LES DANITES. — MYTHE DE SAMSON
Les combats contre les Chananéens de Hasor, contre les Madianites, contre les Ammonites furent rudes, mais momentanés. La lutte contre les Philistins fut continue. Cet énergique petit groupe de Pélasges, venus de Crète, selon toutes les apparences*, était pour Juda et Dan un voisin redoutable.
Dan surtout porta les déchirures de cette pointe enfoncée en la chair d'Israël avec un courage surprenant. Postés sur quelques points forts, situés entre Jérusalem et la mer, les Danites n'étaient guère que campés dans le pays. C'était la moins
i. Voy. ci-dessus, p. 157-158, 228. Cf. Gen., x, 44; Amos, ix, 7, etc. On réserve le développement de celte thèse pour le deuxième volume de cet ouvage.
établie des tribus. Elle avait à peine quitté la vie nomade. Son principal établissement était le mahané ou camp, situé d'ordinaire entre Soréa et Estaol, mais quelquefois ailleurs. On montrait un mahané de ce genre à l'ouest de Kiriat-Iearim^ Les mœurs des Danites paraissent avoir été celles de brigands déterminés. La guerre était leur état habituel. Le canton de Soréa et Estaol, en par- "* ticulier, était comme le champ clos des Philistins et d'Israël; les deux races se serraient, se pénétraient de ce côté d'une façon qui éternisait entre elles les conflits sanglants.
De cet état, vraiment épique, qui dura plusieurs siècles, sortit un cycle de récits, dont une branche seulement nous est venue, singulièrement transformée ^ La fable roulait autour des exploits d'un certain Simson, fils de Manoah, de Soréa, guerrier danite, d'une force extraordinaire. Il prenait sur son dos les portes d'une ville et les transportait à des kilomètres de la ville. Il faisait tomber un édifice en prenant deux piliers, l'un de la main droite, l'autre de la main gauche, et en les secouant. Sa vie se passa à lutter contre les Philistins de son canton, en tours de force, en énigmes, en strata-
1. Juges, XIII, "25 ; xvui, 1 1 et suiv. ^. Juges, ch. XIV, XV, xvr.
gèmes de guerre. Il y avait des épisodes pour l'étonnement, d'autres pour le gros rire. Sa force résidait en une chevelure puissante qui lui couvrait la tête; mais il était faible pour les femmes ; chaque perfidie de celles-ci le trouvait sans défense. Une drôlesse du pays des Philistins l'endormait sur ses genoux et lui coupait les cheveux. Devenu l'esclave et le jouet des Philistins, il finissait par se tuer et les tuer avec lui.
Tout cela était raconté avec de longs détails, et charmait l'auditeur. Simson fut, durant des siècles, FAntar des Israéli tes . Plus tard, quand il s'agit d'insérer dans la série des livres saints cette histoire, à beaucoup d'égards peu édifiante, on y fit d'étranges retouches. On transforma le burlesque héros de Dan en un juge respectable de tout Israël. On mit en tête de son histoire une annonciation, où Simson naissait, comme tous les hommes providentiels, d'une femme stérile. La circonstance, primitivement toute naturaliste, delà force résidant en la chevelure, fut expliquée par un vœu. Simson fut censé avoir été nazir. Selon le vœu, le rasoir ne devait point passer sur sa tête. Par la ruse de Dalila, le vœu était rompu, et le pacte de lahvé avec son hercule n'avait plus de base.
Tout le cycle de Simson se passe aux environs
d'une petite localité appelée Beth-Sémès, ou Ir- Sémès \ ou Har-IIéiès, à six lieues environ de Jérusalem". Le culte du soleil, Sémès, qui était le culte local de ce pays, rapproché du nom de Simson (diminutif, comme soliculus, soleil) a donné lieu à des rapprochements qui ne sauraient être négligés, mais dont on ne doit pas tenir trop de compte ^ La mythologie pure n'était guère du goût des anciens Hébreux. Mais il n'était pas en dehors de leur esprit de tranformer en anecdotes héroïques des représentations figurées mal comprises. Supposons, dans le temple de Beth-Sémès, une représentation du soleil sous la forme de tête radiée ; on a fort bien pu considérer cette image comme une tête de gibbor, et dire que ce gibbor avait sa force dans ses cheveux (ses rayons) *; d'autant plus que Ton comparait souvent le soleil à un gibbor ^ Les Philistins (cariens ou pélasges) pouvaient certainement avoir introduit en ces contrées les mythes solaires et ceux d'Héraclès; mais, pour