‹ Historie du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 43 sur 243 · Noter In Cèno, la communauté des hieiis, etc · texte numérisé non relu

Noter In Cèno, la communauté des hieiis, etc

n'avait pas les moyens de se transformer que posséda l'œuvre de Jésus. Pline, qui eut connaissance de la secte comme d'une curiosité, la jugea avec son bon sens d'homme du monde*. C'était une société impossible. Tout se borna à un petit paradis passager, dont il n'y a pas à médire, puisque le respect de la nature humaine y fut porté jusqu'à la puérilité et que probablement on y fut heureux. La vie matérielle de l'homme est pleine de choses choquantes, humiliantes, que l'on supporte impatiemment quand on est arrivé à l'idéalisme, à la vue de la complète supériorité de la vie de l'àme. Il y a deux partis à prendre alors, ou de regarder face à face les côtés choquants de la vie humaine, de les régler, de les corriger, ou de mépriser ce qui n'est rien, de ne voir dans la vie que l'esprit, d'oublier le corps. C'est ce que nous faisons, nous autres gens de l'Occident et du Nord, et nous avons raison. Mais il ne faut pas être sévère pour ce vieil Orient, moins spiritualiste que nous, qui, ne distinguant pas entre les deux moitiés de l'homme, voulut ennoblir et rapproprier la vie telle qu'elle est dans sa complexité, sans son-

1 . Gens sola et in toto orbe prœter ceteras mira, sine ulla femina, omni renere abdicata, sine pecunia,sociapalmurum... in qua netno nascitur. Hist. nat., V, 17.

ger que ces soucis du corps émacieraient l'âme, absorberaient le meilleur de son activité. L'ancien Juif, le Parsi et l'Hindou qui se respectent, le parfait musulman, sont occupés sans cesse à ces ingrates disciplines, qui peuvent laisser l'âme assez inculte, assez basse. La vie, en ces petits mondes, se passe à devenir un homme propre et bien élevé. Dans l'éducation de l'humanité, ces minuties ont eu leur utilité. Quand on admet que la nature est une belle liturgie qui s'accomplit sous l'œil de Dieu, il n'y a plus de solitude. Ce grand œil ouvert inspire le respect de la réalité. Tout se passe modeste tanquam sub oculis Del, selon la parole de TertuUien.

Là où l'essénisme a échoué, le christianisme réussira. L'idéal de « l'homme doux qui possédera la terre » fut déjà esquissé par l'essénien. Jésus ira plus loin. De la Thora et des prophètes, il tirera l'amour. La pudeur inquiète de l'essénien, avec ses précautions déjà presquejansénistes,lepréoccupera peu. Jésus est chassé du temple, comme les esséniens, ou plutôt il s'en chasse lui-môme, parce qu'il a une idée trop exaltée du culte que Dieu aime. Mais Jésus n'est pas observantin; il néglige la pureté matérielle; il lient médiocrement au sabbat. Dans le christianisme, le messianisme n'est que

le levain nécessaire pour faire lever la pâte; une lois ce ferment rejeté, il reste une règle de vie bien supérieure à l'essénisme. Mais l'essénisme eut une priorité de près de deux cents ans. Il prouva pour la première fois quels trésors de foi, de naïve croyance, de mépris du monde, de charité, d'amour de la pauvreté le judaïsme renfermait. Il se sépara du pharisaïsme légal et sembla lui prédire son peu d'avenir.

L'essénisme paraît s'être développé uniquement en Palestine. Les pieux cénobites habitaient de préférence les villages, pour éviter le contact de la corruption citadine*. On estimait leur nombre à environ quatre mille'. Il y en avait à Jérusalem, où une porte tirait d'eux son nom^ sans doute parce que leur quartier était près de là*. Au i" siècle de notre ère, ils habitaient surtout du côté d'Engaddi et sur la rive orientale de la mer Morte". C'est là que

i. Philon, H, 457, 632; Jos., B. /., Il, viii, 4.

1*. Pliilon, H, ioT; Jos., .Ah/., XVIIl, i, 5. Josèphe prend probablement ce chiffre à Philon.

?,. Jos., Ant., XIll, XI, "2; XV, x, 5; XVII, xiii, 3; B. /., H, XX, 4 ; V, IV, ±

4. Cette porte était ouverte dans la partie occidentale du mur, entre la porte actuelle de Jaffaet l'extrémité sud (quartier arménien).

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