‹ Historie de Rome et des papes au moyen ageChapitre 98 sur 165 · N" 233.] X. LE PAPE LÉON 1 LE GRAND · texte numérisé non relu

N" 233.] X. LE PAPE LÉON 1 LE GRAND

nation des Wisigoths ariens, dont les progrès là comme en Espagne étaient tous les jours plus considérables. Dans les États germaniques, bien souvent encore l'arbitraire tenait lieu de loi. Léon tenta de constituer plus fortement le vicariat apostolique d'Arles déjà existant. Arles était la capitale administrative des régions demeurées sous le sceptre de Rome. On institua le système auquel on avait déjà songé, d'après lequel l'archevêque d'Arles " non seulement gouvernerait ses provinces avec son autorité propre, mais en vertu de la délégation du siège apostolique protégerait toute la Gaule suivant la règle ecclésiastique ". Le pape soumit à l'archevêque d'Arles Ravennius presque toute la province ecclésiastique de Vienne en ne laissant à l'archevêque de cette dernière ville en dehors de son siège métropolitain que les évêchés suffragants de Valence, Tarantaise, Genève et Grenoble '.

Après diverses péripéties, cette division fut à nouveau confirmée par le pape Symmaque sous Anastasc II, Au moyen ftge elle fut un sujet de discussion et l'on employa pour la combattre toute une série de faux, écrits pontificaux ou autres.

A titre de vicaire du pape, Ravennius réunit dans Arles (451) un synode de 42 évêques des diverses parties de la Gaule, Nous possédons encore le texte de la lettre respectueuse qu'envoya le synode au siège apostolique. Suivant l'usage de l'époque les signataires ajoutent à leur nom la formule : je salue Votre Apostolat, Votre Sainteté, Votre Béatitude, Votre Couronne".

Pendant son pontificat, Léon eut à soutenir une lutte des plus importantes avec le haut épiscopat dans l'illyricum oriental. II s'agissait de protéger les droits des métropolitains ordinaires contre le propre vicaire du siège apostolique, l'archevêque de Thessalonique Anastase. Partout champion du droit, le pape déclarait mettre sa gloire à défendre l'honneur de ses frères les évêques contre une autorité usurpée. Oublieux de ses véritables pouvoirs, Anastase avait traité avec brutalité les évêques qui lui étaient soumis; il faisait mine de jouer pour ainsi dire le rôle d'unique métropolitain de toutes les provinces ecclésiastiques de la région. Une lettre de réprimande du vigilant pape le troubla dans ses projets. Nulle part peut-être Léon n'a trouvé un langage aussi grave et aussi énergique. Il semble bien que cette lettre soit son œuvre absolument personnelle; on y retrouve le style de ses homélies, tandis que bien d'autres lettres sont visiblement l'œuvre de la chancellerie pontificale 3.

233. Cet afte remarquable nous fait connaître tes principes de conduite que s'était prescrits le pape en prenant le pontificat : " Celui qui est préposé aux autres et ne veut pas porter patiemment sur ses épaules un lourd fardeau, doit se garder d'imposer lui-même à autrui une charge intolérable. Nous sommes tous les disciples du maître plein de douceur et d'humilité qui a dit : « Apprenez « de moi que Je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos pour vos

' Ep. 66 aux évêques de la province d'Ar- l vaux ciiës ci-dessui p. a, n. 383 de Schmitz,

les; Vimnensis €piscopus...vicims sibi quat- ' p. 352 et de Mgr Duchesne, p. no.

tuor oppidis praesidtiil, id est... SancM \t% \ ^ Ep. 69, parmi celles de Léon, avec

noms de Valentia, Taraniasia, Gtnava et l'adresse : Domino vere sanc/o, merilo in

GratianopoHs. Pour les différends survenus ; Christs bealissimo tt apoalolico honore vene-

enlre Léon I" et l'archevêque d'Arles Hilaire, j rando papac Ltoni Ravtnnius, Rustieus, etc.

cf. Ep. 10 et //, mon article Uo I dans Je Kir- \ ' Ep. 14 S Anastase; cf. ep. 6 au même, j et

chenUxikon, a«éd., t. VII, col. 17626! les tra- \ /^ aux métropolitains de l'illyricum oriental.

324 LIVRE I. CH. VI. ÉVÊQUES ROMAINS JUSQU'A LA FIN DE L'EMPIRE. [N** 233.

« Ames ; car mon joug est doux et mon fardeau léger >. Nous n'en ferons certes pas l'expérience si nous ne suivons en même temps l'autre précepte du maître: «Que le plus grand parmi vous soit votre serviteur» et sî nous ne réfléchissons pas que qui s'élève sera abaissé et qui s'abaisse sera élevé ".

Cette même lettre, toute pénétrée du plus pur esprit de l'humilité chrétienne, nous donne de grands enseignements sur les pouvoirs du pontificat suprême à Rome.

La plupart des expressions de Léon sur la primatie ont l'avantage d'nne grande précision théorique, de la netteté et de la brièveté. Elles ne disent rien de nouveau par rapport aux déclarations des époques antérieures, elles ne font que répéter quant au fond ce qu'avaient dit les papes précédents et d'autres membres éminents de l'Église. Bien mieux, la scène de la tradition de la loi à S. Pierre, si fréquemment traitée par l'art primitif chrétien (fig. 84'), est comme

Fig. 84. Traditioii de la loi à S. Pierre d'aptte un graffite des catacombes.

le résumé de toutes ces déclarations. Les écrivains n'ont fait qu'exprimer sous les formes les plus diverses une seule et même croyance de l'Église. Mais des phrases comme les suivantes, empruntées à la lettre de Léon à l'archevêque de Thessalonique, durent à la maîtrise de l'expression de demeurer dans la mémoire de la postérité et valurent à ce pape d'être honoré comme le do6lcur de la primauté de Pierre : " La communauté de dignité (par le sacre épiscopal), n'établit pas entre les évêques l'égalité de rang (pour la puissance jurisdiftîonnelle). Parmi 1rs apôtres mêmes, tous égaux, l'un était élevé au-dessus de tous. C'est là-dessus que sefondeladifTérence de juridiiftion entre les évêques; et l'on a sagement pourvu à ce que chacun ne s'attribue pas des droits à sa fantaisie"'. "Dans chaque province ecclé.siastique, un des évêques a ta première voix parmi ses confrères dans l'épiscopat (le métropolitain); et dans quelques villes plus considérables, on en a établi d'autres avec un pouvoir plus étendu (les patriarches). Ce sont les membres intermédiaires par lesquels se concentre au siège unique de Pierre le soin de toute l'Eglise et qui font qu'aucune partie n'est séparée de la tête ". Les pouvoirs des métropolitains et des patriarches

■ D'apr*s Perret, Les Catacombes, t. V, pi. 3, retouché d'après une reproduction de l'original, a^uellemeni dans l'église des religieuses d'Anagni.

'Ep. /A c. II (M igné, F. L., t. LIV, col.

676) ; quibtts (sacerdolibus) mm t/igm'tai lit ■ eit /amen ordo geturaUi, qu»r et in/er beatissimùs aposlelos, etc.

No 234.]

Page 1