‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 77 sur 165 · I. SUPRÉMATIE DE L'EGLISE DE ROME · texte numérisé non relu

I. SUPRÉMATIE DE L'EGLISE DE ROME

D'Irénée, évéque et martyr de la Gaule, émane la célèbre sentence que " les fidèles de l'univers entier doivent être intimement unis à l'église de Rome à cause de l'excellence de son origine (ou de sa situation), parce que en elle s'est conser\-ée toujours la tradition apostolique ". D'après ce saint dofteur la tradition de cette église " la plus grande, la plus glorieuse, qui doit sa fondation aux apôtres Pierre et Paul " suffit à elle seule pour confondre les hérésiarques. C'est pourquoi lui et d'autres défenseurs de ta foi saisissent souvent l'occasion de dresser avec exaftîtude la liste des évêques romains depuis Pierre jusqu'à leur temps, telle qu'elle leur était garantie par des documents ecclésiastiques officiels. D'après eux, tous ces évêques possèdent la même autorité que Pierre '.

A l'exemple des corporations civiles, qui, dans les habitudes romaines, avaient toutes leurs faUi, c'est-à-dire la liste de leurs administrateurs, les différentes églises, et notamment celle de Rome, possédèrent aussi leurs /wft' episcoporum. Les catalogues des papes depuis Hippolyte, comme aussi les indications du Liber pontificalis, en contiennent les traces. Ils donnent pour les plus anciens papes, d'après un schéma tout à fait régulier, l'origine, l'époque du sacre et de la mort, enfin la durée du pontificat y compris les mois et les jours. Déjà, pour assurer le maintien de leurs droits particuliers, les sièges épiscopaux attachaient une grande importance à cette vérification de la succession. Un évéque romain inconnu du III« siècle ou même du 11^ auteur d'une encyclique contre l'immoralité du jeu de dés, insiste sur son droit à émettre des ordres en rapportant à Pierre la fondation de la chaire romaine et en attribuant à cette chaire " l'origine de l'apostolat authentique " =.

on trouve d^jà dans l'épiscopat de Viflor " tous les éléments de la papauté réunis ".

A. Hamack s'appuie, entre autres preuves, SUT le tôle de Vi^or comme véritable pape, pour lui attribuer la rédaiflion de l'écrit : De nlealoriàus, dans lequel l'auieur anonyme parle de sa toute-puissance spirituelle. Harnack, Der pieudo-cyprianische Tractât De aleatoribus ( Texte und Untersucclmnxen, t. V, part. I, 1888, p. m).

■S. Irénée, Adv. haer., 1. III, c. 3, § 2 :

Ad haiic eni'ii eccUsiam propter polentiarem (al. potiorem) prituipalitatem necesse est omnem roHvenire ecclesiam. Cf. Hergenrothcr, Kath. Kirche und ckristUcher Staat (1872), p. 94S et suLv. ; Chapman dans la Revue béitédictine, 189s, p. 49-65. — On présume avec justesse que dans le grec le po/entior principaiitas était exprimé par Bg-j«TiÙTîp« icpiittia, ce qui au fond correspondait à l'excellence de l'origine et de l'établissement par le prince des apôtres. Duchesne {Eglises séparées, p. 1 19) exprime ainsi son jugement sur le passage d'Irénée : " Il est difficile de trouver une expression plus nette ■"de l'unité doctrinale dans l'Église universelle; 2" de l'importance souveraine, unique de l'Église romaine comme témoin, gardienne et organe de la tradition aptostolique ; 3° de sa prééminence

supérieure dans l'ensemble des chrétientés", — La liste des papes d'Irénée est conservée par Eusèbe (1. V, c. 6) dans le texte grec. Cf. Irenaeus,^rfc. Ao^r, t. Il, c. 31. Elle s'étend jusqu'^ Éleuthère. Elle est rapportée ailleurs encore par Eusèhe et continuée jusqu'à Sixte I (Eusèbe, 1. V, c. 24). Sur cette liste, celle d'Hégésippe et les catalogues des papes rédigés par Hippolyte, Eusèbe et le chronographe de 354 {Calalogus liberianus\ cf. Duchesne, Liber pont., t. I, p. I et suiv.; et Mommsen, Liber pont., p. XXVill et suiv.

' Tandis que A. Hamaclc revendique pour le pape Viilor cet écrit asseï négligé jusqu'ici et inséré parmi les œuvres douteuses de S. Cyprien (voir p, 251. "■ 4). d'autres auteurs, s'appuyant sur les échos de S. Cyprien qu'on y retrouve, l'attribuent plutôt à la seconde moitié du troisième siècle où au commencement du quatrième. Mais il n'y a nul doute que l'écrit ne provienne d'un évéque romain. Le protestant Hilgenfeld, dans son édition de cet écrit, parle de la pleine conscience que, selon lui, l'auteur manifeste d'être l'évêque universel. Dans le premier chapitre, l'auteur anonyme dit en effet — et par là même il n'est pas douteux qu'il se désigne comme pape : In nobis divitia et faterna pietas apostolatus dticatum contulit et

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L'historien du développement de la primatie dans l'antiquité chrétienne doit une attention particulière à l'écrivain ecclésiastique Cyprien. Dans la bouche de l'évêque de Carthage, le siège de l'évêque de Rome Fabien (236-250), comme successeur de S. Pierre, est simplement le siège de Pierre'; et la communion avec l'évêque romain Corneille (251-253), successeur de Fabien, devient sans plus chez Cyprien la communion avec le reste de l'Eglise catholique^ Suivant cet admirable dofleur africain qui, comme Corneille, souffrit le martyre pour l'Evangile, l'église de Rome est " l'église principale d'où est née l'unité sacerdotale "3, la racine et comme la matrice de l'Église catholique "4. Elle est "fondcc sur Pierre par le Christ en vue de runité"s. "La foi des Romains", dit-il en un autre passage, " est exaltée par l'apôtre (Paul) et la corruption de la foi ne peut pénétrer chez eux " ^.

On sait avec quelle liberté l'évêque de Rome Etienne (254-257) défendit un point de doflrine ecclésiastique contre les compatriotes de Cyprien et contre l'erreur involontaire de Cyprien luimême; il s'agissait de savoir si te baptême conféré par les hérétiques était valide ou s'il convenait de le conférer de nouveau. Cette controverse à propos du baptême manifesta U dignité de Rome et le sentiment général de la suprématie concédée pat Dieu à cette église. Lorsqu'en Asie is'éleva des voix contre l'cnseigncmeni romain, le même évêque Etienne les réfuta énergiquement en s'appuyant sur Ij prééminence que lui a.ssurait le siège de Pierre?.

196. C'est au siège de Rome que dès cette époque s'adressait souvent l'Orient pour en avoir la certitude doctrinale. Ainsi sous Denis, second successeur d'Etienne (259-268), l'occasion s'en présenta lorsqu'à Alexandrie des

vicariam Domini sedtm eaeltsli dignatiùne ordinavii, et origitum authentià aposlolatus, super queiH Christus fundavit ecelesiam in superiore nosiro portamus. Cf. P. v. Hoensbroech, Die Sckrift De alealoribus dans la ZeiUckrift fur kalhol. Théologie, t. XIV (1S90), p. 1 et suiv. — Le dernier essai d'établissement (le lisie des évêques romains dans l'antiquité a été donné par A. Hamack, Chronologie der altscktisll. Literatur, t I, p. 144-202. Cf. aussi (Cardinal F. Segna) Dt succesiione pritnorum Romanorum Pontificum, Romae, i8v7.

' Fabiani /// est Pétri locus. Ep. 55, c. 8, éd. Hartel,p, 630.

' Ibid., c, 1, p. 624.

3 Ecclesia principalis, unde unitas sucerdotalis exoria est, Ep. 59, c. 4, p. 683.

' Radix et matrix Ecclesiae. Ep. 48, c. 3, p. 607.

' A Christo Domina super Petruin ori-

gine tinila/ii et ratione fundata. Ep. 70, c. J p. 769.

' Quortim {Romanoruin)fides apostelo priudicanle laudala est, ad quos perfidia hnhtrt non passit aecessum. Ep. ^9, c. 14, p. 683.

' Peiers, Der hl. Cyprian, 1877; F'echiiup.

Der hl. Cyprian, 1878. Cf. Grisar, Cypn<vii " Opposilioiisconcil" gegen Papst Sle^miis dans la Zettsckrift fiir kathol. Théologie.

t. V (1881), p. 193 et suiv.; et les disiertitions de J. Ernst, dans les volumes du mérat recueil postérieurs à 1893. Ernst, à la p. 4' et suiv. de son livre Papst Siephan und èi Ketxertaufstreit, t. V, fasc. 4, des Forschuag" xur christl. Literatur und Doginengeschisku (Mainz, 1905) appuie fort bien l'opinion, so"tenue par moi en 1881, que le concile de Cyprien a eu lieu non pas après mais avant quf fût rendue la sentence du pape Etienne contraire à ses vues, qu'on ne spurait donc y voir un concile d'opposition au sens babitucN

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