‹ Historie du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 138 sur 243 · Strabon, -\VI, ii · texte numérisé non relu

Strabon, -\VI, ii

LE PEUPLE JUIF SOUS LA DOMINATION ROMAINE. i43

religion. Une révolution profonde se faisait dans les sentiments religieux du monde antique. Le paganisme gréco-latin devenait insipide. On cherchait de toutes parts un aliment au besoin de croire et d'aimer que la vieille mythologie ne satisfaisait plus.

C'est vers les cultes orientaux que se tournaient les âmes tourmentées du mal religieux, les femmes surtout\ L'entraînement de ce côté était quelque chose de surprenant. Ces cultes d'Isis, de Sérapis, de Mithra avaient quelque chose de plus tendre, de plus dévot que les cultes grecs et latins, si grossiers, si arides. Ils faisaient la cohésion entre leurs prosélytes ; ils servaient tout de suite de base h des collèges, à des éranes. Malgré les apparences, ils se rapprochaient plus du monothéisme que les religions aryennes. Chacun de ces dieux était le plus grand, le seul dieu pour ses adorateurs.

Entre toutes ces religions orientales, la religion juive apparaissait avec une immense supériorité. Le culte qui, h cette époque, exerçait sur les âmes

i . Orig. du christ.,U,dlG et suiv. ; VII, 570 et suiv., 581 ; Orig. du christ., index aux mots Isis, Mithra, etc. Ajoutez Corpus inscr. attic, ii, i, n» 168, G17; Foncart, Des a^soc. rel. chez les Grecs, ch. 9, 10, 11; Schûrer, II, p. 554-557, etc.

une attraction si extraordinaire n'était pas, hâtonsnous de le dire, le pharisaïsme correct qui réduisait la religion à une casuistique mesquine et n'empêchait aucun scandale, aucun mal social. A côté de ce judaïsme, orthodoxe si l'on veut, mais étroit et sans avenir, il y avait un judaïsme ouvert, moins cadré, moins absorbé par les pratiques, moins fait pour plaire aux docteurs, mais bien plus communicatif, plus accessible. De là viendra le christianisme. Ce que voyait le Grec, l'Italiote, l'Asiate, c'étaient les pratiques juives, ce sabbat si inspirateur de la piété, ces précautions sur la nourriture, qui, admises avec modération, inspiraient une sorte de respect de la vie matérielle et élevaient la propreté h la hauteur delà morale; c'étaient ces fêtes pleines de joie et de contentement intérieur, ces mœurs disciplinées, ce repos en une conscience de l'univers, base presque indispensable de la moralité, ces récompenses futures promises à l'homme de bien. L'homme, la femme surtout, voulaient espérer. Le judaïsme ouvrait une large porte à l'espérance. On s'y rua. Il se forma une masse énorme d'amis du judaïsme, menant la vie juive* sans être Juifs de naissance, sans môme se faire

1. Judaicam vivere vitam.,.; Improfessi... Oriij. du christ., V,23i, note 5, 230-239.

précisément Juifs, c'est-à-dire sans la circoncision*. Nous ne devons pas dépasser ici l'ordre des temps. Disons cependant que le grand éclat de saint Paul, au milieu du i" siècle de notre ère, fut préparé avant notre ère. On arrivait, surtout dans la diaspordy à l'idée que la descendance d'Abraham est chose secondaire, qu'une seule chose est nécessaire, c'est d'adorer l'Éternel d'une manière pure et d'observer les préceptes de la religion naturelle, ce qu'on appelait les préceptes de Noé.

Ainsi se forma, autour de chaque juiverie, une petite famille d'adhérents, non circoncis, fréquentant la synagogue, observant les lois des aliments, surtout l'abstention du porc, pratiquant la morale juive et admettant les croyances fondamentales du judaïsme du temps, l'unité de Dieu et le futur jugement, envoyant de l'argent à Jérusalem*, rêvant d'y aller\ C'était ce qu'on appelait « les craignant Dieu » ou simplement « les craignants*».

1. Exemple d'Ananie dans la conversion d'Izate. Orig. du christ., II, 256.

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