Cf. Schiirer, II, p
Les Juifs du monde entier aimèrent et regrettèrent le dictateur. Entre les provinciaux innombrables qui prirent le deuil aux ides de mars, on remarqua les Juifs, qui, durant plusieurs nuits consécutives vinrent faire leurs lamentations funèbres sur son catafalque*.
Antipater, à partir de sa nomination comme procurateur, agit en Judée ainsi qu'un véritable souverain. D'accord avec le grand-prêtre Hyrcan, au fond enchanté d'un état de choses qui allait, croyait-il, lui donner le repos, il releva les murs de Jérusalem et nomma son fils Phasaël gouverneur militaire de la ville, son fils Hérode, alors âgé de vingt-cinq ans, préfet de Galilée. Un brigand, probablement un fanatique, nommé Ézéchias, infestait le nord de cette province; Hérode réussit à exterminer sa bande. Phasaël, d'un autre côté, gagna l'affection des Iliôrosolymitains. La famille iduméenne se substituait évidemment aux Asmonéens dans la fonction de maintenir l'ordre; les gens bien posés, hostiles au fanatisme, étaient pour elle. Antipater était déjà traité par le peuple avec les honneurs de la royauté.
Mais dès lors la haine des pharisiens et des fana-
i . Suélone, Cwsar, 84.
tiques s'alluma, brûlante, acharnée. Ils reprochaient à Hyrcan ses faiblesses pour un ennemi d'Israël, dont le plan avoué était de prendre la place de la dynastie nationale. La bonne action qu'Hérode avait faite en supprimant Ézéchias et sa bande était tournée en crime. On ne pouvait, disait-on, mettre à mort un homme, fût-il criminel, sans une sentence du sanhédrin. Hyrcan était assiégé de plaintes. Les mères des victimes venaient tous les jours au temple implorer le pontife et le peuple pour que les actes d'Hérode fussent déférés au tribunal sacré. Hérodc consentit à des poursuites qu'il savait bien devoir être dérisoires. Le sanhédrin fut intimidé; un seul membre, Schémaïah*, se prononça contre Hérode' et annonça, dit-on, à ses co-assesseurs qu'un jour ils paieraient cher leur faiblesse'. Hérode ne lui en sut pas mauvais gré et le combla d'honneurs quand il fut roi.
Au fond, toutes ces petites querelles d'Orient étaient assez indépendantes des grands événements qui entraînaient le monde. Ni l'assassinat de César (15 mars 44), ni la bataille de Philippes ne chan-
1. Selon d'autres, ce serait le célèbre Schamniaï; mais il s'agit sûrement ici du docteur qu'on accouple à Abtalion.