Jos., B. J., I, IX
pas essentiellement la face des choses en Judée. Antipater devint l'ami dévoué de César, comme il l'avait été de Pompée. Il combattit énergiquement pour lui, prit Péluse, décida les Juifs du pays d'Onias à favoriser les Romains, en leur présentant des lettres du grand-prêtre Hyrcan. César le déclara son ami. En 47, d'ailleurs, César vint en Syrie et régla tout d'une façon souveraine. Antipater eut le droit de cité à Rome et une entière exemption d'impôts. Antigone trouva l'occasion bonne pour essayer de défendre ses droits. Mais César ne l'écouta pas. Hyrcan fut confirmé pour la dixième fois dans le pontificat, avec le titre d'ethnarque; Antipater fut nommé procurateur de Judée. Tout le poids du pouvoir posait en réalité sur lui.
L'amitié de César était un titre trop précieux pour que les Juifs ne cherchassent pas h en tirer profit. Cette amitié, plus effective que celle d'Alexandre, ils l'exploitèrent de la môme manière. Klle fut le point de départ de toute une série de pièces fausses, qu'ils opposèrent, jusqu'à la guerre de 70, aux antisémites de ce temps-lii. César les avait aimés, les avait recommandés au monde entier comme ses amis. Les décrets du sénat qu'il était censé avoir fait rendre en leur faveur, les lettres
missives qu'il aurait écrites pour les couvrir de sa protection, tout cela fut réuni en un cartulaire que Josèphe nous a conservé*. L'argument était décisif. Comment traiter d'ennemis des Romains ceux que César avait tenus pour ses plus fidèles clients? La déplorable habitude qu'ont les apologistes juifs, en particulier Josèphe, de fabriquer les documents qui leur sont favorables, étend un doute invincible, exagéré peut-être, sur toutes ces pièces. Mendaci ne verum (juidem dicentl cri'ditur'*. En dehors de Palestine, César fut aussi très favorable aux Juifs^ Les pensées de ce grand homme étaient larges; il eut vraiment l'idée de la liberté de conscience dans le sens de neutralité absolue de l'État où nous l'entendons. Il voulait la liberté de tous les cultes provinciaux*, et, s'il eût vécu, il eût sans doute prévenu les réactions étroites qui, dès l'époque de Tibère, portent le gouvernement central à donner trop de prépondérance au culte romain. Les Juifs d'Alexandrie virent leurs privilèges confirmés. Le libre exercice du culte juif fut stipulé dans lespiincipalesvillesdel'Asie-Mineure'.