LES JUGES
Si, lors de leur arrivée sur les bords du Jourdain, aux Arboth Moah^ à Jéricho, les Israélites avaient été aussi massés que les Moabites et les Édomites, ils eussent certainement imité ces peuples, qui, dès le moment où ils prirent des demeures fixes, se donnèrent des rois. Mais la situation d'Israël était tout autre. Les tribus s'engagèrent dans des actions isolées pour se faire une situation au milieu des Ghananéens. Ces guerres de Juda, d'Éphraïm, de Manassé se firent sans unité. Le besoin d'un seul chef ne se faisait pas sentir. La centralisation religieuse n'existait pas. On vivait encore des restes de l'élohisme patriarcal, fortement altéré par les superstitions du culte de lahvé, surtout par l'abus des oracles, de l'éphod.
L'arche n'avait pas de séjour fixe. De Gilgal, elle fut transportée à Béthel \ ville déjà sainte, dont elle augmenta la sainteté; puis à Silo, où elle paraît avoir demeuré longtemps ; ce qui, joint à la position centrale de cette ville, faillit créer une capitale pour IsraëP. Mais on ne se faisait pas scrupule de déplacer le meuble sacré ; c'était comme le carroccio de s ville s italiennes du moyen âge, le palladium de la nation. On menait l'arche dans les guerres, au risque de la perdre. Souvent on la mettait sous une tente ; mais, depuis la fin de la vie nomade, ce mode d'abri parut nsuffisant. On la logeait en général dans la maison de quelque notable, qui en était ainsi le gardien. L'idée de bâtir une maison pour elle dut venir dès lors; on était si peu établi, si peu riche, si peu maître du pays, que personne ne s'empara de cette idée et ne la développa. Le petit établissement de Tarche, avec son éphod, son appareil divinatoire, n'en constituait pas moins une sorte de temple, ce qu'on appelait het ha-élohim, « maison de Dieu », ou « maison des Élohim » \
L'arche, du reste, n'avait pas, en ces temps anciens, le rôle exclusif qu'on serait tenté de lui attri-