N" 222.] VIII, LES PAPKS ET LK XESTOKIANISME. 3OS
Rome réalisaient un merveilleux développement de l'oi^anisatioti interne de l'Église. Dans le plan du chef invisible de l'Église, ces mouvements hérétiques avaient une double utilité : c'était l'école d'une intelligence plus claire et plus profonde de la do6ïrine, c'était aussi un appel à la constitution de puissances spirituelles proteélrices et à l'affermissement de l'édiiîce de l'uuité.
232. Il n'est pas utile d'exposer ici en détail le lien qui rattachait le nestorianismc à l'arianisme et au pélagianisme. Arius s'attaquait à la divinité du Christ, Nestorius s'en prit à l'union essentielle des deux natures humaine et divine dans le Rédempteur; Pelage par son rationalisme avilissait toute la vie chrétienne, en détruisant la croyance au Christ Homme-Dieu, Nestorius détruisait le fondement même de la religion,
Nestorius, archevêque de Constantînople, faisait du Christ, fils de Marie, une personne humaine, semblable à tout autre homme, dans laquelle avait habité, en la sanfïifiant comme une autre personne, l'Esprit éternel de Dieu. Combien il était éloigné de la juste conception chrétienne qui voit dans le Sauveur une personne en deux natures, c'est ce que montrent ses attaques contre l'expression traditionnelle de mère de Dieu pour désigner la Sainte Vierge. C'est la lutte contre ce terme, commencée à Constantinople et poursuivie en Egypte, qui fut la cause extérieure de toute la tempête hérétique.
Le siège romain ne prit part à la lutte (et sou intervention est le seul point par lequel ces controverses rentrent dans notre cadre) que quand Nestorius et son principal adversaire Cyrille, patriarche d'Alexandrie, s'adressèrent au chef de l'Église pour en avoir une réponse décisive.
La personnalité considérable du pape de cette époque nous est déjà connue par les mesures de Rome contre les pélagiens. Son nom se lit encore en lettres d'or dans la grande inscription de Sainte-Sabine sur l'Aventin, dont il a commencé la construflion. " Quand Célestin remplissait la charge apostolique suprême, quand, premier des évêques, il brillait sur la terre, cette basilique fut fondée, etc. " '.
Le patriarche Cyrille avait écrit à Célestin l" que c'était se conformer à un " antique usage de l'Église " que de soumettre au pape la nouvelle controverse dogmatique; qu'il lui envoyait en conséquence le diacre Possidonius pour lui présenter un rapport et qu'il réclamait une sentence pontificale'.
Un synode se réunit en avril 430 à Rome, qui fut suivi de la notification à l'Orient par Célestin l'' d'une décision sans appel, claire et nette. Les mesures dont elle était accompagnée manifestent l'esprit de fermeté de Rome. Nestorius. l'évêque le plus en vue de l'Orient, qui jouissait de la plus haute faveur à la cour, fut menacé d'excommunication, s'il ne renonçait pas dans les dix Jours après la réception de la sentence pontificale à une erreur qui avait créé si rapidement un si profond danger. Célestin déléguait le savant patriarche d'Alexandrie pour exécuter cette mesure et agir contre la nouvelle sefte. De sa pleine autorité papale il annulait les excommunications lancées par l'arrogance de Nestorius et il notifinit les mesures prises par lui non seulement à Constantinople, mais à d'éminents princes de l'Église, Rufus de Thcssalonîque, Flavius
■ Voir le lexle, avec reproduftion photogra- , ' tV/(« eccUsiarum consutludo esl, ni, etc. phique dans mes AnaUila romaiiu, pi. I, n. 2; Ep. Il (al. ç) ad CoeUsdnum (Mansi, t. IV,
cf. p. 146. Cf. Armellini, C/i/fj^. a'éd-.p. s8[, I p. ion; Migne, P. Gr.,x. LX.WH, col. 80). Ilist. de Rome. — 30
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de Philippes, Jean d'Antioche et Juvénal de Jérusalem. II adressait d'ailleurs à Ncstonus même des paroles paternelles et bienveillantes pour le détourner du chemin de l'erreur'.
Les paroles de douceur étaient utiles dans te patriarcat d'Antioche. La fameuse école théologique d'Antioche était le foyer d'où étaient sorties les nouvelles idées. L'école avait un haut renom qu'elle méritait, et bien que dévoyée, elle pouvait encore être gagnée. Ce qui faisait depuis longtemps la supériorité des douleurs d'Antioche, c'était une méthode sobre et rationnelle de traiter les vérités et une interprétation de l'Ecriture sainte qui se tenait rigoureusement au sens littéral. Mais en abusant du raisonnement l'école risquait de passer dans le camp de la philosophie incrédule et sans lui laisser prendre en mains la direéiion des esprits en Orient, il fallait opposer à son crédit et à son influence, avec autant de bienveillance que d'autorité, la loi de la simple croyance de l'Église.
Ces circonstances expliquent, comme on l'a déjà remarqué, le rôle de Célestin. D'une part les lettres que nous avons citées et dont le texte intégral existe encore, ne laissent rien à désirer sous le rapport de l'autorité; et il est remarquable que le concile œcuménique qui se réunit bientôt approuva sans réserve le langage des lettres pontificales et l'expression qui s'y faisait jour de la plénitude de la puissance spirituelle.
Mais il y a dans ces lettres un caraftère plus admirable encore; c'est la manifestation de cette véritable sollicitude qui déborde du cœur. Chaque ligne exprime le zèle d'une paternelle charité, une ardeur communicative à tout mettre en œuvre pour le bien de l'Église et des âmes. Tout l'éclat temporel de la prééminence cède le pas au devoir pastoral. C'est la vraie primauté de l'Église romaine.
223. Des circonstances extérieures vinrent suspendre l'exécution de la sentence pontificale. Cyrille crut devoir provoquer auparavant la réunion d'un synode à Alexandrie, tandis que l'empereur Théodose II caressait l'idée d'un concile œcuménique. En effet lui et son collègue ne tardèrent pas à lancer aux évêques des invitations à un concile général à Éphèse. Le pape déclara suspendre jusque-là la peine et attendre la conversion espérée de l'auteur de toutes ces controverses. Approuvant la convocation du concile, il envoya dans l'été de 431 des légats à Éphèse, pour seconder, à titre d'occidentaux, l'oriental Cyrille, le principal représentant du siège apostolique, et veiller avec lui à l'exécution par le concile des décisions de Rome. Ces légats étaient au nombre de trois : les évêques Arcadius et Projet et le prêtre Philippe".
Dans la première session, que le danger de la situation ne permit pas de proroger au-delà du 22 juin, le patriarche Cyrille avait seul encore la présidence. Les aftes disent expressément que c'était à titre de représentant du pape et le fait est confirmé par Mennas de Constantinople et d'autres évêques grecs dans une lettre au pape Vigiles,
■Mansi, t. IV, p. 1017 (à Cyrille), 1025 (à 1 p. 5j6; Jairé-Kaltenb^u^ner,^.378):...4>f^I>■ Ne5to^lus), 1035 (au clergé et au preuple de ritatem sedis aposlolicae cusioiiiri dtbere man- Constaminople); JafTé-Kaltenbrunner, n. 373, damus... ul ad disetplalienem si ftierit ver- 374, 37S ; excùmmunicationts aè tùdein {Ne- sum, vos de eorum senUntiis iudieare débutstorio) prolatas dissolvit; Cyrillum in isla 1 tis, non siibire certamen, etc. causa vicarinm suum coiistituit. 1 ' Hefele, t. H, p. i84(trad. fr.,t. II,p. 361);
' Lettre du pape aux légats (^fansi, t. iV, | Mennas, dans M;iiisi, t. IX, p. 6a.
No 223.]