Jos., Ant., XIII, VIII, 4; B. J., I, ii
Syrie l'eut, à ce qu'il paraît, dans son intimité et se prêtait complaisamment à ses scrupules religieux, à ce point qu'une fois il s'arrêta deux jours à un endroit, parce que Jean Hyrcan était empêché de marcher par une de ses fêtes*. Avec Jean Hyrcan commence le Juif mêlé au grand monde et y faisant figure à cause de sa richesse, pratiquant étroit et cependant homme aimable. Ce fut vraiment un prince juif, très différent de ses ancêtres, qui sont encore des Juifs, ou si l'on veut des Arabes, sans alliage, sans frottement avec le monde extérieur.
Qu'étaient devenus les saints? Cette armée de saints que le livre de Daniel, il y a trente ans, présentaitcommedevantfonderun royaume éternel, sont-ce bien les rudes soudards, plus analogues à des Bédouins qu'à des ascètes, sont-ce les principicules que nous voyons étaler leurs vices à Jérusalem, à côté d'un culte soigneusement pratiqué? Un ethnarchat de quelques lieues de long et de quelques lieues de large, voilà ce à quoi aboutissaient tant de visions, tant d'enthousiasme, tant de martyres. L'intolérance était la seule réalité palpable de tout cela. Quelle désillusion! Mais les
1. Nicolas de Dnnius, duns Josèplic, /. c. (v. p. 17, noie 4).
saints n'ont que des désillusions, jusqu'au jour où ils ont raison. L'esprit de Daniel n'est pas mort. Il reparaîtra en Jésus. Toujours il y aura en Israël de profonds rêveurs, qui soutiendront que l'œuvre de Dieu n'est pas accomplie avant que les vrais saints de Dieu y régnent. Le fond de la haute moralité de ce peuple, c'est l'inassouvi. Le mécontent est le vrai Israélite, toujours en soif de l'avenir. La race n'est pas près d'en faire défaut.
De très bonne heure, l'épopée macchabaïque se fixa*. Ceux qui avaient participé à cette période héroïque aimaient à en raconter les traits les plus émouvants. Le courage admirable des martyrs inspira bientôt des récits légendaires. La vie aventureuse de Jonathan contenait des épisodes qui rappelaient ceux de la jeunesse de David qu'on lisait dans le second livre de Samuel. Le côté religieux et le côté aventureux n'allaient pas très bien ensemble. La partie profane se fixa plus tard, en hébreu, dans ce que nous appelons le premier livre des Macchabées; la partie pieuse fut rédigée la première en grec par un certain Jasonde Cyrène,
1. Voir la lettre II Macch., i, 9 jusqu'à il, 18, pièce supposée écrite du temps de Juda Macchabée, qui représente bien la première conception rétrospective qu'on se fit de Tépoque macchabaïque.
dont le livre original est perdu, mais dont nous possédons un arrangement écourté dans ce qu'on appelle le second livre des Macchabées ^ La rhétorique en est précieuse, fleurie, recherchée; mais le ton est doux, pénétrant, dévot, comme un écrit du Nouveau Testament. L'intervention des anges est prodiguée. Ce Jason de Gyrène écrit pour édifier, bien plus que pour raconter. Il est du nombre des exaltés ; il est un des croyants les plus ardents à la résurrection, et il en tire les dernières conséquences. Dans un combat, nous raconte-t-il% on releva les cadavres juifs pour les ensevelir avec leurs proches dans les tombeaux de leurs pères. Sous la tunique de chacun des morts on trouva, en guise d'amulettes, des petites idoles de Jammia. On fit ce raisonnement que c'était pour le péché de ces amulettes qu'ils avaient été tués. Juda Macchabée et ses pieux compagnons louèrent le Seigneur qui révèle ce qui est caché, et se mirent à prier pour que ce péché ne nuisît pas à leur cause.
Lo noblo Juda exhorta ses gens à se bien garder d'uu pareil péché, puisqu'ils avaient sous les yeux les conséquences
1. II March., II, 10-3^. Le livre a été connu de Philon, de. l'auteur de l'Èpitro aux II(';breux, do l'auteur de ce qu'on appelle le i* livre des Macchabées.