de véritables foyers de corruption morale.

Mais la vue des outrages subis par le monument arrache à son enthousiasme ces plaintes douloureuses : " Que ne détruis-tu pas, ô temps, qui as ébranlé la force de ces murailles? On aurait cru les montagnes plus aisées à rompre que ce puissant assemblage de pierres! "*.

Le théâtre avait été à Rome le premier qui- fût construit en pierres. Avant son établissement

Fig. fit. Le tbiàtre d« Pompée.

Fragment du plan de Rome de Séièrc.

' Jordan, Fortna urbis, pi. IV; cf. Schneider, Dos aîte Rem, pi. V, n. 3.

" Richtcr, Topographie^ 2° éd., pag. 237; Nibby, Roma antica, t. 1 1, p. 609. Cf. Lûbke, Geschichie dcr Arehilekiur, 6° éd. (1884), t, I, fig. 265. Sur les découvertes faites pendant les travaux exécutés à la Via del Monte di

Farina,ztïi.'iAa.Tt:\M.f\,Bullett. archeol. eom,, 1892, p. 146. A Saint-André délia Voile, et à l'ancien hospice de Tata Giovanni, on a encore [«trouvé les portiques de Pompée.

3 Corpus inscr, lai., t. VI, n. 1 191.

' Variar. 1. IV, n. 51 ; Symmacho patrieio; éd. Mommsen, p. 138.

en S S avant J.-C. par Pompée, l'existence permanente dans la ville d'un théâtre était considérée comme une impossibilité et comme un péril pour les mceurs. Mais Pompée eut soin d'établir au haut de son théâtre un temple de Vénus Viâîrix, auquel tenaient lieu de degrés les gradins même du théâtre. Il y ajouta d'autres petits temples comme ceux de la Félicité et de VHonos Virlus. Le caraftère artistico-religieux de la construélîon garantit l'existence durable du théâtre contre les scrupules habituels dont fait encore mention Tacite'.

Par la suite Dîoclétien surtout prit à cœur ce merveilleux monument. C'est aux construftions qu'il y ajouta que se rattachent les deux galeries à colonnes sus-nommées. A l'une il donna le nom de Porticus Jovia en mémoire de son propre surnom de Jovius, à l'autre celui de Porticus Herculea en l'honneur de Maximien Herculeus, son collègue à l'Empire. Tandis qu'au temps de Pline le théâtre émettait 40000 billets, le catalogue de Constantin n'évalue plus qu'à 17580 le nombre des places^. Au moyen âge au flanc sud de la rotonde s'établit l'oratoire encore existant de Sainte-Barbe. Aujourd'hui la Via dei Chiavari avec ses misérables maisons coupe en travers la place jadis enveloppée par les portiques.

Les construftions de Damase que l'on trouve maintenant à gauche de la route, se sont conservées jusqu'à nous en un sens et malgré des transformations, considérables d'ailleurs et sans aucun doute avantageuses. Nous voulons parler du palais de la chancellerie apostolique, ce beau et majestueux produit de la première renaissanca On y a transporté l'ancienne ^lise de Saint-Laurent in Damaso, qui primitivement était établie dans le voisin^e. Il est remarquable qu'une rue conserve encore le souvenir du chemin suivi au moyen âge par les pèlerins à Saint- Pierre; c'est la Via del Pellegrino, la route la plus direfte de Saint-Paul à Saint-Pierre. C'est sur cette voie que Damase éleva l'église susdite de Saint- Laurent, aux deux côtés de laquelle s'étendaient les portiques dont nous avons déjà parlé ailleurs, destinés au dépôt des archives de l'église romaine. Nous avons vu dans l'inscription du pape Damase que c'est bien à lui que l'on en doit la constru6lion ; d'autres inscriptions conservaient encore son nom en ce lieu 3.

Le même pape contribua plus que personne à la conservation des souvenirs monumentaux de l'ancienne Rome chrétienne ; ses soins portèrent surtout sur les catacombes; de nombreux textes épigraphiques, la plupart en vers, vinrent en conserver les traditions et en augmenter la décoration 4.

175. Dans sa personne et dans ses œuvres, Damase offre un mélange de l'ancien et du nouveau ; et sur le terrain classique qu'occupèrent son église de Saint-Laurent et ses archives, nous retrouvons la même union toute particulière de l'élément antique et de l'élément chrétien. C'est là que se trouvaient les demeures des quatre faflions du cirque : les blancs, les verts, les bleus et les rou-

' "HW/hy, Roma antica, i. M, ^ ^Zo : çuesta ' le même auteur détermine la place 00-

iHKûvaxione fu riguardata Hocevoliisima,c.\c,; I cupée par l'ancienne église qui subsista

Richter, çuo supra/ Tacite, .^««a/«,l. XIV, j jusqu'en i486 {f Itinerario, p. 450). Nous

c. 15, 30. I avons parlé du portique page 166, du titre

' Pour le catalogue, cf. Richter, Topogra- p^:e 156, où nous avons aussi cité les ins-

phie^ a' éd., p. 343. criptions.

'Sur la Via dtl Ptllegrino, cf. Lan- * De Rossi, //«i»ï/W. MnW,, t. II, part, i,

ciani, Anmii delP Insliluto, 1883, p. 19; | p. XXXIV etsuîv.

2l6 LIVRE I. CH. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N<* 175.

ges, et c'est de l'une d'entre elles, du club des verts, que l'église prit son autre nom de Saint-Laurent in Prasina. En 1886, dans les environs de l'église, on trouva, à trois mètres au-dessous du sol, le conduit de plomb qui portait l'eau, suivant l'inscription, au b&timent de la faSlio prasina. Peu de bâtiments, dans la dernière efllorescence de l'Empire, étaient aussi populaires, aussi fréquentés par les oisifs et les hommes de plaisirs que ces demeures et ces écuries des verts ^,

On n'avait rien épargné pour ces fameux bâtiments destinés aux cavaliers et aux chevaux. Dans la cour delà chancellerie, on voyait encore au XVI^ siècle le socle d'une statue avec inscription en l'honneur de Marcus Aurelius Liber, C condufteur de chevaux et chef de la fa£lion verte » ", En mai 1 878, on découvrit près de l'église une base analogue qui avait supporté la statue du jockey africain Crescens. L'inscription disait que ce favori du peuple, l'un des membres de la faction bleue {venetd), n'avait que 22 ans mais avait gagné déjà en prix aux courses 1548.346 sesterces 3. C'est un tableau de mœurs encore plus carafléristique que nous offre la magnifique inscription du jockey Caipurnius, dont en 1877 on a dégagé en partie le monument funéraire, emmuré sous Sixte IV dans les tours de la porte flaminienne. Notre pèlerin d'Einsiedeln, frappé sans doute de l'étrangeté de l'épîtaphe, l'a soigneusement copiée et il remarque que le tombeau se trouvait près de la voie flaminienne. Dans cette inscription on ne calcule pas seulement avec une arithmétique singulière toutes les victoires de Caipurnius, tous les prix qu'il a gagnés, mais on transmet à la postérité les noms des chevaux qui ont aidé l'heureux vainqueur à s'acquérir une renommée universelle. La faftion verte y joue naturellement son rôle*. On a conservé une mosaïque multicolore qui nous fait connaître dans les moindres détails les costumes des quatre faflionss. Nous retrouverons d'ailleurs les verts près du cirque, dans le voisinage immédiat de la basilique de Saint-Pierre.

L'antique Via del PelUgrino se continue dans !a non moins antique Via dei Bancki veccki. Puis par la Via del Banco di Santo Spirito, nous arrivons en droite ligne à l'arc de triomphe des empereurs Gratien, Valentinien et Théodose. Au point de jonélion de la première et de la seconde rue, on a trouvé en avril 1886 l'ancien pavé à s mètres au-dessous du pavé actuel. C'étaient, selon l'usage, de grands carreaux pentagonaux de basalte, bien conservés, sur lesquels à la hauteur d'un mètre, passait la rue du moyen âge ^.

Ces trois rues font déjà partie des Portiais Maximae, de cette série ininterrompue de portiques couverts qui allaient de la basilique de Saint-Paul près la porte d'Ostie à la basilique de Saint-Pierre. Nous savons déjà que l'arc de Gratien en formait la fin, à l'intérieur de la cité. H se trouvait près de l'église

' Les raflions s'appelaleot -.aibala^pratinay \ ^ BulUtt. arch. eom., 1878, p. 164, pi. XII;

ventfa, russaia. Le recueil épigraphique de 1 Lanciani, AncienI Rome, p. 314 et suîr.;

Verdun (cf. mes Analecla romana, t. I, Lovalelli, Â nlichi monumenli (KomA, 1889),

diss- III : Iscrizioni di Roma, p. 138) donne 1 p. 1-29.

un texte où l'église est appelée i'. Laurmlii 1 ' De Rossi, Inscript, christ., t. II, pan. i,

in Damaso, quae alio nomine appellatur in p. 29, n. 58: Corpus, t. VI, n. 10047. Cf- Carlo

prasiao. Cf. de Rossi, Inscript, christ., t. H, , Lud. Visconti, BulUtl. arch. eom., 1877,

part. 1, p. 134. — Sur le conduit de plomb, , p. 201.

ç{. Bull, archeol.com,, i%%f),^.2q2- ^ Reproduite, avec l'explication du vête-

' Domino et agitatori factionis prasinae, ment, dans Lovalelli, Antichi monumtnii.

Corpus, t. VI, n. 10058; cf. de Rossi, Inscript. p. 164.

christ., t. II, part i, p. 135. I ' Lanciani, L'itinerario, p. 4Sa

afluelle de Saint-Celse, à 120 m. environ du cours du Tibre et des murs d'Aurélîen qui le bordaient '.

176. Une porte du mur d'Aurélien nous amène enfin au pont Élîen (Saint-Ange) ". Nous avons en face de nous, sur la rive droite du fleuve, les hautes niasses du mausolée de l'empereur Hadrien, la moles hadriarta (château Saint-Ange).

Depuis la fin de l'Empire, le mausolée sert de forteresse; dès le V« siècle, et selon toute apparence grâce à l'empereur Honorius, on en fit une tête de pont fortifiée chargée de surveiller les approches de la ville du côté de la pleine campagne. L-es modifications que cette adaptation à un usage pratique fit subir au monument furent d'ailleurs de médiocre importance; les travaux postérieurs de fortifications outragèrent bien autrement ce puissant édifice. Dans la grande restauration qu'il entreprît en 403 du mur d'Aurélien, Honorius fit vraisemblablement pourvoir de créneaux le mausolée entre les rangées de statues de la corniche. Les autres travaux se réduisirent à l'établissement de deux fortes murailles, pourvues chacune de trois tours, qui formaient un angle en joignant le château au fleuve. Pour pénétrer sur la rive droite du fleuve et dans le quartier du Vatican, on tombait ainsi au sortir du pont au milieu de ces murailles fortifiées. Une porte de sortie percée dans la muraille gauche, occidentale, donnait accès de cet espace à une galerie conduisant à Saint- Pierre 3,

Avant d'entrer dans le quartier du Vatican, considérons d'un peu plus près le fameux mausolée. L'histoire en est intimement liée à celle de Rome et des papes. C'est à la fois le plus grand tombeau et la plus grande forteresse de la ville.

Le mausolée d'Hadrien (fig. 62)^, monument impérial au plein sens du mot, fut presque entièrement exécuté du vivant de l'empereur, ainsi que le pont qui y attenaît. Il s'élevait dans les jardins de Domitia. Il se composait de deux parties : un vaste soubassement carré, aujourd'hui presque entièrement enterré et dont les saillies servent de fondement aux murailles fortifiées modernes et aux bastions de San Gallo. Au-dessus un édifice cylindrique enserré dans une ceinture de colonnes : c'est le mausolée proprement dit, conservé jus-

■ Ibid., p. 448, 450; cf. l'inscription de l'arc au Corptii, t. VI, n. 1184.

" Sur la porte du mur d'Aurélien, ^\Xk porta S. Pétri, voir ci-dessous § 177.

> Lanciani, L'itituraria, p. 447; Borgatci, Casiel Sanf Angelo (Roma, 1890), p. 28 et suiv. Procope rapporte qu'à son époque (De belle gothico, 1. 1, c. 33), le Mausolée était < depuis longtemps > une têie de pont fortilîëe. Sur la porte du mur méridional se trouvait peut-être dès le VI" s., l'inscription : lanilor ante fores fixit sacraria Pelrut, etc. (de Rossi, Inscripl. christ., t. II, pari. 1, p. 99, r. 7).

' Dessin de F. Mazzanti de Rome d'après ses études archïteéloniques à l'intérieur du bAtiment. II a utilisé la reconstitution de Hûlsen dans les Mittheil. des arckàol. instituts.

1891, p. 13S {Sdmààex, Dos ail* Rom, pi. 13, n. xo). La partie supérieure de la rotonde, sur laquelle ledessiuateur a placé le quadrige, est conservée à l'intérieur de la forteresse actuelle. Les moulures du toit en pente droite, dessinées par Mazzanti, ont été retrouvées par lui dans les chambres environnantes.

L'existence de l'enceinte grillagée, qui a jadis servi de clôture à l'ensemble, est suffisamment avérée par les dernières études; il n'en est pas tout à fait de même des paons de bronze qui surmontent ce grillage, non plus que de quelques motifs de décoration du monument. Le deuxième volume de cet ouvrage contiendra une coupe du mausolée, exécutée aussi par Mazzanti, que la mort vient malheureusement de nous enlever.

No 176.] X. DU LATRAN AU VATICAN. 219

qu'aujourd'hui à une hauteur considérable. L'entrée pourvue d'une porte de bronze se trouvait dans la partie basse juste en face du pont. Les murs de ce soubassement ont 104 m. de long; Procope nous dit qu'ils étaient revêtus d'un marbre de Paros'. La rotonde, dans laquelle on montait par un escalier tournant, avait à elle seule une hauteur de 73 m. Le toit en pointe qui la recouvrait était revêtu de lames métalliques, et le faîte en était couronné par la statue d'Hadrien ».

La muraille du soubassement était ornée sur sa face extérieure des épitaphes des empereurs et membres des familles impériales dont le mausolée renfermait les restes : c'étaient, outre Hadrien et Sabine, presque tous les empereurs jusqu'à Septime Sévère et ses fils. Les épitaphes d'Hadrien et de Sabine se trouvaient juste au-dessus de l'entrée. Le codex EinsiedUnsis en a recueilli un certain nombres.

Plus que ces inscriptions historiques, les pilastres, reliefs et corniches faisaient une parure à la muraille qu'elles revêtaient. Les riches corniches de la construction inférieure subsistaient en partie au X VI^ siècle. Les anciens dessins et les résultats de fouilles récentes permettent d'en apprécier la beauté. Dans la partie inférieure comme dans la partie supérieure du monument, la frise de la corniche se composait de festons pleins de goût, entremêlés de bucranes (les têtes de bœufs habituelles,commc insignes du sacrifice). Entre les pilastres, tout autour du monument, se dressaient des statues exquises ; au-dessus de l'entrée, se trouvait le portrait même d'Hadrien en marbre; on l'y a retrouvé et il est afluellement conservé au Musée du Vatican!

Au moyen âge encore, les Mirabilia Romae s'étendent sur les détails de ce beau monument, en lui donnant le nom erroné de Templum Hadriani. Ce qu'ils disent de la clôture grillagée de bronze, qui aurait entouré tout le monument, est en somme confirmé par les dernières fouilles. Ce grillage aurait été orné de paons de bronze, "dont deux ont été transportés sur le cantharus du parvis de S. Pierre. " Il semble bien que ces deux paons, transplantés jadis sur la fontaine qui se trouvait au milieu de l'atrium de la basilique Vaticane, aient été conservés jusqu'aujourd'hui ; ce pourraient être les deux chefs-d'œuvre de la fonderie antique, qui se trouvent afluellement au Vatican dans la cour de la Pîgna, près de la colossale pomme de pin en bronze, qui, après avoir appartenu

(cf. Boi^atti, p. 94) et de Sansovîno dans la colle^ion d'esquisses de la galerie des Uffizi à Florence, n. 433a Sur les paons de S. Pierre, voir me» Analella, p. 474 et siiiv., 563.

3 Corpus inscr. lai., t. VI, n. 984 et suiv. ; De Rossi, Inicr. christ, t. II, part. I, p. 29,

' De bello gothico, ^. I, c, iz : Ix Xi'Oou

' Les reconstitutions tentées jusqu'ici sont délègue uses, parti culièrement celledeCanina, si souvent reproduite.Cf.Ricliter,7<)^:ïÇK*^AiV, 3'ià.,^.2yq;B\inie!n.peschreibungRoms,UU,

part. I, p. 404-42Î; Borgatti, Caslel Sauf \ n. 61 et suiv. : in A.irianio. Cf! Hirschfeld,

Angelo (Roma, 1890), p, 11 et suiv. La [dus I Die kaiseriicken Grabstatten in Rom, dans

ancienne vue du mausolée, imparfaite d'ail- ' les .SV/iurtf'jJ^rtcA/; de l'Académie de Berlin,

leurs, nous est offerte, à mon avis, par le ta- 1886, p. 1 149 et suiv.

bleau du crucifiement de S. Pierre, à la cha- * Sur tes fouilles occasionnées par les tra-

pelle de Saint-Laurent dans l'ancien palais ! vaux de systématisation du Tibre et par la

des papes au Latran {Sancla sanclorum, au | reconstruf\ion du pont S. Ange, cf. Borsari,

haut de la Scala sanlai; et tableau exécute ' Bull.arcA.com.,\iiy>,^.^\ NoUzie degli scavi,

sous Nicolas III a été plus tard l'objet de i8Qi,p.4i2,426- — Lebas-reliefdel'ancienne

fortes retouches; tes vues les plus exafles porte de brome de S. Pierre montre aussi

sont les dessins de Giuliano da Sangallo au \ les festons et les bucranes ; d'ailleurs cette

Cod. Barberin, XLIX, 33, fol. 34 V et 35 | représentation du mausolée est arbitraire.

à une fonUtne devant l'Iseum sis dans la région afluelle de la Pigna, était aussi venue prendre place sur la fontaine de l'atrium >.

Petrus Mallius, au XII^ siècle, dans son ouvrage sur la basilique de S. Pierre, a emprunté la description des Mirabilia, dont les informations sont par ailleurs contestables, et l'a popularisée par là même".

Par une de ces hyperboles étranges; si fréquentes dans les sources grecques relatives à Rome, un écrivain byzantin du début du moyen âge, Jean d'Antiochc, a raconté que le mausolée était couronné à son sommet par un groupe d'une grandeur colossale : Hadrien conduisant un quadrige, dont les chevaux étaient si énormes que l'œil en donnait passage à l'homme de la plus haute taille 3.

D. — Le Quartier du Vatican.

177. Une antique homélie, qui a trouvé place dans les œuvres de Léon le Grand, établit un contraste ca rafler istique entre le mausolée d'Hadrien et le tombeau de S. Pierre. " En allant au tombeau de S. Pierre, dit l'orateur, on passe au pied du tombeau de l'empereur Hadrien, monument admirable de grandeur et de beauté. Et cependant il ne vient à l'esprit de personne de dire: " Rendons-nous au tombeau de l'empereur. " On le laisse sur son chemin pour courir au tombeau du pêcheur. Grands pécheurs en vérité, qui ont pris le monde entier dans leurs filets, en accomplissement de la parole du Christ : " Je vous " ferai pécheurs d'hommes."... De l'Orient à l'Occident on célèbre le martyre de Pierre et de Paul parce qu'ils ont souffert pour le Roi du ciel et de la terre. Et c'est à Rome, centre de l'empire du monde, qu'ils devaient trouver leur lieu de repos, afin que les peuples qui y accourent en foule, vinssent porter au tombeau des pêcheurs le tribut de leurs hommages." Ces paroles trouvent leur confirmation dans l'histoire de la transformation de Rome4,

Le quartier du Vatican était, pour ainsi dire, dès le V= et le VI« siècles, comme le domaine de 5. Pierre, par les souvenirs de l'apôtre dont il était plein, par les témoignages de !a piété des pèlerins; il lui était consacré en quelque sorte par les noms qu'avaient reçus d'anciennes localités. Dès cette époque des dénominations nouvelles annonçaient déjà qu'au pont Saint-Ange commençait le royaume du prince des apôtres. La porte qui s'ouvrait sur la ville, en avant du pont Élien conduisant au mausolée, s'appelait déjà Porta sanSli Pétri. Le pont classique reçut aussi le nom de Pons sanâïi Pétri. La porte qui, de la muraille fortifiée du mausolée, sur la rive droite du fleuve, donnait accès à la longue galerie conduisant à Saint-Pierre, s'appelait, au rapport de l'Itinéraire d'Einsîedeln, porta sancli Pétri in Hadrianio.

Literaiur, 2° éd., p. 334 et suiv.

' Appendix ad lermones Leottis tna^, sermoJÔ.éd. Ballerini, p. 442; Mtgne, P. L., t. LI V, col. $1 1. Mallius attribuait déjà, mats à tort, l'homélie à Léon 1- (c. VI!. | 131; ,4i?<ji'.*o//.,i.Vl,pari.i,dcjuin,p.so).Elleest époque un peu plus récente, comme le

■ Cf. Jordan, Topographie, t. II, p. 434.

' C. VII, § 131, Aaa S. Mi., t. VI. part. 1, de juin, page 46; Urlichs, Codex, p. 106, n. zi; Jordan, Topographie, t. II, p, 627, C£ de Rossi, fnscrip/. chritl., t. II, pari. I, p. 221.

^Saumaise cite.au § 19 de l'Hadrien deSpartien, le passatje du r,-t,^\ ip/3noi.oyi%i de Jean ' montre l'expression de templum pour désigner d'Antioche. Cf. Bunsen, op. cit., p. 4t8. Sur 1 le mausolée d'Hadrien. Cf. les remarques de l'incertitude des fragments attribués à Jean Ballerini dans la préface ch. II, g 3; Mignc, d'Antiochc, cf. Krumbacher, Bysantimsche I col. 131.

N'o 178.] X. DU LATRAN AU VATICAN. 221

Il y a eu controverse entre les archéologues modernes pour savoir à laquelle de ces deux portes s'appliquait le nom de porta sanâîi Pétri. Un examen plus approfondi de la question la résout en l'attribuant à l'une et à l'autre'. Il faut remarquer aussi qu'un passage de la Cosmi^raphie d'Aethîcus, au VII* siècle environ, confond les deux portes sous un seul nom comme si elles n'en formaient qu'une : " Le Tibre, dit-il, entre dans la ville par la porte de Domnits Petrus apostobis. " Plus loin, l'apAtre Paul apparaît à côté de son compagnon Pierre : " Le Tibre quitte de nouveau Rome entre la porte de la Via Ostiensis, c'est-àdire la porte de Domnus Paulus afioslolus, et la Via Portuensis, chemin du saint martyr Félix " ".

Dans la pieuse conception de l'époque, on le voit par ces mots, les fameux tombeaux des saints étaient déjà tout. Ils dominaient jusque dans les appellations topographîques. La modification qui s'accomplit dans les idées morales de la cité a sa répercussion dans te changement des noms classiques séculaires, obligés de céder la place à ceux des apôtres et des martyrss.

Prudence, à l'extrême fin du I V« siècle, unit aussi dans ses chants S. Pierre et S. Paul : " Le cours du Tibre, dit-il, est sanftifié sur ses deux rives ; il participe aux ossements sacrés des deux apôtres en baignant leurs tombeaux; sur sa rive droite, le pays garde S. Pierre sous un toit rayonnant d'or ; le vert olivier revêt la colline où murmure la source qui remplit la cuve baptismale... Là-bas S. Pierre lui-même se fait pasteur des brebis qu'il voit courir haletantes vers les eaux du Christ. Sur l'autre rive, la route d'Ostie garde l'église de S. Paul, au point oh le fleuve baigne à gauche la reine du monde. Un bon prince en a fondé la citadelle avec une pompe royale"*.

178. La topographie du quartier du Vatican, que nous avons à examiner, montre un tout autre caraflère que les lieux que nous avons parcourus du Latran au Capitole et du Capitole au pont Élien. Nous voici sortis de la ville. La région vaticane n'est pas encore enfermée dans un mur d'enceinte aux tours protectrices ; c'est une région de jardins et de collines, peu habitée. Ce n'est que dans les alentours de Saint-Pierre que la population devient plus dense. Entre les jardins les routes tirent leurs lignes solennelles, bordées des monuments funéraires de la Rome païenne. Les tombeaux sont d'autant plus magnifiques

' L'existence d'une porte dans la muraille 1 des Mitlelaters, i<iéd.,t. I, p. 609; [rad. franc.,

d'Aurélien, du côté de la ville, nommée dès { t.l,'p.t4'i.l.d, Meta Sandi Pétri àcs Miraàilta

403 par Ammon, dans sa desciiption de j (éd. Jordan, p. 626) est un tombeau païen dit

Rome, parla lanâK Pétri, a été démontrée 1 aussi meta de Romulus (ci-dessous, g lEo).

par Lanciani, L'itinerario, p. 448. De Rossi , > Dès le VI" siècle, la porta Aurélia sur le

avait revendiqué ce nom (inseript. christ., ' Janicule paraît sous le nom de S. Pancrace

L II, part. I, p. 38) pour la porte de l'autre ! (Procope, quo supra, c. iS, 28); la/

côté; mais l'itinéraire d'EinsiedeIn lui donne ! iitinia devient porte de S. Valentin, la porta le nom complet de porta Sanili Pétri in \ nomentana, porte de Sle Agnès, etc.

Adrianio.'Pïoco'gt'.^De6ellogotkico,\.\,c. Il), | "■ Peristephanon, 1. XII,

î2) parle de ce terme de porta Sanéli Pelri comme étant d'un usage courant. Cf. Jordan, Topographie, t. I, p. 37s.

' Urlichs, Codex topogr., p. 55, d'après l'édition de Pomponius Mêla, par Gronovius, en 1722. Cf. Ebert, Gesehickie der Literatur

Migne, P. L., t. LX, col. 561. Pierre et Paul sont semblablement associés, avec leurs sanctuaires ^ l'entrée du fleuve dans la ville et à sa sortie, dans l'inscription de la Porta S. Pétri inI/adriani0:IaHitorante/orts,tt.c,{AtV^oss\, Inscript, christ., t> II, part. I, p. 99, n. 7).

qu'ils sont plus voisins de la ville. Un modeste portique conduit en droite ligne à l'église S, Pierre qui se dresse au fond du paysage. Il accompagne ou abrite pour la commodité des visiteurs du sanctuaire l'antique Via Comelia tracée dans la même direction. Il a sans doute été construit sous Gratien, au temps de l'établissement des Porticus maximae.

L'ancien nom de Via Corndia se trouve encore employé seul à une époque relativement tardiva Un itinéraire de pèlerins du VII'' siècle' dit que l'apôtre Pierre repose au premier mille de la Via Comelia, qu'il faut compter à partir du pont de Néron ; car c'est de ce pont disparu alors depuis longtemps et situé au-dessous du pont Élien que la voie partait jadis. Elle passait au pied de la colline Vaticane, te long du flanc droit (nord) du Cirque de Néron ; après une courte inclinaison à l'ouest, elle tournait au nord-ouest dans la plaine où l'on peut encore la suivre jusqu'aux environs de Casale Boccea".

C'est aussi du pont de Néron que partait la Via iriumpAalis, qui correspond à la Strada di Monte Mario. Après avoir traversé ce mont, elle se réunissait à la Via Clodia près de l'aéluel Casale Giustiniana. La Via Aurélia nova, qu'on nomme comme la Via Jriutnphalis par rapport à S. Pierre, n'était qu'un morceau de route, qui se séparait de la Via Cornelia non loin de Rome pour rejoindre précisément la Via Aurélia vêtus. Ces divers chemins étaient si près les uns des autres, que dans l'usage courant il arrivait souvent de les confondre, au moins dans leurs rapports avec la région vaticane. La Via Cornelia en particulier n'est que rarement nommée; et il est d'autant plus compréhensible qu'elle ait perdu son nom dans cette région, que V Aurélia nova et la triumphalis, qui n'en étaient cependant que des continuations, avaient une importance bien plus considérable pour les relations. D'ailleurs la destrufïion du pont de Néron obligea de reporter le point de départ de la Via Cornelia au pont Élien. C'est ce qui explique par exemple pourquoi il arrive si souvent aux anciennes sources de dire, sans faire aucune mention de la voie cornélienne, que la basilique vaticane est située sur la Via Aurélia, ou sur la Via triumphalis, oa encore dans le Territorium triumphalei.

On dit encore que la basilique se trouve dans ou près la naumachie. Le premier à indiquer une naumachie comme lieu du crucifiement de S. Pierre, est, au II'' ou III^ siècle, le prétendu Lin, auteur des faux a£les gnostiqucs de S. Pierre. Il dit que l'apôtre a été crucifié ad locum qui vocatur Naumachiae, iuxta obeliscuin Neronis in montem. Mais sous ce nom de naumachie, il entend le cirque de Néron, devant la colline vaticane, dans lequel se trouvait le fameux obélisque. Il y avait en réalité une antique naumachie, non loin de S. Pierre; dès le IX" siècle elle est rattachée à San Pellegrino; elle s'étendait derrière le château Saint-Ange. Dans la suite du moyen âge, on appliqua ce nom à toute

' Publié par de Ross! au t. I de la Rama 1 d'kist., 1902, p, 3 et suiv. IJber pontif., Pe-

solterranea, p. 141, 182. trus, g i, t. I, p. 118 : Qui scpullus est via

' Lanciani , L'itintrario di Eiiisiedeln, \ Aurélia in lempliiin Apoltinis,iu.xta locum ubi

p. 133. I crucifixus est, iuxta palaiium neronianum,

' Cf. Kiepert, Caria cûragraJSea ed arcAeolo- ' in Vaticaniim, iuxta ierritoriuin triumpha-

gica dtlP Itaiia centrale, où l'on trouvera dans | Um. S. Jérôme, De viris illustribus : (S. Pe-

le carton Dintorni di Rottia la figuration la I frus) sepultus Romae in Vaticano, iuxta vtam

pluscIairedecesroutes.Voiraussi Duchesne, Iriumpkalein, totius orbis veneratione cele-

Vaticana, dans les Mélanges d'archéol. et I bratur.

No 179.]

ta région entre la colline vaticane, le mausolée d'Hadrien et le grand cirque de cet empereur au nord du mausolée, et même au delà '.

L'usage se répandit en outre dans le haut moyen âge de désigner plusieurs monuments de cette contrée par le nom de Néron, enraciné indestructiblement dans la mémoire. C'est le cirque de cet empereur près de l'église de Saint-Pierre qui donna naissance à cet usage. On ne trouve pas seulement souvent cité le pons Neronianus qui a existé en effet, mais aussi un Palatium Neronis\ un Aerarium Neronii'i, un Caslrum Neronis*, un Tyburtinum Neroniss, pures fantaisies de langage. Il faut y ajouter l'expression de Campus Neronis pour désigner toute la plaine entre la rive droite du fleuve d'une part, le Vatican et le Monte Mario de l'autre. On dit régulièrement au moyen âge que les empereurs allemands, quand ils viennent à Rome, établissent leur camp sur la plaine de Néron «

179. Le mot Vaticanus dans l'époque primitive de Rome ne s'applique qu'à VAger vaticanus, à la plaine située au pied de la colline. Puis le nom s'étend, et dès la période antique, à tout l'ensemble des hauteurs à l'ouest de Rome; sous le terme de montes Vaticani on entend, aussi bien que la colline propre du Vatican, le Monte Mario et, à ce qu'il semble, le Janîcule même jusqu'à Saint- Pancrace. Enfin, et nommément dans la période chrétienne, la coutume s'établit et demeure de limiter l'usage du Vatican au promontoire sur le penchant duquel s'élève la basilique de Saint-Pierre. Cette restriftion du nom de Vatican fut facilitée par ce fait que la hauteur où se trouve Saint-Pierre fut dans la suite des temps séparée de la montagne : à l'époque impériale on creusa une vallée artificielle entre le Monte Mario et le Vatican proprement dit situé plus au sud?.

De fait la ValU deU infema, le val d'enfer du moyen âge, qui sépare les collines est un bassin artificiel. Il s'y rencontrait beaucoup de sablières antiques :

' Uber pontif., Ltù lit, g 412, t. II, p. z8: Hic. . . haspilalem àeato Petro apostolo in loco gui Naumachia dicitur a /undariuntis novi- Itr cûHstruens, etc. Cf. sur l'identification avec S. Peilegrino Duchesne, noieiiS- — Sur la re^a Naumachiai au moyen âge, cf. Jordan, Topographii, t. H, p. 328, 430 et XVII.

— Sur la naumachie en particulier, voir Duchesne, Vaiicana, p. 14 et suiv.; Hiilsen, La Naumachia ed il Gajofium, disstrt. lettanell'atcad. pontif . rom. di arcAeol., février 1901, qui reconnaît la naumachie dans les ruines sises derrière le château Sainl-Ange, où l'on croyait voir un cirque d'Hadrien. C'est une des deux naumachies nommées dans la 1 4' région transtibérine, par le catalogue Constaniinien; l'autre était au sud, près de \i. porta portuensis. Elle se confond peut-être avec le lacus iraniliàerim établi en 245 par l'empereur Philippe; Procope en parle sous le nom erroné de sladium dans sa description de la sortie tentée en 537 par les troupes impériales con- j tre les assiégeants goihs. |

'Cf.p.222,n.3,elJ/i>-a*//M,éd.Parthey,p,i4; éd. Jordan, p. 614. L'église des saints Michel et Magne se trouvait in palaliolo (Neronis).

De Rossi, Imcript. christ., t.II, part.I, p. 278.

î Erarium Neronis ubi nunc est uelesia san^i A ndree ( Mirabilia, ibid. ).

' lit capella iupra Spiritum Sanélum ("à. Spirito in Sassia)iW monte in castra Neronis (Jbid,, p. 60).

5 Tyburtinum (ou ierebinlkum) Neronis {ibid. éd. Parthey, p. z8; Jordan, p. 616).

° Procope, De beilo "otkico, 1. I, c. I9; itiîi'ov Nepoj-o,-; cf. Preller, Regioiien, p. 164, 211 ; Jordan cite (TiJ^J^u^^ïV, 1. 11, p. ^yi)\i Libtr Pontif., Sergius II, § 47; il aurait pu signaler un passage bien antérieur : Gregor. //(715- 731), S 22 (éd. Duchesne, I, p. 407): euin tola sua hoste in Neronis catnpo {rex Langobardorum) coaiunxit.

' Sur l'histoire du nom de Vatican dans l'antiquité, cf. Elter, Rheinisckts Muséum, t. XLVI (1891), p. 112 et suiv.i Bullet. cril., 1891, p. 219.

224 LIVRE I. CH. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [No l80-

l'ancienne Rome y prenait les matériaux nécessaires à la fabrication des briques pour les construflions de la ville et des environs. On y voyait, par exemple, les briqueteries de Domitia, dans les jardins du même nom. Les produits ne s'en répandaient pas seulement dans les diverses contrées de l'Italie, mais jusqu'en Afrique, comme en font foi les marques de Domitia qu'on y a trouvées ',

C'est ainsi que le travail persévérant des siècles put créer des vallées là où se trouvaient auparavant des collines ou de simples abaissements du sol. On a établi dans ces derniers temps que d'autres vallées de cette r^on sablonneuse doivent leur origine à des causes analogues »,

Ailleurs, dans des régions de collines, ce sont de longues vallées rocheuses qui sont l'œuvre des mains romaines. Telle est la Fa/Ze dei Morfi sous le boui^ de Marine près de Rome, simple carrière destinée à fournir les blocs de péperin nécessaires aux construftions romaines. Une sorte d'aiguille rocheuse, haute comme une tour, qui est demeurée debout, indique encore la hauteur de la pierre que de gigantesques travaux ont enlevée de cet endroit. Les hauteurs de Tivoli (l'ancienne Tibur) prêtent à des observations semblables : c'est de là que les Romains ont tiré le travertin (lapis tiburtinus.)

Rien ne donne autant l'idée de la grandeur de l'antique cité que l'aspefl de ces immenses excavations, telles que le Val d'enfer du Vatican. Les monuments de Rome étaient comme des montagnes, qui engloutissaient d'autres montagnes réelles. On conçoit que les ruines de tels monuments aient suffi peu à peu dans le moyen Âge à faire une tombe profonde aux rues anciennes de la cité.

i8o. Après ces indications topographîques, poursuivons notre chemin dans le quartier du Vatican.

Deux monuments païens sautent d'abord aux yeux, le long du portique qui conduit à la basilique. L'un est un tombeau pyramidal fort élevé que le moyen âge décorait du nom de tombeau de Romulus. Il se trouvait près de l'église afluellc de Sainte-Marie Traspontiita, se conserva jusque sous Alexandre VI et n'est pas seulement nommé dans de fréquents documents, mais on se plut à le figurer sur d'anciennes représentations du martyre de S. Pierre et du château Saint-Ange comme l'une des curiosités remarquables de cette région 3,

On ignore le nom exaft de ce monument, que l'on appela au V= ou Vie siècle tombeau de Scipion*, sans aucune garantie d'authenticité et par simple besoin d'un nom important. Vers l'an mil parait déjà le nom plus sonore de Meia Romuli ou SepuUrum Ro/nuHs. L'imagination de cette époque créa

' Lanciani, BulUtt. arckeol. Cûm., 1891, p. 388.

' Lanciani, ibi<i., nomme les Valli del Gelsomino, délie Fornaci, del Vicolo délie cave, delta Baldttina.

^ Par exemple sur la peinture de Nicolas 111 citée ci -dessus p. 319, n. 3 et sur le crucifiement de S. Pierre dans l'église supérieure d'Assise. Cf, Borgatti, Caslel SanI' Angelo, pi. 10 a; Lanciani, L'ilinerario, p. 525.

La grande carte d« Rome de Bufalini indique l'emplacement de la pyramide.

* Accon, scholie sur Horace, Épodes, IX, V. 25; cf. Jordan, Topographie, t. Il, p. 405; Bufalini donne aussi ce nom,

s Bulle de Léon IX en 10S3 (Jaffé, 3< M,.

A. 4292) ; Memaria Romuli; Ordo BettediQi Caiiûttici : Memoria seu tepulcrum RomMii (Lanciani, L'ilinerario, p. 515); MiraHUOy éd. Jordan, p. 636 ; sepulcrum Romuli quod

No l8l.] X. DU LATRAN AU VATICAN. 22$

également des monuments de Rémus : près de la porta Ostiensis ou porta Sanili Pauli on donnait à une antique construélion le nom de tetnpliim Rémi, et la fameuse pyramide sépulcrale de Cestius, pendant de la pyramide vaticanc, reçut en dépit de son épitaphe fort claire le nom de tombeau de Rémus'. Romutus et Rémus, les deux jumeaux, formaient ainsi les gardiens des routes conduisant aux plus grands saniiuaîres de Rome. L'un veillait sur la basilique de Saint-Pierre, l'autre sur celle de Saint- Paul. Le moyen âge était profond dans ses poésies. Le Sepukrum Romuli d'ailleurs jusque dans son aspeft extérieur semblait digne du prince des apôtres. Les Mirabilia le représentent comme recouvert de dalles magnifiques, entouré d'une cour pavée de travertin, pourvu d'un jardin et de canaux d'écoulement pour les eaux.

Le second monument était aussi un tombeau. Les Mirabilia t'appellent Tyburtinum Neroiiis. L'autre désignation, qui est la courante : Terebinthus Neronis, semble provenir d'une faute de leflure et d'une confusion avec le térébinthe historique du voisinage dont nous parlerons ci-dessous. Il faut croire que le tyburtinum Neronis était une construflion en travertin (Japis tiburtinus). C'était un monument haut et svelte, si haut, disent les Mirabilia, qu'il égalait le mausolée d'Hadrien; comme ce dernier aussi, disent-ils, il était rond et avait deux corniches saillantes (sans doute à deux étages) ^

En poursuivant son chemin, on voit presque aussitôt à gauche sur la hauteur la petite église de Saint-Michel archange, agrandie, comme on sait, par Symmaque qui commença son pontificat à la fin du V^ siècle, et pourvue par lui de l'escalier qui y donne accès. C'est la schola Frisonum, l'église où depuis le VIII= siècle s'assemblaient les Frisons; aujourd'hui encore elîe sert d'église auxiliaire à Saint-Pierre sous les noms des Saints-Michel et Magne 3.

Delà hauteur l'Archange veillait sur la région vaticane confiée à sa garde. Le choix du lieu pour l'érefiion de l'église concorde avec l'usage qui se répandait alors de plus en plus de consacrer à l'archange Michel les lieux élevés, soit dans les villes, soit sur des montagnes. Au commencement du VII<' siècle, le mausolée d'Hadrien sera lui aussi couronné par cette chapelle de Saint-Michel, qui lui a valu son nom a£luel de château Saint-Ange.

i8i. C'est de l'église de Saint-Michel, sur la hauteur, à proximité de la basilique vaticane, que l'on devait avoir la meilleure vue d'ensemble du remarquable assemblage de monuments païens et chrétiens du quartier. C'était la vaste et puissante basilique elle-même dont la façade élevée frappait tout d'abord les regards. Avec ses solennelles rangées de fenêtres entre les lignes droites des toits et des murs, elle offrait un aspeft grandiose et les multiples construftîons

vocatur meta sattUt Peiri (avec une description); de même, Mallius; de Rossi, /ftnm'/tA crist.,\. II, part, i, p. 230.

' Sepulcrvm Rémi, dans les Mirabilia, p. 607; sur l'ancien plan de Rome, reproduit par de Rossi, Fiante icnografiîhe di Rorna, pi. 3, n. i.Cf. p. 131, fig. 31.

que ce pouvait ftre une ruine de l'extrémité du cirque {Inser. christ., L Il.part. i, p. 230). Mais Jordan (t. II, p. 430) dit fort justement que ce devait être < un monument funéraire haut et svelte. » Je crois le reconnaître sur les deux images du crucifiement de S. Pierre citées ci-dessus. Lanciani (L'iiiiierario, p. 526)

' Mirabilia, p. 627 : Terbentinus {tyburii- \ place les deux tombeaux à l'endroit où la Via

num, ttrebenthwii) Neronis ... Quodedificium ' triumpltalis se détache de la Cornelia, au car-

rotundum fuit duabusgiroitièiiJ sicut castrum ; refour voisin de S. Marie irasponiina.

(i. e. mausoleum Hadriant). De Rossi pensait I ^ Cf. p. 161, n. 6.

l'Iisioire de Rome — 15

226 LIVRE I. CH. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N» l8l.

qui l'entourMient formaient comme une petite ville ; le culte que rendaient à S. Pierre les Romains et les pèlerinages multipliés de l'étranger y avaient attiré une population fixe assez nombreuse. Procope le dit en termes exprès '.

Il y avait là des hospices pour les pauvres et les pèlerins, et des cloîtres divers; sous ce rapport Saint-Pierre rivalisait avec le Latran, Saint- Paul et Saint- Laurent ". Le plus ancien de ces cloîtres dont il soit fait mention est celui qu'établit Léon le Grand sous le titre des martyrs Saints-Jean et Pauls.

Dans un couvent de femmes près de Saint-Pierre habitait Ste Galla, fille du consul et patrice Symmaque; ayant perdu son époux dans la première année d'un heureux mariage, elle se retira, au temps de la domination gothique, en ce lieu, dans le voisinage du tombeau de l'apôtre, pour vaquer à la vie spirituelle et au soin des pauvres. Grégoire le Grand, qui recueillit avidement en ces lieux les traits historiques de la piété envers le prince des apôtres, se fit raconter quelques années plus tard dans ce monastère, comment S. Pierre était apparu à Galla pendant une maladie pour la consoler par l'annonce de sa prochaine délivrance 4.

Deux demeures épiscopales, episcùpia, que nous voyons à droite et à gauche de Saint- Pierre, datent de Symmaque : ce sont les premières origines du palais du Vatican s.

Devant la basilique s'étend une place gaie et animée, nommée Campus sanâîi Pétri et qui fait le pendant du Campus lateraiicnsis de la basilique au sud de la ville, près de la résidence des papes. Le pape Symmaque a orné cette place, au centre, d'un bassin (canlkarus), en même temps qu'il embellissait celui qui se trouve dans l'atrium de l'église*.

A gauche de la basilique (fig. 63)7 sont deux mausolées chrétiens, œuvres d'empereurs chrétiens. A l'ouest est celui qu'Honorius a fait construire pour lui et sa famille. Transformé plus tard en église, ce fut la rotonde de Saintc-Pétronille. L'autre mausolée, la rotonde de Saint-André, fut construit pour servir de tombeau à la famille impériale, quand l'autre ne suffit plus à contenir les sarcophages. Ce fut Symmaque qui le transforma en église de Saint-André, voulant sans doute honorer S. Pierre dans son frère; il pourvut la rotonde d'une belle colonnade extérieure ^.

De tous les papes du IV* au VII« siècle, Symmaque est celui qui a le plus contribué à ce grandiose ensemble de construftions qui entourent Saînt-Piene. Les circonstances mêmes qui accompagnèrent son pontificat en donnent l'explication. Le schisme de l'antipape Laurent ne lui permit pas d'établir sa résidence au Latran. Obligé de demeurer à Saint-Pierre, il chercha naturellement à donner plus d'éclat aux bâtiments du Vatican.

' Di bdlo gothicfl,\. II, c. i; Preller, Regio- rumjorii iit eainpo posuil et usitm neceisitalii r«, p. m, 212, humaïuu [ki%x'-iSw) fecit, etc. Voir la note

' Liber pontif, Symmachus, % Ko, 1. 1, p. 263 : pauperibus habUacuUi. * Liber pontif., Symmach., g 79 et s

' Cf. SlimmeHaut Maria Laach, t. XXX\", (18S8), p. 173. En D se trouve le maîtreautel et au-dessoui le tombeau du prince des

Epiicopia in eo:Uitt locu i{exlr<t levaque . '' Liber poa/if.,çuaiupra,^3f>\;li\icYxs,w.

' lôiil., Ij:o I, % 66, t. I, p. 239, et n. 11 de Duciiesnc.

' Di,ilo-;., ). IV, e, li-.seseapiidbealiFetri ecctt-iiiim monaslerio tnididit, elc.

/ft//. Item iiib gradus iii ,Urio alium canlk»- note 16.

182. Autour des deux rotondes dont il vient d'être question.on pouvait voir encore à cette époque les restes considérables du Cirque de Néron, commencé par Caligula (CC). Le point central en était désigné à l'œil par le fameux obélisque(O), le même que Sixte V a fait établir sur la place actuelle de S'-I'ierrcCe monolithe élancé, de 2) mètres \ii de hauteur, avait été tiré d'Egypte par Caligula et consacré par des rites religieux à ses deux prédécesseurs le divus Augustus et le divus Tiberius ',

Au temps où nous plaçons notre visite, l'obélisque est encore à sa place primitive, qu'il conservera pendant tout le moyen âge, au centre de la Spina qui traversait jadis la plaine elliptiforme du cirque et autour de laquelle tournaient les chevaux et les chais. Les deux mausolées avaient aussi été bâtis dans t'axe de la Spina

du cirque désormais abandonné. Depuis Sixte V une plaque encastrée dans le sol devant la sacristie aftuelle de Saint-Pierre marque la direction de la Spina

1 S. Pierre (A) en

c le ditjue de N^ion (C).

' Voir l'inscription au Corpus, t, VI, n. 8Sa.

et l'emplacement de l'obélisque; elle donne en même temps le centre de ce groupe de monuments qui se composait de ce haut obélisque, des deux mausolées, des restes de la Spina et des gradins de gauche du cirque et sur lequel la basilique de Saint-Pierre projetait son ombre pacifique.

Au cirque de Néron appartenait aussi un bâtiment contigu, qui dut servir de manège ou d'écuries aux factions du cirque. De cette construflion comparable à celle de la faftion verte près de Saint-Laurent in Damaso, il est demeuré d'intéressantes inscriptions, trouvées au lieu même et dont l'une, encastrée au moyen âge dans les murs de Saint-Pierre, raconte les vifloires d'un nombre incroyable de coureurs et mentionne scrupuleusement les noms des chevaux immortels : le blanc Nitidus, le gris Fuscus, le brun-jaune Decoratus, le roux Kaptor, etc. Afluellement cette remarquable chronique du turf est encastrée dans une allée de la sacristie de Saint-Pierre '.

Le cirque de Néron avait été construit dans les jardins d'Agrippine. Il empruntait une dépression naturelle assez étroite au pied de la colline vaticanc. Néron l'acheva et en fit le théâtre préféré de ses exploits comme conduéieur de chevaux, où il se faisait admirer par le Sénat et par le peuple. Que dans les jardins contigus dits néroniens cet empereur inhumain ait exposé les chrétiens à de terribles martyres, c'est un fait dont Tacite nous est garant".

L'éreflion de la basilique du prince des apôtres dans le même enfoncement où était construit le cirque entraîna natureHement le sacrifice partiel de ce dernier. Le côté droit ou septentrional en fut entièrement recouvert par les construftions ecclésiastiques. Les colonnes de gauche de la nef centrale reposèrent simplement sur les bancs du cirque quî n'oflTraient guère cependant les fondements convenables pour un tel fardeau (voir fig. 63). La basilique s'étendait dans sa ligne transversale par delà la Via Comelia qui longeait à droite les murs du cirque et jusque sur une partie du terrain montueux qui bordait l'autre côté de cette voie. Comme la montagne faisait obstacle on l'abattit en partie; on n'avait pas d'autre moyen d'obtenir que le tombeau vénéré que devait recouvrir ta basilique se trouvât à peu près au point central en avant de l'abside (D). Le vaste édifice était comme aujourd'hui orienté d'ouest en est, et cette disposition répondait à celle du cirque et à celle de la voie Cornéliennes.

■ Voir ces inscriptions au Corpus, t. VI, n. 10048 et suiv.; celle de S. Pierre n. 10056.

■ ÂnnaUs, 1. XV, c. 44 ; Nero... guaesilissimis poenis adficH, quos, prr flagitia invisos, vulgus christianos adptllabat... Pereuntibui addita ludibria, ut, ferarum tergis conteéli, latiiatu coHum interireni, aut erucibus adfixi, aulfiammandi, atgue, ubi defscisset dits, in usum noliurni luminis urerenlur. Hortos suas li spiiiiuulo Nero obtuUrat et circeitse ludieruat cdebat, habitu aurigae permixtus plebi, vel eurriculo insisteiis. Cf. 1. Xl\', c. 14. Cf. A. Profumo, Le fonli ed i lanpi dello incendia neroniano (Rama, IQ05), pnrt. I (trad. franc.),

} La légère déviation de l'axe de l'ancienne eÊ de la nouvelle église, que présente le tombeau, vient de ce que l'on n'a pas suffisamment empiété sur la colline à droite de In voie cornélienne. Les difficultés étaient trop

grandes de ce côté et comme l'autel devait être au milieu de l'église, on dut se résoudre à le placer non pas exaflement au-dessus du tombeau dont une ouverture désignait l'emplacement, mais quelques pas k gauche. On ne dissimula pas d'ailleurs cet écart et pendant tout le moyen âge, comme aujourd'hui, on put s'en rendre compte. Si les architectes de Constantin avaient eu le libre choix de l'emplacement pour un tombeau, celte irrégularité serait incompréhensible. Elle s'explique dès là que le lambeau de S, Pierre était à un point donné et intangible. Le plus ancien plan de la basilique est celui de Tiberio Alfarano (1590), publié par de '9ji%%\,Inscr.ehrisl., 1. Il, part. I, p. 329, avec commentaires; par Uuchesne, Uberpontif., t, I,p, 191, et aup.iravani par d'autres auteurs. Cf. le plan assci exafl de l'église et du cirque dans C. Fontana,

No 183.] XI. LE TOMBEAU DE S. PIERRE. 229

Le Liber pontificalis indique, comme ayant existé sur l'emplacement de la basilique, un temple d'Apollon. Il n'en est question nulle part ailleurs, et ce ne peut avoir été un temple important. Peut-être n'est-ce autre chose que le Frigiattum (^Phrygiantiiii) que le catalogue de Constantin nomme avec le Gaianuin. Mais le Frigianum pourrait bien aussi avoir été cette grotte où l'on entretenait le culte phrygien de Cybèle, la mère des Dieux, culte que, en bravade des chrétiens, des païens distingués continuèrent d'entretenir à gauche de la basilique jusqu'assez avant dans le quatrième siècle.

XI. — Le tombeau de S. Pierre dans la topographie et dans l'histoire.

183. Arrivés après notre long pèlerinage à la basilique du prince des apôtres, recueillons-nous au tombeau de S. Pierre pour jeter un regard sur son histoire la plus ancienne et sur celle du monde de tombeaux qui lui font cortège. Nous aurons plus tard l'occasion de décrire plus en détail la basilique; l'importance historique que présente le tombeau pour tout le temps qui va suivre nous oblige de placer ici ces esquisses historiques et topographiques.

L'ancienne Via Comelia avec sa bordure de tombeaux à droite et à gauche nous donne la clef de la position locale du tombeau de S. Pierre.

La voie cornélienne, nous le savons, en venant de la place Saint- Pierre, traverse dans toute sa longueur l'espace recouvert par l'ancienne basilique et depuis le XVI' siècle par la nouvelle. Au commencement du moyen âge, les monuments funéraires qui la bordaient des deux côtés étaient conservés sur la place Saint-Pierre sinon en totalité, du moins en grande partie. C'est un fait établi par des fouilles postérieures qui en cmt fait retrouver les traces. Les antiques tombeaux ne se continuaient pas seulement le long de la rue, recouverts par le terrain, mais jusque sous l'atrium exhaussé de Saint-Pierre et jusque sous la basilique elle-même. Derrière l'église, ils coudoyaient un cimetière chrétien, antérieur à Constantin, et sous l'église même on a retrouvé les restes d'un ancien cimetière chrétien.

Pour apprécier ces données, nous devons nous familiariser avec les résultats des fouilles, notamment sur la place de Saint-Pierre.

Lorsque à l'époque de l'éreftion de l'aile gauche (sud) du portique du Bernin sous Alexandre Vil, on fit les fondations de la fontaine qu'on voulait mettre sur la place, on y trouva un monument funéraire païen avec un bas-relief représentant une noce; on a encore le dessin de cette sculpture; l'on mit en même temps au jour plusieurs sarcophages païens, dont l'un de porphyre. Le détail de ces découvertes se trouve dans les notes de l'archéologue contemporain Pîctro Santé Bartoli",

// Umpio vaticano (Roma, 1694); et pour 1 un ancien temple d'Apollon cE ils ajoutent :

les relations de l'église avec la voie corné- ' Ibigue est aiiud templum, quod fuit erarium

lienne, le plan de Lanciani dans sa Forma 1 (al. vesliarium) Neronis, ubi nunc e$t eccUsia

iirbis, ou dans Pagmi and Christian Rome, \ sanâli Andrée. Ce ne sont là que des indi-

p. 129. cations fantaisistes qui ne niérilent aucune

' Voir ci-dessus p. 1 24 ce qui a éxé dit du créance. Sur la topographie de la région vaii-

Phrygiamim, et les indications données sur | cane, cf. Duchesne, Valicana, cités plus haut.

les nro^du culte phrygien retrouvées en 1608- j '' Afemorie di varie escavaeioni faite in Ro-

1609, Les Mirabilia, éd. Jordan, p. 625, don- tim, p. 236, n. 56 {dans la Miscellanea filolo-

nent la rotonde de Sainte- Pétronillc comme I 0ca, critica et antiquaria de Fea, p. 222 et s.).

Dëjà auparavant, sous Paul V, en faisant des fouilles dans l'atrium de l'ancienne basilique en vue de la nouvelle construélion, on rencontre (19 juillet 1Ô14) trois monuments funéraires antiques. L'un d'entre eux contenait le sarcophage de la fameuse comédienne Claudia Hermione. On a aussi des renseignements contemporains sur cette découverte".

Une autre découverte, arrivée le 9 novembre 1616, nous est racontée par un témoin oculaire, Giacomo Grimaldi, archiviste de la Vaticane. Il nous dit qu'au septième degré devant la porte centrale de l'église, il a pénétré dans ixnece//a funéraire profondément enfouie sous le sol, et l'a trouvée toute décorée de stuc peint. Déjà sous Grégoire XIII, dit-il, on avait trouvé au même endroit un sarcophage païen avec un cadavre; le sarcophage fut transformé en bassin dans la cour de la garde suisse".

Plus importantes encore pour la connaissance des environs du -tombeau de S. Pierre sont les rapports sur les découvertes faîtes sous le sol même de l'église. Nous possédons dans une relation publiée tout récemment des renseignements assez précis stir les fouilles exécutées sous Urbain VIII pour établir le baldaquin de bronze qui s'élève au-dessus du maître-autel, près de la confession. Les travaux, commencés le 30 juin 1626, établirent que le lieu, dès une époque antique, avait servi de sépulture aux païens et aussi aux chrétiens A une profondeur de quatre mètres au-dessous du soi de la basilique constantînienne, on rencontra des urnes cinéraires, des tombeaux indubitablement païens, et même un sarcophage païen, orné sur le couvercle de la statue du mort au repos. Mais au-dessus et À côté de ces tombeaux, on trouva également des cadavres chrétiens, entièrement enveloppés, suivant l'usage chrétien, d'étroites bandes de lin et couchés dans de simples sarcophages de marbre sans inscriptions. Situés à différents côtés de la confession, ces tombeaux chrétiens offraient cette disposition particulière que les têtes des morts étaient toujours orientées vers un point central sous l'autel. On rencontra un mur qui semble avoir servi de clôture carrée à ce centre. Un pieux respeft n'a malheureusement pas permis de pousser les travaux jusqu'à ce point central!

Ces renseignements sont pleinement confirmés par le rapport, arrivé jusqu'à nous, du témoin oculaire Francesco Maria Torrigio sur des fouilles antérieures, faites en l'année 1615, lors de l'établissement par Paul V de la confession actuelle devant le maître-autel. Elles mirent également au jour des cadavres chrétiens de l'antiquité, enveloppés dans les bandelettes accoutumées. En sa qualité d'archéologue, Torrigio dit qu'elles le firent souvenir de Lazare, pareillement enveloppé dans son monument. Ces cadavres avaient également la tête dirigée vers le centre. Sur une inscription presque illisible de l'un de ces sarcophages on déchiffra un nom ou peut-être plutôt la fin d'un nom composée des lettres LINVS. Tout en lisant simplement Litiiis, Torrigio ne rapporte pas ce nom au premier successeur de S. Pierre. Cependant peu de temps après, l'orato

' Lancinni, Pagan and Christian Rome, p. lïg.

" Ibid.; Codex Barberiiii XXXIV, fol. s».

' Rtlazione di guanio i occorso net cavare ijondamenli per le qiialtro colonne di bionso ere/le da Urbano VIII all'allare délia basilica di s. Fietio, par un contemporain, témoin oculaire, K. Utnldi, tirée des archives vati-

canes et publiée pour la première fois par Armellini, Chiese di Norna, a' éd., p. 697 et suiv. Cf, De Waal, Die Auigrabun^en bel der Con/essio von S. Peler im Jahre 1626, au l. I <i887) de ia Rômiscke Quarlalschnfl, p. I et suiv., avec extraits de la relation; et Lanciani, Pagan and Christian Rome, p. I39

No 183.] XI. I.E TOMBEAU DE S. PIERRE. 231

rien Giovanni Severano, sans avoir, semble-t-il, d'autre source que la relation de Torrigio, répandît l'opinion qu'on avait retrouvé le tombeau de l'évêque romain Lin, Une telle découverte serait d'une importance considérable. Mais elle ne se fonde pas sur des preuves assez solides et mieux vaut n'en pas tenircompte, bien que, suivant de Rossi, elle puisse être éclairée par d'autres conjeftures'.

En poursuivant notre exploration des sépulcres le long de la Vin Come/ia, nous trouvons derrière l'ancienne basilique d'autres sépultures tant païennes que chrétiennes. Le mur de l'abside touchait au mausolée des Anicii chrétiens, qu'on nomma plus tard temple de l'robus. Les chrétiens de cette illustre famille reposaient, les fouilles en font foi, dans le voisinage des païens».

On sait d'ailleurs qu'aux endroits où l'église romaine pouvait établir régulièrement de nouveaux cimetières pour ses trépassés, dans l'intérieur par exemple des anciennes catacombes chrétiennes, une telle promiscuité ne se présente pas; les catacombes étaient exclusivement réservées à la sépulture des chrétiens. Mais les conditions n'étaient plus les mêmes dans les sépultures mixtes des voies publiques, par exemple de la voie cornélienne. Les tombeaux ne formaient plus sous terre tout un système de galeries, mais, comme on le voit encore aujourd'hui sur la voie appiennc, ils bordaient la route, le plus souvent à ciel ouvert et étaient signalés par des monuments. D'ailleurs dans la région vaticaiie la condition du terrain ne se prêtait aucunement à l'établissement des catacombes : impossible dans l'argile et le sable dont il se compose de percer des allées, comme on le faisait dans le tuf (pouzzolane), où se trouvent en effet les catacombes.

La basilique de Saînt-Faul sur la voie ostienne a fourni un exemple instructif de la façon dont se mêlaient les sépultures chrétiennes et païennes dans ces cimetières à fleur de terre des voies publiques. On y découvrît, lors de l'établissement du nouveau baldaquin du maitre-autel, une sépulture païenne tout contre le tombeau principal, celui de S. Paul, qui possède encore sur une plaque de marbre à l'intérieur l'in.scriptîon de dédicace du temps de Constantin. Il se trouvait ainsi immédiatement côtoyé par le paganisme, dont le columbarium comblé mais intafl gardait encore ses urnes cinéraires 3.

Enfin, au temps d'Hélit^abalc (2 18-222), il est question de tombeaux païens situés dans ou contre le cirque de Néron au Vatican. Hëliogabale aurait fait détruire en cet endroit des monuments mortuaires qui gênaient les jeux*. Une

' Torrigio, Le sacre grotte valtcaiie (Vilerijo, i6[8), p. 53; (Roma, 1639), p. 611 Severano, Memorie dtlle selle ckiese (Koma, 1630), p. 120. Cf. de Rossi, hiscript. christ., t. Il, pnrt. 1, p. 236; il y précise contre les attaques de Vidor Schultze les faits avancés par lui au sujet du tombeau de " Linus''dans le Rulletl. arch. crist., 1864, p. 50 et montre que l'histoire des reliques de S. Lîn vient renforcer la crédibilité des données de Torrigio. Cf. Kraus, Roma sotterranea, x' éd., p. 6^, 531, l'our les fouilles de cette époque l'on a un plan contemporain de Benedetto Dtey (1635), reproduit par Sarti, Appeniiix ad Uionysii Cryptas vaiicanas (à la fin), par Lanciani, op. cit., p. 133, et en plus grand par d« Rossi, Inscript. christ., t. II, part. 1,

p. 335. CF. aussi le dessin et l'explication de A. St. Barnes, St Peter in Rome and his tomb on the Vatican Hill {LanAoxt, 1900),

' De Rossi, ibiit., p. 1 ii et suiv., 234, 348 ; De Waal, RSmiseAe Quarlalschrijt, que supra, p. 17 ; Des ApostelfUrsten Ruhestàtle, p. 1 1. Sur le très ancien plan d'Alfarano, le mausolée est désigné [~ar la lettre K.

^ A côté de cette découverte, de Rossi (quo siipra, p. 349) allègue des exemples analogues de tombeaux païens près du cimetière de Ste Cyriaqiie à Saint- Laurent, près de celui de Ste Agnès sur la voie nomentane. En visitant les cataconibes de S. Calixte sur la voie appienne, on en rencontre hors de l'entrée.

* Lampridius, Vi/a Heliogabali : dit utis sepulehris quae obsistebant.

232 LIVRE I. CH. V, TKANSFOkMATlON EXTÉRIEURE DE ROME. [N" 184.

poésie épigraphique de Damasc, d'autre part, nous parle de ces tombeaux chrétiens que noLS rencontrons à proximité des païens derrière Saint-Pierre. Il dît que pour éviter les infîltratiuns des eaux de la coilîne qui venaient troubler le sommeil des morts, il a établi des canaux et amené cette eau dans le baptistère de Saint-Pierre pour servir de source baptismale. Le canal de Damase existe encore et le lieu de sépulture auquel il fait allusion n'est autre chose que le Coemeterium VatUanum, le premier grand cimetière chrétien établi dans le voisinage du tombeau de l'apôtre '.

184. L'ancien cimetière chrétien du Vatican était situé derrière !a basilique, et se prolongeait jusque sur la pente de la colline. Son histoire fait passer sous nos yeux une série d'insignes monuments chrétiens des premiers âges, qu'on y a retrouvés '.

C'était d'abord la stèle funéraire de Lîcinia Amias, illustre témoin de la foi chrétienne r on y trouve les plu.s anciens signes usuels de la langue symbolique du christianisme, deux poissons, et entre eux l'ancre de l'espérance éternelle Au-dessus de ces sculptures on Ht en grec : " poisson des vivants ". Il y a là un frappant commentaire des symboles : ce poisson est le Christ représenté comme

L1VIANICAB.VS |R LIVlAEPRIMITlVAt *■ SORORl PECIT Q;V-AN*XXim-MVUn

Ki^'. 64. Sarcopluge de LîtU Priniitiv*.

le médiateur, comme l'espoir de la véritable vie. Le monument, du H^ siècle ou du III" à en juger par sa forme, bien que destiné au tombeau à ciel ouvert d'une chrétienne, peut être sorti d'un atelier païen 3.

Au même endroit on découvrit aussi l'important sarcophage de Livia Primîtiva, orné du poisson, de l'ancre et du bon Pasteur au milieu des agneaux

' C'est la poésie Citi^bant lalices.

Cf. Grisar, AnaltHa rotnaim, t. 1, p De Rossi, Inscr. ehrist., t. 11, part, i, p. 56, 349. 3SOi4"i liac\tt%r{^. Liber ponti/., K. 1, p. CXXii; Kraus, Roma so/termnea, 2' éd., p. 532. Sur l'aqueduc de Damase, cf. Lanciani, Acque e acquedotti, p. 26.

" Sur le Cotmeierium valicunum, qui subsistait au temps de Maffeo Vcgio (1406-1457), auteur du De Basilica Vaticana, cf. de Rossi, Inscr. christ., t. Il, part, i, p. 349; Kraus, Roma sntterranea, 1" éd., p. 531; Armellini, CimiUriy 2' éd., p. 528 et suiv. Mes Ana/e/?a, t. I, p. 87, fournissent un témoignage épigraphique des travaux qui y furent exécutés sous

Léon I". Sous la lettre / le plan d'Alfarano l'indique comme coemelerium fontii sanâi Pelri. Les indications topographiques et historiques de C, Ertws, Die Todestage der Apastel Pelrus und Paulus und ikrt rëiiùschtn Deiikmaler (Leipzig, 1899) appellent de , fortes corredlions ; voir ce qu'en dit Knelleî, Zeitschr. fur kath. Théologie, L XXV I { 1 90^ P- 351-3S4-

' Cf. les éclaircissements de Wilpert sur celte stèle remarquable par TlXerC ZÛXTÛS, dans ses Prinâpienfragen der chrisllichcn Archiioiogie {iS&q), p. 68 et suiv., en réponse à Schuitze, Achelis, etc. Le monument est photographié, iiid., pi. 1, n, 3.

(fig. 64). La symboliqueet la technique de ce monument le reportent également à l'époque préconstantinienne ■.

Du même lieu provient un sarcophage du musée du Latran.que sa faflure artistique et sa décoration antique, presque idyllique, obligent également à reporter à l'époque préconstantinienne '.

Cette riche mine du cimetière primitif du Vatican continue à livrer des monuments chrétiens. En 1890 on a mis au jour près du Vatican un sarcophage représentant Jonas entre deux pasteurs 3.

' Knas, Roma sûiierranea, p. 531; Atmcllini, Cimiteri, p. 531. Reproductions dans de Rossi, Bulietl. arch. crisl., 1870, pi. 5, et dans Wilpert, Principitnfragtn^pX. I. Le n. 1 de cette planche donne l'estampage des figures centrales.

' Carrucci, ArU criit., t. V, pi. 307, n. I. Cf. Ficker, Altckrisiliche Hildwerke des Lateraiis,

' De RosiitSulUu.

archeol. crisi,, iSgo,

234 LIVRE I. Cil. V. TKANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N" iSj.

I-a plus précieuse de ces découvertes est un sarcophage d'une faélure toute classique, au musée du Latran. Au milieu de scènes représentant le sacrifice d'Isaac et la condamnation du Christ, on y voit sur un bas relief l'aéle solennel de la " tradition de la loi " à Saint-Pierre (fig. 65)'. Au-dessus d'Uranus avec son voile de nuages trône le Sauveur dans la majesté céleste ; il donne au premier des apôtres le rouleau de la loi, c'est-à-dire les pleins pouvoirs pour gouverner son église. Pierre, représenté sous les traits d'un homme vigoureux, à la chevelure courte et crépue, avec toute sa barbe arrondie, reçoit le rouleau dans ses mains voilées, avec l'attitude d'un respectueux ctonnement Cette œuvre magnifique pourrait bien être de la première moitié du 1V*= siècle'.

Cette représentation du sarcophage du Latran, avec Uranus sous les pieds du Christ, rappelle les premiers mots du plus ancien catalogue des évêqucs romains qui nous soit parvenu. Le premier nom, celui de Pierre, y est rattaché au fait que le Christ quitta la terre pour s'élever au-dessus d'elle dans le ciel : " Après l'ascension du Seigneur, y lit-on, saint Pierre prit l'épiscopat et la succession s'établit, comme nous la décrivons ci-dessous avec les noms, les années et l'indication des empereurs "3.

Après ce coup d'œil jeté sur l'entourage immédiat du tombeau de S. Pierre et sur les importantes découvertes qui y ont été faites, c'est le tombeau luimême que nous devons examiner.

185. Dans l'époque préconstantînienne, à l'endroit même où l'on montre aujourd'hui la confession de S. Pierre, il y avait une crypte, dite memoria, bien connue et vénérée des chrétiens, peut-être analt^ue à un oratoire. La croyance s'était répandue partout avec une invincible force qu'elle cachait le corps du prince des apôtres. Pierre, disait la tradition de la communauté romaine, après avoir souffert à Rome le martyre, avait été enterré en ce lieu à côté de la voie cornélienne, comme saint Paul, son compagnon dans l'apostolat et dans le martyre, l'avait été près de la voie ostîenne ; plus tard on aurait aussi déposé dans la crypte de S. Pierre les restes des premiers évéques romains. De ce lieu de sépulture parlent avec quelques détails deux documents qui, sans appartenir à une époque bien ancienne, méritent par leur contenu la plus haute attention. Le plus ancien guide des pèlerins qui nous a été conservé porte en tête des sanctuaires dont il parle cette mention : " Tout d'abord Pierre. Il repose à l'est do la ville, sur la voie Cornélienne, au premier mille. Au même endroit reposent ses

p. 21. La découverte aélé faile près de la Porta Angelica aujourd'hui disparue. Lipsius {Apokr/p/ie Aposlel^eschichlen, t. II, part. 1, p. 403), en se référant à C. Erbes, Dos Aller d£r Gràèer und Kircheit des Paulus und Pelrus in Kom,n>.\ t. VII (1884-1885) de la Keitschyiftfiir KirchengeschiehU, p.i etsuiv., considère comme "incontestable" {ausgemachi) qtic ce cimelitre préconsianlinieu n'a pa; esisié.

' i'hotographic d'Alinari à Rome.

" Gamicci, Arte criil., X. V, pi. 323, fig. 4-6. Cf, Ficker, çuo supra, p. 117 et suiv. Sur l'importance de la scène de la tradition à Saint- Pierre du rouleau i^Doininus Ugetn dai).

cf. de Rossi, JiulUlt. arckeol. cris/., 1S6Ï. p. 39 et suiv.; 1887, p. 23 et suiv. Sm les divers sens de legem dai, cf. Gamicci, ArU crist, t. I, p. 39s; ibid., t VI, p. 105 et t. I, p. Z04 (fi propos de la lampe de Valerius; ci-dessus p. 52); sur l'application à S. Pierre de la foimule, «ïirf., '• '. p. 43' et l, V, p. 70; et t. I, p. 217 et 336. Voir encore de Waal, dans la Realencyklcpadie dtr christ. Alterthumer, de Kraus.

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