Marc, VII, 3-4, etc
2. Taltn. de Jùr., Jierakoth, m, 5, etc. Comp. Talm. de Bab., lierakdth, (Il b cl suiv.
3. Comparez les habouroth des pharisiens. Derenbourg, p. 1G8. i. Jos., n.J., II, VIII, 10.
soleil* n'est que le schéma^ qu'on doit réciter avant le lever du soleil*.
L'essénisme est ainsi le superlatif du pharisaïsme, la perfection du judaïsme, comme plus tard la vie religieuse fut la perfection du christianisme. Les esséniens sont les radicauxdu judaïsme, voisins par cela même des latiludinaires. Ce sont surtout les raskolnik du judaïsme, à la fois puritains exaltés et hérétiques, hérétiques par excès de logique et de scrupule, hérétiques surtout de la grande hérésie, qui est le mépris de la hiérarchie et la préférence accordée à la voie particulière sur la voie générale patronée par l'autorité.
N'y avait-il pas, dans cette apparition si originale, quelque influence étrangère qui expliquerait certains traits qui détonnent à première vue dans le judaïsme? Ces traits se réduisent au fond à bien peu de choses, et presque toutes les particularités dont on a voulu chercher la raison dans le parsisme,
1. Jos., B. J., II, viii, 5. Josèphe s'abandonne ici à son goût pour la phrase. "nsTtep '.xexeûovTt; ivartlXat, est une réflexion. Eî; aÙTo'v = < en se tournant vers lui »; ce qui n'implique pas une kibla proprement dite. Même malentendu chez les chrétiens (Clem. Alex., Strom., VII, vu, i8 ; Soient credunt deum nostrum^ Tert., Apol., 16).
2. Talm. de Jér., Berakoth, i, 2; Derenbourg, p. 169-170, note 4. Comp. Hénoch, lxxxiu, il.
dans le bouddhisme, dans le pythagorisme, proviennent, sauf peut-être la magie et l'angélologie, toujours d'origine persane, des fausses couleurs de Josèphe ou d'une germination naturelle du judaïsme. Le célibat lui-même, qui est une chose assez peu juive*, est sorti d'une exagération de ridée de pureté légale et peut-être des idées messianiques, comme chez les premiers chrétiens. Un emprunt intellectuel ou moral se trahit toujours par quelque fait matériel, par quelque mot caractéristique. Rien, dans l'essénisme, ne mène à une pareille induction. Des ressemblances ne sont pas des preuves d'imitation voulue. Le cercle de l'imagination religieuse n'est pas fort étendu; les croisements s'y produisent par la force des choses ; un même résultat peut avoir des causes tout à fait différentes. Toutes les règles monastiques se ressemblent. Le cycle des créations pieuses oITre peu de variété.
Ce n'est pas en arrière, dans le passé, c'est en avant qu'il faut chercher les parentés de l'essénisme. Le christianisme est un essénisme qui a largement réussi. L'esprit est le même, et certai-
i. Talm. (Ift Jûr., îchamnih, vijC»; Krtnhotli, v, (i-7; Gittiit, IV, 5; Kduïoth, i, 13; iv, 10; Talm. de Ital)., Ji-lmmulh, (!;i a et b; l'irke Aboth, i, 5, etc.
nement, quand les disciples de Jésus et les esséniens se rencontraient, ils devaient se croire confrères. Cette fois encore, il faut être très sobre de conjectures en ce qui concerne les emprunts directs.
A la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci, il fut à la mode d'expliquer presque uniquement le christianisme par Tessénisme : Jésus fut un essénien qui développa certains côtés de la secte et fit bande à part; l'Évangile ne fut autre chose qu'une rédaction de la morale essénienne. Um; difficulté capitale s'élevait contre une telle hypothèse : pas un mot dans la littérature chrétienne du i" et du iv siècle ne rappelle ni le nom ni l'existence si caractérisée des solitaires en question*. Jean-Baptiste lui-même fait partie de la grande famille vraiment Israélite des prophètes, des agitateurs religieux, mais il ne relève pas d'un ordre religieux quelconque. Son ascétisme est celui d'Élie, des anciens prophètes vivant fréquemment dans le désert, non celui d'un homme formé par une règle. Comment se fait-il en particulier que le nom d'esséniens ne se trouve pas une seule fois dans la littérature chrétienne pri-
1 . 11 faudrait supposer que la première géaéralion aurait fait exprès de supprimer la trace de ces rapports.
mitive? Les doctrines sœurs ont des marques de naissance, des nœvif si j'ose le dire, qui, plus que la ressemblance, marquent leur fraternité. Aussi a-t-on à peu près renoncé, de nos jours, à demander l'explication des origines chrétiennes à l'essénisme. Peut-être même a-t-on été trop loin dans ce sens. Certes, on a eu raison de rattacher les fondateurs du christianisme à la grande tradition prophétique du peuple d'Israël, et non à des fantaisies locales et sans portée, mais on n'a peut-être pas assez tenu compte des mouvements latéraux du judaïsme, dont l'influence indirecte sur les premiers chrétiens a pu être plws considérable qu'on ne le croit.
Entre le christianisme et l'essénisme, le commerce direct est douteux; mais les ressemblances sont profondes*. Près de deux cents ans avant Jésus, il y eut une tentative sérieuse pour tirer les conséquences morales du judaïsme et pour développer le fruit de la prédication prophétique, que le pur pharisaïsmc, réduit h l'observance de la Loi, ne réalisait guère. Il en résulta un ascétisme touchant, respectable, impliquant des impossibilités, condamné d'avance, parce qu'il