Appicn, Civ., V
rois, Darius dans le Pont, Amyntas en Pisidie, Polémon en Gilicie. Ces reges, sortes de khédives, étaient très peu estimés à Rome*. C'étaient en réalité les fermiers généraux du peuple romain. La richesse de l'Orient, bien supérieure à celle de la Grèce et de l'Occident, éblouissait les Romains. Les trésors des temples, ce que Cicéron appelait vcleres Ulihaiasque divitias Syriœ, offraient d'inépuisables tentations. Le temple de Jérusalem, en particulier, était le point où affluait tout l'or envoyé par là diaspora^.
Ainsi devenus maîtres des richesses du monde, les Romains se livrèrent à une vénalité jusque-là sans exemple et qui depuis n'a pas été égalée. Les Romains de ce temps sont des géants, mais des géants qui sont vaincus par un désir, sérieux, cupides, voluptueux. Cet or roulant à poignées, ces voluptés nouvelles dont ils n'avaient aucune idée leur donnaient le vertige. L'Italie était, à l'origine, un pays pauvre ; la vie y était triste et austère. La vie grecque, simple et charmante, n'était nullement une vie d'opulence. L'Asie, bien plus riche et plus somptueuse, modifia toutes ces conceptions. On connut le luxe; les généraux romains se lais-
i. Sens du mot rex à Rome.
2. Jos., Ant.y XIV, VII, 2. Voir ci-dessus, t. IV, p. 78-79 ; 215-216.
sèrent aller aux entraînements d'une existence effrénée. Antoine, en particulier, devint un véritable idiot. Cet homme, incomparable dans la bataille, semblait avoir perdu la raison. Son itinéraire pendant dix ans n'a pas le sens commun. C'était un complet abandonnement.