I Maccli., XIV, 4 cl suiv
révélée, ne permettant pas de distinction entre le jurisconsulte et le théologien. La paix, en outre, fut absolue durant ces soixante années. On peut donc dire que l'expérience fut complète. Si le bonheur de l'humanité avait dû venir de la Thora^ il aurait été réalisé en Judée, de Jean Hyrcan à Pompée. Or, cette époque fonda justement ce que Jésus combattra le plus énergiquement, la bourgeoisie religieuse, le pharisaïsme et, en face de lui, le sadducéisme, le matérialisme religieux, ridée que l'homme est justifié par les pratiques extérieures et non par la pureté du cœur.
L'époque asmonéenne est une des époques les plus attristantes de l'histoire. Ce n'est point par là qu'il faut juger Israël. Une Église officielle devenue une chaire de subtilités, une cour qui n'est pas civilisatrice, une nation travaillée par un mal profond; on ressuscite de tout, même de cela. Le peuple juif était dans l'état d'une nation qui a un sous-sol admirable; mais une croûte s'est formée; il faut attendre quelqu'un qui sache la rompre. Ce quelqu'un ne viendra pas du monde officiel; il ne viendra pas de Jérusalem, du cercle des scribes, des docteurs. Il viendra de Galilée, des rangs du peuple. La société officielle est sans moralité élevée, sans art, sans science, sans idéal, sans
progrès. On avait des livres sublimes; on ne les comprenait plus; des ébauches surprenantes de réforme sociale; on en faisait un code mesquin. La Loi, durant le temps dont il s'agit, fut loi de l'État; mais ce n'est pas pour cela qu'elle avait été faite. Origène a raison de dire qu'envisagée comme loi civile et politique, la loi de Moïse est inférieure à celles de la plupart des anciens législateurs grecs *. Une secte religieuse ne devient pas une nation. Qu'on imagine une secte orientale, les Maronites, par exemple, obtenant la complète autonomie politique, on aura l'analogue de la dynastie asmonéenne. Que d'étroitesses ! Que de chaînes à la liberté ! Onjustitie ces chaînes, pendant qu'elles ont servi à maintenir une nationalité ; une fois la nationalité libérée, elles ne sont plus qu'une entrave.
Les anciens prophètes eussent été les premiers à protester contre l'emploi abusif qu'on faisait de leurs rêves. Ils avaient formulé des aspirations, non rédigé un code. On observait tout sans distinction, môme les utopies, les articles les moins
I. Erubcsco confiteri quia taies legcs dederit Deus. Orig. du christ., VII, 5i{2-5i:). Les peuples chrétiens n'ont jamais pensé «jue la loi de Moïse put devenir une loi appliquée par les triliunaux. I/Kcossc puritaine est le scmiI pays où des lois du Pcntatcîiiquc aient figuré dans le visa d'un jugement et entraîné des condamnations.
rationnels, Tannée sabbatique*, l'année jubilaire, qui, dans diverses circonstances, causèrent de grands embarras, l'unité absolue du lieu où l'on pouvait célébrer les fêtes, prescription qui, deux ou trois fois par an, amenait à Jérusalem des encombrements indicibles '. Le judaïsme officiel devint une religion de pratiques gênantes, absorbant la vie et ne l'ennoblissant pas (ce qu'il est encore dans les pays orientaux). Ces pratiques, sous un pouvoir qui les sanctionnait, devenaient des lois de l'État. Quoi de plus intolérable 1 Les mœurs, avec tout cela, restaient dures, âpres, égoïstes. La sainteté, comme aux premiers temps de l'islamisme, pouvait aller avec des mœurs de brigands. Ces saints se dépouillent, s'assassinent entre eux. Un saint pouvait être un meurtrier, un ivrogne, un homme de mauvaises mœurs. Heureusement au travers de tout cela, quelques bonnes âmes maintenaient la tradition d'où sortira Jésus. Oh ! Dieu ! qu'il est temps qu'il vienne ! Dans tout ce vilain monde, nous n'aimons guère (jue Mattathiah.
1. Année 38-37, Saulcy, op. cit., p. '200. Jos., Ant., XVI, viii, 1. Cf. Schûrer, I, !29-31.Jos., .lu^.XV, i, 2. Josèphe reconnaît presque l'absurdité.