CHAPITRE II
DERNIÈRES EPREUVES. L EPOPEE M ACCH \ BAÏQUE.
L*empire séleucide, qui semblait expirer dans les ignominies de Ti*yphon, eut, durant son agonie, un retour de vie inattendu. Un second fils de Démétrius V\ caché jusque-là dans la ville de Side * en Pamphylie, s'annonça, en 138, comme allant relever le royaume de ses pères et chasser l'usurpateur qui l'avait déshonoré. Par sa bravoure et sa capacité, Antiochus (VII) dit Sidétès rétablit, en effet, pour dix ans, la forte machine créée par Séleucus Nicator. Les privilèges accordés au grand prêtre juif avaient été la conséquence de l'affaiblissement du pouvoir central à Antioche. La renaissance du royaume séleucide devait suggérer l'idée de retirer ces privilèges et de ramener la
1. I Macch., XV, 1; Porphyre, dans Mûller, Fragm., III, p. 712.
garnison syrienne à Jérusalem. Dans sa première époque, pendant qu'il était faible, Antiochus Sidétès fit comme tous les prétendants syriens : il ménagea Simon, lui renouvela ses titres, reconnut la quasiautonomie de son ethnarchat *, accepta son concours pour réduire Tryphon dans Dora.
Quand il se vit complètement établi, il se brouilla avec Simon. Il lui fit reprocher par un de ses conseillers, Athénobius, comme des usurpations, la prise de la citadelle de Jérusalem, ainsi que l'occupation de Joppé et de Gézer, ces trois points faisant partie du domaine immédiat du royaume. Par sesmesures vexatoires, Simonavaitopprimé des sujets du roi. Il lui était ordonné de rendre toutes les villes dont il s'était ainsi emparé, de payer les tributs dus par ces villes, de réparer les dommages qu'il avait commis aux biens et aux personnes. A défaut de cela, il devait payer immédiatement une somme de mille talents.
Simon se défendit comme il put. Israël n'avait fait que reprendre son bien. Joppé et Gézer avaient ravagé la Judée; les Juifs ont simplement usé de représailles à leur égard. Simon consentait tout au plus à payer cent talents.
1. I Maccli., XV, 3 et siiiv. L'aulhcnticité ilc la lettre est douteuse ; copunduiil clic est possible.
Athénobius irrita fort le roi, en lui rapportant cette réponse et en lui disant tout ce qu'il avait vu du luxe de Simon. Antiochus résolut de faire la guerre aux Juifs, et chargea de l'expédition un général appelé Cendébée, qu'il nomma gouverneur de toute la côte de Phénicie. Cendébée établit son quartier général à labné, et commença de harceler la Judée. Il bâtit, près de Modin, à l'entrée des défilés qui conduisaient à Jérusalem, une ville ou plutôt un camp retranché fortifié, qu'on appelait Kédron. De Gézer, Jean Hyrcan *, fils aîné de Simon, surveillait tout cela. Son père lui remit, en lui associant son frère Juda, le soin de toute la campagne. Jean fut digne de sa race. Il se fit une bonne armée, où figurait même, ce qui jusque-là avait manqué aux Juifs, un peu de cavalerie. Il avait, ce semble, son quartier général à Modin. L'ennemi s*était couvert par un torrent grossi des pluies d'hiver; Jean franchit le premier cet obstacle, et
1. C'est bien à tort que l'on tire le nom de Hyrcan de l'expédition qu'il fit avec Antiochus Sidétès chez les Parthes. Le nom de Hyrcan est porté par des Juifs antérieurs à l'époque de notre Jean. Ce nom vient des Juifs d'Ilyrcanie qui rendirent assez commun le nom de ô 'rfxav;';. Voir ci-dessus Ochus. Les Juifs avaient, dès cette époque comme de nos jours, l'habitude de faire des équivalences arbitraires de noms : ainsi Hyrcan = Jean; Aristobule= Juda; Alexandre = Jonathan.
entraîna les siens. Gendébée fut battu; son armée dispersée se sauva dans les châteaux du côté d'Azote. Jean brûla Kédron, et retourna en vainqueur à Jérusalem.
C'était là une belle victoire; mais la difficulté n'était qu'éloignée. Jamais la Judée n'avait pu résister à l'etTort bien combiné de toutes les forces séleucides. Pour comble d'infortune, Simonmourut, à ce moment, de la manière la plus malheureuse. La famille asmonéenne, en devenant princière, prenait les détestables mœurs des dynastes du temps. Jamais on ne s'était plus tué; les assassinats entre membres de la même famille étaient quotidiens. Simonavaitpour gendre un misérablenommé Ptolémée, fils dellaboub, qu'il avaitfaitgouverneur de Jéricho, et qui, devenu fort riche grâce à la position de son beau-père, conçut le projet de le tuer, lui et SOS fils, et de se mettre à sa place. Le vieux grand-prètreavait l'habitude de faire des visites d'inspection dans les villes de son territoire. Il vint à Jéricho avec ses deux fils Mattalhiah et Juda (février d35av. J.-C). Aulieu deles faire entrerdanslaville, Ptolémée les reçut et leur donna un grand festin dans un fortin qu'il avait fait construire, appelé Dok'.QuandSimonet ses fils furent ivres, Ptolémée
t. nuinc voisine de Aïn-Douk.
et ses gens tombèrent sur eux et les massacrèrent, eux et leurs serviteurs. Des assassins étaient en même temps envoyés à Gézer pour tuer Jean Ilyrcan. Mais celui-ci fut averti. Les assassins, en arrivant, furent mis ùmort.
Ptolémée, fils de Ilaboub, était-il d'accord, en complotant ce meurtre, avec Antiochus Sidétès? Gela est possible*. Cependant, s'il y eût eu là véritablement un coup monté, il semble qu'Antiochus eût soutenu son complice. Or, il l'abandonna complètement. Ptolémée, ayant manqué sa tentative pour faire périr Jean et s'emparer de Jérusalem et du temple, alla s'enfermer dans une forteresse nommée Dagon, au-dessus de Jéricho*. Il y fut assiégé par Jean Ilyrcan; mais il put s'échapper et se réfugier chez Zenon Cotylas, tyran de Uabbalh-Ammon.
Le principal et le sacerdoce avaient été attribués à Simon comme héréditaires. Son fils Jean Hyrcan lui succéda sans opposition, et dès lors l'hérédité dans la famille asmonéenne fut absolument établie. A part l'horrible épisode de Ptolémée, fils de Ha-