II, p
^ Calalogus liéfrianits, ià. Duchesnc, au l. I, p. 3 du Liber ponlif. Post atcensumtixi ( Chrisli) beaiissimus Pelrus episeopaium suscepil, etc.
successeurs {ùonlificalis ordo), à l'exception de quelques-uns, dans des tombeaux particulier!) '. "
L'auteur du Liber pontifiealis est le représentant de la même conviflîon traditionnelle, quand il nous dit que l'ierre a été enseveli au Vatican, à proximité du cirque de Néron. Et il poursuit, parlant sans doute eu témoin oculaire, puisqu'il pouvait encore voir ces tombeaux : Lin, le premier successeur de Pierre, a été enseveli "près de son corps au Vatican "; Anaclet, le second successeur, a établi la " memoria " du bienheureux Pierre et d'autres emplacements pour la déposition de ses successeurs. Il rappelle dans son chapitre .sur le pape Corneille les " corps des saints évéques ", qui reposent autour du prince des apôtres \
Les observations topc^raphiques présentées ci-dessus, les découvertes faites sur la route sépulcrale qui traverse l'atrium et la basilique de Saint-Pierre, nous mettent en mesure de désigner comme la place probable de la memoria du Vatican le côté droit de la voie Cornélienne, au point où longeant la longue muraille septentrionale du cirque de Néron, elle vient d'en dépasser le milieu. C'est là un résultat si assuré que le plus émincnt des topographes actuels de Rome,Kodoiro L^nciani,a pu parler d'une /nt^R^w^n/fi/ ^'/V/^/tir^ pour ta tradition historique du tombeau de S. Pierre 3.
Cependant poursuivons, guidés par l'histoire, l'examen des plus anciens témoignages qui parlent du tombeau ou de l'œuvre et de la fin glorieuse de S. Pierre à Rome.
186. Vers la fin du second siècle, un prêtre romain du nom de Galus défendait contre le montanistc phrygien Proclus divers points de la doctrine religieuse. En preuve du respeft avec lequel il fallait accueillir en matière doctrinale la tradition romaine, il rappelait les apôtres S. Pierre et S. Paul qui avaient travaillé dans cette église et, après une mort glorieuse, y avaient laissé leurs tombeaux comme des trophées de viftoire. " Si tu te rends, dit-il, au Vatican ou sur la route d'Ostie, tu y rencontreras les trophées victorieux des fondateurs de cette église. " L'écrit de Gains est perdu, mais Eusèbe en avait sous les yeux un exemplaire, complet ou non, quand il rédigeait son liistotre ecclésiastique ; et le contexte lui faisait identifier sans plus l'expression « trophées victorieux ^ avec les tombeaux 4.
Dès le second siècle, il était universellement connu en Grèce et dans
■ Itinéraire du VIP siècle, dans de Rossi, Roma sollerr., X. I,p. 141, 182.
■ Liber fionti/., t. 1, p. 118 {Pitrus, % 1); p. 125 (AnacUtui, § 5) : Hic mcmoriam brait Pétri conslruxit et conpesuit ... seu alla loca «M episcopi recondcrentur sepullurae; p. 150 (Cerneliiis % 22); éd. Mommsen, p. 4, 8, 29.
' Lanciani, Pagan ami chriitiait Rome, p. 1 2 j ; * ÎHust me coiisider the mail as laboring undtr a delusicn, or as conspiriiig in the commission ofa giganlic frauiii el plus loin : There is no event of Ike impérial âge and of impérial Rome, wlUch is attesled by so many noble siruHures, ail of wkick poiiU to ihe
same conclusion — the présence and exécution of the iiposlles in Ihe capital of the empire. P. 123 : For ihe archaolo^ist Ihe présence and exécution of SS. Peter ami Paulin Rome arc /ails eslabiis/ied beyond a shadow of doubt by purely montirnental évidence. Sur la réalité du tombeau de S. Pierre, cf. l'ouvrage de Barnes cité ci-dessus, et Hist, J<ihrbiich, I. XXII (1901), p. 167.
' Easèbe, Hisl. eccles.. 1. II, e. 25. Sur le sens de Tpoitiia, cf. FI. Riess au t. l (1872) des Stimuien aus Maria Laaeh, p. 461 et suiv., 465. Voir aussi l'article de Zislerer ; Ihe Apostelgrdbernach Gains, dans la 2'keol.
Quarlaùchrifl de Tubingue, 1892, ^c. 1.
l'Orient chrétien que S. Pierre avait été à Rome le fondateur de la communauté chrétienne. Aux environs de 170 nous avons sur ce point le témoignage du fameux évéque de Corinthe, Denys. Il rappelle le voyage à Rome entrepris en commun par S. Pierre et S, Paul et nomme l'église de ce lieu une plantation faite par eux'. S. Ignace d'Antiochc en Syrie écrit aux chrétiens de Rome pour leur annoncer son arrivée et celle d'autres confesseurs de la foi condamnés à mort, et il leur donne des avis et des avertissements : " mais, dit-il, je ne vous commande pas comme Pierre et Paul; c'étaient des apôtres, je ne suis qu'un prisonnier du Christ. " Il suppose comme un fait présent à toutes les mémoires que Pierre et Paul ont personnellement dirigé les fidèles de Rome'. Ce n'est que plus de quinze cents ans plus tard qu'on est venu déclarer que c'était là une l^ende.
On comprend aisément tout l'intérêt historique qui s'attache à des déclarations comme celle-là qui supposent un fait universellement connu sans que l'auteur trahisse le moindre besoin de les confirmer ou même de les exprimer d'une manière plus circonstanciée. Ignace d'Antiochc florissait sous l'empereur Trajan {98-117). Mais auparavant déjà, du temps de Domitien (81-96). nous possédons une affirmation analogue et qui suppose simplement le même fait : S. Clément de Rome exalte la vertu et l'abnégation des apôtres Pierre et Paul; il les associe, sans aucune distinfïion de temps ou de lieu, aux victimes de la persécution de Néron "qui ont donné parmi nous" — c'est-à-dire visiblement à Rome, dans la ville oti il écrit — " un magnifique exemples. "
Irénée, évêque de Lyon, natif de l'Asie mineure, connaissait à la fois les traditions de l'Orient et celles de la Gaule, sa seconde patrie; il avait fait le voyage de Rome pour se mieux informer du passé de cette église et de la liste de ses pasteurs. Dans son traité contre les hérésies, il rattache en divers passages aux apôtres Pierre et Paul les débuts de l'église romaine ; ce sont eux qui l'ont " fondée et instituée, " dit-il en propres termes; ils y ont établi la tradition apostolique; c'est par eux que la série de leurs successeurs a le pouvoir suprême; les évèques de Rome gouvernent donc "l'église la plus grande, la plus ancienne, la plus célèbre 4. "
Tertullien le Carthaginois, un autre curieux des traditions anciennes, est à la fin déjà du 11= siècle et nous introduit dans le ni<=. Lui aussi, dans les voyages qu'il entreprit, avait comparé les traditions de sa patrie aux traditions romaines ; lui aussi se sert de la succession épiscopale à Rome et de l'établissement de ce siège par S. Pierre pour imposer silence aux hérétiques, 11 n'a aucun souci de voir ces derniers opposer des objeftions au séjour de S. Pierre à Rome. C'est encore lui qui parle avec précision du mode de mort de l'apôtre, le crucifiement, et de la date, l'époque de Néron. " C'est Néron le premier, dit-il, qui a ensanglanté la foi naissante " ; c'est alors que Pierre fut " ceint par un autre '\ suivant la parole du Christ, lorsqu'il fut attaché à la croix; c'est alors que Paul a conquis le droit de cité romaine au plus haut sens du mot, lorsqu'il y reçut une nouvelle vie par son sublime martyre... Oh! combien est heureuse cette église.
' EusÈbe, ffis/. ceci., t. II, c. 25.
" Ad Romaaos, e. 4.
3S.Clément,ylrfCor(>;/>4iW,c,s,6.Cf,Probst, Der Katholik, 187a, t. 11, p. 658; Ricss, quo supra, p. 471; Hiteenfeld, Zeitschrifl fiir
chajïl. Theoiogie, 1877, p. 486 et suiv.j Gï\iAT, ZeitscÀri/l fiir kath. TTuologie, 1S78, p. 307 et suiv,
' Adversus haïr., I. III, c. 1, 3; Eusèbe, Hist. ceci., 1- V, c. 6, 8.
N" l86.] XI. LE TOMBEAU DE S. PIERRE. 237
OÙ les martyrs ont versé avec leur sang la plénitude de la dofirine, où Pierre est devenu semblable à son maître par son genre de mort (le crucifiement), où Paul a conquis la couronne de Jean (Baptiste, en mourant par le glaive) '.
De bonne heure aussi les apocryphes ont eu connaissance de la mort à Rome de S. Pierre. Le texte grec original récemment retrouvé de l'ascension apocryphe d'Isalc nous a appris qu'il y est question de la remise de Pierre aux mains de Néron. Dillmann attribue le passage au 11^ siècle, Harnack à la première moitié du III".
A la lumière de tous ces témoignages, on comprend cette expression de la première épître de S. Pierre, qui sert à déterminer le lieu où elle a été composée : " L'église élue qui est à Babylone vous salue, ainsi que Marc mon fils "3. Dans le langage symbolique cher aux Juifs, l'apôtre désigne le lieu de son séjour, Rome, sous le nom de Babylone, la ville de l'abomination et de la confusion. C'est bien Rome la ville où, d'après Tacite4, " viennent se mêler et se confondre tous les crimes et toutes les hontes de la terre. " D'ailleurs cette explication du nom choisi par S. Pierre n'est pas une nouveauté; déjà Eusèbe nous la montre sous la garantie d'une vieille autorité, celle de l'évêque de Hiérapolis Fapias, homme, on le sait, qui se trouve au seuil de l'âge apostoliques. C'est la même autorité de Papias qu'Eusèbe invoque pour établir que S. Marc a écrit son évangile à Rome, sous la direction de S. Pierre*.
C'est donc de la tradition même de ceux qui ont connu les apôtres ou leurs disciples que s'établit cette certitude heureuse, simple, qui domine au IV= et au V^ siècle toutes les pensées, tous les sentiments de l'église romaine, de la fondation de cette église par S. Pierre et de la possession par elle du tombeau de l'apôtre. C'est au centre de l'Etat païen étranger à Dieu, — et combien l'on pouvait admirer ici les voies de la Providence, — c'est dans cette Babylone de la corruption morale et de la perversion Intel leifiuel le, qu'il fallait que mourût le premier des apôtres, pour que de là la force divine pût régénérer le monde. Le tombeau de Pierre devait demeurer dans ce terrain profané comme un germe du plus sublime avenir; la situation extérieure de Rome, dans les plans de Dieu, devait faciliter la construflion de l'Église sur Pierre, l'inébranlable rocher.
" Le bienheureux Pierre, le premier dans l'ordre des apôtres, dit Léon le Grand au peuple romain, fut envoyé dans cette forteresse de l'Empire romain pour que la lumière de la vérité destinée au salut de tous les peuples de la terre, pût de la tête du monde se répandre plus efllîcacement par tout le corps?. "
Le privilège d'honneur échu à la ville de Rome par le martyre des deux apôtres, inspire à une hymne ancienne ces effusions poétiques sur S. Pierre et
■ Scorpiace, e. I s ; OrUnlem fidem pritnu! cf. Harnack, Sitzungbcrickte de Tac. de Ber-
Nero cnienlavit, etc.; De praescript., e. 36 : lin, 1" nov. IQOO, p. 985; et Zeilschr. fur
Habes Rontam, unde iiobis quoque\\. c. Afri- kath. Thtologte, t. XXV (1901), p. S^S- Sur
eaè) aufJorilas pratsio est. hia guain felix d'autres apocryphes et parliculiÈrement sur
eccUiia, eut lotaiit daHrinam apostoli eum les faux aifles de S, Pierre, voir ci-dessous
sangtiint suo profuderiinl, etc.; Advenus § 189 et suiv.
Marcion., I. IV, c. 5. 3 C. V, v. 13.
' Le texte ffrec a été publié par Grenffel | * Annales,\. XV, c. 44.
et Hunt {The Amhirst papyri, part. I, Lon- | ' Hisl. eccl., I. Il, C. 15.
don, 1900), d'après un papyrus réceinment i ' /Wrf., 1. VI, c. 14, d'après une citation de
retrouvé sur le passage en question : xai tûv 1 Papias faite par S. Clément d'Alexandrie.
âcoâEXB [,,.] Toïc jiEjwiv oOitiû ïtapaî«6^i£Tai, I ' Sermo I de Ss. Apostolis.
238 LIVRE I. CAP. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N° iS/.
S. Paul : " O bienheureuse Rome, consacrée par le sang glorieux des deux princes! Ce sang est la pourpre royale qui t'élève seule au-dessus de toutes les splendeurs du monde ' ! "
187. Il était impossible qu'un fait comme le séjour et l'aélion de l'apôtre Pierre à Rome passât sans laisser de traces dans l'histoire de la communauté romaine, sans qu'il en demeurftt chez les chrétiens qui reconnaissaient Pierre pour le fondateur de leur église, des souvenirs locaux, des traditions attachées à des monuments, indépendamment même de la sépulture. Mais dans le cours des âges des traditions suspeftes se sont naturellement mêlées aux traditions authentiques. Dès là que la pensée du peuple s'empare d'un objet avec vivacité, le cours des traditions locales est de tout temps exposé à l'afflux de scones impures. Il est souvent difficile de passer au crible les traditions des églises particulières de Rome qui, dès le plus haut moyen Age souvent, prétendaient posséder des souvenirs du prince des apôtres ; c'est un travail presque aussi impossible que celui qui consisterait à dégager complètement le noyau primitif des relations apocryphes sur le rôle et la passion de S. Pierre à Rome. Déjà nous avons dfl noter plus d'une légende comme pleine d'incertitudes ou de contradiftions, celles par exemple qui ont trait à la lutte de S. Pierre avec Simon le Magicien sur le Forum, ou à la prison mamertine.
Mais il y a dans la tradition locale d'autres traits, ceux notamment qui se rattachent à des monuments, dont on peut dire qu'ils sont en gros du moins et dans une certaine mesure la preuve et la confirmation du fait connu par ailleurs du séjour de S. Pierre à Rome. On peut rappeler par exemple que le cimetière Ostrien à Rome est appelé au W'= sihcXt ad Nymphas S. Pétri, parce que c'est !à que S. Pierre aurait administré ie baptême ; au Vl= siècle on y vénérait une cathedra, " le premier siège sur lequel se soit assis S. Pierre (sedes ubiprius sedit san^us Petrus)"';dès le V* siècle et même avant on célébrait une fête de la chaire de S. Pierre au Vatican, comme fête de l'institution de la primatîe de l'apôtre, et une tradition ininterrompue affirmait la croyance à la possession de la chaire matérielle de Pierre, qui servait à l'intronisation des papes3; l'église afluelle de Saînte-Pudentienne occupe l'emplacement attribué à la maison du sénateur Pudens, qui aurait offert l'hospitalité à l'apôtre *; de même l'Aventin d'après une antique tradition posséderait la demeure d'Aquilas et de Prisque, chez qui .se serait trouvé S. Pierre; la fréquence du nom de Pierre porté par les chrétiens des premiers temps dans la catacombc de Ste Priscille, et exclusi-
' O felix Roma, etc., la strophe connue de ("hymme Décora lux, que l'office romain contient pour 1.1 fête de S. Pierre et de S. Paul. C\iV:' \»\\cx,Repertorium kymnolo^icum, i. 1 {1S91) p. 258. L'hymne est attribuée \ la poétesse Helpis, femme de Uoèce, mais la strophe O Roma felix manque dans la rédaflion primitive.
- Les acies du pseudo-Marcellus mentionnent déjà le lieu ad nymphas beati Pétri ubi bafttititbal. Sur les nouvelles recherches concernant le ccemelerium osirianum, cf.
iXuoTO bullelt. arch. erht., 1901. L'envoyé de Théodelinde, Jean, prit entre autres choses à Rome de l'huile d'une lampe du cimetière
qui brûlait devant la sedes ubi prius sedit saifélus Petrus. Ce sont les termes des fameux papyrus du trésor de Monza.
I De Rossi, /?«//. arc^. crist , 1867, p, jj et suiv. i Duchesne, Oriff. du culte cAr/tiett, 2' éd., p. 268, n. 3; Kellner, Heorlologie (Freiburg, i90z.),p. 173 et suiv.; Kraus,/?0f)fii jo//*rr., 2* éd., îi l'appendice; Stevenson, dans la RealencyklopHdie der chriill. AlterWmer de Kraus, article Cathedra.
' De Rossi, Butlell. arch. cris/., 1S67, p. 46 et suiv.; Musaici, fasc. I3'14; Duchesne, Liber potttif-, t. I, p. 133, et p 517, n. 45 sur le titulus i'. Priicie.
No 188.] XL LE TOMBEAU DE S. PIERRE. 239
vement dans celle-là, rend très dignes d'attention les légendes sur les relations de Pierre et de Prisque.qui se rattachent à cette catacombe'; enfin la conservation d'un type assez constant pour tant de représentations figurées des apôtres Pierre et Paul, si fréquentes de bonne heure à Rome, concordent parfaitement avec le fait du séjour de l'apôtre dans cette ville. Que i'on considère entre autres la grande médaille antique du musée du Vatican, trouvée à Rome et que l'on est fondé à croire du commencement du III' ou de la fin du II* siècle, bien que l'antiquité en ait été contestée sans raison (fig. 66, cf. le type devenu conventionnel de la fig, 67). Aucune autre ville, on l'a fait remarquer, n'a conservé de même les portraits des princes des apôtres ».
Fig. 66. Pierre (A) et Paul (B).
La plus ancienne médaille du Vatican.
L'on aura beau n'accorder à ces considérations historiques et k ces traditions qu'une valeur relative, et faire sur leur exaflitude intrinsèque les réserves les plus formelles, nous n'en devons pas moins appliquer à leur ensemble la parole de l'archéologue de Rossi sur le séjour de Pierre à Rome : " L'accord sî constant des données hî.storîques avec la voix des monuments ne saurait être ici l'effet du hasard; c'est bien plutôt un gage d'authenticité pour les monuments et pour les récits de l'histoire 3 ".
188. De Rossi attachait avec raison une importance particulière à une tradition monumentale sur les apôtres Pierre et Paul, dont il n'a pas encore été question ici. On vénérait dans l'antiquité le lieu consacré où, d'après la tradition, les corps des apôtres Pierre et Paul avaient été cachés pendant quelque temps à l'époque préconstantinienne; c'était dans le sanfluaîre de la Platonia sur la voie appienne ad Calacumbas; l'emplacement en est encore marqué aujourd'hui par l'église de Saint- Sébastien.
' Ue Rossi, Bull. arch. crisl., 1884, p. 77 sckrift, 1888, p. 130; Kraus, Rama i<4/err.,
et suiv.; Armellini, Cimiteri, 2' éd., p. 224 , p. 335 etsuiv.; Gesck. derchristt. KunsI, t. I,
et suiv. I p. 193 et suiv. Les fig. 66 et 67 sont deux pho-
' De Rossi, Bull. arch. iris/., 1864, p. 81; ' tographies non retouchées. Cf. fig. 53. 1887, pi. 10; Amiellini, RStniseht Quarial- ^ Bull. arch. crût., 1864, p. 81.
Déjà le calendrier filocalien de 336 nomme au 29 juin, à la fête des deux apôtres, la station qui se fait en cet endroit comme au Vatican et à la voie Ostienne. Une hymne du IV* siècle célèbre cette fête en même temps que celle des deux autres églises. Nous possédons encore le texte de l'inscription métrique faite par Damasc pour cette fameuse et vénérée cachette apostolique; il y annonce aux visiteurs que S. Pierre et S. Paul y ont demeuré dans leurs tombeaux et que Rome les a protégés comme ses concitoyens. C'est à Damasc que l'on doit la construftion de l'église qui gardait ce vénérable souvenir; le nom primitif n'en était pas Saint- Sébastien, mais " église des apôtres ", nom qui avait visiblement sa raison d'être dans les deux tombeaux que l'on y possédait. Le caveau oii étaient déposés les apôtres devait vraisemblablement se trouver au centre de la basilique damasienne et non pas dans la chambre ou ce/ie funéraire y contîguë qu'une tradition relativement moderne désigne comme l'entrée du caveau '.
Au reste, comme on le voit dans les écrits de S, Grégoire le Grand, dès le VI* siècle la légende s'était emparée de ce lieu célèbre par une fausse interprétation de l'inscription de Damase; nous entendons parler de la légende relative à une tentative d'enlèvement des corps des apôtres par des messagers orientaux; mais elle n'ajoute rien à la substance de la tradition authentique, et l'on ferait peut-être mieux de la prendre dans la simplicité de son état primitif que d'essayer de déterminer le lieu, la cause et la durée de cette mise en sûreté des corps des apôtres en tirant de ce texte de Grégoire des hypothèses et des conclusions, pour lesquelles manquent les points d'appui nécessaires'.
L'on devrait se montrer plus sévère encore vîs-à-vis des écrits apocryphes qui se sont occupés de l'histoire des princes des apôtres à Rome. Il ne faut pourtant pas les rejeter complètement, car ils offrent parfois quelque utilité; dans notre cas ils nous ont rourni quelques données topographiques sur le tombeau et le lieu du martyre de S. Pierre; et ce n'est que pour des indications de ce genre que nous pourrions les employer ici : car dans les apocryphes se sont égarés bien des souvenirs topographiques, qui ont leur valeur; ce sont choses qu'il n'était guère facile d'inventer; ce sont au contraire les traditions locales qui ont fourni le premier aliment aux fables 3.
189. De très bonne heure les apociyphes parlent d'un térébinthc près duquel aurait été enseveli S. Pierre. A ce titre et comme marque du tombeau le grand arbre eut désormais sa place dans la plupart des notices postérieures. La première mention du térébinthe, comme d'un arbre se trouvant près du Heu de la déposition, se rencontre dans le pseudo- Marcel, qui remania au I V« siècle
■ De Wanl, Die Aposlel^ruft ad Catacum- | de Rossi, Inscr. christ., t, II, part. I, p. 32 et
bas, line historisch-arehàologiiche Untcrsu- 1 dans Ihm,Z>'(/«ii«'£^»;fm/H/nfl/(i(l89S),p.3''
chung auf Grund der niueiUn Ausgraban- I II semble que la Piatonia, derrière S. Sébas-
gtn (1894); Grisar, dans la Civil/à cattolica, | lien, que l'on regardait jusqu'ici comme le ca-
1894, t. Il, p. 460 et suiv.; Romiiche Quai- veau en question, ailëlé plutôt iemausolée de
tahchrifl, 189s, p. 40Ç-461. Cf Duclicsne, ' S. Quirin, dont l'inscription y est conservée.
IJber ^ntificatis, t. I, introduit ion, p. CIV. 1 "Grégoire le Grand, Regislr., IV, 3o;C("i-
L'inscription de Unmase: Hic habilasse priui ' s/anlinae Aiigustiuj Jaffé, 2' éd., n. 1303.
ian/loscagnflsctredebes\ Nomina quisqiie Pe- , *Sur les autres apocryphes de S. Pierre
tri pariter Paulique reguiris ... \ Rotiia suas ' et la liltér.nturc apparentée, cf. Bardenhcwer,
potius meruit defendere cives, se trouve dans [ Palrologie, 2' éd., p. 87 et suiv.
les aftes apocryphes de Pierre du pseudo-Lin. Il est certainement remarquable que précisément dans cette région Pline l'Ancien, au ch. XVII de son Histoire naturelle, cite un chêne colossal, comme une curiosité pour sa grandeur et sa magnificence. On se sent incliné à croire — et cette opinion a été en effet exprimée, — que l'arbre de Pline s'identifie avec celui du tombeau de Pierre. La tradition du térébinthe subît au moyen âge un sort tout particulier. Le haut monument funéraire, du quartier du Vatican et d'origine païenne, que les Mirabilia appellent Tyburtinttm Neronis, se transforma en terebttttkus Neronis et l'arbre de la tradition devint un monument de pierre. La croyance erronée se répandit que les anciens avaient établi un lien entre ce monument, le martyre et le tombeau de saint Pierre, et l'on en vint à le figurer dans les représentations du martyre de l'apôtre, alors qu'en réalité il était assez loin du théâtre de la passion '.
Les relations apocryphes contiennent une autre indication intéressante sur le lieu du martyre et par conséquent du tombeau de saint Pierre : "au Heu dit la Naumachie, près de l'obélisque de Néron, sur la montagne". C'est une indication que nous devons considérer comme d'autant plus juste et exafte, que l'obélisque était celui du cirque de Néron, que par la naumachie il faut entendre le cirque lui-même, et par la montagne le Vatican^.
Comme S. Pierre a été crucifié dans le cirque de Néron, l'obélisque, qui était juste au milieu de la spina et qui a traversé les siècles témoin de tant d'événements, eut jadis immédiatement i ses pieds le spcfbkcle sanglant du martyre de l'apôtre dont la basilique devait plus tard emprunter cet obélisque pour orner sa place. Au milieu du cirque, près de l'obélisque, un oratoire aura rappelé au moyen âge le martyre de Pierre; encore debout sons Innocent III, il disparut par la suite. Peut-être a-t-on quelque droit de considérer un autel de la basilique aflucllc comme une continuation de cet oratoire et de ses souvenirs; c'est l'autel du crucifiement de S. Pierre, au transept sud, au point le plus voisin du centre du cirques.
D'après ce qui précède, le tombeau de S. Pierre aurait été tout près du lieu du crucifiement. L'accomplissement du martyre dans le cirque est en fait confirmé par d'autres témoignages indépendants du cycle des apocryphes. L'auteur du Liber pontificalis (vers 530) reproduit avec netteté la croyance de son époque sur l'exécution de S. Pierre " iuxta palatium Neronianum in Vaticanum " *,
■ On a du pseudo- Marcel des éditions de Fiorentini ( Vttustius martyrologiuni), de Tischendorf et surtout lie Siudemund et de Lipsius. Cf. Lipsius, Apokryphe Apostel^esckichten, t. Il, part. T, p. 304, 391, 400. D'après le pseudo- Marcel, Pierre a él^ enterré, aussitôt après son crucifiement, dans la Naumachie :
sué UrebitUkum iuxta naumackiam, in locunt qui appellalur vaiicanus. — Pline, Hist. nai., 1. .XVI I, c. 44: sur l'identification du chêne de Pline av. le tërëbinthe, cf. Erbes, ZeiUckrift fUr Kirckengtsckickle, t. VII (1884-5), P- i'. cl Lipsius, quo supra, p. 391. Sur U terebintkus Neronis, cf. ci-dessus p. aij ; de Rossi, Inscr. christ., I. II, part. I, p, 220, n. 105.
' Cf. la Passio Pitri du pseudo-Lin, dans Hist. de Rome. — 16
Lipsius, Apokryphe AposUlgeschickten, t. II, part. I, p. 400; déjà publiée dans la Bibl.
pairum de Lyon, t. II, p. 67 et suiv.
3 C'est de Rossi qui m'a communiqué autrefois le renseignement lelatifà l'oiatoire de S. Pierre sans me citer sa source. Les anciens écrivains qui parlent de Saint-Pierre ne mentionnent pas l'autel du crucifiement, peut-être parce qu'ils en mcconnaissent l'importance, sous l'influence de l'opinion qui au moyen âge situait lecrucifiement dans le quartier du Vatican près de Sainte-Marie Traspontine, entre les deux tombeaux païens {iitler duos irie/as).
' T. I. p. 118, Petrus, § 1 : SepuHus iuxia locum ubi crucifixus est, iuxta palatium, etc. {iA. Mommsen, p. 4).
242 LIVRE I. Cil. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N" 189.
" in montem aureum in Vaiicanum palatii Neroniani " '. Suivant la manière. de parler de l'époque, l'expression " palais de Néron " désigne le cirque, et la " montagne d'or " était le nom qu'avait valu au penchant de la colline vaticane son sable doré.
Jusqu'ici nous ne nous sommes occupés que de la tradition primitive. Mais tant au début qu'à la fin du moyen âge la tradition a subi des modifications dort il faut tenir compte, relativement au lieu du crucifiement de Pierre.
Le moyen âge garda vivant le souvenir de la naumachie sise dans le quartier du Vatican. La construftion semble s'être conservée longtemps sous sa forme antique, tandis que le cirque de Néron n'offrait plus à l'œil l'aspeft d'un cirque. L'habitude de désigner sous le nom de la naumachie une grande partie de la cité léonine jusqu'au château Saint- Ange fit transporter dans cette région le lieu d'exécution de l'apôtre que d'antiques renseignements situaient dans la naumachie. En outre l'expression d'Obélisque de Mcron, qui dans une tradition également ancienne servait à déterminer le lieu du crucifiement, était tombée de l'usage courant; on ne nomma plus l'obélisque que columna major, puis agulia (l'aiguille). C'est ainsi que se forma l'opinion que le martyre de Pierre avait eu lieu près d'un haut monument et l'on en vint à désigner comme l'endroit du supplice le voisinage de Sainte-Marie Traspontinc, où se trouvait ce tombeau païen qui devait rivaliser de hauteur avec le château Saint-Ange. L'ignorance de l'époque lui attribua le nom qu'il porte dans les Mirabilia de Tcrebinthus ou Tyburtinus Neronis; et l'Ordo du chanoine Benoît désigne précisément le tombeau sous le nom A'Oèelisais Neronis^.
Un peu plus loin du côté de Saint-Pierre se trouvait la Meta Roniuli. tombeau païen en forme de puissante pyramide. On raconta que S. Pierre avait été crucifié entre les deux tombeaux inler duas metas. Cette erreur régna du Xil= siècle au moins jusqu'au XlV^a.
Un autre témoignage du vénérable passé, le Liber pontificalis sans cesse consulté, citait parmi les points topographiques servant à déterminer le lieu où mourut Pierre, la montagne d'or, mons aurens. Ce nom fut le prétexte d'une autre altération de la tradition. II y avait sur les hauteurs du Janicule un oratoire de Saint-Pierre, dont on trouve la trace depuis le pontificat de Grégoire X (1272-1276). Comme on réserva de plus en plus au Janicule avec ses sables d'or le nom de Mons aureus (Montorio), il arriva que peu à peu cet oratoire tira à soi la tradition du crucifiement. Sa position romanesque au-dessus de la ville n'y contribua pas moins que le respeft que lui attirait le puissant patronage des rois d'Espagne, auxquels il fut soumis dès 1472, après être tombé aux mains des Franciscains. Aujourd'hui encore l'opinion populaire à Rome croit que c'est là-haut, à la face de Rome entière que l'apôtre accomplit .son sacrifice. Le joli temple, construit par Bramante près de l'église remaniée, ne suflfira pas avec sa beauté classique et l'effet qu'il produit sur l'imagination, à fortifier l'erreur.
Dès l'époque où elle s'établît et au temps même de sa domination, la nou-
' /6iii.,<,.\,^.i$o,Coriielius,%z2(iA.tJ[oTam- 1 sépukrum Romiili, asandil ad Vaiicanum sen, p. 29). ' Pctrus Mallius au Xll' siècle dit a«c
- Mijjne, P. L., t. L.XXVllI, col, 1033, , assurance du tombeau qu'on nommait i*rên. 16; col. 1045, n. 50. La procession du pape biijthe : Itixfti hoc aedifictum crucifix as f "il arrive au casteiliim Adriani; proficiscens anle heatus Pclrus. De tiasil. Valic. dans de Rossi,
obilisciim Neronis intrut per policum iuxia I Inscr, christ., t. II, part. I, p. 220^ n. 105.
velle opinion fut combattue par les ^rudits, tandis que d'autres s'efforçaient d'en faire une possibilité archéologique. L'humaniste MafTeo Vegio (1406-1457) est encore un partisan décidé du martyre dans la région vaticane; mais il admet la possibilité d'appliquer au Janicuie et à son oratoire, outre le mons aureus, l'expression inter duos metas qu'il regarde comme l'expression de la tradition, parce que les deux meiae pourraient désigner la meta Romuli dans le quartier léonin et la meta Rémi près de la porte d'Ostie, et parce que la ligne qui les réunit passe direflement sur le Janicuie, en sorte que l'oratoire se trouve entre les deux metae^. Peu après Vegio, le savant Flavîo Biondo, dans sa Roma restaurata, tient encore pour la tradition vaticane, au sens large, mais il dit : " C'est un bruit commun que Pierre est mort au térébinthe entre les deux metae, sans qu'on puisse savoir quel est ce Heu"." Au contraire, dans ses notes manuscrites, aux archives de ta basilique de Saint-Pierre (Cod, 5 G), Pictro Alfarano combat avec les meilleures raisons l'opinion nouvelle relative au Janicuie. Il se réfère à Giulio Ercolano, qui, peu avant lui, s'était occupé des antiquités de la basilique vaticane. Il est assez remarqiiable que tous deux rapportent l'expression courante inter duas mêlas aux deux metae du cirque de Néron, c'est-à-dire aux bornes élevées aux deux extrémités de la spina, autour desquelles devaient courir les chars et pour lesquelles l'expression de metae était courante dans l'antiquité classique mais non au moyen âge. Panvinio et Bosio se décidaient encore pour la région de Saint-Pierre, tandis que Baronius, se laissant ici comme souvent influencer par les traditions religieuses de son époque, fit a£le de conservatisme en acceptant le Janicuie, au lieu qu'un sens vraiment conservateur aurait dû le ramener à la plus ancienne tradition. Baronius entraîna longtemps l'opinion et Giovanni Sevcrano, si versé dans les choses romaines, dépend encore de lui. Cependant Severano laisse du moins le choix au lefteur entre le Vatican et le Janicuie, n'ignorant pas qu'avant lui de graves autorités se sont décidées en faveur du Vatican ou de ses environs 3.
Après Severano, Filippo Lorenzo Dionisî, entre autres, dans son consciencieux ouvrage sur les antiquités de Saint-Pierre, a cherché à remettre en valeur la tradition antique et primitive, citant à l'appui beaucoup de noms et de raisons 4.
190. Bien que la légende par ses additions et ses modifications ait obscurci à plaisir la question, le fait même de la présence à Rome du tombeau de saint Pierre, établi dans la pleine lumière des sources primitives, demeure incontestable.
Une école, issue du protestantisme, n'en fit pas moins pendant longtemps une opposition doflrinale à la tradition. Gregorovius s'en fait l'écho dans son
' Mafiéo Vegio, dans les Aéla Sandor.
Bail., t. VI, part. I, de juin, ^/u/»'/, p. 6.^*.
" Rûma reslauraia, 1. I, c. 45 : Essemla un coinmuitt grido eU egli {S, Pittro) fu inorto al terebinto fra le due mete, non si pub questo luogo quai fosse sapersi.
' Se/te Mise, p. 19.
' De crypiis vnticanis, éd. Sarli, p. 194 et sv. toute une série de noms respe^ables. Les nouveaux écrits de MgrJ. B. Lugati en faveur
du Vatican {Le lieu du crucifiement, 1898; // Ciaiiicûle, luogo, etc., 1900) ne me semblent pas convaincants. Dans le mémoire déjà cite lie 1902 : Vaticana, Mgr Ducliesne suit bien la marche de l'ancienne tradition. Cf. aussi Marucchi, Basiliques, p. ^\-^^.
Cet auteur a eu raison de rétablir, dans notre question, les anciens témoins, en face des i dans les traditions qui ne peuvent dommage.
Histoire de Rome quand il dit : " L'histoire ne sait rien de la présence à Rome de l'apôtre Pierre ". Et il croit pouvoir nommer S. Pierre le " fondateur légendaire de la communauté romaine'' '.
On connaît le résultat de la dernière et plus considérable tentative de la critique négative contre la tradition romaine. Adalbert Lipsius, marchant en partie sur les traces de Baur et de l'école de Tubingue, utilisant les anciens apocryphes relatifs à S. Pierre et tirant parti des additions faites par la légende à la tradition, prétendit faire évanouir celle-ci dans les fumées de celle-là. Avec une rare ténacité, mais avec autant, sinon plus, d'imagination que de science et de critique, Lipsius a sacrifié à cet objet une longue carrière d'écrivain; mais ta pointe de sa critique s'attaquait à un rocher où elle s'est émoussée. Il put assister avant de mourir au tragique speftacle de son abandon par les plus considérables de ses anciens partisans '.
Dans ces ouvrages de polémique, Lipsius se plaisait à donner aux récits apocryphes sur S. Pierre et Simon le magicien une haute antiquité, une date de composition qui permit de les faire remonter au-delà des témoignages allégués plus haut. 11 s'appuyait là-dessus pour proclamer que ces témoignages et toute la tradition n'auraient pris naissance que dans des fables. Mais on peut démontrer aujourd'hui que les relations apocryphes n'apparaissent pas avant le 1V= siècle. Ces légendes ne méritent pas l'honneur que leur a fait Lipsius de les mettre sur un pied d'égalité avec les autres sources, " Présenter de tels récits comme des traditions", a dit à cet égard M»^ Duchesne, "c'est le comble de l'hypercritique "l C'est d'ailleurs un argument décisif contre Lipsius que ces fables supposent précisément le séjour de S. Pierre à Rome comme une de leurs données, bien loin de l'inventer; c'est ce que reconnaît tout leflcur sans parti pris à la précision de leurs assertions et à l'exaftitude de leurs données topographiques. C'est A ce point de vue que nous avons pu les utihser ci-dessus, bien qu'il suffise de les connaître pour se refuser à leur emprunter une preuve proprement dite. Elles se sont contentées d'agrémenter un fait solidement établi par ailleurs, suivant que l'exigeaient les préoccupations théologiques ou ascétiques de leurs auteurs^.
Aujourd'hui l'accord est à peu près fait sur cette question et nous pouvons nous réjouir de cette conquête de la science historique obtenue par les travaux qu'ont provoqués les hypothèses de Baur et de Lipsius. Désormais le temps est bien passé des attaques de ce genre à la tradition romaine. Dès le XVI' siècle, époque à laquelle elle commence d'apparaître, la négation ne porte que trop l'estampille du parti-pris théologique et de l'intérêt de parti. Aujourd'hui, pour de semblables polémiques, il n'y a plus place sur le terrain scientifique, il n'y a même plus guère d'érudits qui en aient le désir 5.
' CeschicÂle der SIndt Rant im MHtelalter, 1 l'article de Duchesne au Bulletin critiqui de
4'^ éd., t. I, p, 171. - 1887, p. 161 et suiv, Funk (Lileranickt
' Lipsius, Dit romische Pclnissage (Kiel, Rundschau, 1S91, col. 271) a raison d'objefler
1872); Die Apokrypken Apostelgesckickien, à Lipsius que des teiclcs rassemblés par lui
t. II, part. I (1887), p. e». p. 404. Les asser- dans ses Apokryphen APostelgesehUkUn,"\\^
lions de ce dernier ouvrage sur le tombeau ressort avec une vraisemblance qui confine
de l'apôlre au Vatican et sur les traditions | à l'évidence, que Pierre a été à Rome"; on le
locales romaines contiennent un certain nom- voit à leur unanimité surce point, '■ unanimité
bre d'erreurs que nous avons tacitement rcc- ■ qui ne s'explique que si elle repose si
lifiées ci-dessus, Coire ".
^Mélanges de R'>ssi,ç. ^2. > Pour cilet quelques autorilés modernes
' Sur les défauis du sjscème de Lipsius, cf. | du protestantisme, Adolf Harnack s'est pro-
Si l'on avait toujours examiné avec calme cette question historique l'on n'aurait pas attendu les derniers travaux critiques pour se dire : S'il y a eu à Rome un tombeau de S. Pierre, il ne pouvait être oublié, et s'il n'y en a pas eu, on ne pouvait l'inventer. L'ensevelissement de l'apôtre dans le territoire de la ville, les doctrines, les traditions, les exemples personnels du fondateur et du premier chef de l'église romaine, étaient choses qui, une fois entrées dans l'histoire, devaient nécessairement vivre dans la communauté chrétienne de Rome. Tant que subsistaient la nouvelle croyance et la nouvelle vie, la conscience de posséder le tombeau de Pierre au sein de la communauté ne pouvait s'éteindre, parce que l'esprit du culte chrétien poussait à célébrer sa mémoire et à honorer .son tombeau sans interruption.
I! était encore plus impossible que les chrétiens de Rome eussent purement inventé et voulu faire accepter au monde la mort parmi eux de Pierre et son ensevelissement au Vatican. Rome était bien le lieu le moins approprié à une telle fraude. L'intensité de la vie publique à Rome et le concours de visiteurs qui s'y pressaient de toutes parts en faisaient la ville du monde romain la plus exposée aux regards, à l'examen, aux critiques des églises éparses de tous côtés. La prétention de posséder le tombeau du prince des apôtres n'eût pas manqué de soulever les protestations des églises qui auraient cru le détenir. Or la tradition romaine n'a été mise en doute par aucune autre église dans l'antiquité chrétienne; aucune n'a fait la moindre tentative pour revendiquer le tombeau avec les honneurs et privilèges qui y étaient attachés. Pas une fois dans les polémiques engagées à des époques plus ou moins anciennes entre l'église romaine, les seiSaires et les hérétiques, son titre de siège apostolique sanflifié par la présence et le tombeau de S. Pierre ne fait l'objet de la moindre discussion de fait.
Comme conclusion de ces remarques sur la thèse vieillie du protestantisme, nous reproduisons les paroles du critique protestant Adolf Harnack dans sa Chronologie dcr altchristlichen Literatur, parue en 1897 : " Le martyre de S. Pierre à Rome a été combattu d'abord par des préjugés à tendance protestante, puis par des préjugés à tendance critique. Dans l'un et l'autre cas l'erreur a contribué à la reconnaissance de grandes vérités historiques et n'a par consé-
noncé nettement dans ses Patres apostoliei 1 gau, 1889), on lit simplement (p. 79) : " La
(Leipzig, 1876, i"fa5C.,p. 15) pour le séjour | [radiùon si contestée de la venue de S. Pierre
à Rome de S. Pierre, ajoutant ; Lis adkuc 1 à Rome est établie. " A l'étranger, je citerai
jw# iudUe non esset, nisi crilici /abulis ilUi \ simplement le savant ciiii(|ue anglican J. B.
Pseudo-Cleiittntù vel iudaizantiuin ckrislia- ' Liglitfoot dans son ouvrage : The apostolic
noritm plus quam par essel aiulorilalis tri- 1 Falkers, 1" partie, 2" éd., 1890; 2' partie, 1885.
buereHt. Parmi les historiens proiest.inls de . Dans ce dernier volume p. 357, il s'appuie no-
l'école critique qui admettent le séjour de lamment sur les passages cités ci-dessus de
S. Pierre à Rome, il cite Credner, Blcek, | S. Ignace d'Antioche, de S. Clément de
Wieseler, Meyer, Hilgenfeld, Delitîsch, 1 Rome, etc.; il utilise aussi l'écrit ébionitiquc
Seyerien et Mangold. Déjà Gieseler avait , "Sermon de Pierre" et les autres apocry-
fait cet aveu ; "Ce fut une polémique de parti, ' phes contre Lipsius. Du côté catholique, J oh.
chez certains protestants, comme Fr. Span- I Schmid en particulier (/'r/nti in Rom, 1892)
heim, de nier à la suite de quelques ennemis | a cherché à éclairer la question sous différents
de la papauté au moyen âge... que Pierre ait jours; son travail aurait gagné h tenir plus
éiékB.Qmc''{LfkrbuchderICirciungeschichte, i compte de la topographie et de l'archéologie,
t. I, 3' éd., Bonn, i83r, p 91). Dans le tout | Dans le déluge de monographies et d'articles
récent Lthrbuck der Kirckengeichichte du j de revues catholiques sur ce sujet nous avons
protestamW]lheImMdller(FreiburginBreis- | eu occasion de ciier de ci de là quelque chose.
246 LIVRE I. Cir. V. TRANSFOKMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N" I9I.
quent pas été inutile. Mais il est clair pour tout chercheur qui ne s'aveugle point qu'elle n'en était pa.s moins une erreur. Tout l'appareil critique déployé par Baur dans sa lutte contre la tradition ancienne, est tenu avec raison comme dépourvu de valeur " ',
tgi. La tradition des trois premiers siècles sur le tombeau de S. Pieneau Vatican reçut de Constantin le Grand une conclusion et une sanction maje^^tueuse lorsque, à la requête du pape Sîlvestre, il fit construire en l'honneur du prince des apôtres et sur le lieu de sa sépulture la riche basilique qui porte son nom(fig.68)'.
Fie- 6
basiliqne S. Pierre.
Sur cette mémorable entreprise, l'auteur du Liber pontificalis raconte te souvenirs qui vivaient dans la mémoire de son époque et ce que lui avaient appris les monuments eux-mêmes : " Au temps de Silvestrc, dit-il, l'augu^if Constantin construisit à S. Pierre une basilique près du temple d'Apollon. Il orna de la façon suivante le tombeau du bienheureux apôtre, où repose son corps Puis il décrit le tombeau, dont il connaît l'inscription dédicatoire de Constantin.
' Les affirmations de Erbes : Pelrtis nkkl
in Rom, sondirn in Jerusalrm ^slorbcn (/.eitsclmft fiir Kirchi7t-^eschichU,\. XXII,
iv.) !
dent sur une fausse interprétation : 1" des actes apocryphes de Pierre, " auxquels il accorde généreusement une confiance qu'd refuse aux témoignages historiques les plus considérables " ; 1° du martyrologe syriaque de 41Z, et sur une exégèse tout-à-fait subjcaive de Maiih. 23, 24. Cf. Kneller, Zeitsckrift fiir kalh. Théologie, t. XXVI,
(1901), p. 357 et suiv. Le seul point impwtant du travail de Ertws est ta preuve q>i>l fournit de la croyance universelle depuis '' milieu du 1 1' siècle au séjour de S. Pitn<
' Gutcnsohn et Knapp, Die Basiliita i" chrisllichen Roms. Au fond les colonnes cM' nelées en spirale de Constantin qui cachen:
le tombeau et son autel avec le baldaquin J colonnes. La sckola cantorum, les ambonsd d'autres détails sont naturellement niih^sur celte figure.
N'o 191.] Xr. LE TOMBEAU DE S. PIERRE. 247
Il raconte que ce prince y a déposé une croix d'or pesant 150 I. avec l'inscription niellée : " Les augustes Constantin et Hélène ont décoré cette maison royale, qu'entoure une salle brillante d'un semblable éclat ". Cet auteur bien informé nous apprend que Constantin fit recouvrir le loculus d'un revêtement " immuable " de bronze, sans changer le corps de place '.
Au dessus du loculus l'empereur fit élever une petite chambre richement décorée, une arche (arca), comme on dira plus tard. C'est cette arca, resplendissante d'or, qu'il faut reconnaître dans la " maison royale " de l'inscription. C'était la maison du saint honoré en roi, auquel la basilique, Yaula coruscans de l'inscription, était consacrée. Les papes entraient à certains jours dans \'arca pour y faire des encensements liturgiques. Aujourd'hui l'ancienne arca est remplacée par un espace analogue, mais de moindres proportions, ou l'on dépose les pallium.s destinés aux archevêques =. Au milieu du plancher de Varca s'ouvrait un puits qui conduisait à la chambre sépulcrale. Il établissait comme une sorte de communication mystique entre Varca, la basilique et les fidèles d'une part, et de l'autre les restes vénérés de l'apôtre. On y plongeait des objets, des linges par exemple, pour les consacrer en quelque sorte par l'attouchement du loculus. Ce puits subsiste encore aujourd'hui. On observe au tombeau de S. Faut sur la voie d'Ostie une disposition analogue, et dans un meilleur état de conservation. L'état aéluel des choses confirme de tout point la remarque du Libef pontificalts que Constantin a fait faire sur les deux tombeaux les mêmes con,struftions. A Saint- Paul, sur le pavé de l'arca on lit encore l'inscription : " A l'apôtre et martyr Paul " en grandes capitales de l'époque de Constantin. A une époque indéterminée, mais fort ancienne, le puîts qui conduit à l'espace inférieur a été, dans l'un et l'autre tombeau, encombré à une certaine profondeur par des pierres et des ébouliss.
Il n'est fait mention que d'une seule occasion que l'on ait eue de jeter un regard dans le loculus proprement dit de S. Pierre. Les travaux de 1 594 pour l'exhaussement du sol autour de la confession permirent, au dire de François Torrigio, à Clément VIII et à plusieurs personnes en sa compagnie de voir le " monument " de S, Pierre par une ouverture accidentelle ou retrouvée. Pour exaft que soit le renseignement, on ne peut qu'en regretter la brièveté; il est malheureusement insuffisant à éclaircir les maigres indications du Liber pantificalis\
• Liberpgntif.,tA,ç. 176,838. Cf. p.CXLV et suiv. les observatioDs de Mgr Duchesne sur la créance que l'on doit accorder à ces indications de l'auteur et mon mémoire ie Tombe apostoliùke, au 1. 1, p. 257 et suiv., des Analeeta romana pour ce qui concerne en particulier le tombeau de S, Pierre. On trouvera notamment au ch. 9 un commentaire sur Varca {domus regaiis) et sur l'inscription constantiniennc de la croix. Les manuscrits du Liber pontif. la donnent comme suit :
CONSTANTINVS AVGVSTUS Ef HELENA AV- GVSTA HANC DOMVM REUALEM {ouro deco-
raiU quant?) siMru fvlcore corrvscans
AVLA CIRCVMUAT. Cf. deRo9si,/»w^. ■:Ar/j/.,
t. II, part. I, p. 300. Le ch. 10 de m.i dissertation dans les Analeeta romana est une lilustrasiont del pitsso del Liber ponlifiiatis
pir megso di altre relasioni.
'Analeeta rofuanat quo supra.
3 Analicla romoHa, p. 274 sur le puits de S. Pierre, p. 267 sur celui de S. Paul, d'apr&s mes propres obscr\'ations, avec figures; p. 259 sur l'inscription du tombeau de S. Paul {reprodu^ion phototyplque). .
' Analeeta romana, p. 297, d'après Bonanni, Numismata tempii Vaticani, c. 24, p. 149.
Torrigio indique la présence de l'architefte Giacomo délia Porta et des cardinaux BelUr- Sfondrali. On aurait vu crux aurea sepulchro imposita. Malheureusement la relation se termine en disant que le pape ordonna /ornM^ff se coram coementis oppteri. En ce lieu vénéré le respefl religieux l'a toujours emporté sur l'intérêt scientifique. La croix indiquée dans
Continuons à suivre cet ouvrage : l'autel élevé par Constantin sur Varca était orné de colonnes en porphyre; il y en avait sans doute quatre pour soutenir le baldaquin ou tabernacle (i:/'^»^!»»/) qui recouvrait l'autel. Il y avait d'autres colonnes autour desquelles s'enlaçait la vigne sculptée et que Constantin aurait fait venir de Grèce, à en croire l'opinion du IV' siècle reproduite par le Liâer pontificalis; ce sont les colonnes à spirales encore subsistantes et qui ont gardé leur place primitive devant la confession. Ce genre bizarre de colonnes est assez fréquent à Rome dans la décadence du bas Kmpire. La table d'autel était d'ai^ent bordée d'or et ornée de 60 pierres précieuses. Devant Varca funéraire pendait un lustre doré {corona aurea ante corpus), à la confeftion duquel on n'avait pas employé moins de 35 livres d'or. Ou y voyait 50 dauphins d'où vraisemblablement devaient sortir autant de flammes. En outre le tombeau était entouré en carré de quatre candélabres en métal, à ornements d'argent et de 300 livres chacun. C'est le Liber pontificalis qui nous fournit tous ces détails.
Il s'étend encore sur d'autres parties de l'ornementation que nous passons ici sous silence, et parle des domaines en Orient et en Egypte donnés par les généreux empereurs tant pour l'entretien des lampes qui brûlaient perpétuellement en grand nombre devant le tombeau que pour les dépenses architectoniques de la basilique et l'entretien de son clei^é. Ces inventaires qui sont de la dernière précision, par exemple sur les revenus annuels de chaque domaine, ne peuvent provenir que des anciennes archives de la basilique.
192. Quelques traits sont encore nécessaires pour nous faire mieux connaître les construftions qui entouraient le célèbre tombeau et pour jeter plus de lumière sur la fondation de Constantin.
Presque au-dessus du tombeau s'élevait le grand arc, dit triomphal, qui fermait la nef. Constantin le fît orner d'une grande mosaïque, dont on a Ignoré le sujet jusqu'à ces derniers temps. Ce n'est qu'en 1883 qu'une description négligée jusque-là en a révélé le motif. Elle nous apprend qu'au XVI' siècle on voyait encore sur l'arc la scène principale : Constantin ofl"rant au Sauveur et au prince des apôtres le modèle de la nouvelle basilique. Une inscription en capitales dorées, qui subsistait encore en 1 525 donnait l'explication de l'image en ces termes adressés au Christ ; " Parce que sous ta conduite le monde triomphant s'est élevé jusqu'aux cieux, Constantin vainqueur t'a construit ce monument "'.
Jusqu'au IX^ siècle au moins, l'on pouvait lire dans l'abside une autre inscription presque contemporaine aussi de Constantin. II y était question d'un
la relation concorde avec les données du 1 ait été transmis sur ce point. Sur les qucs- Liber pontificalis et les (Ofinenta avec l'étal tions reialives à la disposition intérieuit actuel du lieu. Un passage du Registruin de de la sépulture, cf. l'ouvrage cité ci-des- Grégoire I", IV, n. 30 et d'autres termes de sus de Bames, p. 231, n. 1, où est établie,
comparaison (cités dans mes Annlecia p. 399) I entre autres points, la présence sous l'autel pemietteiit d'induire qu'au VI" siècle on de la confession de restes d'un autel cous-
croyait le corps de S. Pierre à ij pieds envi- 1 tantinien.
ron au-dessous du sol de Yarca, c'eil-à-dire ' AiiaUila Rûmana, t. I, p. 70 {le hcrisioni
du niveau de l'ancienne basilique, auquel I lii Roina g i); <lc "'A.oi&i, Insir. christ. ,X. Il,
correspond le sol de la confession adluelle. I part. I, p. 346. Sur la mosaïque voir Ftotfain-
L'em placement du tombeau n'a jamais été | ghani, Revue arcàiol., 1883, t. I, p. 68 et changé, mais en temps de danger le corps a suiv., d'aprùs le cardinal Uomenico Jaci>pu être enterré plus profondément, et on bacci, De Concilio (Romae, ijjS), p. 783-
s'explique qu'aucun renseignement ne nuus | Cf. Uuchesne, Liber penlif., t. 1, p. 193.
père (Constantin) et d'un fils (probablement Constant) qui auraient laisse dans un état honorable le monument " siège de la justice, demeure de la foi, temple de la pudeur " '.
A l'extérieur, sur le fronton du portique, les anciens colleftîonneurs d'inscriptions ont copié des vers de Constantin, qui se trouvaient sous l'image de ce prince. Ce texte poétique, assez négligé jusqu'ici, nous apprend que l'empereur fut dix mois durant en proie à une grave maladie, qu'il en était venu à perdre tout espoir, les remèdes ne faisant qu'augmenter ses maux, et qu'il n'avait dû son salut définitif — c'était du moins sa conviftion — qu'à l'intervention de l'apôtre. " A quel degré d'honneur, s'écrie Constantin, le Christ a élevé l'apôtre! L'un m'a donné la vie, l'autre me l'a rendue ". Il y a là quatre distiques d'un style coulant, d'un coloris classique, de tout point excellents. Peut-être est-ce là qu'il faut chercher l'origine de la légende de S. Silvestre sur la maladie de l'empereur et sur la guérison qu'il aurait obtenue après son baptême à Rome! =.
Enfin l'origine constantinienne de la basilique est encore attestée par les cachets de terre cuite (fig. 69), dont la démolition de l'ancienne abside a fait trouver dans les murs un nombre assez considérable, marqués au nom de Constantin le Grand. Jusqu'ici on ne les a pas rencontrés ailleurs qu'à Saint-Pierre, et il semble bien qu'ils aient été faits tout exprès pour ce monuments.
Quant à l'origine d'un culte public et solennel en cet endroit, il suffit de rappeler ce que nous avons dit plus haut de la solennisation au IV" siècle en ce lieu du 29 juin, fête du prince des apôtres, en même temps que le même jour on célébrait sur la voie Ostîenne la fête de S. Paul.
Nous savons aussi que dès le IV^ siècle, le Vatican était, comme il demeura dans tout le moyen âge, un point central où venaient s'assembler les pauvres; ils y attendaient l'aumône des pieux visiteurs de la basilique. C'est du Vatican, au dire d'Ammien Marcellin, que Lampadius, pendant son prétorat, fit venir des pauvres quand, agacé des injustes exigences de la plèbe pour les jeux publics, il voulut distribuer de l'argentàdes malheureux! L'événement doit être passa-
^ig. 69, Cachet de Constantin 1 une Inique de l'andeniie basilique de S. Pierre, d'après Valenlini, , iarilîca Vaticana, pi. iv, n. g.
' AnaUcta, p. 78, S z; de Rossi, l'^i'i/., p. zt, SS> Mfc "56: Duchesne, ibid., p. 195.
' Atuilecta, p. 117, § 6; de Rossi, ibid., p. 55, 360 et p. XXXV. L'inscription était in fronle iuper porlicum, in imagine Canslantini imptraloris.
'Gaetano Marîni, Iseritioni antiche doUari {Biùi. délia Accademia di conjtretue stûricogiuridiche), 1S84, p. 73, n. 146; Cîampini, De aedificiis Censianlini, p. 30, avec fig. ; de Kossi, Inscr. chriit., t. II, part, 1, p. 347; Duchesne, Libtr ponlif., t. I, p. cv; Lanciani, Paganand Christian Roine, p. 133. Lipsius {Apokryp/te
AposUlgesckiehten, t. 11, part 1, p, 396) pense que " le plus ancien témoignage ^rit qui nous soit conservé là'dessus (la fondation pur Constantin des deux basiliques de S'-Pierre et de S'- Paul) semble être les ASa Silvestri A'pQctypes, " qu'il place dans la 3* moitié du V" siècle. Celte opinion est résiliée par les observations précédentes et nous n'avons pas besoin de faire appel aux Acla Silvestri. C'est aussi à tort que Lipsius, s'appuyaiit sur Erbes {Dus Aller der Ordàer, etc.), rejette l'argument tiré des briques au nom de Constantin, ♦L. XXVII, ch, 111.
250 LIVRE I. eu. V. TRANSFORMATION EXTÉRIEURE DE ROME. [N" 193.
blement antérieur à l'année 354, date à laquelle Lampadius, arrivé à la préfecture du prétoire, devait avoir laissé fort loin derrière lui le prétorat, en sorte que ce récit nous ramène bien près de Constantin '.
Tout en réservant pour un autre passage de cette histoire une description détaillée de la basilique de Constantin, nous devons dire ici que Vaula du prince des Apôtres était beaucoup plus vaste que les basiliques érigées par Constantin sur d'autres tombeaux de saints romains. Elle dépassait de beaucoup non seulement les .sanfluaires de Saint-Laurent et de Sainte- Agnès, mais aussi la première basilique de Saint-Paul, relativement petite. Des construftions de Constantin, la basilique de Saint- Pierre fut la seule, avec le Latran, à posséder cinq nefs, séparées par une double rangée de colonnes centrales et une double rangée de colonnes latérales. — En quittant cette haute con.stru6tîon nous entrons dans le vaste atrium ou quad ri portique, appelé plus tard parvis, au milieu duquel jaillit la fontaine ou cantharus que l'on retrouve devant toutes les grandes basiliques; et un large escalier nous conduit de l'atrium animé et agréable jusque sur la place.
Eig. ;o. L'église de S. Pierre au moyen tige'.
193. C'est au haut de cet escalier, d'où l'on domine le Campus Sanéli Pétri, et d'où le regard s'étend au delà du quartier du Vatican et du mausolée d'Hadrien jusque .sur la vaste cité, qu'il faut s'arrêter un moment pour recueillir les impressions et les souvenirs qui pouvaient pénétrer jadis le pèlerin chrétien à l'œi! et au cœur ouverts, au terme de son pèlerinage du Campus Lateranensis au seuil de Saint-Pierre. Devant cet atrium de la basilique, quelle occasion et quelle matière aux grands sentiments! S'il songeait aux magnificences du forum
' Duchesne, Liber pontijkalis, t. I, p. cv, Brewcr, qui est le premier à avoir donné
CVI, celle belle image ( The Builder), a justeme:;!
'Ctoslarosa, Le basilicke, p. 33; Kraus, terminé la tour en pointe : la coupole est de
Geicki(hlc der chrisll. Kunsi, t. I, p. 314; | Mgr Crostarosa,
qu'il avait traversé, il pouvait se dire que ce n'était plus là, dans ces temples déserts, que se trouvait le théâtre des événements les plus importants et les plus saisissants de l'histoire du monde, mais à Saint-Pierre, dans le quartier du Vatican, Les splendeurs du Colisée et de tous ces rendez-vous de plaisirs et de corruption, cirques, théâtres, thermes, jadis animés du brouhaha des foules, le faisaient songer que si le monde était devenu plus sérieux, il le devait à la prédication de l'apôtre crucifié à l'instar de son maître, dont la basilique dispensait au monde un tout autre enseignement que les joies frénétiques du Colisée; sur le tombeau de S. Pierre venaient puiser dans d'ardentes prières le courage et l'abnégation tant d'apâtres de la foi et de missionnaires qui allaient se répandre chez les peuples lointains, auxquels ils allaient enseigner le chemin par lequel le cœur humain égaré peut atteindre ie vrai bonheur et les félicités durables. Quand à son esprit se présentait le tombeau d'un maitre de la terre, d'un Hadrien, quel sujet de réflexions que la simple comparaison, facile alors, entre le tombeau vénéré du pauvre pêcheur, devenu un sanéluaire fréquenté, et le mausolée pompeux de l'empereur, abandonné aujourd'hui et livré à un usage profane!
Et cependant il ne pouvait savoir quel accroissement de gloire réservaient au tombeau de S. Pierre les siècles à venir. Ce point d'éle£lion de la terre, ce but des aspirations de milliers de cœurs croyants et fervents dans la vaste étendue de l'Empire et jusque chez les rudes nations nouvellement converties, cet oi^ueil de l'antique Kome agenouillée devant la croix, ce joyau de la papauté, cet abrégé de ses titres à la domination morale .sur le monde chrétien, qui se substituait à la domination matérielle des empereurs, ce tombeau sacré de S. Pierre ne tarda pas à devenir au moyen âge la véritable pierre angulaire de l'histoire du monde.
Le speftacle que présentait au V= siècle et dès les temps de Prudence la région vaticane au jour de fête de l'apdtre, les flots enthousiastes des Romains et des étrangers qui se pressaient en foule au seuil de la basilique du pêcheur, n'était que l'image du mouvement intellectuel qui devait entraîner le monde à venir vers S. Pierre, sa doflrine et ses successeurs, mouvement dont la force incompréhensible fit battre les veines de l'humanité au moyen âge et qui entraînera vers la basilique d'innombrables masses de chrétiens, en dépit des difficultés de la route, au milieu des larmes de la pénitence et des chants de Joie de la reconnaissance. C'est aussi bien l'avenir que son temps que nous décrit Prudence en termes poétiques: " On court en troupes serrées à un lieu de jubilation : dis-moi, mon ami, qu'est-tl donc arrivé pour que les rues de Rome soient pleines de gens pressés et retentissent de ces cris d'allégresse? Ce jour nous ramène le triomphe de i'apôtre, c'est le jour ennobli par le sang glorieux de Pierre et Paul ". Ce sont des expressions prophétiques qui viennent sous la plume de Prudence, quand il exprime l'espoir d'un grandiose avenir par ces mots prêtés au diacre Laurent avant son martyre :"0 Christ, donne à tes Romains que la ville devienne la servante de la religion qui crée l'unité des esprits et l'unité des sacrifices. Vois, tous les membres s'unissent, le monde se soumet docilement à la loi de la foi... Deux princes des apôtres régnent ici. L'un est l'apôtre des gentils, l'autre possède la chaire et ouvre le premier les portes de l'éternité qui lui sont confiées" '.
' PtiisUpkanoH, 1. n, V. 43361 suiv. (Mi- ' duu \ Apoitolorum principes; \ Aller vocalor gnc, P. L., t. LX, col. 311 et suiv.; v. 461- I gentiuin, \ Aller catkedrani posiidtns \ Pri- 466, éd. Dresse! : Hic mmpe iam régnant \ mus recludU créditas \ Aeternilatis ianuas.
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