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- Décisions de Damase sur le gouvernement de l'Eglise et la Sainte Écriture.
206. Pour clore ce court aperçu du rôle du primat de Rome sous Damass, le plus important des papes du IV"^ siècle, nous signalerons deux de ses décrets, qui nous apportent des faits nouveaux et inconnus de l'histoire de la prééminence de Rome. Car ce n'est que tout récemment que la critique a justement
' Canon 3 avec commentaire, dans Hefele, t. II, p. 17 (trad. fr., t. Il, p. 204-205).
" Mansi, t. VII, p. 442.
3 Ep. 106 k Anatole de Constantînople, c. 5 (Mignc, P. £., t. LIV, col. 1007),
^Regislr., 1. VII, n. 31 à Euloge d'Alexandrie Rt Anastase d'Antioche (éd. de S. Maur.
VII, n. 34).
' Sicut satUîi Evangelii quatuor libres, sic çuatunr eondiia suscipire et vinerari me faUor. Hefele, t. Il, p. 31, 33 (trad. fr., I 11^ p.3i6et suîv.); Grégoire le Grand, Regislrum^ I. I, n. 24, lettre synodale aux patriarches d'Otient (éd. de S. Maur, I, 25).
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restitué à Damase ces afles importants, qui marquent des étapes dans l'histoire du dc^ne et de la discipline ecclésiastique, et que l'on avait jusque-là coutume de rejeter à une époque postérieure,
La première décision Tut promulguée par le pape au concile romain de 374. C'est le plus ancien règlement qui nous donne une liste complète des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament et par là même il est d'une importance considérable pour l'histoire du canon biblique. On y trouve la preuve que déjà l'Église reconnaissait et lisait comme écrits " par l'opération de Dieu " les mêmes livres sacrés qui aujourd'hui encore jouissent chez les catholiques de l'autorité de livres inspirés ou canoniques. La liste commence par ces mots : " Voici la série des livres de l'Ancien Testament qu'accepte et vénère la sainte Église catholique romaine ". On voit toute la vigueur d'une autorité do£lrinate qui, se rattachant aux plus anciennes traditions, notamment de l'église romaine, apprend à l'humanité dans quels livres est enseignée la parole de Dieu; car si nous avons reçu la Bible de Dieu, dans un certain sens nous l'avons aussi reçue de l'Église '.
l'eu après Damase, deux conciles africains (Hippone, 393; Carthage, 397) établirent aussi le canon biblique d'après les traditions locales. Leur liste est de tout point d'accord avec celle de Rome. Les Pères d'Hippone terminent par cette formule remarquable : " Pour la confirmation de ce catalc^e, il faut se mettre d'accord avec l'église d'au-delà des mers"'. C'est ainsi que la tradition du siège de S. Pierre est comme la boussole infaillible où viennent souvent s'orienter les églises; Rome est la pierre de touche de leurs traditions. En voici un nouvel exemple : douze ans plus tard l'évêque de Toulouse Exupère, entre autres objets sur lesquels il désirait être instruit et éclairé par le Saint-Siège, demandait une liste authentique des livres de la Bible et le pape Innocent la lui envoya, en ajoutant la recommandation " non seulement de laisser de côté, mais de condamner expressément " tous les autres écrits qui prétendaient à une origine divine 3.
Dans le canon biblique promulgué au synode de Damase, on trouve la trace des travaux préparatoires du Père de l'Église, S. Jérôme. Lui-même nous apprend qu'il travaillait aux côtés de Damase et le passage oà il nous en informe est en même temps un témoignage de la reconnaissance universelle de l'autorité pontificale : "J'ai eu souvent alors, nous dit-il, à répondre aux nombreuses consultations qui d'Orient et d'Occident étaient adressées au siège apostolique " 4.
L'autre déclaration de Damase que nous voulons rappeler concerne les patriarcats orientaux et la primauté du siège de Rome. Ce qu'elle contient sur les patriarcats la rattache aux différends susmentionnés relatifs à l'ordre hiérarchique des grands évêques d'Orient, et peut-être s'y rattache- t-elle historiquement Son affirmation catégorique de l'institution par le Christ de la préémi-
■ Mansi, t. VIII, p. I5tet suiv, reproduit, 1 références de la n. i de la p. 274. d'après le Codex Lucensis, le court préam- 'Concile d'Hippone,BalIerinidansles<>^-
bule où on Ut entre autres choses: Deiope' ! ra S. I^otUs {W\%-nt, P. L., t. L VI, col. 429; ratiene ertdamus illas (serifituras) esst eon- de Carthage, Hefele, t. II, p. 54, 66 (tr«d. fr., Jilai el où la condamnation des apocryphes t. Il, p. 140, 345)-
s'appuie sur le témoignage de S. Jérôme : > Mansi, t. III, p. 10,18; JafTé-KaltenbrvD-
Qfias eiiam -vir ei uditissimtts Hiironymus ' ner, n. ï93;cf. Balleiini, Aw £lV., col. 505.
rt^Uiliavil. Sur l'attribution à Damase, les 1 Ep. tjo, n. 10.
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nence de l'église romaine dans la personne de S. Pierre en fait le couronnement de toutes les déclarations sur la primauté ».
En voici le début : " Bien que l'Ëglise catholique universelle, répandue sur la surface du globe, soit tout entière la chambre nuptiale du Christ, la sainte église romaine n'en est pas moins élevée au-dessus de toutes les autres, non point par des constitutions synodales, maïs par la parole de N.-S. et Sauveur dans l'Évangile qui lui assure la primauté, quand il dit : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle ; je te donnerai les clefs du royaume du ciel ; ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans le ciel et ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans le ciel" '.
Damase expose ensuite que S. Pierre a souffert à Rome le martyre avec S. Paul, qu'ils ont '* consacré au Seigneur Christ l'église romaine ", que " par leur présence et leur triomphe Rome a été élevée au-dessus de toutes les cités ", " Le premier siège de l'apôtre Pierre est donc l'église romaine" et, empruntant une comparaison biblique, il ajoute qu'elle est l'église " sans tache, sans ride, et sans aucun autre défaut de ce genre " 3,
" Le deuxième si^e a été consacré à Alexandrie au nom de Pierre par son disciple l'évangëliste S. Marc Car Marc fut envoyé en Egypte par l'apôtre Pierre et y subit un glorieux martyre, après avoir prêché la parole de vérité. C'est aussi au bienheureux apôtre Pierre que le troisième siège, celui d' Antioche, doit d'être honoré; Pierre y a demeuré avant de venir à Rome et c'est là que les partisans de la foi nouvelle ont pris pour la première fois le nom de chrétiens " *.
Cette importante déclaration sur l'origine des patriarches, qu'ont renouvelée plus tard d'autres papes comme Gélase et Grégoire I", établit entre les grands diocèses de l'Église une vraie et intime unité, dont le nom sacré de S. Pierre et la dignité de son siège forment le lien.
On a émis des opinions diverses sur l'origine de la dignité patriarcale dans le christianisme. L'explication pontificale offre le grand avantage d'avoir une haute antiquité, et, ce qui vaut mieux, de sortir de la bouche la plus autorisée- Visiblement c'était à Rome et dans l'Occident une idée vivace et fondée, que le suprématie des patriarches sur les autres évéques avait sa raison d'être non pas dans des efforts heureUx pour s'élever à ce haut rang, ni dans l'importance politique des cités patriarcales, mais bien plutôt dans leur participation plus étroite . à la puissance et à la dignité du centre et de la source de l'unité ecclésiastique â Rome. Cette pensée n'excluait naturellement pas l'idée que l'afli vite déployée dans la propagation de la foi par les églises d'Alexandrie et d'Antioche eût contribué essentiellement à l'établissement historique de leur prééminence. En fait l'une et l'autre étaient métropoles de nombreux évéchés fondés par elles;
'Mami, t. Vin, p. 158, avant le décret de Gélase, auquel elle est rattachée comme la déclaraiion sur le canon biblique; Hefele, t. 11, p. 630, 6zi (trad. fr., t. 111, p. 321).
"... Qutmvis universae pir orbem caJholieae diffusa* ecdesiat unus thalamus Chrisli si/, sanûa tanun romaiia ecclesia nuilis sy»odicis eotutitutiotàèus eaeteris icclesiis praelaia ttt, sed evan^elica voct Domim et Salvaloris naitri ptimatum obtinuit. Tu es Petrus, in-
quientis, et super hune petram aidijlcabo eeclesiam tneam, etc.
3 Est ergo prima Pétri aposloli sedes ramona ecclesia, twn kabetts maculam nique rugain nec aliquid kuiusmodi. Cf. Ephes., c. V,v.i7.
* Secundo sedes apud Alexandriam beati Pétri nomine. . . consecrata. . . Tertia sedes apud Aniiochiam item ieatissimi aposloli Pefri kabetur honorabilis, etc.
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malheureusement nous n'avons pas de données qui nous permettent de suivre dans le détail l'évolution historique primitive du patriarcal.
Quant à la question de principe, il ne faut pas oublier que l'établissement de la snprématie des patriarches, exarques ou archevêques sur d'autres évêques est l'œuvre des circonstances historiques et que cette hiérarchie n'est pas d'institution divine. La primatie de Pierre seule fait exception. Pour elle et pour elle seule l'hvangile et la tradition s'accordent à nous dire qu'elle a été instituée par la volonté de Dieu comme une dignité permanente des successeurs du prince des apôtres à la tête de l'Église universelle.
Cela sup|>osé, il n'y a certainement pas, nous le répétons, de meilleure explication, que celle du pape Damase, de la suprématie des patriarches d'Alexandrie et d'Antioche. Ces deux sièges épiscopaux, les premiers de l'Orient, y apparaissent dans une certaine mesure comme les sièges de S. Pierre et les succes.seurs de Pierre n'ont aucun motif de jalousie contre eux. Au contraire ils se réjouissent de l'honneur de ces sièges. Bien loin d'être un germe de discorde la dignité patriarcale continuera d'être affermie par le possesseur du siège suprême. La confession claire et joyeuse que fait l'Orient de l'unité de l'Église est en même temps une reconnaissance de cette vérité que la suprématie des patriarches se fonde sur la plénitude de pouvoir attribué à S. l'ierre et dont ils ont reçu comme une dérivation. On sait que le Christ n'a pas fondé trois églises, mais une seule, une société viable et parfaite qui ne peut avoir qu'une seule tête.