N" 229-] IX. CONDITION DOMESTIQUE DE LA PAPAUTÉ
d'influence, en quête d'occasions de porter la main partout et d'enfermer tout le domaine ecclésiastique dans les mailles d'une primauté inventée par eux. Ce ne sont là que des rêves sans fondement historique. On a donné plus haut mille preuves contraires. Partout on voit les papes se déterminer à des afles de gouvernement sur les instances qui leur viennent de l'Orient ou de l'Occident ou sous la pression du devoir qui leur incombe de prendre des mesures pour la paix de l'Eglise, pour la conservation de la doélrinc, pour le maintien de l'obéissance à ta loi morale ou aux décisions de l'Église.
Ce n'est pas seulement te fardeau d'une lourde responsabilité que le lefleur sent dans ces lettres, mais aussi le fardeau de la douleur, du souci et de l'affliction. C'est le cas par exemple quand il s'agît de conflits aigus au sein de l'Eglise, de vices incorrigibles, d'interprétations fausses et jalouses des démarches du pape. Il aurait fallu ne pas confier aux hommes des institutions ecclésiastiques pour empêcher la présence de faits analogues à toutes les époques. Cette correspondance nous montre les hommes les plus pieux préparant d'étranges amertumes à leurs chefs hiérarchiques par leur méfiance ou leur sens propre et leur résistant parfois sans pour cela mettre en question la primatie elle-même.
C'est ainsi, pour citer un cas particulier, que dans la première moitié du Ve siècle, des synodes africains et des provinces ecclésiastiques tout entières ont défendu contre Rome avec ténacité et chaleur leur opinion dans la question des appels; cette ardeur, cette obstination déplurent au pape; mais les Africains ne songaient pas à ébranler les fondements de l'autorité de Rome à la tête de l'Église. Et quand les évèques de ce même pays, dans l'affaire du pélagianisme, firent à Zosîme des représentations plus que vives, le pape ne put se défendre de quelque impatience en leur répondant ; mais les évêques n'avaient pour guide en cette affaire aucune hostilité contre la primatie, mais le simple désir, fort justifié, de mettre enfin un terme aux intrigues de la se£le. Et puis la chaleur du sang a exercé son influence sur la langue des Africains.
I^ sentiment de l'unité fraternelle de l'Église et de la nécessité de la subordination à S. Pierre dans l'obéissance n'empêcha pas que le vieil esprit si personnel du romanisme, le caraélère des différentes contrées et plus tard surtout la passion d'indépendance des nouvelles races converties s'exprimassent d'une manière vive et naturelle même chez de pieux évêques. La politesse un peu compassée de notre époque est choquée chez eux d'une rudesse qui luî parait irrévérencieuse, mais qui n'olfrait en réalité pas l'ombre d'une faute.
Au demeurant l'obéissance ecclésiastique à Rome n'était pas chose également facile à tous, surtout lorsque les papes se trouvaient n'être pas des personnages aussi en vue, aussi célèbres par leurs allions ou leurs souffrances que l'étaient par exemple tel ou tel des champions de l'Église contre certaines hérésies ou certains schismes, un Athanase, un Basile, un Cyrille d'Alexandrie. Il arrivait souvent que des talents étrangers s'élevaient dans l'Église bien au dessus des humbles possesseurs de la chaire de S. Pierre. Mais il est notable combien malgré tout est vivace le sentiment que le vénérable siège de Rome l'emporte par l'autorité décisive de la parole sur tout l'éclat des écrivains, toute la profondeur des érudits et sur la force même des caraflères, quelque admirable qu'elle soit. Les illustres pères de l'Église dissipent les nuées de l'erreur et guérissent de leurs mains les plaies des communautés déchirées. Mais c'est l'autorité divine des évêques de Rome qui dans tous les combats rend la sécurité aux
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courages. L'adht^sion à leur doélrinc et à leur communion constitue pour les plus savants défenseurs de rÉjflise la garantie nécessaire qu'ils ne se meuvent pas dans les sentiers de l'erreur, mais qa'\h demeurent avec le successeur de Pierre fermement établis sur le roc de la vérité.
Le pontificat du successeur de Sixte III montre à quelle hauteur pouvait s'élever l'autorité du primat quand il se distinguait par les brillantes qualités de l'évêque, du père de l'Église et de l'homme d'Etat. C'est le pontificat de Léon le Grand (440-461).
On a conservé de lui seul plus de lettres que de tous ses prédécesseurs. Nous en avons un recueil qui nous fait pénétrer dans le détail du gouvernement spirituel à Rome au temps de la chute de l'empire d'Occident. Bien que ces 143 lettres ne soient pas le recueil primitif des archives vaticanes, p.'is même un fragment de ce recueil, elles suffisent cependant — surtout en comparaison de l'obscurité de la période précédente — à nous manifester dans maint menu détail ce qu'était alors la primauté de l'ÈgUse de Rome',