‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 79 sur 165 · II. LA PRIMAUTÉ ET L'AKIANISME. LE PAPE DAMASE · texte numérisé non relu

II. LA PRIMAUTÉ ET L'AKIANISME. LE PAPE DAMASE

la catacombe de Pnscille et remontant à la première moitié du deuxième siècle, la Viei^e tient l'enfant divin sur son sein ; à côté d'elle, le prophète Isate lève la main vers l'étoile pour témoigner que le " puissant et pur "fruit des entrailles de Marie est vraiment l'étoile prédite qui est descendue du ciel sur elle- Ce tableau offre encore tous les caraftères de l'art romain de la meilleure époque classique '.

Ainsi l'Eglise romaine, en fidèle gardienne de la tradition, enseignait, à l'aide des œuvres de l'art, sa foi qu'elle s'efforçait de faire pénétrer dans les fibres les plus intimes de l'humanité. Et le langage, soit de paroles, soit d'images, que parlait la capitale romaine, était entendue des chrétiens jusqu'aux bornes du monde. Aujourd'hui, après dix-huit siècles, la voix vénérable de la mère église se fait toujours écouter, même dans le cercle lointain des frères qui s'en sont séparés par la foi, mais qui savent déposer leurs préjugés, pour apprécier les saintes antiquités de Rome, les témoins de son passé et ses grandes traditions historiques.

- Développement de la primauté vis-à-vis de l'arianisme. Le Pape Damase.

198. La présence d'empereurs chrétiens sur le trône longtemps souillé de l'empire eut un immédiat résultat pour le chef de l'Église, dont la voix put se faire entendre plus souvent et plus haut dans toutes les provinces tant de l'Orient que de l'Occident.

L'époque des premiers empereurs chrétiens est toute pleine des luttescontre les ariens. On a déjà remarqué que cette période de l'arianisme fut décisive pour l'afBrmation de la primauté romaine et pour la manifestation de la plénitude des pouvoirs qu'elle possédait. C'est un fait tellement avéré que plusieurs écrivains pensent devoir assigner le IV* siècle à l'origine de la primauté, ce qu'ils ne peuvent faire d'ailleurs sans perdre de vue tout le développement antérieur. Ils se rapprochent du moins de la vérité plus que ne font ceux qui, se conformant à une opinion assez courante, prétendent voir dans Léon le Grand le véritable créateur de la puissance spirituelle de Rome.

L'ample développement que prit au IV^ siècle la primauté fut avant tout provoqué par les combats que le pape eut à soutenir contre l'hérésie L'arianisme s'attaquait k la vie dogmatique de l'Eglise jusque dans ses racines. Suivant

' Sur le poisson symbolique de la crypte de Lucine, cf. de Rosii, Ro/nn sott., t, I, p. 3(8 ei suiv. avec le table.iu en couleur, pi. VIII; Kraus, Rtritta soit., p. 253 et pi. VIII; Wilpert, Frailio partis, p. 81. Sur le poisson et son rapport au Chri-it, cf. de Rossi, ibid., et aussi le c.irdinal Pitra dans le Spicilegium .Soiesmensf,t. 11 1, p. 567,011 il conclut ses développements SUT la célèbre inscription d'Autun, par les mots suivants : lain quis Hubilare posiit, 1/Oiiv, sive ilU panem et vinum elorso suslitut, sive in meitsa cum pambus positus, sive sud ipsa eonsecrantis sacerdotis manu depiflus est, Christum esse in eucharistiaf Cf. Kraus, Roma toit., p. 239-157; "tais il faut

( retrancher l'image n. 37, — Sur le tableau de la fraflton du pain, voyez l'ëcril y relatif du savant qui a découvert le tableau, Mons. J.

Wilpert : Frailio paais. — Pour les images du bon pasteur et leur classification, cf. de Rossi dans BuUetl. arckeol. corn., 1889, p. 13c et suiv.; el Armellini, dans Niiovo BitUett. archeoî. crisi., t. I (1895), fasc. 1; Wilpert, «'Wrf., p. 108 et suiv. — Sur l'image de Marie à Saintc-Priscille et sur ses représentations dans les cimetières romamî, cf. Liell, Die Mariend-irsiellung in den Kalakomben (1887), surtout la pi. V et les p. 316 el suiv.; Lehner, Die Marienvirehruag in den erslcn JaÂrhunderten, 2' édition de 1686.

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Arius, le Sauveur des hommes, !a seconde personne de la Sainte Trinité, n'était pas vrai Fils de Dieu et vrai Dieu semblable au Père, mais une simple créature, une émanation temporelle de Dieu, un éon au sens païen. Il fallut d'incroyables efforts soutenus pendant un demi-siècle, pour triompher de ce déchirement fatal de l'Église et en préserver 1 Empire romain, à peine ouvert complètement à la prédication de l'Évangile. L'erreur dut se chercher une patrie hors des limites de l'Empire, chez les peuples nouvellement convertis. Si ses efforts furent brisés c'ans l'Empire, si le nom du christianisme ne fut pas réduit à l'état d'un son vide, ce fut l'effet de l'intervention de l'Église pour le maintien de son unité, du concours de ses organes fidèles pour la défense de la tradition, mais avant tout de l'infatigable énergie déployée par Rome pour assurer l'unité de la foi et l'unité de la charité qui embrassait tous les hommes.

Cette a(5lion unitaire devait nécessairement amener pour les gardiens établis par Dieu de l'Église, les successeurs de Pierre, un accroissement de dignité et d'honneur.

A coup sûr ils profitèrent aussi de la faveur dont ils jouissaient auprès du pouvoir. Constantin s'acquit par sa bienveillance la reconnaissance durable de l'église romaine. Et plus tard elle eut encore plus de reconnaissance envers la Providence du transfert opéré par Constantin de la capitale de l'Empire à Constantinople. Rome offrit ainsi un champ plus libre à l'aftion de la papauté, et de cette ville qui commença d'être dans sa dépendance elle put étendre avec moins de peine ses racines jusque dans le monde extra-romain.

Mais ce qui contribua plus puissamment peut-être que la faveur gouvernementale à exalter la dignité de l'évêque de Rome, ce fut la résistance qu'il ne craignit pas d'opposer parfois à l'omnipotence de l'État, résistance pour laquelle il n'employa que les armes acérées de la morale. Les empereurs se faisaient de temps à autre les serviteurs de l'hérésie arienne ; la vénération dont la servilité des peuples entourait les empereurs comme des dieux n'empêcha point les papes de dresser en face d'eux leur inlassable opposition. Ces époques virent les églises particulières se tourner avec plus de confiance, au milieu de la tempête, vers le rocher inébranlable de Pierre pour y chercher la proteflion. La nécessité d'un point d'appui commun au milieu de ce trouble trouva son expression dans les protestations ardentes des écrivains en faveur du siège romain, et les mesures prises par des papes qu'animait le .sentiment du devoir et que guidait la conscience de leur haute responsabilité, créaient, grSce au succè.s merveilleux qui finissait par les accompagner, un courant de dévouement enthousiaste et joyeux envers le siège suprême dans les deux moitiés de l'Empire.

C'est ce que confirmera un regard jeté sur les événements.

199. Le concile de Nicée de 325 détermina d'une manière décisive la position que les champions du catholicisme devaient prendre contre l'arianisme en déclarant le fils égal au père par essence, homousixs. A ce premier concile œcuménique, la présidence appartint à l'évêque de Cordoue Hosius, comme représentant de l'évêque de Rome Silvestre (314-335). Silvestreluî avait adjoint deux prêtres romains, Vitus et Vincentius. Les trois représentants de la chaire de S. Pierre signent les a£les du concile avant tous les évêques. On voyait Constantin assis sur un siège d'honneur qui lui avait été concédé. Simple distiniiion, présidence purement honorifique que la pompeuse relation de la présence au concile de l'empereur par son flatteur, l'évêque Eusèbe, n'a ni la prétention ni le

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pouvoir de transformer en présidence effeflîve. A la fin du concile les prêtres Vitus et Vincentius en portèrent les aéles au pape ',

Silvcstre eut pour successeur, après le court pontificat du Romain Marc, Jules, également d'une famille romaine (337-352). Celuirci dut aussitôt se mettre en campagne pour défendre l'unité contre les dernières attaques de l'ariantsme. Les hérétiques furent les premiers à réclamer son intervention, plus encore que les vrais fidèles. Les ariens eusébiens songeaient i éloigner de son siège épiscopal Athanase, archevêque d'Alexandrie et champion en Orient du symbole de Nîcée, Ils le calomnièrent auprès de Jules dans un libelle hypocrite. Mais Athanase se justifia auprès du pape par écrit, puis par une démarche personnelle à Rome. Il se rendit "auprès du trône apostolique, dont on ne peut, dit-il, s'approcher qu'avec une crainte respeflucuse ", Les Romains purent alors contempler avec étonnement les moines égyptiens de sa suite, avec leurs grossiers vêtements, qui présentaient à la ville corrompue les types austères de la pénitence et du mépris du monde. D'autres évêques célèbres de l'Orient vinrent encore alors demander la protection du siège pontifical ; Marcel d'Ancyre, Pau! de Constantinople, Asclépas de Gaza et Lucius d'Andrînople, tous viftimes de la persécution, comme Athanase déposé par la violence'.

Jules, comme chef de l'Eglise, cita les ennemis des évêques à un grand synode qui devait se tenir à Rome; toutes les plaintes seraient examinées en sa présence avec toute la rigueur possible. Elpidius et Philogène, prêtres romains, furent chargés de porter la citation à Antioche. Pour échapper au concile, le parti hérétique, ne reculant pas devant la contradi^ion, se mit à contester à l'évêque de Rome la juridiction légale. Jules n'en célébra pas moins en 341, avec 50 évêques, le concile, où Athanase fut absous et rétabli ainsi que les autres évêques dans tous les droits de son siège épiscopal 3.

La lettre adressée à cette occasion par le pape Jules aux évêques du parti adverse, est un document de premier ordre pour l'histoire de la primauté romaine. Le pape y blâme vivement les procédés employés. Même si les évêques accusés eussent été coupables, ne saviez-voua pas, dit-il, qu'avant de procéder à une déposition brutale, " la coutume voulait que vous nous écrivissiez pour que nous prissions sur ce point une décision conforme à la justice.' " Il leur reproche leur éloignement du concile sur le ton sévère d'un juge et d'un chef. Des évêques de

' Hefele, Concilieag., t. ], a* éd., p 38-43; trad. fr., Goschier-DeUre, t. I, p. 36-43.

Cf. les souscriptions dans Mansi, Coll. cctta'l., t. II, p. Agi, 697; on en trouve une nouvelle édition dans l'alrum nieaenorum nomittii, rid. H. Geltier, H. Hilgenfeld, O. Ciintz (Lipsiae, 189S}. D'après cette édition les plus anciennes listes présentent des divergences dans l'ordre des noms; maïs la place de ceux que nous avons cités se déduit avec certitude de la concordance que présente la liste de Socrate avec toutes les listes latines, avec les deux listes syriaques, avec le cntalngue grec de Théodose le Lefteur, avec la liste copte et la liste arménienne. Eusèbe, De Vita Canstantini, 1. II I, c. 10, nous présente Constantin

du concile " comme un ange du ciel"; mais au ch. 3, il dit que l'empereur

irapc3(3ou tov J.oyovTo!; Trjç ojvnSou rpoiÊpoiî.

■ Sur leur présence à Rome. cf. Hefele,

ibid., t. I, p. 498 et suiv. (irail. fr., t. I., p. 489

'Théodoret, Hist. tccl., 1. II, c 4, dit que dans la citation adressée aux plaignants Jules ne fit que se conformer à la règle ecclésiastique ; 11(1 -ï.ç txx).iio{ac iirdjiEvo; voVv xtX. Plus tard Boniface 1'=' rappela, entre autres exemples, ce qui se passa pour Athanase, comme preuve de la reconnaissance de la primauté romaine par les plus grands sièges de l'Orient {Ep. ad Rufum TAesialum, Mansi, LVIli,p. 758; Jaffé-Kaltenbrunner, n. 365).

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Thrace, de Cœlé^yrie, de PhénicJe et de Palestine, nombre de prêtres, surtout d'Alexandrie et d'Egypte, dit-il, avaient affronté les périls du voyage pour aider au triomphe du droit '.

Il y a un écho de cette lettre fameuse dans le reproche adressé aux ariens par l'historien Socrate de n'avoir pas craint de procéder seuls contre Athanase et le concile de Nicse. alors que, suivant la déclaration du pape, on ne pouvait prendre de semblables mesures en dehors du siège apostolique '.

Deux ans plus tard, au grand concile de Sardique (343), Jules reçut une satîsraflion au sujet des récalcitrants. Ce fameux concile, dont les décisions étaient mises sur le même pied que celles du concile de Nicée, fut convoqué par les hls de Constantin, Con.stant et Constance, à la requête du pape Jules et d'autres évêques, pour tenter une réconciliation entre les orthodoxes et les ariens. Sardîque dans l'IUyricum oriental, sur la limite des deux moitiés de l'Empire, vit se réunir une centaine d'évcques orthodoxes et un grand nombre d'hérétiques. La présidence y fut encore exercée, au nom de l'évêque de Rome, par Hosîus, évéque de Cordouc, qu'accompagnaient deux prêtres romains Archîdame et Philoxène. Tous trois affirment encore leur préséance dans leurs souscriptions.

La tentative d'union échoua; le parti hérétique fit scission et rendit plus éclatante son opposition en tenant un concile propre. Mais les Pères de Sardique firent toutes les démarches utiles pour assurer l'exécution des décisions prises à Rome. Ils reconnurent solennellement le droit d'appel au siège apostolique et désignèrent par là Rome comme un asile pour qui cherchait protcélion, comme un gage de sécurité nécessaire dans ces temps troublés.

C'est " pour honorer la mémoire de S. Pierre ", qu'ils déclarent la validité du principe d'un appel à interjeter au siège de Roms par tout évêque dont on poursuit la déposition à un synode provincial et qui se croit dans son droit Ils expriment, entre autres cho.ses, au pape Jules, leur conviction de la coni'enance qu'il y aurait pour les évêques à faire " au chef, c'est-à-dire au siège de Pierre, des rapports sur les affaires de chaque province " 3.

Ce fut un glorieux réiultat des efforts de l'épîscopat d'Occident et surtout de l'évêque de Rome qu'Athanase pût enfin remonter en paix sur son si^e d'Alexandrie, dont d'ailleurs il fut de nouveau chassé plus tard à diverses reprises. Pendant son exil l'illustre champion de la foi était demeuré plus de

3 Athanase, dans son Apolog. conlra Ariornos, c. 21 el suiv., nous a conservé cet écrit en grec. On y lit : ^ k-^tnim, i'-ci toSto ï9o; ^v, Tpiytrtïi ^^Tï xal o5to« tvBrv ôpiÇiaBan xk êijWMl; (c. 35).

'Socrate, Hist. tccL, I. H, c. 17 : MVi dttv

Itlpà ■pili(*1V toS îJtlOXiijtOU 'Plûtlllï XIVOviÏElï Ti( tKXXnO'ïî To3 ixK),>lï«STlXOÔ XlvdvOÎ KE-

).»j«vcoî. Cf. Funk, Hist. Jakrbuch, t. XIV

■ Concile de Sardique, c. 3 ;... S-mcliPetri apostoli memoriam konoremus, etc. (Mansi, t. m, p. aj; Hefcle, t. I, p. 560 et suiv.;trad. fr.,t. I, p. 550). Sur l'authemiciié des canons deSardiqueattaquéslégèremeni par Friedrich, cf Funk, Hislor.Jahrbuch,t. XXII I (1902), p 497 et suiv.; XXVI (içoj), p. i et suiv. P.

13 il explique le sens du 4° canon qui complète simplement le précèdent. Cf. aussi Paul von Cbastonay, Archiv/ûr katholiscken Kircht»r«A/,tonieLXXXV (1905), p. 3*1 suiv. Duchesne se déclare aussi contre Friedrich dans la revue romaine // Bessarione, i' série, I. III (1902), p. 129-144. Sur l'importance canonique de cette décision, cf. Philipps, Kircheareckt, t. V, p. 262 et suiv,; il y montre, à la suite d'Hefele, qu'il y a là non pas établissement d'un droit nouveau, mais simple reconnaissance d'un droit existant. — La lettre à Jules se trouve dans Mansi, t. III, p. 4°- Hoc eniiii oplimutn et valde congnùnlisiimum vidtbiliir, si ad capat, id est Prtri stdem, de siitgulis guibusçue praviitciis t)ovtim référant sacerdotes.

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trois ans à Rome en relations avec le pape et son clei^é. Après !e concile de Sardiqiic, Jules adressa aux Alexandrins une lettre pleine de joie pour les féliciter de recevoir de nouveau comme pasteur le vaillant athlète, à qui ses nombreux malheurs avaient acquis la gloire du confesseur; il les encourageait à persévérer dans ce zèle de foi qui les avait fait jusque-là demeurer fidèles à Athanase, au milieu des plus grands maux '.

Le pape trouva encore bien de la consolation dans la conversion de plusieurs évêques hérétiques. C'est ainsi qu'il reçut de Valens de Mursia et d'Ursace de Singidunum, déposés à Sardique pour cause d'hérésie, une formule orthodoxe et la demande d'entrer en communion avec lui. Ils témoignèrent leur reconnaissance à Jules d'avoir bien voulu, selon leurs expressions " avec bonté et douceur se déclarer prêt à pardonner à leur égarement" '.

200. Le successeur de Jules dans le pontificat romain, Libère (352-366), était aussi un Romain. Son histoire nous fait sentir partout, à l'occasion toujours des discussions ariennes, les liens puis.<;ant5 qui rattachent le primat de Rome avec son pouvoir suprême, à toutes les parties de l'Église.

Presque à son avènement, les évêques d'Egypte lui écrivirent lettre sur lettre pour lui faire connaître les nouvelles inimitiés auxquelles Athanase se voyait exposé. Quand, par un malheureux changement de ses dispositions, Constance se fut mis à la tête des ariens, ce despote vit dans le siège de Rome son ennemi naturel le plus redoutable. Force et adresse, il mit tout en oeuvre pour faire peu à peu de l'arianisme une institution d'État acceptée par tous les évêques; plan inexécutable tant que Rome refuserait son concours. La souplesse des évêques réunis au pseudo-concile de Milan (355) ne se plia que trop aisément à SCS vues; mais il lui manquait quelque chose; "il avait un ardent désir, comme l'observe Ammien Marcellin, d'obtenir la confirmation de son œuvre par l'autorité, qui rend si puissants les évêques de la Ville éternelle "3.

Constance assiégea donc Libère de ses prières et de ses représentations. L'eunuque Eusèbe vint le solliciter au nom de l'empereur de passer à la communion arienne et d'abandonner Athanase. Le refus qu'il essuya ne l'empêcha pas de déposer du moins dans la basilique de Saint-Pierre les présents dont il était chargé pour Libère; maïs celui-ci les y fit prendre et restituer à Eusèbe. Constance ordonna de faire comparoir Libère à la cour; le pape y fut intrépide dans la défense de la vraie foi ; les mennces de l'empereur ne purent l'amener à s'écarter si peu que ce fût de son devoir. II subît alors les amertumes du bannissement; conduit à Beroé en Thrace, il y vécut loin de tout commerce, dans l'intimité de quelques amis orthodoxes *.

II n'y a point de certitude historique qu'à la fin de son exil, abattu et brisé, il se soit laissé aller à souscrire la troisième formule dite de Sirmium, qui affaiblissait le symbole de Nicée. Encore moins peut-il être question d'une acceptation proprement dite de l'hérésie s.

■Lettre reproduite par S. Athan.-ise, Apnl.

coitira Arianos,c. 53 (Jnffë-Knltenbrunner, n. 18S}.

(S. Athan., A pologia contra Arîanos, c. 58.)

' ... tamtn aucteritate guoqu», gua poliorts

aettriiat urbii tfistopi, firmaridesititrio niir-

batur ardinli (I. XV, c. 7),

' S. kÙïAn-t Historia Arian ckos, c. 3S et sjiv.; Théodoret, Hùl. eccl., 1. II, c. 16-17; Ammien Marcellin, quo supra,

' Cf. mon arlicle sur Libère dans le /Tir- Mffl/^iic/j de Wetieret Welte, t. VU (1891), col. i9l5-'959-

268 LIVRE I, CH. VI. ÉVÈQUES ROMAINS JUSQU'A LA FIN DE L'EMPIRE. [N" 20!.

Ces événements nous montrent une fois de plus que les évêques ariens avaient conscience de l'importance considérable de la primauté romaine : " Si nous avons gagné Libère, disaient-ils, nous aurons vite fait de soumettre les autres " '.

A son retour d'exil, Libère est accueilli à Rome avec joie par le peuple fidèle. On crie par les rues de la ville : " Il n'y a qu'un Christ, qu'un pasteur! " Il marque du sceau de ta réprobation le nouveau grand synode arien de Rîmini : il demande à tous les évèques qui veulent se réunir à l'Église, de lancer comme lui l'anathème contre ce synode et contre la doftrine arienne "; et quand la mort de l'oppresseur Constance donne enfin le signal d'un grand mouvement de retour à l'Église parmi ceux qui s'en étaient séparés, il émet des "décrets généraux " prescrivant la façon d'agir avec les ariens ou semiariens repentants et donnant des décisions sur les baptêmes administrés par eux 3,

C'est ainsi que, par une lettre solennelle, il accueille à nouveau dans la communion de l'Église environ 60 évêques orientaux de la sefte semiarienne, qui lui avaient adressé comme mandataires les évéques Eustathe de Sébaste, Silvain de Tarse et Théophile de Castabalae, avec une profession de foi conforme à la formule du concile de Nicée. Libère en constata le parfait accord avec sa propre confession, comme il dit, et avec celle de tous les évéques d'Italie et d'Occident, et il put ainsi célébrer l'heureuse réconciliation*.

Une épitaphe pontificale anonyme, mais que dans ces derniers temps l'on a rapporté avec beaucoup de vraisemblance à Libère, célèbre avec insistance chez le défunt la lutte difficile et douloureuse qu'il a soutenue pour la foi de Nicée; elle le nomme " dofteur de la loi divine au cœur sincère ", " puissant Fig. 76. L'ÉgliBe confesseur ", " colombe sans fiel " s.

■ur la porte d« S'° Sabine.

201. La magnifique porte de bois sculptée à la basilique Sainte Sabine de

Rome, le célèbre chef-d'œuvre de l'art du V^ siècle, montre, dans l'une des

■ 1! tèv ,\ipip'ov ntàijjiev, ■crf/^itoi iti-^tuv Kossî, BuIL arch. aisl., 1883, p. 5 et suiv, ;

zp«T^r)|jev (Alli.. c, 3j). j 1890, p. 113 et suiv. (p. 116 conlre l'auribu-

'J.nfle-Kaltcnbrimner.n. 2.toetsuiv. lion de rëpiuphe à Martin I"; p. i.'9Ci.mrc

,. , . , ' l'atlribulion à [ean P'); Imcr. christ, tirbis

S.nce. F.p. ad Ht.nenum, c. 2 (Jaffé-K.lten- | i,-;,,^„,^, ,^,, p. ^^^^ f^j,.'. ci„t., Hht.

brunner, n, 25;). 1 ^„-/. „^/.^ ,. ,,, p. 130 et suiv. Les objeflions

♦U texte de la lettre aux évêques d'Orient , de Funk, dans \ HiUor. Jahrbuch, t. XIII

est dans Socraïc, Htst. eccl.. I. IV, c. 12; [ (1892), p. 489 el suiv. et dans ses Kir<httt-

JafftKaltenbrunner, n. 2.8. Cf. Hefele, 1. 1, , ^(schichtliche Abkandlunj;en. t. I, p. 3yl et

p. 736 et suiv. (trad. fr., t. Il, p. 1 ig), | suiv., contre l'ait ij but ion à Libère el ses ar-

' Hivinat Ugis sincero corde inagiiiriim ... 1 guments pour l'ailribuiion à Martin l^neme

confesser polerts... sint /elle columba. De I paraissent pas décisifs, pas plus que Tauri-

N0 20I.] II. LA PRIMAUTÉ ET I.'aRUNISME. I.E PAPE DAMASE.

scènes qui couvrent ses battants, les fondateurs de l'église de Rome Pierre et Paul élevant ensemble la croix vers le Sauveur rayonnant de jeunesse et planant au dessus d'eux dans la couronne du triomphe (fig. j6)^. Au milieu d'eux se tient calme et sublime une orante, figure de la communauté des fidèles ou de l'Église de Dieu, fiancée du Seigneur,

Si nous ne nous trompons, l'ensemble de ce tableau grandiose, d'une belle exécution, donne au spe^ateur l'idée de l'Église dans tout l'éclat de son unité, et développant sa vie surnaturelle tout ensemble dans ce monde et dans l'autre. Tandis que dans l'inaltérable clarté de l'au-delà trône le Christ, son espérance, pour as.sembler autour de lui les élus du royaume de Dieu, l'Eglise ici-bas passe sa vie temporelle dans les œuvres de la foi que symbolise la croix et que lui ont prêchée Pierre et Paul. La présence des deux princes des apôtres, martyrs de Rome, dans ce tableau, où ils sont unis d'une façon expressive, comme sur t;int d'autres, devait éveiller chez les fidèles le souvenir de la précelience dans l'Église du siège de S. Pierre. Et sî Pierre et Paul paraissent ici comme élevés au même degré d'honneur, chacun savait que les droits de la préséance pour la sauvegarde de l'unité avaient leurs sources dans les fonflions conférées par Dieu même à S. Pierre et que Paul lui était associé comme apôtre des gentils pour exprimer l'universalité de l'Église.

La fameuse porte de la basilique aventine nous offre encore, à mon sens, à côté de la représentation artistique de l'Église, celle de l'Empiré romain chrétien; en sorte qu'on trouverait personnifiées dans cette œuvre d'art les deux puissances dont nous devons retracer dans les lignes suivantes l'existence historique et les rapports mutuels. L'Empire est symbolisé (fig. 77») par un prince vêtu de la chlamyde. debout devant un temple, les bras étendus, recevant les acclamations de la foule, qui, comme sur l'arc de Constantin, se partage en deux groupes : les hauts fonftionnaires en toge et le peuple avec la planeta (pamula).

Le monument chrétien, surmonté de la croix, derrière l'empereur, semble désigner son rôle dans les affaires extérieures de

Fïg. 77, L'Empire romain sur la porte de S" Sabine.

bulion à l'antipape Félix II proposée par Mommsen. Contre cette opinion, cf. // Bfslariont, 1897, p. î6o et suiv. Pour Libère, cf. encore L. de Feis, Sloria di Hbtrw papii e delta scùpia dit semiariam (Roina, Propaganda, 1894).

' Photographie originale. Mon esplicaiion de cette figure où je vois une représentation

de l'Église (Rom. QuarlalschHft, t. VIN, 1894, p. 15 *' suiv.; Analtila romana, t. I, diss. X et append.) a élé acceptée et développée par J. Wiegand. Dos alUhristlicke Hauptporlal an dtr Kirehe der k. Snbina (Trier. 1900), p. 82 et suiv.

' Photographie originale. Cf. AnaleBa romana. t. I, p. 669-671.

270 LIVRE r. CH. VI. ÉVÈQUES ROMAINS JUSQU'A LA KIN DE L'EMPIRE. [N'»20L

l'Église; l'ange ailé qu'on voit i sa gauche pourrait bien avoir remplacé la VÎÂoire ailée qu'on mettait près des empereurs, et symboliser la proteflion d'en haut que l'empereur implore et qu'il peut espérer. Le bas-relief n'est pas de la même main que le précédent '.

Il n'est pas étonnant de voir les idées de l'Église et de l'Etat aîn.sî exprimées dans une œuvre d'art à une époque toute pleine de la pensée des deux puissances et de leurs relations. Sî cela est vrai du V' siècle, date de l'exécution de la porte de Sainte- Sabine, ce ne l'est pas moins de l'époque peu antérieure des grandes luttes ariennes.

A la mort de Libère, ses traces furent suivies par un autre pape rempli d'aflivîté, S. Damase (366-384). Le Liber pontificalis indique l'Espagne comme sa patrie, mats dès son enfance il avait vécu à Rome. Damase avait pleine conscience du devoir qui lui incombait, comme chef de l'Église, d'employer toutes ses forces à la sauver de l'hérésie arienne. Les combats contre l'arianismc multiplièrent sous son pontificat les témoignages rendus par les plus grands hommes et les meilleurs de l'époque à la suprématie spirituelle de Rome, fondée par Dieu, comme principe du salut de l'Église au mitieu des périls.

Damase, à l'exemple de Libère, s'attacha, comme à une ancre de salut, à la réprobation du p.seudo-concile de Rimini. " Cette assemblée, dit-il, n'a aucune valeur, n'ayant obtenu ni l'assentiment de l'évéque romain, dont il fallait avant tout demander le jugement, ni de Vincent de Capoue et d'autres évêques; tout a été fait sous l'empire du mensonge et de la force et en violation de tout ordre ecclésiastique " ".

Ce jugement et l'obligation générale de reconnaître le concile de Nicéc furent le résultat du premier synode connu que Damase ait tenu à Rome (369)- Du synode le pape et les pères qui y étaient assemblés envoyèrent aux évêques d'Orient une -déclaration qui devait tenir lieu de règle de foi {tomus, typus)\ ils devaient la souscrire sans réticence comme témoignage de leur retour à l'unité. " Nous avons pris une décision, dit le pape, et quiconque veut s'estimer chrétien, apprendra par elle à connaître ce qu'il doit maintenir pour garder la tradition apostolique " 3. Au synode d'Antïoche (378), cet écrit doctrinal fut

■ L'explication habituelle de cette scène, où l'on veut voir la rencontre de Zacharie avec l'ange est ébranlée par cette simple circonstance à laquelle on n'a pas assez fait attention, que le personnage principal n'est pas vêtu de la la£emii que l'art chrétien de l'époque donne pour vêtement au prêtre juif, mais de la chlamyde, vêtement de cour et de guerre, comme Constantin sur son arc de Rome et Justinien sur les mosaïques de Ravenne. Sur les représentations d'anges à côté d'autres personnages, cf. Stuhlfauth, Die Engtlindir aUchriUlichen Kunst {Arckdologischi Sludieu, krsg. von JuHus Ficker, 3* liv., 1897), p. (76 et suiv. Le fameux ange représenté sur l'ivoire du musée britannique, de la première moitié du VI' siècle {ibiil., p. 179), est aussi, d'après l'inscription, le pioiedeur d'un haut personnage, peut-être d'un empereur. Cf. les additions à ma dixième dis*

sertalion, consacrée à la porte de Sainte- Sabine, au t. I de mes Analeda romana.

Wiegand se rallie à mes explications aotérieures et ne voit aussi dans cette figure que "l'Empire romano-chrélien " (p. 52).

Avec son caradtère " synitwlique ", ce morceau, dit-il, forme " un excellent pendant i l'image de l'Église ".

'Mansi, t. III, p. 443; JalTé-Kaltenbruaner, n. 333.

^ Sur le synode de 369, cf. Jaffé-Kallen- Imjnner, n. 333. Le synode condamnant Libère, que signale JafTé et qui aurait eu lie» antérieurement, a été reconnu faux. L'écrit synodal de 369 (Mansi, t. III, p. 443, 455)**' mentionné par Damase dans sa lettre aux Orientaux contre Apollinaire et Timothée, dont Théodore! {Hist. tecl., 1- V, c. 10) nous a consetvé la traduction : ''H^ji) ylip airif

lùxov a ' XIJICV...

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