Job, XXXI, 26 et suiv
pyramide à gradins {sullam), qui de la terre s'élevait jusqu'au ciel*. Les élohim occupaient le sommet; leurs messagers montaient et descendaient sans cesse, mettant la terre en communication avec le monde supérieur. Les anciens patriarches hébreux eurent une grande vénération pour ce lieu; ils rappelaient comme tout le monde, Eéthel, c'est-àdire maison ou temple de Dieu^ Luz, outre son sullam, possédait un de ces cippes ou ansab oints d'huile, dressés par des adorateurs inconnus, mais que les nouveaux venus tenaient pour aussi sacrés que s'ils les avaient élevés. Les Israélites adoptèrent le cippe de Béthel, comme plus tard Mahomet fut forcé d'adopter la Gaaba. On prétendit que la stèle en question avait été élevée par le patriarche Jacob ^; ce qui fit de cet endroit le premier sanctuaire de la Palestine. Le Dieu de Béthel fut considéré comme le maître spécial du pays; il fut censé en disposer comme d'un bien qui lui appartenait;
i, Gen., XXVIII, 12, 13. Sur le sens de D^D, comparer Inscription de Palmyre, n*' 11 (Vogué).
2. Gen., xii, 8; xiii, 3-/t; xxviii, 10-2-2; xxxi, 9-15; xxxv, 1 et suiv. Tous ces passages de l'histoire de Jacob sont fortement polythéistes.
3. Gen., xxviii, 19. Ce n'est pas la pierre, c'est le lieu que Jacob appelle Bélhel. Le rapprochement avec bétyle (Sanchonia- Ihon) reste douteux.
plus tard, on Tidentifia avec lahvé, et Ton supposa que le peuple israélite avait reçu de ce puissant Dieu local une donation en forme, constituant son titre à la possession de la Palestine *. Il était admis que chaque peuple tenait de son dieu la terre dont il était propriétaire; il est vrai que souvent ce même dieu prenait la terre des autres pour la donner à son peuple favori 2.
Une masse est toujours idolâtrique, et les puritains du clan israélite avaient fort à faire pour empêcher les gens peu éclairés, surtout les femmes, de pratiquer les superstitions araméennes et chananéennes. Le principal abus était celui des teraphim, sortes d'idoles, probablement en bois sculpté, qu'on portait avec soi et qu'on envisageait comme des espèces de dieux Lares et d'oracles dom.estiques ^ Les sages protestaient contre ces folies. Le nom de lahou ou lahvé, équivalent de El, était sûrement fort respecté ; cependant les sages, en ces temps très anciens, semblaient voir un danger dans ce nom propre, et y préféraient les noms de El, de Elion, de Saddaï, d'Élohim. Le nom d'Abir
L Gen., xiii, 3-i; xxviii, 13-lG, 20, 21. Voir ci-dessus, p. 35.
2. Juges, XI, 21, et en général tout le message supposé de Jephté.
3. Gen., xxxi, 19, 30, 34 (comp. Gen., xxxv, 2, A); Juges, xviii, U et suiv. (comp. xvii, 5); 1 Sam,, xix, 13, 16.
Iakob, d le Fort de Iakob » * fut longtemps affectionné et devança, dans Tusage vulgaire, le nom de lahvé.
L'offrande des prémices, et par conséquent des premiers-nés, à la Divinité fut une des idées les plus anciennes des peuples dits sémitiques. Moloch et lahvé, en particulier, étaient conçus comme le feu qui dévore ce qui lui est offert, si bien que donner à Dieu, c'était donner au feu à manger. Ce qui était mangé par le feu était mangé par Dieu. Ainsi d'horribles malentendus s'établirent. Moloch fut un affreux taureau de feu^ ; offrir les premiersnés à Moloch, ce fut les offrir au feu, soit qu'on les laissât brûler, soit qu'on se contentât de leur faire traverser la flamme.
La conséquence de ces hideuses chimères était le sacrifice humain sur une échelle si effroyable, que très vite l'idée d'une substitution se présenta. Le premier-né était racheté par un animal ou par une somme d'argent^ C'est ce qu'on appelait «l'argent des vies y>\ Le sage roi d'Our-Casdim paraît avoir dû une partie du respect religieux dont
1. Bénédiction de Jacob, morceau très ancien, Gen., XLix, 24.