LE JUDAÏSME EN EGYPTE
La tolérance que pratiquèrent toujours les Ploléniée épargna aux Juifs d'Egypte les terribles épreuves que leurs frères de Palestine traversèrent victorieusement. Les Juifs d'Egypte furent toujours dans les meilleurs termes avec leur gouvernement, et remplirent souvent, en particulier dans l'armée, des emplois considérables*. La garde des places fortes à la frontière, surtout de Péluse, leur fut plusieurs fois confiée*. Ils occupaient des provinces entières du côté d'IIéliopolis^ Dans l'affaire du temple de Leontopolis, qui impli(iuait une sorte de
I . \'oivsupni (ît infni. Jos., Coiilrr Aiiioii, 11, 5. Saulcy, p. Ili.
"1. Jos., Ant., XIV, VIII, I et ailleurs; III Maccli., vi, HT).
3. Jos., Ant., XIV, VI, -2; viii, I ; B, /., I, ix, A; Contre Apion, 11,5. Cwstra Judœorum, vicus Judœorum, etc. Schurer, II, |). 545.
schisme et aurait pu amener des brouilles internationales, les Ptolémées donnèrent le modèle de la conduite à tenir dans les questions religieuses. Ils se contentèrent de laisser à tout le monde toute liberté. Le schisme ne prit pas; Jérusalem était déjà impossible à supplanter. Les Juifs d'Egypte continuèrent à envoyer h Jérusalem leurs offrandes et à y venir en pèlerinage*.
Les relations, en effet, entre les deux grandes parties du judaïsme, malgré les différences profondes qui les séparaient, furent toujours excellentes. Les soufïrances de l'époque des Macchabées furent vivement senties en Egypte. Depuis le temps de Jonathan, chaque année, les Juifs de Jérusalem invitaient ceux d'Egypte à venir célébrer avec eux la fôte de la purification du temple. Il y avait pour cela des formulaires^ où l'on variait seulement la date; ce qui amena à en fabriquer un, qu'on supposa écrit par Juda Macchabée à un prétendu Aristobule, précepteur du roi. Ce fut le premier exemple de l'épître de communauté à communauté, genre littéraire qui devait prendre ensuite tant de développement.
1. Philon, éd. Mangey, II, 646; Josèphe, Contre Apion, I, 7. "2. Première lettre en tête de II Macch., datée de 124, en visant une autre écrite en 143.
Un commercemoral, prompt et actif, reliait étroitement le judaïsme des deux régions. Les livres qui se produisaient en Judée étaient immédiatement traduits à Alexandrie, et souvent ce sont ces traductions qui ont sauvé le livre. Nous en avons vu un frappant exemple pour le livre de Jésus fils de Sirach. Il en fut de même pour les ouvrages apocryphes de Daniel, d'Hénoch, de Baruch, du (premier) Livre des Macchabées, du Psautier de Salomon. Il arrivait souvent que le traducteur ne bornait pas sa tâche à rendre le sens de l'original, mais qu'il y faisait des additions, toujours conçues dans un sens piétiste, cantiques, prières, etc. Ainsi dans le livre hébreu d'Esther, les Juifs ne prient pas, le nom de Dieu n'est pas prononcé. Dans le livre grec d'Esthcr, il y a de longues et belles prières, très dévotes. Dans le livre de Daniel, on ajouta deux histoires du cycle de Daniel, Susanne et Bel et le dragon ^ qui probablement existaient aussi dans la tradition palestinienne, mais dont on n'avait pas le texte hébreu. On ajouta peut-être, au chapitre de la fournaise, le cantique des trois enfants*.
Un touchant témoignage de fraternité entre les deux parties d'Israël fut ce livre des Macchabées,
1. Ch. m, V. 127-G7. Voir t. IV, p. 3-27, note 1 ; 343, note 3. Le chapitre d'Azarias faisait sûrement partie du texte hébreu.
(celui qu'on appelle le deuxième), qui, comme nous l'avons vu, est plein du sentiment macchabaïque le plus fort, et qui paraît avoir été écrit en Egypte*. La légende de cette grande époque religieuse a été de la sorte transmise au monde par la communauté égyptienne. Un sentiment moins élevé inspira le livre qu'on appelle à tort le troisième des Macchabées. L'Egypte voulut avoir son Antiochus et ses martyrs. On supposa que Ptolémée IV Philopator, après la victoire remportée, en 217, sur Antiochus le Grand à Raphia, vint à Jérusalem et voulut pénétrer dans l'intérieur du temple. Grand émoi des Juifs, qui crient, supplient Dieu, si bien que Ptolémée est frappé de paralysie sur le seuil. Le roi retourne furieux en Egypte, il enlève aux Juifs alexandrins leur droit de cité, et ordonne de rassembler tous les Juifs d'Egypte à Alexandrie, dans l'hippodrome. Le nombre des malheureux empilés dans cet étroit espace était si grand que les scribes qui devaient prendre leurs noms, après un travail de quarante jours durent s'arrêter, parce que le papier etlescalams pour écrire manquaient*. Ptolémée ordonne alors d'enivrer les éléphants avec du vin et de l'encens et de leur faire piétiner