‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 97 sur 165 · N°23I.] X. LE PAPE LÉON I LE GRAND · texte numérisé non relu

N°23I.] X. LE PAPE LÉON I LE GRAND

jusque dans les plus lointaines luttes dogmatiques sur les deux natures dans le Christ, ramine les égarés à l'unité,

" Par tout le monde, écrit Léon joyeux à Constantinople, nous enlace le lien indestruflible de notre pure communion... Sachons apprécier cette unité, aimons cette alliance sublime des esprits!... Dieu a donné tant de solidité à la foi qui la soutient que toute la malice de l'hérésie ne la peut corrompre, que toute la superstition païenne est impuissante à la détruire... La ville de Rome, ajoute-t-il, étend plus loin sa domination par la religion divine que par la puissance terrestre " '.

Mais à qui ne voudrait voir dans ce pontilîcat qu'une marche triomphante du grand pape à travers son époque, le recueil de ses lettres apprendrait tout autre chose; il s'y reflète en effet ce ministère d'un évêque des âmes, tout rempli de soucis et de difficultés, que nous avons déjà décrit. On y voit combien la sollicitude du pape est absorbée par la surveillance fatigante des évêchés, surtout de ceux qui constituent sa propre province en Italie, par les questions à résoudre, par les pouvoirs à conférer, par les réprimandes ou les exhortations à donner. Au milieu de tout cela se pressent les grandes questions du temps, non plus avec ce qu'elles ont de glorieux pour la papauté, mais avec les lourdes charges et responsabilités qu'elles entraînent pour le successeur de Pierre.

" Sujet de tremblement ", tel est le nom que la grande âme de Léon donne au si^e de Pierre, si gros de responsabilités ; ce sont des motifs surnaturels qui le font demeurer dans cet " esclavage " de Dieu et des âmes et supporter ce " ministère " auquel le réduit sa fonflion. La grandeur qui le charme et le réjouit n'est pas, il l'affirme, la grandeur extérieure de sa fonftion, mais cette grandeur intime de l'âme que vous donnent la " foi, l'espérance et la charité ". Tout en sentant son insuffisance à remplir les devoirs de sa charge, il se console par la pensée que " l'indignité de l'héritier ne saurait amoindrir la dignité de l'héritage de Pierre"».

231. La sollicitude de Léon pour les fidèles de Rome, plus immédiatement souinis à lui, l'amena dès les débuts de son pontificat à découvrir dans la ville des menées manichéennes. La sei^e, que les lois même de l'État avaient frappée, se signalait par une honteuse immoralité. Le zèle de l'évëque agit avec la plus grande décision contre ces restes de paganisme à Rome, qu'il regardait comme devant éclairer le reste de la chrétienté à titre de " cité royale et sacerdotale " 3.

Il fit rassembler et brûler les livres des Manichéens, exhorta publiquement le peuple, recommanda les bonnes œuvres, l'abstinence et la prière comme le plus efficace moyen de conserver la religion et livra les obstinée au bras séculier pour qu'ils fussent punis de l'exil. Il notifia aux évêques d'Italie ses découvertes et les mesures prises par lui. L'entente de l'épiscopat pour exercer la surveillance, l'imitation en Orient même de l'exemple donné par Léon, le renouvel-

' Rp. 80, D. I ; Strau) j, n. 3 (sur la solidité de la foi). Voir ce passage et d'autres analogues au 1. 1 de mes Anaieda romana,^. 307- 331 ; Il primato romano nel secolo V lecondo i délit di son Leone Magno e dei moi contimporanei. Sermo 83, n.wut per sacrant beali Pétri secUm eaput orbis effecla, laltus praesideres

Histoire de Rome — 31

religione divina quant deminatione terreua.

' Materia trepidatioiu's; optis minisitrii {Sermo j, n. 4); Fides, spes et caritas {ibid., n. 3); Pétri dtgnitas etiam inindipio haerede Hon déficit. {Sermo 3, n. y.

' Gens saiiûa, popultis elelîus, civitas sactrdotalis et regia. (Sermo 83, n. I.)

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lenicnt par Valentinien III des lois répressives en la matière opposèrent un rempart aux prt^rès de la funeste sefte '.

Des décrets envoyés par Léon aux archevêques d'Aquilée et de Ravenne nous représentent vivement la tristesse des affaires publiques et les soulTrances de la population sous la poussée des invasions barbares. L'Église cherche à rétablir l'ordre et à répandre la consolation. Le pape règle la question des mariages troublés par la captivité d'un des conjoints, celles qui naissent de la participation aux usages idolàtriques des barbares, celle de la distribution des sacrements aux viflimes de la persécution et d'autres analogues».

En Espagne, ce qui provoqua l'intervention de Léon, ce furent les rapports affligeants qu'il en reçut sur la propagation dans ces régions du priscillianism& 11 donna mission à l'évêque d'Astoi^a, Turibe, en qui il avait une confiance particulière, de réunir en concile général tous les évêques d'Espagne. Le pape avait rédigé pour être lu à l'assemblée et lui servir de règle un monitoire sur l'hérésie priscillienne. Il adressa des lettres avec le texte de la formule doctrinale à tous les évêques du pays 3. La situation politique ne permit pas la tenue du concile : l'Espagne était alors lamentablement déchirée par les envahisseurs barbares. Mais il y eut du moins deux grands synodes partiels qui eurent le double avantage de purifier et d'exciter l'épiscopat, qui n'était pas demeuré tout à fait indemne du mal à combattre, et de rendre la sécurité au peuple fidèle^

Des désordres au sein de l'épiscopat, Léon en trouve également dans l'Afrique proconsulaire. Les Vandales n'y étaient pas encore entrés, mais ils avaient été précédés de ces désordres moraux et de ce relâchement de la discipline ecclésiastique, accompagnement ordinaire des invasions dans les provinces tourmentées. L'évêque Potentius, légat de Léon, dut procéder contre des évêques dont l'institution avait été une flagrante violation des prescriptions canoniques. Le pape intima expressément le respeft des lois pour l'éleflion et la consécration des évêques; cependant, "conformément aux habitudes d'indulgence du siège apostolique", il déclara vouloir laisser en fonflions les personnages brusquement appelés de l'état laïque à la dignité épiscopale, si d'autres empêchements ne rendaient pas nécessaire leur déposition s.

En Afrique comme ailleurs, l'aClivité du primat suppléait dans le gouvernement des diocèses à ce que faisait omettre aux évêques soit le manque de zèle ou de capacité, soit le malheur des temps.

232. Il fallait aux provinces ecclésiastiques de Gaule une union plus étroite avec le siège apostolique pour empêcher te catholicisme de succomber à la domi-

■ Léon, Sermo 16; Prosper, Chronkon, j dit : pUnissimo disquiratut

ajinëe 447; décret de Valentinien III du aliçui itifer episcpos, ^tc.

19 juin 44S {Migne, P. L., t. LIV, col. 'Concile de Tolède sans doute en 447 et

623) : Nobis tutum itan est ntgligtre tant in municipio Celtninsi (en Galice). Mansi,

detestandam divini/aiis iniuriam. Lëon di- 1 t. III, p. 1002 et suîv,; Hefele, L II, p. 306

sait (f»o supra) : Contra communes hesles \ (tr. fr., t. Il, p, 494).

pro soluté communi una omnium débet esse \ ^Ep. 13 universis episcopis per Catsariem-

vîgilantia. sem Mauritnmam conslilutis. Lëon dit avoir

•A';t. 159 k Nicëtas d'Aquilée; 166 à Nëonas envoyé Volcn\!\ai pro sollidtudine çiiam uni-

de Ravenne. versœ ecdesiae ex divitta institutione depen-

' Ep. 15 ad Turibium Asluricinsem episen- dimus et plus loin r eogimur seaindum stdis

puni (447); Léon y parle de Vefi'slala, du apostolUae pietalem noslram temperare stm-

commonitorium et du libellai de Turibe; il tailinm.

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