CHAPITRE II
ANTIGONE-MATTATHIAH,
On pouvait croire la dynastie asmonéenne enterrée pour toujours. Les étranges revirements de la farandole inouïe que la noblesse romaine menait à travers le monde lui redonnèrent pendant trois ans une vie, éphémère sans doute, mais qui prouve bien ce qu'il y avait d'invincible dans les espérances de la nation, tant de fois refoulées.
Nous avons vu la vénalité des chefs romains se faire sans cesse complice de la révolte et, après chaque tentative des membres survivants de la dynastie nationale, réserver comme exprès ceux qui devaient recommencer les soulèvements. Anligone, qui ne cachait pas ses intentions, était ménagé par tout le monde, excepté par Hérode, qui était en quelque sorte son ennemi personnel. La haine
des Romains était profonde chez lui, et le portait à chercher de tous côtés des alliés qui eussent contre le peuple-roi des griefs analogues aux siens. Son alliance avec Ptolémée fils de Mennée et les dynastes indigènes de la Syrie datait déjà de plusieurs années. Vers Tan 41, s'offrit à lui un allié autrement puissant, le grand empire parthe lui-même, le vrai rival de Rome, le représentant naturel de Tindigénat de l'Asie. La politique parthe n'avait pas l'esprit de suite de celle de Rome; mais ses apparitions momentanées étaient terribles. L'organisation féodale, presque germanique, de l'armée prêtait à des invasions de cavalerie irrésistibles.
Cette fois, la surprise fut bien la faute des Romains, surtout de Cassius et de Marc-Antoine: Marc-Antoine, enfant colossal, capable de conquérir le monde et incapable de résister à un plaisir; Cassius, républicain sectaire, capable de trahir pour l'intérêt de sa thèse favorite la patrie et la civilisation. Marc-Antoine, chargé de l'Orient, oubliait tout dans les bras de Cléopâtre. Cassius avait eu le tort de porter la })assion de la guerre civile jusqu'à l'appel de l'étranger. Dès l'an 42, il avait envoyé une ambassade aux Parthes pour combiner avec eux des opérations contre les trium-
virs. La bataille de Philippes dérangea ces beaux plans ; mais Labiénus, chef de l'ambassade, resta à la cour des Parthes et réussit enfin à engager le roi Orode. A la fin de 41 , ou au commencement de 40, une armée parthe, conduite par Pacore, fils d'Orode, et parLabiémis, entra en Syrie, vainquit le gouverneur Décidius Saxa, qui fut tué, conquit toute la Phénicie, à l'exception de Tyr, arriva aux confins de la Palestine*. On eût dit que l'étoile de Rome pâlissait. Toutes les haines que sa fortune avait soulevées allaient se polariser autour de cet événement capital.
Antigone, en particulier, ne pouvait manquer d'en profiter. Le parti juif l'avait adopté pour son chef contre Hérode et Phasaël. Antigone conclut avec Pacore un traité par lequel il s'engageait à lui payer mille talents, s'il le rétablissait sur le trône, en faisant périr Ilérode et tous les siens. Une seconde condition aurait été de livrer aux Parthes cinq cents femmes % qu'il espérait prendre dans les harems d'IIérode et de Phasaël. Quoi qu'il en soit, l'envahissement de la Palestine se fit bien en vue
1. Dion Cassius, xlviii, 24-26; Appien, Syr., 51 ; Civ., v, 65; Plutarque, Antoine, 30; Tite-Live, Epit., 127.