Schurer, II
6. Voir ci-dessus, p. 22. Il y eut aussi des livres de Lamech. Liste Montf.-Pitra, n» 3.
il se créa de nombreux petits livres où le vieux patriarche était censé enseigner aux hommes des choses cachées, les mystères des anges et des esprits, toute une astrologie fort médiocre, qui n'étaitque tautologie, mais qu'on trouvait sublime.
Ces opuscules réunis formèrent la compilation qu'on appelle maintenant « livre d'Hénoch :d, dont un tiers à peu près nous est parvenu en grec et la totalité en éthiopien. L'original était sûrement écrit en hébreu.
L'histoire des anges adoptée par Hénoch était celle qui résulte, tant bien que mal, du sixième chapitre de la Genèse. De mauvais êtres naissent du commerce des démons incubes avec les filles des hommes ; très intelligents cependant, ces anges déchus font quelques belles inventions et quelques autres très mauvaises. Ils pervertissent le monde et rendent le déluge nécessaire. Hénoch et Noé^ sont, au milieu d'une humanité corrompue, les témoins de la vérité ; ils prédisent le déluge ; mais les hommes aveugles ne veulent pas les écouter.
1. Il y avait des confusions et des doubles rôles entre ces deux personnages. Conip. Mattli., xxiv, 37 et suiv. ; Luc, xvii, 20 et suiv.; I Pétri, m, "10; II l'elri, ii, 5. Cf. Hénoch, iaxxui, 6; <:vi, cvii. Les passages relatifs à Noé dans le livre d'Hénoch (Liv, 7; LV, GO; lx; lxv, i ; Lix, ^25; cvi, cvii, cviii) paraissent une insertion postérieure aux similitudes. Cf. lviii, 1.
Ce qui caractérise les livres attribués à Hénoch, c'est un certain goût de la science. Hénoch a la prétention d'enseigner aux hommes les secrets de la création. Une de ses idées favorites, c'est que la science est une récompense. Les justes, les élus, à chaque progrès qu'ils font, reçoivent une connaissance sept fois plus grande de toutes les parties de la création\ L'auteur semble supposer qu'il fallait pour cela une révélation, et vraimentles Grecs, qui n'usaient pas, dans leurs recherches scientifiques, du ministère des anges, y réussissaient mieux avec leurs simples facultés. Si l'auteur eût voulu consulter ces savants d'Alexandrie, qui n'avaient pas les moindres lumières surnaturelles, ils lui auraient enseigné une astronomie beaucoup plus avancée, presque le vrai système du monde. Mais on n'avait alors que du mépris pour le droit sens et de l'admiration pour les chimères. Cette sotte astronomie, révélée par Uriel ou je ne sais quel autre archange, valut à Hénoch, dans le monde juif, le titre d'inventeur de ^astronomie^
L'opposition des bons et des méchants, qui pour
i. Ch. xciii, 10, 14 (Laurence, xcii, 12, 23). De tels passages feraient songer ù une origine gnostique.
2. Alexandre Polyhistor, dans Eus., Prsep. evang., IX, xvii, 8. Comp. livre des Jubilés, Schûrer, 11, 681.
Hénoch est celle du blanc au noir, l'amène à une eschatologie tout à fait féroce. L'enfer, décrit dans ses détails les plus horribles, est bien une invention de notre auteur. Dante a ici son véritable précurseur. Hénoch se plait à raconter ces hideux supplices; il en invente; le feu, du reste, en fait tous les frais ; ce quemadero est localisé à un point du monde ; sa géographie est fixée avec un réalisme repoussant ^
L'angélologie du livre d'Hénoch est absolument ridicule. Outre les Égrégores% les quatre anges classiques, Gabriel, Michel, Raphaël, Urielou Phanuel, il connaît tout un peuple d'êtres célestes, dont il fabrique les noms sans vergogne ^ On tombe ici dans le pur galimatias. Voilà, cependant, selon toutes les probabilités, ces noms d'anges dont les esséniens étaient si fiers et qu'ils gardaient avec un soin si jaloux*. Ce trait, comme aussi le goût des sciences occultes, est une des particularités qui
1 . On voudrait rapporter tout cela au.\ bas temps gnostiques et manichéens, au temps de l'Ascension d'Isaïe, par exemple; mais cela est impossible.