I. Origène, Contre Celsc, V
"1. Première rédaction sans visions en éthiopien. Les visions ajoutées sont d'origine chrétienne. Voir Schiirer, II, 083 etsuiv. Cf. Hebr., xi, 37.
3, Deuxième lettre en tète de II Macch., ii, 1 et suiv. Cf.
On ne comprendrait pas l'état moral singulier qui a produit toutes ces fables, si on ne songeait à la mauvaise discipline de tout esprit sur lequel, directement ou indirectement, n'a pas passé la culture grecque. Le texte biblique lui-même, si respecté quant à la lettre, était traité quant au sens avec une légèreté sans égale. L'exégèse biblique était arrivée au dernier degré de faiblesse. Il serait exagéré de dire qu'on ne savait plus l'hébreu. Mais les langues anciennes sont pleines de difficultés. Il faut pour comprendre ces vieilles énigmes de la sagacité, de la critique, une étude comparative des langues que les temps modernes ont seuls pu fonder. On savait l'hébreu du temps de Jésus commelesParsissavaientlezenddutempsd'Anquetil, comme les brahmanes savent la langue védique. Une foule de traits des anciens livres n'étaient plus compris, et, ce qu'il y avait de pis, c'est que tout passage non compris était regardé comme mystérieux et rapporté au Messie. Ainsi se forma cette collection de lieux dits messianiques, sur lesquels on raisonnait à perte de vue, et dont les premiers chrétiens, Jésus lui-môme, dit-on, abusèrent d'une façon si étrange. Beaucoup de ces
Baruch, fable des vases sacrés et Tùpitrc de Jércmie ; Euthalius, sur Eph., V, li; saintJérôme, In Mttllli., xxvii, î).
raisonnements, ceux de saint Paul en particulier, se fondaient sur de mauvaises lectures; tous supposaient que l'auteur original n'avait pas eu le sens commun et avait composé en dehors de toutes les lois de l'esprit humain. A vrai dire, on s'inquiétait fort peu de ce qu'il avait voulu dire; c'était là un bien petit souci. Le texte sacré était un grimoire, qu'on prenait en soi-même, indépendamment de l'intention de l'auteur et où l'on cherchait toutes les combinaisons possibles. De là l'étrangeté inouïe de toute l'exégèse du Nouveau- Testament, qui semble un défi au bon sens, soit qu'elle joue sur l'hébreu, soit qu'elle ait pour base la version grecque ou les Targums araméens. De là ces « soixante-dix faces de la Loi », cette variété de sens allégoriques, accommodatices, tropologiques, etc. L'exégèse versait dans l'agada; le texte sacré n'était plus qu'une matière à jeux d'esprit, où chacun taillait à sa fantaisie. Les mots bibliques, pris comme les boules d'un jongleur, pouvaient servir aux thèses les plus opposées; les règles les plus simples du raisonnement étaient, dans ce jeu de bilboquet, totalement négligées*.
En réalité, par les légendes et les révélations qui
1. Voir, par exemple, Gai., m, IG; iv, 22-25; llom., x, 6-8; Matth., XXII, 31-32; Epist. lîam., c. 6.
naissaient de toutes parts, la Bible en venait presque à se doubler, et naturellement la partie la plus récente était celle qui avait le plus de vogue, parce qu'elle répondait directement aux besoins du temps. Les anciens prophètes arrivaient presque tous, à côté de leur œuvre authentique, à posséder une série de Spnria^ Ces écrits furent cités par les écrivains de la première génération chrétienne avec une sorte de prédilection. De là tant de citations du Nouveau-Testament qui se rapportent à des apocryphes'. Il y eut, par exemple, une apocalypse d'Éhe^ à laquelle saint Paul a emprunté une de ses phrases le plus souvent citées*. On n'imaginait pas d'homme célèbre, de situation tragique (martyre, pénitence, etc.) qui n'eût eu sa révélalion''. En général, la révélation ou, ce qui revient au même, l'édification, était le but de l'histoire apocryphe. Il était rare que la légende fût inventée par simple goût de l'amusement.
i. Voir surtout la Stichométrie de Nicéphore.