‹ Historie du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 216 sur 243 · Lu lac Mariout, Marœotis des anciens · texte numérisé non relu

Lu lac Mariout, Marœotis des anciens

2. De cita contempL, § 3. Au lieu de {Aovx<mipiov, lisez {Aucrrlfiov (comp. ligne suivante).

rigoureuse virginité, uniquement occupées comme les hommes de la méditation de la Loi.

« La pensée de Dieu leur est toujours présente, même dans leur sommeil. Ils ne voient en rêve que les beautés des Vertus de Dieu et ses Puissances. Beaucoup parlent en dormant et reçoivent dans leurs songes les plus hauts enseignements de la science sacrée ^ »

Ils prient deux fois par jour, au lever du soleil et à son coucher. La journée est consacrée à méditer sur les saintes Ecritures, en cherchant des allégories dans la philosophie des Pères. Les thérapeutes, en effet, sont persuadés que le sens littéral cache toujours un sens mystérieux. Ils possèdent des livres écrits par les anciens fondateurs de la secte, et où le modèle de la méthode allégorique est donné. Ils composent ainsi à la louange de Dieu des cantiques et des hymnes, de vrais psaumes de cadences diverses, qu'ils chantent sur des rythmes graves et variés. Le jour entier est rempli par l'étude; toutes les nécessités du corps sont réservées pour la nuit. Quelques-uns arrivent à ne manger que tous les trois jours ou même plus rarement encore.

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Telle est leur vie pendant six jours de la semaine. Pendant ces six jours, ils ne sortent pas de leur case, ni même ne jettent un regard dehors. Le septième jour, ils se réunissent dans un semnée commun, divisé en deux par un mur de trois ou quatre coudées. Les thérapeutrides, en effet, sont admises à ces réunions; le mur n'empêche pas les voix de se réunir, et il pare aux inconvénients de la promiscuité.

Les confrères s'assoient par rang d'âge , dans une attitude recueillie. Le plus âgé et le plus consommé en doctrine s'avance et parle gravement, simplement. On l'écoute en silence, sans se permettre autre chose que des signes discrets d'approbation. Philon insiste sur ladiscrétion que chacun met à soutenir son opinion et à combattre celle des autres. Le contraste avec les controversistes vaniteux de Jérusalem est finement indiqué. On sent que la bonne éducation de Philon et ses manières exquises d'homme du monde avaient été souvent froissées par le verbe haut et le ton tranchant de ces scolastiques impertinents.

Après le service religieux, les solitaires donnent au corps quelque relâche. Ils mangent du pain assaisonné de sel ; les délicats y joignent un peu d'hysope. Leur grande fête est la Pentecôte. Le

repas est la partie essentielle de la fête. Ils se réunissent en habits blancs*, portant sur leur figure les signes d'une joie contenue. D'abord, ils se mettent en rang et prient les mains et les yeux levés au ciel. Puis ils se placent selon l'ordre d'ancienneté dans la secte. Lés femmes prennent part aux repas, séparées des hommes; les premiers à droite, les secondes à gauche. Comme il n'y a pas d'esclaves dans la secte, on choisit pour le service les jeunes gens distingués par leur élégance, leur noblesse et ayant un haut avenir de vertu. Ils entrent dans la salle, vêtus de tuniques longues, sans ceinture, pour écarter toute idée de servilité. « Ces jeunes gens semblent des fils heureux et empressés autour de leurs père et mère. Car ils voient dans les convives des parents communs, auxquels les attache un lien plus étroit que celui du sang. Pour ceux qui jugent sainement des choses, rien ne crée, en effet, une plus forte attache que la pratique du beau et du bien».

La réunion ressemble d'abord bien plus à une séance académique qu'à un repas. Au milieu d'un profond silence, l'un des solitaires entame une

1. Comme les essénicns. Voir ci-dessus, p. 55. En général, la messe des thérapeutes ressemble fort à celle des essénicns.

dissertation théologico-philosophique. Le sujet en est une question tirée de l'Écriture, ou un doute soulevé par un confrère. La discussion est sérieuse, exempte de tout amour-propre, nul ne cherchant à briller ni à triompher de sa supériorité. « Chacun enseigne à loisir, sans crainte des répétitions ou des longueurs, ne cherchant qu'à faire pénétrer sa pensée dans les âmes ; dans les explications données d'une manière trop rapide et sans pause, il arrive, en effet, que l'esprit de ceux qui écoutent, ne pouvant suivre, reste en arrière et que l'intelligence des choses lui échappe*. »

Les commentaires des saintes Écritures consistent en interprétations allégoriques. La Loi leur paraît ressembler à un animal : les préceptes en sont le corps; l'âme est représentée par l'esprit invisible caché sous le texte. La sagacité consiste à deviner à demi-mot, et, sur le moindre indice, à saisir l'invisible à travers le visible. Quand on croit que le président' a assez parlé, un applaudissement unanime marque le plaisir que tous ont éprouvé. Puis le président se lève et chante un hymne qu'il a composé lui-même ou

1. On dirait que Phiion veut ici (§ 10) caractériser sa propre manière et faire l'apologie de sa prolixité.

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tiré de quelque ancien poète. La secte possédait, en effet, outre le livre des Psaumes, des recueils d'hymnes de mètres variés, faits pour les processions, les stations et les moments divers du culte. Ces hymnes étaient sans doute en grec et reproduisaient toute la série de la prosodie liturgique. Après le président, chacun chante à son tour, et tous reprennent en choeur les dernières paroles de l'hymne et les refrains.

Quand tous ont chanté leur hymne, les jeunes servants apportent la table du festin sacré. Il ne s*y trouve aucun mets sanglant ; rien que du pain, du sel, de l'hysope pour les gourmets. Le vin n'y figure pas; on ne sert que de l'eau pure, attiédie pour les vieillards obligés à des précautions. Le pain est fermenté, pour que nulle confusion ne soit possible avec les pains azymes, dits de proposition, qui figurent sur la table dans le vestibule du temple. Ces derniers pains sont destinés aux prêtres, et les laïques doivent s'en abstenir, pour reconnaître le privilège du sacerdoce. Philon, en effet, est loin de supposer que l'ascétisme de ses thérapeutes supprime le culte de Jérusalem, ou les égale aux prêtres. Chez les esséniens, la tendance à se passer des prêtres ot h substituer les rites de la secte au culte officiel, surtout aux sacrifices san-

glants, est tout à fait sensible*. Philon ne veut pas que ses solitaires commettent la même faute. La supériorité du culte de Jérusalem est hautement reconnue.

Après le repas a lieu la veillée sacrée*. Tous se lèvent et se groupent au milieu de la salle, de façon à former deux chœurs, celui des hommes et celui des femmes. On choisit pour conduire chacun de ces chœurs la personne la plus respectée et la plus exercée dans la musique. Une danse sacrée s'engage, accompagnée d'hymnes chantés en partie, avec des antiphonies et des répons. Des gestes marquent les cadences diverses de ces chants alternants.

Ils dansent ainsi au milieu de saints transports, tantôt marchant, tantôt s'arrêtant, tantôt tournant sur eux-mêmes, selon la loi de la strophe et de l'antistrophe. Lorsque chacun des deux chœurs séparément s'est rassasié de ce plaisir, ivres du vin de l'amour divin, comme il arrive dans les mystères de Bacchus, ils se mêlent, les deux chœurs n'en font plus qu'un, à l'imitation de celui qui fut jadis formé sur les bords de la Mer Rouge, sous la conduite de Moïse et de Marie. Les chants se continuent en versets alternatifs. Les voix graves des hommes se mêlant aux voix aiguës des femmes, produisent une symphonie harmonique et un effet tout à fait musical. Les pensées sont belles, les paroles aussi; les danses sont très graves. Le but des pensées, des paroles et des danses, c'est la piété.

Ils se plongent jusqu'au matin dans cette belle ivresse, qui,

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